Vue lecture

Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraîchir la page.
🔲 ☆

S’adapter au changement climatique : la piste de la «proximité opératrice»

Et si l’on évaluait la transition autant par ce qu’elle rend aux habitants que par ce qu’elle évite au climat ? Et si l’écologie pouvait devenir un levier de pouvoir d’achat et de développement économique local ? La question paraît presque contradictoire tant la transition est encore souvent présentée comme une addition à payer : rénover son logement, changer de voiture, adapter ses usages, modifier son alimentation. Pourtant, plusieurs expériences montrent qu’une autre lecture est possible. Le coût ne dépend pas seulement de la technologie choisie mais aussi de la manière dont nous organisons les usages, les équipements, les financements et les relations entre acteurs.

Cinq exemples, de nouveaux rôles

Le reportage associé à cet article présente cinq exemples qui touchent notre quotidien : une boucle d’autoconsommation collective pour acheter une partie de son électricité localement ; l’autopartage pour disposer d’une voiture sans en supporter seul tous les coûts ; des lignes de covoiturage qui transforment des véhicules déjà en circulation en transport collectif rural ; des programmes de rénovation qui permettent de financer les travaux progressivement grâce aux économies produites ; enfin, une restauration collective qui utilise la commande publique pour créer des débouchés durables à l’agriculture.

Ces solutions sont très différentes. Dans chaque cas, le principe est pourtant le même : mieux organiser les ressources, les équipements et les flux financiers qui existent déjà dans une offre de services simples, à la carte, donc personnalisés, et à valeur ajoutée. Ces exemples invitent ainsi à déplacer notre angle d’analyse. Au lieu de se demander « quel nouvel équipement chacun doit-il acheter ? », elles suggèrent : plutôt de commencer par « que pouvons-nous mieux organiser ensemble avec les ressources, les flux et les dépenses qui existent déjà ? »

Dans les Cévennes, l’autoconsommation collective rapproche des producteurs d’électricité solaire et des consommateurs voisins. Avec Citiz, plusieurs utilisateurs partagent des véhicules plutôt que de financer chacun le leur. Dans le Vercors, des sièges vides deviennent une offre de mobilité grâce à des arrêts et une organisation dédiée. Au Canada, le financement de la rénovation est structuré pour que l’investissement puisse être remboursé dans le temps pendant que le logement consomme moins. Et dans les cantines, l’argent public consacré à l’alimentation peut simultanément nourrir et sécuriser des débouchés agricoles locaux.

Aucun de ces exemples ne repose principalement sur le renoncement. Ils cherchent plutôt à privilégier l’usage (se déplacer, se chauffer, consommer de l’électricité, se nourrir) tout en réduisant le coût individuel, le capital à immobiliser ou la dépendance à des fournisseurs lointains. C’est ce déplacement qui me paraît intéressant.

Une intuition commune La transition devient plus acceptable lorsqu’elle n’ajoute pas seulement des contraintes, mais produit simultanément des économies, des services, des revenus locaux et davantage de sécurité.

De la proximité géographique à la « proximité opératrice »

J’appelle cette piste la « proximité opératrice ». Le mot « proximité » ne signifie ni repli local, ni autarcie. Il désigne simplement le choix de regarder d’abord ce qui peut être relié plus efficacement autour de nous : des équipements sous-utilisés, des capacités de production, des besoins récurrents, des dépenses publiques, des flux financiers, des compétences ou des ressources naturelles.

Le terme « opératrice » est encore plus important. Une proximité devient opératrice lorsqu’un ou plusieurs acteurs transforment ces éléments dispersés en un service réellement accessible. Il ne suffit pas qu’une centrale solaire soit proche d’habitations : il faut organiser la boucle, les contrats et la répartition de l’électricité. Il ne suffit pas que des voitures roulent avec des sièges vides : il faut des arrêts, des règles, une information fiable et une masse critique d’utilisateurs. Il ne suffit pas que des agriculteurs produisent localement : il faut rendre la commande publique accessible, lisible et suffisamment régulière pour devenir un débouché dans la durée.

La proximité opératrice n’est donc pas un synonyme de circuit court. C’est une fonction d’organisation. Elle consiste à transformer une proximité potentielle en services, puis à faire en sorte que ces services soient assez simples, fiables et avantageux pour que les habitants, les entreprises ou les collectivités aient intérêt à l’utiliser.

Ce que ce modèle change : des proximités opératrices pour oser tenir d’autres rôles

Cette piste change d’abord la manière de penser l’investissement. Beaucoup de transitions sont coûteuses lorsqu’elles sont demandées à chacun séparément : acheter une deuxième voiture plus propre, financer seul une rénovation lourde, installer son propre équipement, supporter seul un risque de prix. Elles peuvent en revanche devenir plus accessibles lorsque l’on partage un actif, lorsque l’on paie un usage plutôt qu’une propriété, lorsque l’on finance progressivement un investissement par les économies qu’il produit ou lorsque plusieurs acheteurs sécurisent ensemble un débouché.

Ce modèle de proximité opératrice change ensuite la manière de penser l’action publique. Une collectivité n’a pas nécessairement à tout posséder, ni à tout exploiter. Son rôle peut être de rendre possible : fédérer des participants, mettre à disposition une infrastructure, garantir une partie de la demande, adapter un marché public, faciliter un financement, partager des données ou réduire les risques du démarrage. De la même manière, une association, une coopérative ou une entreprise peut devenir l’opérateur concret du service.

Enfin, cette approche change la question posée aux habitants. Plutôt que de leur demander uniquement de modifier leur comportement au nom d’un bénéfice collectif futur, elle cherche à créer les conditions pour qu’un choix plus soutenable devienne aussi rationnel à court terme : moins cher, plus simple, plus sûr ou de meilleure qualité.

Mesurer un « rendement de proximité »

Pour éviter que la proximité opératrice ne reste un slogan, il faut pouvoir l’évaluer. Je propose pour cela une idée simple : mesurer son « rendement de proximité ». Autrement dit, ne pas regarder seulement combien coûte un projet, mais ce qu’il restitue réellement aux habitants et à l’économie qui l’entoure.

Cinq questions peuvent servir de test : combien de dépenses récurrentes le dispositif évite-t-il ? Combien de capital individuel évite-t-il d’immobiliser ? Combien de revenus ou d’emplois supplémentaires conserve-t-il ou crée-t-il localement ? Quelles dépendances réduit-il – aux énergies fossiles, à des fournisseurs éloignés, à des prix instables ? Enfin, quelle qualité de service ou de vie supplémentaire produit-il ?

Rendement de proximité Dépenses évitées + capital évité + revenus locaux générés + dépendances réduites + qualité de service créée.

Cette grille n’a évidemment pas vocation à produire un chiffre magique. Elle sert surtout à comparer des solutions autrement. Une mesure de transition qui réduit les émissions mais augmente durablement les dépenses contraintes des ménages n’a pas le même potentiel d’adhésion qu’une solution qui décarbone tout en réduisant une facture, en sécurisant un prix ou en créant un service supplémentaire. À l’inverse, une solution locale n’est pas automatiquement vertueuse : elle doit démontrer qu’elle apporte réellement plus de valeur qu’elle n’en coûte.

Qui peut devenir opérateur de proximité ?

C’est probablement le point le plus important : « opératrice » décrit une fonction, pas une institution. Il ne s’agit donc pas de demander systématiquement à une commune, un département ou une intercommunalité de créer un nouveau service public.

Selon le sujet, l’opérateur peut être une coopérative d’habitants, une association, une entreprise locale, une société d’économie mixte, une société publique locale, une SCIC, une CUMA, un établissement public, un énergéticien, un bailleur ou plusieurs acteurs réunis dans un même montage. Ce qui compte est moins le statut juridique que la capacité à faire quatre choses : agréger une demande, organiser une offre, réduire les frictions d’accès et répartir correctement les risques et les gains.

Cette diversité est précisément une force. Elle permet d’éviter une vision trop descendante de la transition. Une boucle énergétique peut naître de producteurs et de consommateurs. Une station d’autopartage peut venir d’un collectif d’habitants appuyé par une commune. Un programme alimentaire peut partir d’un acheteur public qui modifie sa manière de contractualiser. Un service de rénovation peut être porté par un opérateur financier spécialisé. Il n’existe donc pas un modèle institutionnel unique à reproduire partout.

Une transition qui rend quelque chose

Le changement climatique nous obligera à investir, à adapter des infrastructures et à modifier certains usages. La question n’est donc plus seulement de savoir si cette transition coûtera de l’argent. Il faut se demander comment organiser ces dépenses pour qu’elles produisent le plus de bénéfices possibles en retour.

La piste de la proximité opératrice part d’une hypothèse simple : nous accepterons plus facilement de transformer nos façons de produire, de nous déplacer, de nous loger ou de nous nourrir si cette transformation améliore aussi notre quotidien. Moins de dépenses contraintes. Moins de capital immobilisé inutilement. Des prix plus prévisibles. Des services plus accessibles. Davantage de revenus qui circulent dans l’économie proche. Et, en même temps, moins de carbone et moins de dépendances.

Il ne s’agit donc pas d’opposer « fin du mois » et « fin du monde ». Il s’agit de concevoir des organisations capables de travailler sur les deux à la fois.

La question à poser à chaque nouveau projet pourrait alors devenir très concrète : plutôt que de demander uniquement « combien va coûter cette transition ? », demandons aussi : « combien de valeur pouvons-nous rendre aux habitants en l’organisant mieux ? »

🔲 ☆

Arbres, agriculteurs, forestiers et collectivités : le défi du passage à l’échelle

Dans les trois premiers reportages de Cultivateurs d’avenir déjà en ligne, et rappelés en conclusion, nous avons vu comment des agriculteurs redonnaient de la valeur aux arbres, aux haies, aux sols et au vivant. Le prochain reportage poursuivra cette exploration avec un sujet consacré à l’agroforesterie ou comment les arbres peuvent aider les fermes, les jardins et les sols à mieux résister aux températures de plus en plus élevées ? Ces premières rencontres confirment une chose : une partie du monde agricole, forestier et territorial fait preuve d’une créativité remarquable. Des agriculteurs expérimentent, des collectivités s’engagent, des forestiers inventent de nouveaux modèles, des entreprises locales cherchent des solutions concrètes. C’est enthousiasmant. Mais une question reste ouverte : comment passer de quelques initiatives inspirantes à une vraie transition ? C’est le fil rouge des prochains reportages de Cultivateurs d’avenir.

Dans le Limousin, le Puy-de-Dôme, l’Ariège et la Haute-Loire, les premières étapes de mon Tour de France Cultivateurs d’Avenir, des agriculteurs, des entreprises, des collectivités, des associations et des forestiers innovent. Ils cherchent à faire du vivant non plus seulement une ressource à gérer, mais aussi une véritable infrastructure de transition. Et pour y parvenir, ils expérimentent des réponses très concrètes. Par exemple mutualiser les machines pour valoriser le bois ; vendre de la chaleur locale ou bien encore inventer de nouveaux modèles pour financer les arbres et les forêts dont nous aurons de plus en plus besoin.

Autrement dit, pour eux le bois paysan ne doit pas rester une ressource intéressante mais parfois marginale. Il peut devenir l’un des maillons d’une organisation territoriale plus ambitieuse.  La question que je souhaite poser dans cette nouvelle séquence est donc simple.

Les agriculteurs, les forestiers et les collectivités peuvent-ils devenir les énergéticiens des territoires ?

Non pas en remplaçant toutes les autres formes d’énergie ; non pas en prétendant que le bois serait la solution miracle ; mais en montrant qu’une partie de la transition post-carbone peut se construire à partir de ressources locales, d’outils partagés, de coopérations concrètes et de modèles économiques adaptés. Les mots-clés de cette nouvelle étape de Cultivateurs d’avenir seront donc : changement d’échelle, organisation collective, réseaux de chaleur, contrats à impacts, modèles économiques, financement forestier, souveraineté locale.

L’objectif reste le même : montrer pourquoi les transitions post-carbone peuvent aussi être dans notre intérêt. Économies, revenus, autonomie, emplois locaux, paysages, biodiversité; vue rurale, coopérations entre villes et campagnes : les solutions les plus efficaces sont à l’évidence celles qui réconcilient plusieurs objectifs.

Et vous ?

Vous connaissez un projet à impacts, par exemple qui valorise le bois local ? Un réseau de chaleur porté par des agriculteurs ? Une organisation qui invente de nouveaux services ? Un fonds forestier local ? Une collectivité qui aide à structurer une filière bois-énergie ou une gestion forestière plus résiliente ?

Signalez-le en commentaire ou envoyez-moi un message. Chaque piste peut devenir un reportage, nourrir les débats et contribuer à montrer comment des territoires reprennent la main sur leur avenir.

Les trois premiers reportages Cultivateurs d’avenir

Le premier reportage présente le sens de ce Tour de France Cultivateurs d’avenir à travers plusieurs premiers exemples :
https://youtu.be/NsQe2CGgqrc

Le second montre comment le retour des arbres dans les parcours d’élevage de poules pondeuses peut améliorer le bien-être animal, augmenter les revenus agricoles, réduire certaines vulnérabilités et recréer des systèmes agricoles plus autonomes et plus résilients :
https://youtu.be/SETGFG5Hrvg

Le troisième reportage parle du réveil des forêts et des haies paysannes. Il prouve que les arbres peuvent redevenir une richesse locale : énergie, revenus complémentaires, nouveaux métiers, coopération entre agriculteurs :
https://youtu.be/FKNi9wAp-TQ

🔲 ☆

Le projet qui réunit agriculteurs, territoires et assureurs

Un dispositif d’utilité rurale pour diversifier les revenus agricoles, dynamiser les territoires ruraux et réduire les risques par exemple d’incendies ou d’inondations : c’est la finalité du projet « Cultivateurs d’Avenir » que je lance en ce printemps 2026. Ce texte et le reportage vidéo associé explique et illustre.


Des terres agricoles abandonnées, des arbres et des forêts oubliés… et si c’était là que se trouvait l’une des clés pour une agriculture à la fois plus robuste et plus rentable ? C’est le pari du projet Cultivateurs d’Avenir : redonner de la valeur à ces espaces et à ces biomasses délaissés à la fois pour diversifier les revenus des agriculteurs et pour réduire notre exposition aux risques climatiques.

Pour vous prouver l’intérêt de cette piste, je reviens sur l’origine du projet tout d’abord. Je précise ensuite quelle est la finalité de Cultivateurs d’Avenir. Je vous propose 5 premiers exemples.

Trois des problèmes à l’origine du projet

Ils sont résumés dans cette figure.

La valeur unique de Cultivateurs d’avenir

Elle peut être formulée ainsi

La finalité consiste bien à contribuer à dynamiser les territoires ruraux tout en incitant à une stratégie de prévention des accidents climatiques.

La méthode cultivateurs d’avenir

Le projet met en oeuvre un dispositif complet qui va de reportages déclics à des réseaux de soutien.

Soutenez le projet par votre vote

Cultivateurs d’Avenir est candidat au prix « Terres d’avenir » du concours La Fabrique Abeille Assurances. Si vous pensez comme nous que l’avenir du monde rural se construira aussi dans notre capacité à mieux valoriser des ressources locales, voter svp pour ce projet via le lien ci-dessous.


Votez ici → https://www.lafabrique-abeille-assurances.fr/challenge/vote-session/3 en tapant “cultivateurs d’avenir”, le projet présenté notamment par Jean-Pierre Jambes.


Merci aussi de partager la vidéo qui suit, chaque partage peut faire la différence !

🔲 ☆

Des métiers à impacts pour réparer le monde et inventer celui de demain. Essai de définition

Comment concilier fin de mois et respect des limites planétaires ? Verdir l’existant ne suffit pas. Pour transformer nos modes de vie, il faut aussi réinventer nos métiers. Cet article pose les bases de ces “métiers à impacts” ; il lance une série de reportages pour mettre en valeur celles et ceux qui les incarnent.

Demain, il faudra changer nos modes de vie, consommer autrement, produire autrement, nous déplacer autrement… Les preuves abondent. Mais si nous ne sommes pas capables d’inventer des activités économiques qui permettent de vivre dignement, cela sera trop conflictuel. Une transition perçue comme punitive sera socialement rejetée.

Les diagnostics abondent ; les pistes sont de plus en plus solides. Peut-être que ce qui manque encore, ce sont des preuves incarnées et, sans doute plus encore, des leviers pour élargir le monde des expérimentations vers un vrai passage à l’échelle.

C’est le projet de plus en plus d’entre nous. C’est la raison qui m’a poussé à la fois à réorienter ce blog et à créer la chaîne Transitions Actions. Mais sans doute faut-il aller plus loin. Dans les années à venir, je vais donc miser sur le quotidien de toutes celles et de tous ceux qui prouvent qu’il existe bien un gisement de solutions qui concilient fin de mois et respect des limites planétaires.

Cette série de reportages explorera donc des métiers qui ne se contentent pas de verdir l’existant, mais qui contribuent à transformer vraiment les modèles. Nous les nommerons pour le moment “métiers à impacts”.

Qu’est-ce qu’un « métier à impacts » ?

En s’inspirant notamment des travaux sur les limites planétaires, de l’économie du Donut, ou encore de modèles comptables comme celui du “triple capital”, je propose de nommer “métiers à impacts” les métiers qui cherchent à agir concrètement sur ces enjeux.

Une première définition pourrait être la suivante. Les métiers à impacts sont les emplois existants ou émergents qui contribuent significativement à maintenir ou ramener les activités humaines dans un espace sûr et juste, en agissant sur cinq finalités :

  1. décarboner et réduire les dépendances aux énergies fossiles ;
  2. régénérer les écosystèmes et les ressources du vivant ;
  3. préserver les ressources (eau, sols, matières) et réduire les pollutions ;
  4. renforcer la résilience sociétale par la relocalisation, la circularité et une plus grande souveraineté ;
  5. répondre à des besoins essentiels dans des conditions socialement justes.

A l’évidence, nombre de métiers dits “verts” ne répondent pas à cette définition.

L’un des enjeux des reportages à venir sera donc de présenter la réalité de ces métiers à impacts, leurs méthodes, leurs forces et leurs limites. Le but est en particulier d’interroger leurs capacités à concilier, ou pas, fins de mois et limites planétaires, et de comprendre ce qui fonctionne réellement et ce qui ne fonctionne pas encore.

Une grille pour analyser ces métiers

Économie de la fonctionnalité et de la coopération, agriculture régénérative, sylviculture multifonctionnelle, industrie bas carbone, énergies décarbonées et boucles locales, coachings et formations, voyages apprenants et reconnexions à la nature, réparation et circularité, immobilier hub de transitions… Nombre de ces sujets ont déjà été abordés dans ce blog et dans la chaîne. L’ambition est d’aller plus loin en tentant de se doter d’une grille d’analyse commune.

Pour guider les futurs reportages, chaque métier sera ainsi analysé selon cinq questions avec pour chacune une interrogation commune : comment pourrait-on faire mieux ?

  1. Réduit-il les émissions et la dépendance aux fossiles ?
  2. Contribue-t-il à restaurer le vivant ?
  3. Réduit-il la pression sur les ressources et les pollutions ?
  4. Renforce-t-il une capacité sociétale (production, réparation, autonomie) ?
  5. Répond-il à des besoins utiles dans des conditions socialement justes ?

Chaque reportage viendra enrichir, nuancer, voire remettre en question cette grille. Mais une chose est certaine : les solutions recherchées ne verdissent pas le système. Elles cherchent à le transformer.

Les premiers reportages à venir

Les premiers reportages à venir parleront métiers de la forêt puis rural et agriculture.

Je suis tout d’abord reparti sur les routes pour rencontrer plusieurs créateurs de groupements forestiers écologiques. Vous verrez ainsi de quelles manières en réunissant de l’actionnariat populaire et des compétences forêts, il est possible à la fois de faire évoluer les pratiques sylvicoles, vers plus de douceurs, et de créer durablement des emplois ruraux.

Je prépare ensuite plusieurs reportages agricoles dans un projet nommé « cultivateurs d’avenir » dont nous reparlerons. Son but est de montrer comment on peut faire de la décarbonation et de la prévention des risques (incendies, inondations…) des leviers de développement local et de réinvention des modèles d’assurance.

A suivre donc.

🔲 ☆

Les forêts, les laboratoires des économies post-carbone ?

Plus j’avance dans mes travaux pour tenter de comprendre comment trouver les moyens d’inventer les économies post-carbone de demain, plus j’ai la conviction que les bonnes entrées ne sont pas que humaines. J’ai longtemps misé sur les territoires, les liens sociaux, les quartiers intelligents, les infrastructures communicantes, la tech, la politique ou encore la formation… Une partie de ma carrière a été organisée autour de ces leviers depuis 30 ans. Pourtant, force est de constater que, même si cela reste plus que jamais nécessaire, cela me semble de plus en plus insuffisant. Je suis ainsi chaque jour davantage persuadé qu’il faut oser “aller plus difficile”, par exemple en misant sur des projets qui obligent d’emblée à intégrer le non humain comme les animaux, les plantes, le sol ou encore la qualité de l’air par exemple. 

Les forêts, laboratoire du post carbone ?

C’est ce qui explique mon enthousiasme croissant pour travailler le post carbone à partir des forêts, de leurs écosystèmes et de l’immense complexité des questions qu’elles invitent à résoudre. Je concentre donc une partie de mon temps chaîne Transitions Actions aux forêts et à la richesse des projets et des idées qu’elles suscitent. 

De ce chemin balisé par déjà une soixantaine d’interviews et d’entretiens, un chemin qui me ramène aux origines de mes travaux sur les ressources forestières du Sahel et du Nordeste brésilien, je tire une première hypothèse : les forêts pourraient bien être l’un des laboratoires les plus fertiles pour inventer les économies post carbone de demain. 

Cinq raisons qui construisent cette hypothèse 

Pourquoi les forêts sont-elles sans doute l’un des plus beaux laboratoires du post-carbone ? Je vous propose cinq raisons.

La forêt oblige à intégrer le non-humain comme acteur à part entière

La forêt est sans doute l’un des rares systèmes économiques où il est impossible de faire semblant d’ignorer le non-humain. Le sol, l’eau, les champignons, la faune, le climat local, les cycles longs du vivant ne sont pas des externalités : ils conditionnent directement la réussite ou l’échec des projets sur le temps long.

Travailler à partir de la forêt, c’est donc accepter de changer de cadre mental. Il faut passer d’une économie centrée sur l’humain à une économie relationnelle, où le vivant devient partenaire, contrainte et ressource à la fois. 

La forêt met en tension temps long et urgences contemporaines

Une seconde raison peut être présentée ainsi. Peu de secteurs confrontent aussi brutalement le court-terme économique aux réalités du temps long. Une décision forestière engage pour des décennies, alors même que les crises climatiques, énergétiques et sociales exigent des réponses immédiates. Cette tension oblige donc à inventer :

  • de nouveaux modèles d’investissement,
  • des formes de rentabilité différée,
  • des indicateurs de valeur non financiers.

La forêt force ainsi à réconcilier stratégie de long terme et action immédiate, un défi central du post-carbone.

Elle concentre presque toutes les dimensions du post-carbone

Troisième raison, dans un même espace, celui de la forêt, tout véritable projet doit combiner :

  • carbone (séquestration, substitution),
  • biodiversité,
  • énergie,
  • matériaux,
  • alimentation,
  • paysage,
  • usages récréatifs,
  • identités territoriales,
  • conflits d’usage.

Rares sont les secteurs où autant de dimensions s’imbriquent de façon aussi concrète. Chaque projet forestier devient ainsi un mini-système économique, obligeant à des arbitrages, à des compromis et à toutes ces coopérations nécessaires à toute transition réelle. La forêt est bien un condensé des enjeux systémiques du post-carbone.

La forêt révèle les limites des modèles économiques classiques

Dans les forêts, quatrième raison, les modèles purement extractifs montrent rapidement leurs impasses :

  • appauvrissement des sols,
  • perte de résilience,
  • fragilisation économique à long terme,
  • conflits sociaux.

À l’inverse, les approches multifonctionnelles, contributives ou coopératives montrent souvent de meilleurs résultats globaux, même si elles sont plus complexes à piloter. La forêt agit comme un révélateur : elle met à l’épreuve nos modèles économiques et en expose les angles morts.

La forêt offre enfin un terrain concret pour tester des économies contributives

Forêts privées, forêts d’Etat, forêts communales, forêts oubliées, espaces forestiers de fait, la diversité des statuts fonciers et des acteurs crée un terrain propice à l’expérimentation post carbone. Pour avancer, il faut en particulier :

  • une gouvernance partagée,
  • inventer de nouveaux droits, de nouveaux contrats, de nouveaux rôles,
  • miser sur des financements hybrides,
  • trouver les moyens de réunit plus de contributeurs entreprises et citoyens,
  • se doter d’outils numériques de suivi et de pilotage,
  • réinventer les rôles publics et les coopérations publics – privées.

La forêt n’est pas seulement un objet écologique, c’est un levier politique où se réinventent les règles du jeu. Elle permet de passer des discours sur la transition à des dispositifs concrets.

Les forêts, ou la méthode de la méthode

Comme l’écrivait Edgar Morin dans La Méthode, les grandes impasses contemporaines ne viennent pas tant d’un manque de solutions que d’un défaut de méthode. Nous persistons à vouloir résoudre des problèmes complexes avec des outils intellectuels simples, fragmentés, sectorisés, voire d’hier. La forêt, par sa nature même, rend cette approche impossible. On ne peut pas penser la forêt :

  • uniquement par le carbone,
  • uniquement par la production de bois,
  • uniquement par la biodiversité,
  • uniquement par l’économie,
  • ni uniquement par la réglementation.

Elle oblige à penser ensemble ce qui est habituellement séparé : le vivant et l’économie, le long terme et l’urgence, le local et le global, l’humain et le non-humain. Exactement ce que Morin appelait une pensée complexe, non pas compliquée, mais reliée.

Dans La Méthode, Morin insiste sur un point fondamental : ce ne sont pas les résultats qu’il faut d’abord interroger, mais les chemins pour y parvenir. La forêt incarne cela de façon presque parfaite. Elle ne tolère ni les raisonnements linéaires, ni les solutions universelles, ni les modèles plaqués. Chaque massif, chaque sol, chaque climat, chaque histoire humaine impose ses propres ajustements. La méthode devient alors aussi importante que l’objectif.

Travailler la transition post-carbone à partir des forêts, ce n’est donc pas chercher un modèle reproductible, mais apprendre à :

  • raisonner par interactions,
  • accepter l’incertitude,
  • intégrer les rétroactions,
  • composer avec des temporalités multiples,
  • et reconnaître que le vivant n’est pas un décor mais un co-auteur.

En ce sens, la forêt n’est pas seulement un objet d’étude ou un levier climatique. Elle est une école de méthode pour les économies post-carbone à inventer.

La preuve, la plupart des initiatives forestières efficaces sont bien avant tout des inventions méthodologiques

Et dans ce cheminement, régulièrement, j’ai l’immense privilège de croiser quelques-uns des auteurs de ce nouveau récit. Pour preuve, ce dernier reportage qui présente trois solutions complémentaires, portées par trois types d’acteurs différents.

  1. La première joue la carte du mécénat forestier. Elle est portée par l’association SYLV’ACCTES. Celle-ci accompagne techniquement et financièrement les propriétaires ; elle réinscrit notamment pour cela les forêts dans des projets territoriaux.
  2. La seconde passe par des investissements et des contrats de très long terme, parfois plus d’un siècle. Ces solutions ont été inventées par l’entreprise NEOSYLVA. Cette dernière propose ainsi une option aux petits propriétaires qui ne souhaitent ou ne peuvent pas intervenir directement dans leurs bois.
  3. La troisième agit en faveur de la protection des écosystèmes. La fondation CLAMOR TERRAE a été récemment créée à cet effet. Elle est notamment engagée dans la reconnexion des corridors écologiques dans les Pyrénées. Pour y contribuer, elle peut pour cela acheter des forêts.

Vous le verrez, ces trois approches, sensiblement différentes mais complémentaires, confortent je crois cette hypothèse. C’est bien peut-être ici, au milieu des arbres, que s’inventent déjà une partie des économies post-carbone de demain.

🔲 ☆

Décarboner sans moderniser nos outils publics ? Une impasse !

La décarbonation est chaque jour davantage une exigence opérationnelle. Pourtant, un paradoxe persiste : nous demandons aux acteurs d’agir avec des outils conçus pour un autre siècle. Le reportage « Forêts privées et droit de préférence, notre cadastre est obsolète » met en lumière un exemple emblématique de ce décalage : le cadastre français. Conçu avant tout comme un outil fiscal, il est aujourd’hui inadapté aux enjeux climatiques, forestiers et territoriaux contemporains. Pire : il est devenu un frein là où il devrait être un levier. Ce constat dépasse d’ailleurs largement le seul cas des forêts. Il pose la question de la modernisation des outils publics en général, et, sans le moindre doute aussi, des rôles et des stratégies publiques.

La décarbonation est aussi un problème d’outils

Décarboner ne signifie pas seulement fixer des objectifs ou empiler des normes. Cela suppose de disposer d’outils publics capables de :

  • produire des données fiables et à jour,
  • orienter les décisions économiques,
  • créer des incitations claires,
  • simplifier l’action des acteurs de terrain.

Or, nombre de nos outils structurants, cadastre, registres fonciers, bases de données géographiques, restent figés, cloisonnés, et pensés pour une logique fiscale, non pour une logique de transition. 

Le cadastre en est l’illustration parfaite :

  • données parfois obsolètes,
  • faible lien avec l’état réel des parcelles,
  • aucune intégration des enjeux carbone, biodiversité ou résilience.

Quand un outil public devient un frein à l’action climatique

Dans le contexte forestier, les conséquences sont claires :

  • difficulté à mobiliser les propriétaires privés,
  • manque de lisibilité pour les acheteurs, investisseurs ou collectivités,
  • incitations faibles à la gestion durable.

Dans chaque rapport, on lit, à juste titre, que le, faible engagement des propriétaires forestiers privés est un obstacle. C’est parfaitement exact ! Toutefois, le problème n’est pas seulement l’absence de volonté individuelle, mais l’inadéquation des outils collectifs pour les inciter à agir.

L’exemple finlandais : du cadastre fiscal à la plateforme de services

Le reportage montre qu’une autre voie est possible. En Finlande par exemple, mais cela n’est pas le seul exemple, le cadastre n’est plus seulement un registre foncier : il est devenu une véritable plateforme de services forestiers. Ce que cela change concrètement :

  • données actualisées et dynamiques,
  • suivi précis des parcelles,
  • alertes sanitaires,
  • messagerie,
  • services personnalisés pour les propriétaires,
  • facilitation des ventes et de la gestion,
  • articulation claire entre politiques publiques et décisions privées.

Autrement dit, le cadastre devient un outil d’action, pas une simple base fiscale.

Forêts, énergie, sols : un même besoin de modernisation

L’intérêt du reportage est d’élargir la réflexion au-delà de la forêt. Le même raisonnement vaut pour d’autres enjeux clés de la transition :

  • Cadastre solaire : identifier rapidement les potentiels, faciliter l’investissement, réduire les délais.
  • Cadastre géothermique : sécuriser les projets, mutualiser la connaissance, limiter les risques.
  • Cadastre des sols : lutter contre l’artificialisation, mieux planifier, préserver les fonctions écologiques.

Dans tous ces cas, la modernisation du cadastre n’est pas une réforme technique marginale. C’est un levier premier pour démultiplier la capacité d’action collective.

Donner envie et donner plus moyens d’agir

La transition ne réussira pas par la contrainte seule. Elle nécessite :

  • des incitations intelligentes,
  • des outils lisibles et dynamiques,
  • une réduction des frictions administratives,
  • une meilleure articulation entre intérêt général et intérêt individuel.

Un cadastre modernisé peut :

  • rassurer les investisseurs,
  • guider les particuliers,
  • aider les entreprises à orienter leurs choix,
  • permettre aux collectivités de piloter des stratégies cohérentes.

Autrement dit, il crée un environnement favorable à l’action, là où aujourd’hui beaucoup renoncent faute de clarté ou de temps.

La vraie question

La question n’est donc plus faut-il moderniser le cadastre ? Mais bien, peut-on réussir la décarbonation sans moderniser nos outils publics ? À l’évidence, non.

La transition écologique n’est pas seulement une affaire de technologies ou de comportements. C’est aussi, peut-être même avant tout, une transformation profonde de nos infrastructures informationnelles et institutionnelles. Le cadastre, s’il devient une plateforme de services au service de la transition, peut en être l’un des piliers.

Pour aller plus, Voir le reportage :Forêts privées et droit de préférence – notre cadastre est obsolète

🔲 ☆

Le devoir d’innover pour renforcer la résilience des forêts

Les forêts françaises, et en particulier les forêts privées, sont confrontées à des défis inédits : sécheresses, incendies, dépérissement de certaines essences, pressions économiques et sociales… Face à ces changements, continuer à penser et à faire « comme avant » ne suffit sans doute plus. Il faut désormais oser inventer d’autres manières de gérer les forêts. Aussi, dans le quatrième reportage de cette série consacrée aux sujets « forêts privées et changement climatique », ai-je choisi de mettre en avant trois initiatives, elles aussi privées, d’innovations à impacts.  

Il est possible de valoriser la multifonctionnalité des forêts

La première est celle développée, en Haute-Vienne, par Xavier Blanc à travers son formidable projet « Hêtre en Forêt ». C’est l’une des toutes premières forêts pédagogiques de France. C’est sans doute également l’une des solutions qui montrent qu’il est possible de vraiment valoriser la multifonctionnalité des forêts.

La réinvention des solutions de mécénats

La seconde stimule de nouvelles formes de relations entre, d’une part, forêts privées et projet de territoire, et, d’autres part, entre entreprises et espaces boisés. C’est l’association Sylv’ACCTES qui ouvre ce chemin. C’est elle encore qui matérialise aussi l’une des rares pistes qui permettent enfin de sortir de cette étrange propension à inciter les entreprises à vouloir mécaniquement planter des arbres plutôt qu’à contribuer au développement des forêts qui existent déjà ! En France Métropolitaine, la seconde option paraît pourtant ô combien plus fertile.

La loi de la variété requise appliquée aux forêts

La troisième des initiatives présentées plaide une fois encore en faveur de la variété des compétences. C’est un fait bien connu dans la théorie des système. Il se nomme « loi de la variété requise« . Peter Senge le résume ainsi : « la force d’une organisation vient de la diversité des talents et des points de vue qu’elle sait rassembler et mettre en mouvement. » Dans nos domaines forestier, cela s’applique de la même manière. Pour preuve, la rencontre d’un gestionnaire forestier et d’un spécialiste de la Tech a permis de développer, depuis 5 ans, l’une des premières plateformes de services dédiées forêts privées : Kloros.

Ces trois initiatives, comme bien d’autres de ce type, montrent qu’oser faire différemment est non seulement possible mais que la résilience des forêts se construit aussi en croisant les savoirs, en inventant des modèles économiques nouveaux, ou encore, par exemple, en rapprochant les espaces urbains des milieux ruraux et les forêts de leur territoire proche.

Quelques pistes de solutions émergent de ces dizaines d’entretiens et d’interviews. Un prochain reportage les présentera. Le sujet proposé ce jour esquisse l’une d’entre elle. Il montre l’importance de pouvoir augmenter nos « collectifs forêts » afin d’innover, expérimenter et coopérer.

Je vous invite à découvrir ce nouveau reportage et à partager vos pistes et idées. Quelles innovations vous paraissent les plus prometteuses pour nos forêts ? Quels exemples connaissez-vous dans vos territoires ? Quelles sont les fausses bonnes idées à éviter ?

La réinvention des solutions de mécénats

🔲 ☆

Forêts et changement climatique : comment agir plus vite et mieux ?

L’avenir des forêts françaises, en particulier privées, se joue notamment autour de 4 enjeux : Substitution des énergies fossiles, Séquestration du carbone, Services écosystémiques et meilleure Robustesse des forêts (y compris actions préventives contre les incendies), des écosystèmes et des sociétés. J’ai nommé cela l’équation 3S+R ! J’ai interrogé, ce printemps et cet été 2025, plus de 40 spécialistes afin de comprendre ces enjeux et d’esquisser des pistes d’actions. Sur la base de ces entretiens, deux premières conclusions provisoires issues des reportages de la chaîne Transitions Actions incitent à accélérer. Pourriez-vous me dire ce que vous pensez de ces pistes et des propositions associées ?

Conclusion 1 : Il paraît impossible de tenir l’équation 3S+R sans développer les actions collectives entre propriétaires forestiers.

Des solutions existent pour y parvenir (Associations syndicales, groupements forestiers…) mais il reste difficile d’inciter suffisamment de propriétaires forestiers à y participer. Pour que ces organisations collectives puissent pouvoir vraiment jouer un rôle de levier, ne faut-il pas aller plus vite ? Comment ? Une des pistes serait d’envisager une évolution réglementaire, par exemple en réduisant la superficie à partie de laquelle un plan de gestion est obligatoire (20 ha aujourd’hui) ? Ne serait-il pas également temps de moderniser et d’actualiser les bases cadastrales ? Qu’en pensez-vous ? Voyez-vous d’autres solutions ? Le reportage qui traite de ce sujet est ici

Conclusion 2 : La puissance publique dispose déjà de nombreux leviers pour agir aussi en forêts privées mais ne faut-il pas aller plus loin et oser d’autres leviers ?

Je me demande toutefois si les enjeux forestiers et climatiques grandissants ne justifient pas désormais l’invention ou le développement de nouveaux moyens d’actions publics ? Le dernier reportage donne quelques exemples. Aides économiques locales, Opérateur bois énergie, intégration du bois dans les Plan Locaux d’Urbanisme et dans les projets publics ? Développement de coopératives carbone territoriales ? Nombre de territoires prouvent l’intérêt de ces solutions comme le montre le reportage qui suit. Faut-il les généraliser et si oui comment ? Bref, ne faut-il pas oser inventer de nouveaux rôles et développer de nouvelles compétences publiques ? Qu’en pensez-vous ?

Je vous remercie de vos retours.

A suivre, plusieurs autres reportages de la chaîne Transitions Actions sur les forêts privées

🔲 ☆

Innovation durable : l’écologie pour se différencier

Dans cette interview, Thomas Busuttil, fondateur du cabinet La 5e Saison, partage sa méthode pour réinventer les modèles économiques et réconcilier l’économie avec le vivant. De la mode au BTP, en passant par Michelin, il montre comment des entreprises et des territoires transforment les contraintes en leviers d’innovation, de robustesse et de régénération.

Cette vidéo détaille notamment quatre clés pour concilier rentabilité et durabilité :

  • L’économie de la fonctionnalité
  • Un modèle circulaire
  • Une économie collaborative
  • Un modèle inclusif

Thomas Busutill démontre également comment l’innovation durable peut devenir un puissant levier de différenciation, notamment face aux modèles low-cost. Il propose plusieurs exemples concrets : un projet immobilier résidentiel, un chantier BTP et un cas dans la mode

Bienvenue sur Transitions Actions, la chaîne qui explore comment réconcilier économie et écologie.

🔲 ☆

Urbanisme et territoires régénératifs : il est temps de réinventer nos modes d’habiter !

Et si les villes, les villages, les quartiers et les bâtiments devenaient eux-mêmes acteurs de la transition ? Cet article propose deux vidéos pour explorer une première série de pistes concrètes à ce sujet. L’une questionne les nouveaux métiers de l’immobilier et du BTP de demain. Elle parle « haute intensité d’usages ». L’autre présente une méthode pour réinventer les modèles économiques afin de réconcilier l’économie et le vivant. Elle mise sur l’innovation durable et montre de quelles manières des entreprises et des territoires transforment des contraintes en leviers d’innovation et en robustesse.

Face à la crise climatique, aux inégalités territoriales et à l’épuisement de certains modèles économiques, la manière dont nous habitons les territoires devient l’un des leviers les plus efficaces pour réaligner nos modes de vie avec la réalité des ressources planétaires. C’est un enjeu central. Il ne s’agit plus seulement de construire ou de rénover, mais bien de repenser nos proximités comme un système vivant, et les bâtiments comme des contributeurs à l’équilibre écologique et social.

Dans la première interview, Fabrice Bonnifet, directeur du Développement durable du groupe Bouygues, défend les modèles à haute intensité d’usages. Ces derniers invitent à transformer plutôt qu’à bâtir, à réutiliser, à mieux mutualiser et à densifier les usages dans le temps et dans l’espace. Autant de solutions pour décarboner l’immobilier sans retomber dans le mythe d’une croissance sans limite. Cette approche bouscule autant les habitudes des métiers du bâtiment que celles des décideurs publics, mais elle ouvre des perspectives concrètes : repenser les fonctions, prolonger les durées de vie des ouvrages, enrichir les usages et les services plutôt que produire toujours plus.

Dans la seconde vidéo, Thomas Busuttil, fondateur du cabinet La 5e Saison, partage sa méthode pour réinventer nos modèles économiques. Il montre, à travers des exemples concrets tirés de secteurs variés, mode, BTP, industrie avec Michelin, comment certaines entreprises et territoires transforment les contraintes écologiques en leviers d’innovation, et de différenciation. Il propose quatre clés pour concilier rentabilité et durabilité, tout en se démarquant de la logique du « toujours moins cher » portée par les modèles low-cost. Loin des discours abstraits, ce sujet présente des outils d’action concrets, applicables dans les entreprises comme dans les politiques publiques.

L’urbanisme régénératif de demain ?

Ces deux reportages complètent l’une des priorités de ce blog et de la chaîne transitions Actions. Il s’agit de comprendre comment s’invente progressivement ce que l’on pourrait nommer l’urbanisme régénératif de demain ? Comment faire en sorte que l’habitat, les équipements publics ou les zones d’activités ne soient plus des consommateurs nets de ressources, mais des vecteurs de services rendus au vivant, à la planète, aux habitants ? Comment construire en pensant aux usages futurs, à la coopération, au vivant ? Comment penser bioconstruction ? Comment inventer les modèles économiques associés à ces projets ?

Le chantier est immense. Il couvre un ensemble de techniques, de politiques et de savoirs qui organisent l’aménagement des espaces urbains comme ruraux, en prenant en compte les dimensions sociales, économiques, environnementales et culturelles. Il invite à des détours fertiles organisés par exemple autour de quelques concepts clés : économie du donut, bâtiments contributifs, servicialisation, économie circulaire, modèles inclusifs…

Je cherche tout témoignage et toute expérience dans ces domaines. Merci de vos éventuelles contributions.

🔲 ☆

Voyager autrement : quand le tourisme devient soin, lien et levier de régénération

Et si voyager ne se résumait plus à « partir », mais à se reconnecter à soi, aux autres, au vivant ? Dans cette trilogie vidéo publiée sur la chaîne Transitions Actions, on découvre des façons nouvelles d’imaginer le tourisme : plus lentes, plus transformatrices, plus enracinées et surtout, plus contributives. Ces approches esquissent les contours d’un voyage qui cherche à « faire du bien », aux territoires, à la nature comme à celles et ceux qui les habitent. Bien sûr, le chemin sera long pour sortir d’une logique encore très « niches ». Mais à l’évidence, ce tourisme régénératif ajoute une pierre précieuse à l’édifice déjà entamé par les adeptes par exemple des loisirs de proximité, des micro-aventures ou encore du tourisme responsable.

Trois regards, une même ambition : réinventer le voyage

Dans un monde où les crises écologiques et sociales bousculent nos habitudes, le tourisme, longtemps symbole de liberté, se cherche. Qu’il le veuille ou non, il devra demain inventer une ou des nouvelles voies. Et si l’une de ces voies passait par la régénération non seulement des écosystèmes, mais aussi de nos relations, de nos imaginaires, de notre rapport au temps et aux territoires.

Pour explorer cette piste, sur la chaîne Transitions Actions, j’ai récemment publié trois vidéos qui explorent cette transformation profonde du voyage. Trois histoires singulières, différentes, mais unies par une même conviction : voyager autrement peut changer notre regard sur le monde et sur nous-mêmes ?

Quand le voyage devient soin – avec Elsa Brindazur

La première de ces interviews interroge le tourisme régénératif sur le fond. Avec Elsa Brindazur, nous explorons ce que recouvre vraiment le tourisme régénératif. Elsa parle du « prendre soin » et nous aide à mieux comprendre de quelles manières le voyage peut devenir un levier de transition personnelle et écologique.

Comment donner plus de sens au tourisme ? Les pistes d’ Adrien Ruffino, responsable de l’agence Soliderrance.

La seconde interview illustre les propositions d’Elsa. Adrien Ruffino, fondateur de Soliderrance, une agence spécialisée dans le voyage solidaire et régénératif, nous partage sa vision d’un tourisme qui transforme : un tourisme fondé sur l’échange, l’écoute, le respect des communautés locales et de la nature. À travers des rencontres sincères avec les familles hôtes, on découvre comment ces voyages bouleversent à la fois les voyageurs… et les accueillants. Un interview pour oser une autre manière d’habiter le monde ?

Immersion et personnalisation : les clés du tourisme de demain ?

La troisième vidéo interroge l’avenir du voyage et des métiers de l’économie touristique. Elle incite à prendre un coup d’avance en cherchant à comprendre ce qui organise ces formes émergentes de « tourisme différent ». Elle explore à cette fin trois des clés à même de leur donner corps  : Immersion, transformation et personnalisation.

Plus largement, elle formule une hypothèse qui dépasse le strict domaine du régénératif. Immersion, transformation et personnalisation : n’est-ce pas aussi le sésame pour donner plus de sens aux métiers des professionnels du tourisme ? Nombre d’indices le montrent mais plus encore d’interrogations demeurent. Ce reportage traite ainsi trois questions convergentes.

  1. À l’heure de l’IA, de la digitalisation et des transitions écologiques, y a-t-il encore une place pour la simple vente de séjours tourisme et voyage sur catalogue ?
  2. Les professionnels du voyage n’ont-ils pas plutôt intérêt à devenir des créateurs d’émotions, d’expériences et de transformations, personnelles comme territoriales ?
  3. Le développement de ces acteurs (Tour opérateur notamment) ne serait-il pas le maillon manquant pour transformer une ultra niche, celle du tourisme responsable et régénératif, en voyages presque pour tous ?

Pour tenter d’apporter des réponses à ces questions, j’ai interviewé Véronique Narayana Swamy, fondatrice de IndeXperience et Aurélie Orengo Berthet qui vient de créer le premier Tour Opérateur spécialisé dans les voyages nature et animaux.

Le voyage peut-il être une partie de la solution ?

Dans leur singularité et leur similitudes, ces trois vidéos dessinent ainsi les contours d’un tourisme plus humble, plus responsable, plus enraciné. Un tourisme qui ne consomme pas seulement, mais qui prend soin. Qui ne survole pas, mais qui s’ancre. Qui ne coche pas des cases, mais qui transforme.

Dans un monde où il devient urgent de réconcilier nos envies d’évasion et les limites planétaires, ces récits nous montrent plus largement que le voyage n’est pas mort. Non seulement, il change mais, qui sait, peut-être peut-il faire partie des la boîte à outils solutions pour réussir nos transitions ? Je veux le croire. Je reviendrai donc sur ces pistes rapidement.

Vous pouvez vous abonner à la chaîne Transitions Actions pour découvrir d’autres histoires de changement.

🔲 ☆

Solarothermie : la technologie qui coche nombre des cases pour concilier décarbonation et économies

La solarothermie incarne une forme de convergence réussie entre tech utile, efficacité énergétique, et décarbonation. Laetitia Brottier, cofondatrice de Dualsun, présente l’intérêt de cette solution pour chauffer nos maisons, en remplaçant nos chaudière à gaz ou à fioul, tout en produisant aussi de l’électricité ! Avec la Solarothermie, qui associe panneaux hybrides (photovoltaïques / thermiques) et PAC, il existe désormais une solution bas carbone, made in France, proche de la géothermie mais adaptée à tous les projets, y compris les maisons de petite dimension.

Longtemps reléguée au second plan derrière les panneaux photovoltaïques, la solarothermie repose pourtant sur une logique simple, robuste et parfaitement alignée avec les objectifs de neutralité carbone : elle permet de transformer l’énergie solaire en chaleur. Elle produit en plus de l’électricité.

Dans une époque où l’on cherche à allier sobriété et performance, la solarothermie présente nombre d’atouts. Trois exemples. Les PAC utilisées sont de type géothermiques. Elles sont tout d’abord plus performantes que les PAC aérothermiques. Elles sont ensuite en plus quasiment silencieuses et d’une maintenance plus économique. La solarothermie est enfin compatible avec des logiques d’autoconsommation qui s’imposent de plus en plus comme l’une des bonnes solutions de demain.

Laetitia Brottier détaille cette technologie et va plus loin dans l’analyse des performances, des économies générées et des retours sur investissement.

🔲 ☆

Géothermie : trois reportages pour explorer cette énergie d’avenir

Et si la meilleure énergie pour demain était déjà sous nos pieds ? Renouvelable, non intermittente, bas carbone, capable de chauffer et de rafraîchir, la géothermie offre des atouts uniques non seulement pour décarboner mais aussi pour réduire ses budgets énergie tout en gagnant en indépendance. Ces trois vidéos complémentaires dressent un panorama presque complet à ce sujet. Leur objectif premier est de nous permettre de situer nos projets par rapport à la géothermie, des grandes infrastructures aux maisons individuelles en passant par les réseaux de chaleur urbain.

La géothermie est une énergie locale, renouvelable et discrète tant au niveau du paysage qu’en regard de ses nuisances sonores. Elle mérite de prendre plus de place à la fois dans le débat public, par exemple de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie, et dans nos projets urbains et personnels. Sur la chaîne Transitions Actions, je lui ai donc consacré trois vidéos.

Le premier interview, grâce à Damien Bevillon du groupe Arverne vous explique simplement les différents types de géothermie : très basse, basse ou haute énergie, géothermie profonde, sur sondes… L’objectif est de proposer une vision claire de ce que recouvre ce terme, souvent mal compris, et des technologies associées.

Le second présente une solution de chaleur et de rafraîchissement dédiée habitat collectif. Il nous amène à Annecy, où la société d’économie mixte TERACTEM a mis en œuvre un projet remarquable : un réseau de chaleur et de rafraîchissement alimenté par la géothermie de faible profondeur, associé à des solutions photovoltaïques.

Un troisième enfin se concentre sur les maisons. Avec Stéphane Simon de Nova Géothermie, nous analysons un cas concret : coût de l’installation, choix du terrain, types de maison compatibles, entretien, temps de retour sur investissement… Vous saurez ainsi si la géothermie est faite pour votre maison.

Un prochain reportage complétera ces sujets pour proposer une solution de solarothermie adaptée aux maisons d’environ 100 m2. A suivre donc.

Pensez à vous abonner à ce blog et à la chaîne Transitions actions.

🔲 ☆

Produire et autoconsommer son électricité grâce au soleil : deux propositions pour accélérer la transition

Pour les foyers qui vivent en maison, il est aujourd’hui possible de couvrir plus de 60 % de ses besoins en électricité grâce au photovoltaïque. Pourtant, des freins subsistent. Dans cet article, nous revenons sur deux propositions concrètes des professionnels du secteur pour simplifier l’autoconsommation, au bénéfice de tous : citoyens, réseau et climat.

Aujourd’hui, pour les personnes vivant dans une maison comme pour les petites entreprises, une question mérite d’être posée : Est-il vraiment possible de couvrir plus de 60 % de ses besoins en électricité… gratuitement, grâce au photovoltaïque ? La réponse est simple : oui ; et même plus. Les technologies sont là, les panneaux solaires n’ont jamais été aussi performants, et de nombreux foyers atteignent déjà ces niveaux d’autonomie. Mais pour que cette possibilité devienne une norme accessible simplement au plus grand nombre, il reste encore quelques blocages à lever en France.

L’arrêté du 26 mars 2025 marque un changement important. L’État a profondément modifié les conditions de vente de l’électricité solaire produite à domicile. Désormais, l’autoconsommation devient clairement la priorité ; il s’agit bien de produire sa propre énergie et de l’utiliser directement chez soi.

Nous sommes nombreux à pleinement partagé cette logique favorable à une énergie décentralisée, produite au plus près des besoins, et donc plus robuste, plus sobre, et bas-carbone. Mais alors, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de cette logique ? Pourquoi ne pas simplifier les règles, surtout pour les petites installations, celles qui concernent justement la majorité des particuliers ?

Les professionnels du solaire suggèrent de simplifier et de stocker

C’est exactement le message porté par de nombreux acteurs du secteur. Parmi eux, Laeticia Brottier, cofondatrice et directrice innovation chez DualSun, a récemment publié une tribune engagée sur le blog de TECSOL. Dans notre vidéo, nous revenons avec elle sur deux propositions très concrètes issues de ce texte.

  • La première consiste bien à simplifier les démarches pour les petites installations (jusqu’à 9 kWc). Aujourd’hui, de nombreux particuliers sont freinés par la lourdeur des procédures administratives. Alléger ces démarches serait une manière simple et rapide de déverrouiller des milliers de projets.
  • La seconde suggère de faciliter le stockage de l’énergie notamment via des batteries stationnaires mais aussi en partageant plus simplement son électricité avec ses voisins. Pouvoir stocker l’électricité produite et la réutiliser plus tard est en effet un levier essentiel pour renforcer l’autonomie énergétique des foyers et soulager le réseau aux heures de pointe.

Un triple bénéfice : pour nous, pour l’équilibre du réseau et pour le climat

Ces propositions ne sont pas de simples demandes sectorielles. Elles permettent de faire converger plusieurs intérêts.

  • Celui en premier lieu des citoyens, qui veulent électrifier pour abandonner les énergies fossiles et consommer moins mais mieux, grâce aux solutions de pilotages désormais associées au centrale photovoltaïque domestique.
  • Celui ensuite des pouvoirs publics qui nous incite à décarboner notre mix énergétique et, par ce levier, à gagner en souveraineté : moins de gaz de Russie, moinse pétrole de chez Trump…
  • Celui du réseau électrique, qui, pour s’adapter notamment aux énergies renouvelables intermittentes, doit nous encourager à auto-consommer, à stocker et à partager localement.

Vous êtes d’accord ? Partager cette vidéo !

Dans cette vidéo, nous allons un peu plus loin. Nous explorons comment, ensemble, nous pourrions encourager les décideurs à franchir les derniers pas pour faire de l’autoconsommation solaire une évidence, et non une exception. Parce qu’en matière d’énergie, de pouvoir d’achat et d’avenir, nous avons tout à gagner à avancer collectivement, nous vous proposons de partager la vidéo ci-dessous et de l’envoyer à vos élus.

🔲 ☆

Bureaux, logements… Et si on arrêtait (presque) de construire ?

Et si on cessait de construire ? Pour Fabrice Bonnifet, directeur du Développement durable du groupe Bouygues, cette piste n’est ni de la science-fiction, ni une régression en mode quasi-retour à l’âge des cavernes. Ce serait au contraire l’un des principaux moyens pour décarboner l’immobilier ! Comment propose-t-il de procéder ? Dans cette interview, Fabrice Bonnifet détaille la solution « haute intensité d’usages ». A travers elle, il montre de quelles manières les métiers du bâtiment et de l’immobilier se transforment progressivement pour pouvoir, demain, concevoir, rénover et proposer des bâtiments plus intensément occupés, plus partagés, plus économes et plus agréables à vivre. Il confirme ainsi que l’immobilier contributif de demain se déclinera de plus en plus autour de modèles proches des logiques de l’économie de la fonctionnalité et des services.

Pour ce sujet, nous avons donc interviewé Fabrice Bonnifet. Il est Directeur Développement Durable du Groupe Bouygues. Il est aussi président de l’association des directeurs du développement durable. Nous avons choisi de mettre l’accent sur les enjeux d’intensification de l’usage des mètres carrés. D’autres ont été volontairement oubliées (énergie, biomatériaux, écoconception, recyclage et réemploi, déchets…) ; cela ne veut pas dire que nous les considérons de moindre importance. Mais le sujet est immense ; nous avons dû faire des choix.

Pour Fabrice Bonnifet, « le premier enjeu est d’inventer les bâtiments à haute intensité d’usage »

L’interview de Fabrice Bonnifet est sur la chaîne Transitions Actions.

En complément, nous vous proposons deux exemples de bâtiments à haute intensité d’usage. Ils complètent celui utilisé dans le reportage, le centre social Unilever d’Hambourg. Le premier est à Lille. Il s’agit du Garage. Le second est une opération de réinvention d’un garage de La Défense.

Le Garage à Lille : un bâtiment hub qui intensifie l’usage des mètres carrés

Construit dans les années 1930, le bâtiment était initialement un garage automobile. Après avoir cessé ses activités, ses 30 000 m² ont été laissés à l’abandon pendant plusieurs années. En 2017, Cécile et Christophe Levyfve ont décidé de le réinventer en un lieu modulable, évolutif et en perpétuel mouvement, capable de répondre aux besoins des entreprises et d’accueillir tous types d’évènements grand public. Le site de la mairie de Lille explique leur démarche. « Partant du constat que les bureaux traditionnels sont souvent sous-utilisés en soirée et le week-end, ils imaginent un bâtiment modulable et évolutif, à la fois siège pour entreprises de nouvelle génération et véritable lieu de vie. »

L’expérience Garage d’aujourd’hui accueille désormais des entreprises résidentes, des salles de conférence, un studio de production audiovisuelle, un espace de coworking, un bar et un restaurant… Il programme également une série d’événements de toute dimension et nature : concerts, marchés, salons, soirées jeux, ateliers…

Par la diversité de ses fonctions, par la modularité de ses espaces, le Garage illustre ainsi l’une des voies pour opérationnaliser l’intensification de l’usage des mètres carrés.

Le renouvellement de la DSP stationnement Paris La Défense : l’occasion d’intensifier l’usage des parkings via des offres deux-roues augmentées de nouveaux services

Grâce à Fabrice Bonnifet, nous avons également choisi un exemple très différent : les parkings souterrains de La Défense.

Conçus dans l’ère du tout automobile, les parkings de La Défense voyaient leur taux d’occupation baisser de plus en plus au fur et à mesure que les vélos, les vélos électriques et, plus largement, les deux-roues ou les transports collectifs prenaient le pas. Le renouvellement de la délégation de service public (DSP), au début des années 2020, a donc été l’occasion de repenser ces lieux par-delà leurs seules fonctions stationnement.

Désormais confiés à Q-Park (après Indigo, délégataire depuis 2002), les parcs de stationnement de La Défense — parmi les plus grands d’Europe — doivent devenir de véritables hubs de mobilités. Le nouveau contrat prévoit ainsi de :

  • porter le nombre de bornes de recharge pour véhicules électriques à au moins 500, contre 200 auparavant ;
  • créer plus de 600 places sécurisées pour les vélos, vélos électriques et deux-roues ;
  • installer des plateformes logistiques du « dernier kilomètre » pour faciliter les livraisons urbaines.

Le Président de Paris La Défense résume ainsi le projet. « À l’heure où Paris La Défense décide de nouvelles orientations stratégiques pour le développement du territoire, nous avons souhaité engager une réflexion profonde sur l’avenir de nos parcs de stationnement… Les parkings de demain ne seront plus uniquement des lieux de stationnement mais deviendront de véritables hubs de mobilités et accueilleront d’autres usages. »

🔲 ☆

Décarbonation ! Et si l’étape 1 passait par une identité numérique modernisée ?

Cet article prolonge un précédent consacré à la proposition de créer le premier service universel dédié transitions et pouvoir d’achat. Il explore l’un des moyens indispensables pour y parvenir : doter chacun de nous d’une véritable identité numérique. Ces articles se rejoignent donc sur un même projet qui essaie de contribuer à réinventer les stratégies de décarbonation. Ce projet se fonde sur un constat, sur un principe et sur un premier moyen. Un constat tout d’abord : nous sommes en échec. Les politiques dédiées transition génèrent en ce moment plus de rejets que d’enthousiasme. Nous ne tiendrons pas les objectifs 2050. Un principe ensuite : remettre les gens au centre. Le projet propose pour cela une piste qui consiste donc à inventer le premier service universel dédié transitions et pouvoir d’achat. L’un des moyens nécessaires enfin : doter chacun d’entre-nous d’une véritable identité numérique. Pourquoi ? Pour nous donner accès à une plateforme personnalisée qui conditionne toute règle de décarbonation à la mise en place préalable de services accessibles pour tous et partout. Quelques exemples ? Conditionner l’instauration des ZFE à la possibilité de leasing véhicules électriques légers produits en Europe et de solutions de recharges associées. Ou encore taxer les énergies fossiles pour chauffer nos habitations seulement et seulement si nous disposons d’une électricité locale, bas carbone, à bon prix (autour de 15 centimes le kWh?).  Le projet envisagé consiste donc bien à ne plus fonder les politiques de décarbonation sur la seule contrainte mais sur le déploiement de solutions de décarbonation simples et budgétairement intéressante pour tous et partout.

France Connect, France Identité, Identité numérique certifiée, identité numérique de La Poste (…), nos identités numériques actuelles le permettent-elles ? Ne devrait-on pas envisager plus simple, plus ouvert, plus interopérable ? Peut-on suivre pour cela l’exemple de l’Estonie, avec X-Road, ou de la Finlande ? Pour que chacun se fasse sa propre opinion, nous avons demandé à Jean-Charles Bossard de nous éclairer.

Ses explications confirment tout d’abord à quel point une identité numérique, simple, sûre et mutualisée, constitue bien l’une des clés pour diffuser et personnaliser une plateforme de services comme elles envisagée. Elle paraît d’ailleurs tout aussi importante, par exemple pour des solutions de calcul d’empreinte carbone, qui serait plus largement utilisée, ou pour des pistes de type allocation climat.

Jean-Charles Bossard a ensuite accepté de nous livrer ses premières idées. Pour fonder un service universel dédié transitions et pouvoir d’achat, compte tenu des choix faits par notre pays, il propose d’envisager, pour notre pays, une évolution de France Identité qui ne nécessiterait plus de lire une carte physique mais qui passerait par une identification biométrique.

Le débat est lancé.

🔲 ☆

Interrogations sur le syndrome des autruches à très haut débit. Que restera-t-il des stratégies numériques publiques et des opérateurs d’infrastructures optiques dans un monde à + 3°C ?

Le Lab Numericus et ce blog, c’est un peu l’histoire d’une utopie restée utopie ; l’histoire de la quête impossible d’un Web vraiment disruptif car pensé comme l’un des moyens de développer nos capacités de réduire d’environ 5% par an de nos émissions personnelles et de réinventer joyeusement nos politiques, nos liens sociaux et nos altérités. J’ai failli écrire nos fraternités, y compris d’ailleurs avec notre environnement, c’est dire à quel point je ne suis plus de ce monde hyper-individualiste et centré sur l’égo.

Numericus, c’est aussi l’histoire de la défense de stratégies publiques et de coopérations publics – privés différentes et plus créatives car procurant de nouvelles ressources politiques pour agir et pour exister. Loin donc des industries de ces concessions, de ces AMEL et de tous ces contrats où le politique renonce de fait à nombre de ses moyens d’action au service de pilotage de contrats souvent mal négociés.

Cette utopie Numéricus importe peu. C’est évident. La question qu’elle pose reste toutefois encore sans véritable réponse. Nous sommes, tout au moins je l’espère, encore quelques-uns à attendre des lumières de la part de ceux qui décident ou qui pilotent.

Qui peut nous dire quel est le sens de la prétendue révolution numérique et, plus territorialement parlant, des projets très haut débit tels qu’ils sont mis en œuvre depuis des années, notamment pour éviter un monde à +3 ou 4°C ?

Vous, élues et élus, qui avez opté pour la délégation de presque tous vos moyens numériques pour intervenir sur vos territoires et auprès de vos administrés, pourriez-vous nous éclairer ?

Vous dirigeants des grandes entreprises opérateurs d’infrastructures, comme Altitude, Axione, Orange concessions ou XDPfibre, pourriez-vous nous le dire ?

Vous, directrices et directeurs de RIP, de cabinet d’étude ou d’entreprises prestataires, réunies ou pas dans Infranum, pourriez-vous nous dire quel est le sens de vos efforts au quotidien ?

Nous permettre de mieux recevoir Netflix en 4K ?

Nous encourager à profiter des errements de ce nouveau X made in Musk ou des addictions des plateformes sociales comme celle des lascars Tik et Tok ?

Nous inciter à passer plus de temps devant des écrans pour devenir l’autre patrie du surpoids ?

Acheter plus facilement encore plus de produits souvent inutiles qui viennent de toujours plus loin ?

Se distinguer par quelques projets intelligents ou initiatives low-tech qui restent malheureusement des exceptions sans impact à la hauteur des enjeux ?

Impacts ? Qui a vraiment mis en œuvre un véritable pilotage ex-post de tous ces objectifs brillamment greenwachés dans les rapports RSE ou dans les missions des entreprises éponymes ?

Frugalité ? Co-bénéfices ? Scope 3 ? Compensations et autres gros mots de ce type… Qui a osé ?

David, Éric, Elodie, Laurent, Stéphane, Hervé, Cyril ? Je ne suis pas sûr que vous lirez ce post mais qui sait… Je suis admiratif de vos réussites mais pourriez-vous nous expliquer ? S’il vous plaît, sans nous resservir encore et encore vos si vieilles histoires made in le monde d’hier et en parlant à vos enfants. Tu sais Juliette je vais te raconter pourquoi ce que j’ai fais sera vraiment décisif pour l’avenir.

C’est chaud non ? De plus en plus et ce n’est visiblement que le début.

🔲 ☆

Et si l’on transformait le service universel actuel des communications électroniques en service universel des transitions ?

Comme précisé dans un premier article publié à ce sujet en janvier 2023, le projet de ce Web dédié transitions vise à augmenter nos ressources et nos capacités pour concilier décarbonation et invention des modes de vie qui vont avec. En s’inspirant de l’ouvrage de Timothée Parrique (2022), il s’agit donc d’un Web à même de contribuer à une redirection graduelle de l’économie dans laquelle une partie de nos ressources, de notre temps et de nos énergies pourrait être remobilisée partiellement au bénéfice de la société, notamment au profit de solutions à valeur ajoutée sociales et écologiques. Conformément à la Stratégie Bas-Carbone Nationale (SNBC), le but consiste à tendre progressivement vers 2 tonnes de CO2 par an et par personne.

Pour cela, l’une des premières fonctions de ce Web des transitions, consisterait, d’une part, à rendre visible l’invisible de nos émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) et, d’autre part, à simplifier nos parcours de contributeurs de la transition. Le prototype esquissé prend la forme d’une plateforme mutualisée de services et d’organisations dont la fonction pourrait ressembler à celle d’une boussole capable de faciliter la découverte des chemins de ce nouveau voyage. Elle permettrait par exemple de personnaliser les parcours de bifurcations en fonction de chaque situation sociale, géographique ou économique.

Il existe nombre de technologies, de talents, de services, de projets qui cherchent à utiliser le Web pour travailler les transitions. Greentech, Tech for good, low tech, ou encore initiatives publiques, leur nombre augmente chaque jour. L’impression qui domine reste toutefois celle d’initiatives trop isolées et finalement assez loin de constituer une réponse à la mesure des enjeux actuels. Une véritable plateforme dédiée transitions resterait donc à inventer. Telle est tout au moins l’hypothèse que je défends. Pour la mettre en discussions, ce troisième article tire les leçons de nos précédentes expérimentations dans ces domaines et esquisse une piste : transformer l’actuel service universel des communications électroniques en service universel des transitions avec pour chacun de nous une identité et parcours individuel personnalisé.

Des services, mais pas de plateforme

De nombreuses ressources en ligne existent déjà. Le site Agir pour la transition, lancé par l’ADEME, propose par exemple un portail de solutions pour un quotidien plus écologique, plus sobre et plus solidaire. Le monde de la Tech est également très productif dans ces domaines. J’ai ainsi bâti une base qui recense plus de 700 entreprises qui travaillent ces enjeux. Sans prétendre à l’exhaustivité, elle permet de qualifier les principaux types de solutions déjà proposées par le monde des technologies. Je n’en rappelle que les principales : réduction de la consommation d’énergie et de ressources carbonées, efficacité et pilotage énergétique, électrification et promotion des énergies renouvelables, mobilités douces, économies circulaires, relocalisation d’une partie de la production et de l’investissement, santé et qualité de vie, formations et, plus largement, capacités à agir collectivement. Ce recensement partiel confirme la vitalité de cette Tech dédiée transitions. La gamme des leviers déjà existants s’avère déjà très importante. Ces leviers sont-ils toutefois à la mesure des enjeux ? Six raisons au moins m’incitent à répondre par la négative.

Un objectif trop vague, insuffisamment quantifié et non personnalisé. L’offre actuelle ne nous donne tout d’abord pas une vision claire, quantifiée et personnalisée de l’ampleur des efforts que chacun doit consentir (personne morale ou physique). Même si nous sommes de plus en plus nombreux à nous déclarer favorable à la cause climatique, peu d’entre nous parviennent à vraiment aligner nos modes de vie à la réalité des ressources planétaires. Th. Libaert (2020) nomme cela un biais d’autocomplaisance ; il explique que ce phénomène a été notamment mis en lumière par les travaux de l’université suédoise de Göteborg. Ceux-ci révèlent notre tendance à survaloriser nos comportements. « En clair, chacun se sent plus respectueux de l’environnement que les autres », résume Th. Libaert. Résultat : la transition reste plus une (bonne) intention qu’un projet véritablement compris, partagé et personnellement engagé.

Une approche en mode silos. Le monde des innovations aborde ensuite ce projet en mode silos : par exemple énergie pour les uns, mobilité ou économie circulaire pour d’autres… Alors que la situation exige une transformation progressive, simple et convergente de l’ensemble de nos comportements, la Tech ne propose que des actions limitées à un volet. Leur impact s’en trouve réduit.

Pas de passerelles. Ce ne serait pas grave s’il existait suffisamment de passerelles entre ces silos pour simplifier et fluidifier nos parcours transitions. La technologie le permet, mais le marché, faute sans doute d’un opérateur global, ne s’en donne pas encore les moyens. Peut-on par exemple proposer pire expérience que celle imposée aujourd’hui aux internautes qui souhaitent écologiser leurs modes de vie ? Il leur faut trouver seuls leurs solutions, se donner les moyens de les tester et de les comparer, jongler avec presque autant de connecteurs que d’entreprises, attendre que les volumes usagers soient suffisants pour faire effet. Les moyens de mutualisation ou de valorisation, par exemple de données, demeurent en outre anecdotiques ; cela réduit grandement les moyens de personnalisation des services et le passage à la grande échelle. Bref, on ne s’y prendrait pas autrement si l’on voulait, une fois encore, laisser à d’autres, dans quelques valleys par-delà les mers, le soin d’agir à la place de l’Europe ou de la France.

Un taux élevé d’exclus. Plus pénalisant encore, nombre de personnes restent de fait exclues de ces dispositifs. Fractures sociales, analphabétisme numérique, zones non ou mal desservies en matière d’accès Internet, dénis des enjeux climatiques, si les raisons s’avèrent diverses, elles convergent toutes vers un constat récurrent à chaque tentative de réforme. Écotaxe comme mouvement des Gilets Jaunes démontrent l’impérieuse obligation d’inventer une solution qui permet facilement au plus grand nombre possible d’entre-nous de comprendre nos intérêts, de trouver notre place et de nous mouvoir facilement dans ce vaste chantier transition. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Pas encore assez d’incitations, de jeux, et de mise en valeur des citoyens engagés dans les transitions. Même si la gamification prend progressivement une place accrue, tout ou presque reste à faire pour rendre amusant les chalenges des bifurcations. Où est le Pokémon GO de la transition ? Où sont les défis pour nous transformer en compétiteurs, par exemple du plus grand réducteur d’énergies carbonées, du champion du covoiturage ou des sportives de haut niveau de la mutualisation de matériels ? Qui peut encore croire qu’il est possible d’avancer sans un peu de plaisir ?

L’inverse du Living Lab Web transitions dont nous aurions besoin. Dernier point, la situation actuelle ne permet guère de réduire le poids des barrières à l’entrée pour donner aux innovateurs les moyens d’accélérer leurs recherche-développement et d’augmenter l’impact de leurs offres. Dans mes expérimentations, j’ai par exemple toujours proposé d’ouvrir gratuitement nos plateformes, comme celle décrite à Pau, à toutes les organisations qui voulaient tester leurs solutions et les coconstruire avec de vrais usagers. Mais « mes » expérimentations ne concernent au mieux que quelques centaines de personnes… Imaginez la force de cette Start-up Nation, dont on nous a un temps vaguement parlé, fonctionnant comme un pays réuni autour de la mise au point de solutions transitions ! Je suis sûr de ne pas être le seul à croire aux immenses potentialités d’un pareil laboratoire vivant.

Au final, le paysage actuel des innovations numériques dédiées transitions socioécologiques présente un véritable potentiel ; en l’état il ne semble toutefois pas en mesure de transformer notre pays en inventeurs des droits de la transition, un volet pourtant à associer de plus en plus aux droits de l’homme dont nous serions la mère patrie. Gilles Babinet (2016) le rappelle : « la radicalité de la transformation digitale peut se résumer en un seul principe : les entreprises, quelles qu’elles soient, on vocation à devenir des plateformes. C’est-à-dire à être au cœur des interactions qui leur permettent de remplir leur mission au mieux ». Or ce sont justement ces interactions, ces nouveaux modes de coopérations ou encore, par exemple, ces alliances qui restent à inventer pour donner d’effets aux solutions en ligne dédiées transitions.

Une plateforme : un écosystème dont la valeur globale des services dépasse la somme de la valeur de chacun d’entre eux considérée individuellement

Schématiquement, on peut définir une plateforme de ce type à la manière d’un écosystème dont la valeur globale des services dépasse la somme de la valeur de chacun d’entre eux considérée individuellement. Les participants d’un groupe de travail CIGREF (2019) se sont interrogés sur les caractéristiques clés d’une plateforme. Ils en distinguent trois.

Le premier vise à simplifier le parcours client pour le rendre le plus fluide possible. Il s’agit de faire en sorte que la complexité soit gérée par la plateforme et non par l’usager. Pour cela, toute plateforme doit être en mesure non seulement d’agréger un certain nombre de services, mais aussi de permettre le passage sans couture de l’un à l’autre.

Le second facteur concerne la maîtrise de la technologie, de l’algorithme et de la gestion des données ; un levier désormais bien connu. Le CIGREF rappelle également les enjeux majeurs autour de la sécurité et la confiance.

La troisième caractéristique relève de que le CIGREF nomme « l’ambition » ; le succès de projet de ce type suppose que l’on atteigne rapidement une masse critique d’utilisateurs. Dans une logique inspirée de celle du « gagnant remporte tout », il ne s’agit donc pas de rechercher une rentabilité sur le court terme, mais d’impliquer le plus possible d’usagers. L’organisation de la solution dont il ici question fonctionnerait toutefois dans une logique à l’opposé de celles des dominants qui, comme Google et Meta, sont à juste titre menacés de démantèlement par l’autorité antitrust américaine.  « Google a eu recours à des méthodes anticoncurrentielles, excluantes et illégales afin d’éliminer ou de réduire considérablement toute menace à sa domination sur les technologies utilisées pour la publicité numérique« , a récemment déclaré Merrick Garland, procureur général des États-Unis.

Le service universel actuel des communications électroniques transformé en service universel des transitions ?

C’est cette plateforme ouverte et mutualisée, adressant les principaux leviers de transition réunis dans un parcours fluide et sans couture, que j’ai essayé d’esquisser sur la base des enseignements des expérimentations réalisées. Services associés à des offres immobilières, par exemple de bailleurs sociaux ou de promoteurs, service public intégré dans un Réseau d’Initiative Publique, rhizome de solutions locales mutualisées et organisées en mode plateforme, je reviendrai dans un prochain article sur les discussions exploratoires menées à ce sujet depuis 2016. Elles se sont toutes soldées par des échecs. Les raisons de ces déconvenues sont bien entendu diverses ; je crois toutefois que la principale provient, d’une part, de l’absence d’une véritable stratégie de notre pays, et de l’Europe, et, d’autre part, de la trop grande timidité des pouvoirs publics qui refuse toujours d’endosser un nouveau rôle pour nous entrainer dans ce chantier. Faute de tel signaux, le business as usual reste la norme pour la majorité des manageurs privés et publics.

Ce sont ces tentatives et ces échecs qui m’incitent à proposer une autre voie. Elle consiste à transformer l’actuel service universel des communications électroniques en service universel des transitions avec pour chacun de nous une identité et parcours individuel personnalisé. Je reviendrai plus en détail dans un quatrième article sur les scenarii pour lancer ce service ; je préfère ici me concentrer sur ce qu’il pourrait permettre, sur ses contenus et sur ses apports. Rappelons juste que le service universel des communications électroniques permet à toute personne de bénéficier d’un raccordement fixe à un réseau ouvert au public et de la fourniture d’un service téléphonique de qualité, à un tarif abordable. Rappelons également que, depuis le 3 décembre 2020, il n’y a plus d’opérateur en charge du service universel pour ce service téléphonique. Néanmoins, rappelle l’Arcep, Orange, anciennement désigné opérateur de service universel, s’est engagé à maintenir ses offres « abonnement principal » et « réduction sociale téléphonique » qui relevaient du périmètre du service universel jusqu’en 2023.

La piste explorée ici consiste donc à réinventer ce service universel pour en faire la base d’un Web souverain dédiée transitions. Dans cette version provisoire, il s’organiserait autour de quatre piliers principaux :

  • un accès pour tous et partout à une plateforme de services ouverte aux solutions privées comme publiques,
  • un référentiel et des parcours personnalisés, omnicanaux et géolocalisés,
  • des incitations en mode jeux et des solutions de mise en valeur sociale,
  • une nation « laboratoire vivant » pour transformer les pistes d’innovations d’aujourd’hui en solutions de nos quotidiens de demain, en France et ailleurs.

Un identifiant automatiquement créé pour chacun de nous

La première condition pour réussir consiste à garantir l’accès de tous et partout à ce service. En matière d’identité, la solution adoptée par le projet « Mon espace santé » semble être une des voies à suivre pour y parvenir. La loi dite « Santé » de juillet 2019 a permis la création automatique, sauf opposition formelle de l’intéressé, d’un Dossier Médical Patient et donc d’un compte personnel associé. Tout assuré social reçoit un courrier ou un e-mail de la part de l’Assurance Maladie lui demandant d’activer son Espace santé. L’assuré dispose alors d’un délai de six semaines pour s’opposer à sa création. Sans réponse de sa part, son Espace santé est automatiquement créé.

Les enjeux associés au service universel transitions me semblent pouvoir faire l’objet de décisions similaires. Un compte serait automatiquement créé pour chacun de nous. Il donnerait accès à un parcours transition comme celui esquissé plus bas. Il serait même possible d’aller plus loin en nous dotant enfin d’une véritable identité numérique unique, sur le modèle par exemple de l’Estonie, du projet d’identité numérique de La Poste et du label France Cybersécurité. Dans la plateforme transition, mais pas seulement dans celle-ci, cette identité permettrait de disposer d’un authentifiant unique, mutualisable non seulement pour l’accès à tous les services publics (impôts, santé, collectivités territoriales…), mais aussi pour interconnecter et personnaliser les solutions proposées par le secteur privé (par exemple « Edf et moi », « Geco Air » et solutions de type Greentech retenues).

Il faudra néanmoins associer cette identité numérique ou ce compte à une solution assurant un accès à l’Internet d’une qualité suffisante. Le prochain article reviendra sur les pistes envisagées à ce sujet. À ce jour, ces discussions exploratoires se sont soldées par des échecs.

Un score transition personnalisé et géolocalisé que l’on peut suivre et piloter.

Le second facteur clé passe par la proposition d’un ensemble d’informations personnalisées et géolocalisées à même de nous fournir un cadre.Score, objectifs, indicateurs ou quota d’émissions de Gaz à Effet de Serre (GES), quel que soit le nom que l’on retiendra, l’une des briques informatives essentielles de la plateforme suppose que chacun de nous dispose d’un référentiel adapté à sa situation. Le GIEC nous en donne les bases. Celles-ci sont d’ailleurs prises en compte par la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) publiée en mars 2022 par le ministère de la Transition écologique et des Solidarités de notre pays. Pour ne pas dépasser 2°C de réchauffement, le budget CO2 de chaque terrien (hors méthane CH4 et protoxyde d’azote N20) devrait être compris entre 1,6 t et 2,8 t par an entre aujourd’hui et 2100. Or, nous sommes actuellement autour de 8 tonnes. Passer schématiquement de 8 à 2 tonnes ne relève pas de la gageure. N’avons-nous jamais réussi une réduction d’une telle ampleur ?

Je serai d’ailleurs curieux de savoir quelle est la part des Français qui ont réellement conscience de l’immensité des défis à relever. J’ai la chance d’enseigner dans plusieurs formations de l’Université de Pau qui réunissent des jeunes gens de grande qualité nés au début de ce siècle. Depuis plusieurs années, l’ensemble de mes cours comprennent des volets dédiés transitions. L’immense majorité de mes 80 étudiantes et étudiants se révèlent très sensibles à ces enjeux ; ce sont donc des moments d’échanges particulièrement intéressants. Pourtant quasiment aucun d’entre eux n’a conscience de l’ampleur des objectifs quantitatifs à atteindre. La transition représente pour eux une puissante valeur cardinale, mais une valeur qui reste quasiment ésotérique ou tout au moins encore trop désincarnée pour impulser des changements de consommation et de modes de vie à la mesure des enjeux. Telle est selon moi l’une des priorités de toute plateforme Web transitions : doter chacun de nous d’une feuille de route fondée sur des indicateurs quantifiés de réduction des GES que l’on peut suivre quasiment au quotidien.

Mais, dans ces domaines, comme sans doute dans tous les autres, la moyenne n’a pas grand sens. La situation d’un couple à très hauts revenus résident en zone métropolitaine n’a par exemple rien de comparable avec celle d’un jeune défavorisé en zone rurale. La récente étude menée par le laboratoire World Inequality Lab de l’Université­ de Berkeley­, cité par Le Monde le 31 01 2022, rappelle à quel point la crise climatique est profondément une crise des inégalités. « Alors que l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre est généré par les plus aisés, les plus pauvres et moins responsables sont les plus touchés par les impacts grandissants du dérèglement climatique. »L’étude précise que le 1% le plus privilégié émet 101 tonnes d’équivalent CO2 par personne et par an. Comme le montre cette infographie tirée de l’article du Monde, « la moitié la plus pauvre de la population mondiale endure 75 % des pertes de revenus liées aux impacts du changement climatique, tout en ayant le moins la capacité financière pour agir : seulement 3 % des capacités de financement, alors que les trois quarts sont concentrés dans les mains des 10 % les plus aisés ».

Or l’un des immenses intérêts du Web et du suivi de nos historiques en ligne est justement de nous donner à la fois, d’une part, la possibilité de personnaliser nos feuilles de route en fonction de nos modes de vie, et, d’autre part, de caler les modèles de taxation comme de récompenses associées. Les auteurs de l’étude du World Inequality Lab, citée plus haut, proposent par exemple la création d’une taxe à hauteur de 1,5% le patrimoine de ceux qui gagnent plus de 100 millions de dollars par an. Ils estiment les recettes à 295 milliards de dollars par an, ce qui correspondrait selon eux aux besoins pour limiter les impacts du changement climatique. Taxations pour les uns, aides et incitations pour les autres, quelles que soient les mesures qui seront prises, la personnalisation est en tout cas l’une des clés ; elle impose de disposer d’indicateurs dynamiques et de moyens de réduction adaptés à nos situations comme ceux envisagés dans ce service universel de la transition.

Des incitations en mode jeux et des solutions de mise en valeur sociale

Si ce service universel des transitions existait, une minorité seulement d’entre-nous en ferait toutefois sans doute un usage à impacts. Une autre partie ne l’utiliserait que pour de rares solutions. La majorité soit ne connaîtrait pas vraiment son existence, soit dénoncerait un complot ourdi en mode Big Brother et atteinte aux libertés, soit réfuterait la réalité des problèmes climatiques, tout au moins pour eux. Sans le moindre doute, il faut donc ne pas croire que la magie du service en ligne, même personnalisé et géolocalisé, suffira.

L’urgence de l’action exige au contraire de se donner les moyens d’impliquer le plus vite possible la majorité d’entre nous. Dans mes expérimentations, j’ai timidement testé les leviers jeux pour y parvenir. Même si j’ai manqué d’ambition et de créativité dans ce domaine, les résultats ont été probants. Il semble qu’il y a là une piste fertile. Le principe consisterait schématiquement, par exemple via des défis, des communautés de gamers, et des récompenses, à développer ce service universel aussi comme ce que j’appelais plus haut le Pokémon GO de la transition. Chaque levier de transition serait associé à un chalenge personnel, à des concours et à des classements entre participants. Pour franchir des niveaux, la plateforme prodiguerait des conseils et proposerait des formations ludiques pour progresser. L’impact socioécologique de chaque décision serait simulé et les championnes et champions seraient mis en valeur. Des projets de ce type existent déjà ; c’est par exemple le cas à Lhati, ville finlandaise d’environ 120 000 habitants, capitale verte européenne en 2021, qui non seulement a attribué ce qui doit être le premier quota carbone individuel au monde, mais qui incite à réduire ses émissions via un système de récompenses.

Un laboratoire vivant pour une « transition Nation »

Un Living Lab, selon Wikipédia, « regroupe des acteurs publics, privés, des entreprises, des associations, des acteurs individuels, dans l’objectif de tester grandeur nature des services, des outils ou des usages nouveaux. Il s’agit de sortir la recherche des laboratoires pour la faire descendre dans la vie de tous les jours (…) et de favoriser l’innovation ouverte, de partager les réseaux et d’impliquer les utilisateurs dès le début de la conception ». Tests grandeur nature, innovations ouvertes, implications, coopérations, hormis le chantier transition, existe-t-il beaucoup de projets d’intérêt général, dont la réussite dépend à ce point de tels facteurs ? L’idée serait donc de considérer cet écosystème service universel des transitions comme le laboratoire ouvert de mise au point et de co-construction des leviers, des technologies, des réglementations, des formations, des incitations et des lieux dédiés transitions.

On le voit, cette piste de transformation de l’actuel service universel des communications électroniques en service universel des transitions coche nombre des cases pour augmenter nos ressources collectives et personnelles. Il fournirait notamment l’un des signaux forts pour enfin engager le chantier transitions, notamment via une communauté d’organisations publiques et privées réunies dans une plateforme de plateformes. Il procurerait également l’une des bases pour inventer le ou les modèles économiques associés. Cette idée pose toutefois bien entendu nombre de questions par exemple de droit, de positionnement concurrentiel du premier pays qui dégainerait cet outil, d’acceptabilité sociale ou encore de gouvernance.  Je souhaiterais pouvoir profiter de vos avis, critiques et suggestions à ce sujet. Pourriez-vous donc prendre quelques minutes pour répondre à ce questionnaire ?

Références des ouvrages cités

Babinet G. (2016), Transformation digitale : l’avènement des plateformes. Édition Le Passeur

Bohler S. (2019), Le Bug humain, Robert Lafont

CIGREF (2019), Nouvelles stratégies de plateforme, Cigref

Libaert Th. (2020), des vents porteurs. Comment mobiliser (enfin) pour la planète ? Éd. Le Pommier.

Ministère de la transition écologique et solidaire. (mars 2020), Stratégie Nationale bas-carbone. La transition écologique et solidaire vers la neutralité carbone. Lien de consultation

Parrique T (2022), Ralentir ou périr – L’économie de la décroissance – Ed Seuil 2022

🔲 ☆

Un Web des vrais changements ? Les principaux enseignements d’une expérimentation « ressources en lignes dédiées transitions ».

Peut-on inventer ce Web des vrais changements objet du premier article introductif ? Ce second volet présente la première expérimentation lancée à ce sujet en 2014 ; elle résume ses principaux résultats après 8 ans de fonctionnement. Elle confirme la faisabilité technique du projet ; elle qualifie un modèle économique et montre les bons retours des bénéficiaires. Ce premier test entrouvre ainsi une voie pour inventer un métier de fournisseur de services en ligne dédiés transitions. Mais elle pointe toutefois aussi de véritables limites. Le bilan est par exemple peu probant en matière de décarbonation et de réduction des émissions. Il s’avère même mauvais côté résilience ; nous ne sommes par exemple pas parvenus à intensifier les coopérations en mode pair à pair entre usagers. Ces enseignements contrastés incitent donc à aller plus loin pour tenter de contribuer à l’invention de ce Web des transitions. Ce sera l’objet du troisième article à venir.

Dans un premier article introductif, j’ai présenté les bases sur lesquelles se fonde mon travail consacré à l’expérimentation d’un Web dédié transitions. Je les rappelle brièvement.

La première correspond à une conviction de plus en plus partagée : le Web dominant d’aujourd’hui n’est pas disruptif. Il renforce au contraire les modèles du monde d’hier dont chacun mesure les impasses.

La seconde explore la piste d’une autre croissance à même de nous faire grandir en développant de façon progressive nos capacités pour concilier réduction d’au moins 5% par an de nos émissions personnelles, réinvention des liens sociaux, et plaisir de vivre.

Pour y parvenir, la troisième postule qu’il sera difficile de réussir sans disposer de ressources en ligne performantes et non dépendantes de plateformes des champions du Web d’aujourd’hui. L’enjeu consiste bien à mettre la transition numérique au service de la transition écologique.

Un prototype pour expérimenter un métier de fournisseurs d’accès à des services transitions

Loin donc de toute certitude dogmatique, et en reprenant la formule de Corinne Morel Darleux (2020), « à la manière de ce que l’on saisit par l’épreuve (…) ; l’épreuve qui permet de juger la valeur d’une idée, d’un paysage, d’une relation », j’ai choisi de mettre en expérimentations cet Internet des transitions au travers de quelques projets dont je suis l’un des co-auteurs. Le premier a été lancé en 2014. Son objectif consistait à qualifier la faisabilité technique ou socio-économique des développements préalablement prototypés et à mesurer à la fois les réactions des publics ciblés et les effets des solutions mises en tests.

Toutes expérimentations supposent des règles. Le protocole mis en place se fonde sur une série d’hypothèses et de choix méthodologiques.

La première de ces hypothèses postule que les transitions ne peuvent pas massivement réussir sur les seules bases de l’action d’organisations centrales, de la loi ou de la surveillance. Il faut impérativement parvenir à transformer le plus grand nombre possible d’entre nous en contributeurs actifs et en inventeurs de nos propres solutions.

La seconde estime que cette première condition ne peut être remplie en mode seulement contraintes. Elle incite au contraire à travailler des bifurcations heureuses perçues comme de véritables plus-values par le plus grand nombre d’entre nous. Ph Bihouix (2019) écrit juste quand il affirme que la transition doit créer immédiatement du bonheur pour un maximum de personnes.

La troisième brique relève de la méthode. Celle-ci a consisté à tester les précédentes hypothèses à travers une première série de réalisations lancées pour de véritables clients et de vrais bénéficiaires. En se positionnant sur les échelles et les temps du quotidien, il s’agissait de mesurer les performances de dispositifs numériques cherchant à nous transformer progressivement en acteurs engagés dans les transitions.

L’une de nos principales pistes de départ en 2014 défendait la nécessité d’inventer une nouvelle manière d’habiter en augmentant le lieu de vie et de travail, et son environnement physique et digital, d’une plateforme de services pour une transition choisie, ludique et stimulée. Comme il existe aujourd’hui des fournisseurs d’accès Internet, l’intuition initiale incitait à tenter de modéliser un métier de fournisseurs d’accès de services transitions.

La première éprouvette : une plateforme dédiée parcs d’activités

La première expérimentation a eu lieu dans le parc d’activités Pau Cité Multimédia (environ 1300 salariés résidants – 9 bâtiments tertiaires) géré par la Société d’Économie Mixte (SEM) Pau Pyrénées. Cette Société Anonyme, à capitaux majoritairement publics, est à la fois promoteur et gestionnaire immobilier. Dans ce parc d’activités, la SEM souhaitait faire évoluer ses offres et diversifier ses métiers pour enrichir la vie des usagers au travail et pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la zone. Le projet a été pensé et conçu en 2014, lancé en 2015 ; il fonctionne toujours en 2023.

Les lignes directrices de ce projet expérimental peuvent se résumer en quelques convergences que nous estimions alors indispensables pour réussir. Elles sont synthétisées dans la figure suivante et présentées plus avant.

Figure 1. Le dispositif Zone d’activités as a Services (ZaaS) expérimenté depuis 2015

Se doter de ressources réseaux dédiées transitions

Dans une logique proche de celle des communs, compris comme des ressources partagées, cogouvernées par leurs communautés d’utilisateurs selon des règles qu’ils ont déterminées, le premier de ces leviers consistait à se doter d’un patrimoine réseaux numériques dédié transitions. Il s’est tout d’abord organisé à partir d’un réseau fibre optique. Ce dernier a été simple à mettre en place : il a repris et étendu des infrastructures réseaux gardées en pleine propriété par la SEM dès l’aménagement de la zone en 2001. Cet ensemble de fourreaux, de câbles optiques et d’équipements actifs doublait les infrastructures réseaux dévolues aux opérateurs du marché. Ce LAN (Local Area Network) propriété de la SEM, interconnecté au projet de l’agglomération paloise, nous permettait ainsi de disposer de moyens maîtrisés, peu coûteux et évolutifs, pour à la fois interconnecter les 9 bâtiments, relier les capteurs dédiés gestion de l’immobilier (pilotage énergie notamment), et déployer les services en ligne proposés aux résidents (wifi mutualisé, plateforme de services WeekMeUp, interconnexion avec le data centre de la zone…).

Des ressources réseaux qui intègrent la collecte et la valorisation des données

Dès l’origine du projet, nous avions une vision étendue de ces communs et de ces ressources réseaux dédiées transitions. Pour l’équipe, elles devaient notamment s’étendre aux datas. Il a donc été décidé que les identifiants, les données, comme tous les indicateurs ou historiques de navigation en ligne devaient, tout d’abord, rester la propriété du projet pour des utilisations correspondant à ses finalités, et, ensuite, être mutualisés entre les partenaires. La plateforme a donc été développée dès 2015 en mode connecteur unique et API entre applications ou services proposés par des partenaires différents. Il s’agissait de simplifier l’expérience usager, de favoriser la valorisation des données collectées et de ne dépendre d’aucun algorithme pour afficher tel ou tel contenu. Ce second point, intégré dans l‘ensemble des contrats, n’a posé ni difficultés techniques ni problème particulier entre partenaires.

WeekMeUp, une plateforme de services dédiés relocalisation et qualité de vie au travail

Le troisième des leviers expérimentés s’adressait aux entreprises résidentes et, plus encore, à leurs collaborateurs. Il a pris la forme d’une application (et Web App), nommée WeekMeUp téléchargeable sur Android et IOS. Il s’agit d’une plateforme de services, réservée aux résidents, accessible via un identifiant et un mot de passe. Pour ce volet, nous avons décidé de ne pas développer une solution en partant de zéro, mais de collaborer avec LoungeUp, une jeune pousse qui lançait alors une première version de sa plateforme dédiée gestion de la relation client et offre de services hôteliers. Nous avons quasiment fait un tour de France pour trouver un partenaire à ce sujet. La solution LoungeUp est celle qui nous a séduit. Elle permettait en effet, sans compétences en code, de personnaliser les modules, les services comme les accès, selon nos besoins. Nous avons eu en outre la chance de collaborer les deux fondateurs de l’entreprise, Mathieu Pollet et Lionel Tressens, dont les qualités humaines, l’écoute et les compétences techniques ont été pour beaucoup dans le succès de cette étape. Il a bien sûr fallu compléter cette première brique par des développements spécifiques. Ils ont été réalisés par Nicolas Ader fondateur de l’agence Web  MiddleWeb. Ils ont porté par exemple sur le lancement d’une boutique E-commerce filières courtes, d’une plateforme dédiée organisation en mode pair à pair entre salariés de covoiturages domicile – travail, ou encore de moments sportifs, loisirs, culturels ou sportifs. L’ensemble a été codésigné avec plusieurs groupes de chefs d’entreprises et de salariés du parc d’activités.

La plateforme déployée est de type omnicanal. Les usagers peuvent indifféremment l’utiliser grâce à différents moyens, numériques comme physiques : mail, messagerie, Sms, application et web application, mais aussi téléphone et échanges en face à face avec le personnel de l’accueil du parc d’activités. L’hybridation de ce lieu a d’ailleurs été un facteur clé du projet. Progressivement, de quasiment simple comptoir de courrier, il est devenu à la fois conciergerie, point de livraison des commandes passées sur la boutique filière courtes ou encore, par exemple, centre d’informations et de relations entre résidents du parc d’activités. Les personnels de ce lieu ont été formés pour prendre directement en charge les opérations de E-mailing, la gestion des contenus des écrans interactifs déployés dans les entrées d’immeubles, les commandes et les relations avec les fournisseurs et partenaires locaux.

Le déploiement de la plateforme est effectif depuis 2015. Sur les 1300 résidents du parc d’activités, un millier l’utilise régulièrement. La gestion complète des contenus et des données est assurée directement par la SEM. Plus de 50 agriculteurs, producteurs locaux, commerçants voisins, prestataires de services ou encore par exemple associations proposent leurs services sur la plateforme. La crise sanitaire des années 2020 et 2021 n’a d’ailleurs pas significativement fait baisser ce taux d’utilisation. La majorité des salariés en télétravail ont continué à utiliser la plateforme depuis leur domicile.

Un dispositif de pilotage des consommations d’énergie des bâtiments

Le dernier levier expérimenté ciblait la performance énergétique des bâtiments via une solution de pilotage des consommations d’un panel de bâtiments du parc d’activités. Le but consistait également à tester les effets, sur les comportements des résidents, d’un dispositif d’affichage des consommations desdits bâtiments sur les écrans interactifs déployés pour partie à cet effet dans les espaces communs de chaque entrée.

Ce volet, contractualisé avec une startup toulousaine spécialisée, peut être qualifié d’échec. Les principales raisons sont de natures diverses.

Techniquement, l’ensemble des points de comptages (compteurs, compteurs sous-divisionnaires…) des immeubles sélectionnés ont pu être rendus communicants, y compris les plus anciens (2001). Toutefois, la mise en lien automatique entre tous les points de relevés et les données des fournisseurs d’énergie (gaz, électricité, eau…) a été particulièrement longue et fastidieuse. La solution de publication automatique des consommations d’énergie sur les écrans interactifs de chaque entrée d’immeuble n’a même jamais pu être mise en place.

Fonctionnellement, l’ergonomie de l’interface du portail de pilotage proposée semble plus destinée à des spécialistes qu’à des gestionnaires généralistes, comme ceux d’un gestionnaire de parc d’activités. Les formations organisées n’ont pas permis de résoudre ce problème. Même l’équipe de spécialistes prestataires de maintenance, présente sur site, a très peu utilisé la solution. Doublons des logiciels de GTB fournis par les constructeurs des matériels avec ceux de la solution, équipements du début des années 2000 non pilotables à distance, peut-être aussi incitations faibles pour les techniciens en charge à sortir de leur zone de confort, les raisons de cette faible utilisation sont diverses. 

Plus grave, les remontées d’alarmes, par exemple en cas de consommations anormales, ont mal fonctionné. Les promesses initiales d’économies de consommation de 10 à 13% sur les deux premières années n’ont pas été tenues. C’est donc l’ensemble du modèle économique de la solution qui a été mis à mal.

Ce volet énergétique, qui figure parmi les leviers clés de toute transition, reste donc en chantier.

Une plateforme propriété des résidents de la zone, un modèle en communs

La Sem Pau Pyrénées a habilement souhaité que l’ensemble du dispositif déployé reste sous le contrôle direct des usagers du parc d’activités. Elle a donc proposé au conseil de l’association syndicale dudit parc d’intégrer le volet plateforme de services et le volet Wifi dans son patrimoine et dans ses charges. Cette association réunit l’ensemble des entreprises résidentes. La période de test ayant montré l’excellent retour de leurs collaborateurs, la proposition a été facilement acceptée par le Conseil, puis validée par l’Assemblée Générale. Elle est depuis renouvelée annuellement par cette même assemblée générale. Ce modèle « communs » définit donc un modèle économique, simple et mutualisé, dans lequel les charges inhérentes à la plateforme sont refacturées à chaque entreprise résidente sur une base de tantièmes, classique en immobilier.

Le volet pilotage énergétique des bâtiments a lui été pris en charge par la SEM, es qualité propriétaire, sur la base de la promesse de la jeune pousse toulousaine qui commercialise la solution. Les investissements et l’abonnement au service devaient être couverts par les économies d’énergie générées par le pilotage. Comme rappelé plus haut, en plus de 5 ans d’exploitation, cela n’a jamais été le cas.

Le bilan à date : une solution à valeur ajoutée, mais pas encore un véritable levier de bifurcation

Le bilan de ces huit années de fonctionnement oscille donc entre résultats positifs et leçons à tirer sous la forme de points d’efforts à travailler pour les prochaines réalisations. Les uns comme les autres sont résumés dans les tableaux qui suivent.

Le premier ce ces tableaux montre le bon accueil réservé par les usagers du parc d’activités ainsi que la large adhésion de nombreux partenaires locaux. Il pointe toutefois les limites du périmètre projet.

Le millier d’usagers mobilisés reste faible pour développer un algorithme à même de personnaliser les services. Cela reste un projet bien plus small que big data. Et la qualité des personnels du lieu « accueil – conciergerie – lieu de livraison » ne permet pas de compenser suffisamment cette limite par des relations humaines pourtant incontestablement augmentées entre le gestionnaire du parc et les salariés de la zone. Tous les projets, que j’ai suivis depuis plusieurs années, entérinent cet enjeu de massification rapide des solutions.

Le second enseignement confirme la faisabilité à la fois technique et économique du projet. Il pointe en revanche l’échec des expériences de géolocalisation et de personnalisation des messages menées sur la base de balise beacons.

Le troisième enseignement issu de ce projet prouve l’intérêt de maîtriser les données collectées ou produites dans et par la plateforme. Il montre toutefois notre relative timidité en matière de valorisation.

La quatrième des conclusions issues de cette expérience pointe sans doute l’un des principaux points d’efforts à travailler. Il m’incite à penser que la solution que j’ai proposée relève plus d’une plateforme de relocalisation partielle des consommations que d’une plateforme véritablement de transitions.

Parmi les causes pour expliquer cette limite, l’une tient sans doute à la faiblesse des échanges directs entre salariés. Trois modules de services ont été pourtant désignés avec les panels d’utilisateurs mobilisés : le premier propose un site de type Leboncoin du parc d’activités qui permet de donner, échanger ou vendre des produits entre résidents dans une logique d’économie circulaire ; le second offre des solutions de covoiturage domicile travail ; le troisième facilite l’auto-organisation d’activités, par exemple sportives et culturelles, directement entre résidents. Tous trois ont fonctionné de manière correcte, mais ne représentent que relativement peu d’échanges, notamment en regard des offres plus commerciales. 

La performance « pair à pair » de la plateforme reste donc médiocre. Les usagers restent davantage des consommateurs que des contributeurs ou que des coopérateurs. Je n’ai pas trouvé les bons leviers pour qu’ils se dotent, via les liens sociaux simplifiés par la plateforme, de nouvelles ressources ou encore, par exemple, pour que le parc d’activités devienne collectivement plus agile. Ces conditions semblent pourtant indispensables pour augmenter nos capacités de résilience.

Entre enseignements positifs et limites avérées, cette première expérience constitue, avec d’autres, une première étape pour tenter de contribuer au développement de ce que je nomme un Web des transitions. Greentech, Tech For Good, projets à impact, ou encore, par exemple, initiatives publiques, de nombreuses solutions existent déjà dans ce domaine. Il me semble pourtant qu’elles ne proposent pas encore une réponse à la mesure des défis sociaux, climatiques et économiques. Il me semble même que, notamment faute de principe organisateur à même de leur donner plus d’effets, LE projet n’existe pas encore. C’est ce projet que nous explorons dans le troisième article de cette série.

Références des ouvrages cités

Bihouix Ph. (2019), Le Bonheur était pour demain, Rêveries d’un ingénieur solidaire, Ed. Seuil.

Morel-Darleux C. (2020), Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce – Réflexions sur l’effondrement. Ed. Libertalia.

❌