Tout d’abord, quelques nouvelles de topologie astrale. J’ai traité à ce jour les 513 demandes reçues. Et, en retour, j’ai reçu 64 notes. D’où le constat évident que quelque chose ne va pas. Car, rappelons que j’ai conçu cet outil dans le but d’éviter de recourir à un horoscope qui demande des années de formation pour être interprété correctement. Les astrologues de tout poil ont donc encore de beaux jours devant eux en termes de clientèle potentielle. Ce n’est pas l’outil de topologie astrale qui viendra leur faire de l’ombre et nuire à leur business. Ainsi, dans cette nouvelle chronique, j’oublie l’astrologie occidentale pour me consacrer à la cosmologie Maya. Car, lorsqu’il s’agit de découvrir son mode de fonctionnement interne, cette cosmologie peut s’avérer être d’un grand secours. L’énorme avantage par rapport à la topologie astrale, c’est que l’on a juste besoin de connaître le jour, le mois et l’année de naissance. Rien d’autre. De plus, on peut faire les calculs à la main sans recourir à un site internet. Dernière chose pour ceux qui suivent mon travail avec Tommi Jack’s sur la musique au diapason de l’eau à 429,62 Hz. Si vous avez lu le preprint de publication scientifique (https://www.preprints.org/manuscript/202401.1231/v1) qui vient d’être accepté pour publication dans le Journal of Humanities and Social Sciences, Vol. 7, Issue 2. Ce journal étant en Open Access complet, l’article sera téléchargeable gratuitement sans avoir à être abonné. L’inconvénient est qu’il faut maintenant réunir 1500 $ pour pouvoir payer les frais d’édition et de mise en ligne sur internet. J’en reparlerai plus loin.
Existence de deux dimensions temporelles
Dans cet article, je confirme, grâce à la théorie des groupes, ce que les peuples Amérindiens avaient déjà pressenti. À savoir qu’il existe deux types de temps. Tout d’abord, le temps des horloges basé le découpage d’une année en 12 mois. Ces mois contiennent une quantité définie de jours, chaque jour étant découpé en 24 heures. Enfin, chaque heure est elle-même formée de 60 minutes et chaque minute de 60 secondes. Depuis la réforme du temps par le pape Grégoire XIII au XVIᵉ siècle, le monde occidental, technologique et guerrier utilise, grâce à l’invention de la montre mécanique, le calendrier dit « grégorien ». Ce fut le moment où les esprits dits « cultivés » adoptèrent la référence dite « 12:60 »avec 12 mois dans l’année et 60 minutes par heure. Parallèlement, ceci coïncida avec la mutation de notre biosphère en technosphère. D’un point de vue astronomique, cela signifiait aussi que le mouvement du Soleil prenait le pas sur le mouvement de la Lune, qui était, auparavant, utilisé de manière massive par les agriculteurs et autres « sauvages » non civilisés qui étaient totalement incapables de fabriquer des montres. Eux, se fondaient sur les différentes phases de la Lune, impliquant un calendrier solaire-lunaire de treize lunes de 28 jours dans une année. Ces 28 jours de la lune représentaient une moyenne entre le cycle synodique (29,5 jours) et le cycle sidéral (27,3 jours), et correspondaient au cycle menstruel féminin. Ainsi, avant l’An 3000 avant notre ère chrétienne, le masculin (Soleil) et le féminin (Lune) vivaient en harmonie, se reconnaissant l’un l’autre en osmose avec des forces naturelles et non artificielles.
Parmi tous ces peuples dits « indigènes », on trouvait un peuple dont l’intention était de léguer à l’humanité un instrument mathématique pour contribuer à son évolution consciente. Cet instrument est leur formule du temps, fondé sur une référence dite « 13:20 », pour 13 tons galactiques et 20 fréquences solaires. Autrement dit, à côté du temps des horloges référencé par le code « 12:60 », qui règle les mouvements spatio-temporels, on savait qu’il existait également, un temps biologique de la conscience référencé par le code « 13:20 ». Cette seconde dimension temporelle de la conscience présente la caractéristique essentielle d’être basée, comme pour la musique, sur des nombres entiers et sur la notion de fractale. C’est-à-dire sur un ensemble de cycles entrelacés qui se répètent et s’étendent à l’infini sur différents niveaux unissant le microcosme au macrocosme.
C’est à ce niveau que la physique théorique moderne confirme cette nature duale essentielle du temps. Puisque comme on l’explique dans l’article qui va être publié sur la musique et l’eau, les équations de Maxwell qui gouvernent les propriétés des ondes électromagnétiques (et donc de la lumière) sont invariantes sous l’action du groupe de symétries SO(4,2). Dans ce symbolisme mathématique rigoureux, le chiffre ‘2’ concerne directement la notion de temps : un temps mécanique pour la matière et un temps biologique pour la conscience existant dès qu’il existe de l’eau dite « morphogénique ». Quant au chiffre ‘4’, il concerne la notion d’espace avec trois dimensions (gauche/droite, devant/derrière, haut/bas) pour les réflexions, translations et rotations, auxquelles s’ajoute une dimension permettant d’aller du microcosme au macrocosme et vice-versa, via des opérations de dilatation/contraction.
Typologie Maya (TM)
Il découle logiquement de ces considérations que la topologie astrale, référencée sur le code « 12:60 » masculin ou Yang, ne suffit pas pour saisir toute la complexité fractale d’un être humain conscient. Il est impératif de le coupler avec le code Maya « 13:20 » féminin ou Yin, utilisé depuis des millénaires. Cela amène, bien sûr, à réconcilier science moderne matérielle et science antique spirituelle. Comme le code Maya « 13:20 » est largement ignoré dans notre société moderne occidentale, il est peut-être temps de le réhabiliter et surtout de montrer comment il fonctionne. Notons, pour commencer, que comme on oublie le code technique « 12:60 », plus besoin de connaître l’heure exacte de naissance. Ceci est bien sûr un grand soulagement, car il s’agit du talon d’Achille de l’astrologie conventionnelle. Sans une heure de naissance exacte, pas de calcul d’ascendant possible, et risque élevé de se tromper dans l’analyse. Parce que, lorsqu’une femme accouche, elle a autre chose à faire que regarder sa montre. Il revient donc au personnel qui assiste l’accouchement de penser à regarder une horloge lorsque le bébé est complètement sorti du ventre maternel. Mais, l’on pourrait très bien aussi envisager que l’heure de naissance corresponde au moment précis où la tête de nouveau-né pointe à l’air libre. Ou bien, l’heure du premier cri ou de la première respiration autonome du bébé. Et, ne parlons pas des accouchements à problèmes où le personnel, pris dans l’urgence, oublie de noter l’heure exacte…
Par conséquent, premier avantage décisif d’une TM : on se contrefiche de l’heure de naissance. Votre conscience existait avant la naissance et persistera après la mort du corps physique. Et, comme, il y a cette fractalité qui se moque de l’échelle, elle ne peut être que de nature cosmique et universelle. D’où, le deuxième avantage : on se moque éperdument du lieu de naissance… Ne reste que le jour, le mois et l’année de naissance du calendrier Grégorien (code « 12:60 ») qui peuvent aisément être convertis dans le calendrier Maya (code « 13:20 »).
Existence de 13 tonalités
D’un point de vue du code « 13:20 », on appelle « kin » un nombre compris de 1 à 260, calculable selon des règles mathématiques rigoureuses. Ce kin fait référence à ce que l’on appelle un « holon » qui peut être une structure matérielle pérenne (personne, planète, étoile…), ou temporelle (jour, année, siècle…). Mais, tout d’abord, notons comment le code Maya « 13:20 » se retrouve dans un être humain via l’existence de 13 articulations majeures et de 20 doigts. L’idée première est que ce code s’applique aussi à toute structure matérielle pérenne. Chaque tonalité représente donc un pouvoir que chaque personne détient pour accomplir sa mission. Ce pouvoir détermine la façon d’agir de chaque holon, et son comportement relationnel avec les autres holons.
Ainsi, la tonalité #1 dite « Magnétique » (un seul point) donne l’action d’attirer dans le but d’unifier. La tonalité #2 (deux points successifs) dite « Lunaire » permet de polariser et de stabiliser, tandis que la troisième, dite « électrique » (trois points successifs) permet d’activer et d’unifier. La tonalité #4 dite « Auto-existante » (4 points consécutifs) est liée à l’action de mesurer afin de pouvoir définir, tandis que la cinquième dite « Harmonique » (un trait) autorise la prise de pouvoir, le commandement. Pour la tonalité #6 dite « Rythmique » (un trait surmonté d’un point), elle autorise à organiser dans le but d’atteindre un équilibre. La septième tonalité, dite « Résonnante » (un trait surmonté de deux points) canalise et inspire, alors que la huitième tonalité #8 dite « Galactique » (un trait surmonté de trois points) harmonise et modélise. La tonalité #9, dite « Solaire » (un trait surmonté de 4 points) permet de pulser et de réaliser, alors que la dixième tonalité, dite « Planétaire » (deux traits superposés), cherche à perfectionner et à produire. S’il est possible de produire, il faut aussi logiquement pouvoir dissoudre et s’abandonner. D’où une onzième tonalité (#11) dite « Spectrale » (deux traits superposés et surmontés d’un point). Reste alors la douzième tonalité (#12), dite « cristal » (deux traits superposés et surmontés de deux points) pour dédier et universaliser. Puis, enfin, la dernière et treizième tonalité (#13) dite « Cosmique » (deux traits superposés surmontés de trois points) qui permet de confronter et de transcender.
Existence de 20 Archétypes et 260 kins formant le « Tzolkin »
Ces treize tonalités sont censées représenter toute la cosmogénèse, ou comment fut créé notre Univers. Ce sont les différentes formes d’énergies qui donnent la vie. Comme le montre la figure ci-dessous, on peut les considérer comme faisant partie d’une roue à 13 dents animée d’un mouvement de rotation. Cette roue s’appuie sur une seconde roue dentée plus grande, car formée de 20 archétypes ou « glyphes solaires ». Ces archétypes représentent le cycle de respiration du Soleil sous la forme de deux flux. Un premier flux ancrant galactique-karmique (inhalation) où l’énergie circule de Pluton à Mercure, c’est-à-dire de la tribu du Soleil (0) à la tribu de la Lune (9). Suivi d’un second flux solaire-prophétique (exhalation) où l’énergie est renvoyée à Mercure et Pluton. Glyphes allant de la tribu du chien (10) à la tribu de la tempête (19). D’où la génération de 13×20 = 260 pulsations symboliques regroupées sous la forme d’une figure représentant la dynamique de l’énergie universelle. Cette figure binaire et symétrique représentée en bas, à gauche et appelée « Tzolkin » (« tzol » = compte et « kin = jour »), contient deux flux énergétiques de 26 unités chacune codées en vert appelés « portails d’activation galactique ». Ce compte des 260 kins est aussi codifié dans les 9 mois ou lunes (9×28=260) de gestation lors de la reproduction humaine. Ce Tzolkin se synchronise parfaitement, tous les 52 ans, avec le calendrier solaire-lunaire dit des « 13 lunes ».
Dans ce calendrier, le cycle majeur des rythmes naturels est celui de la Terre autour du Soleil (365 jours), mesuré comme 13 lunes de 28 jours (soit 364 jours) plus un « jour hors du temps ». Chaque Lune de 28 jours se divise en 4 semaines parfaites de 7 jours (soit 52 semaines en une année). L’année est aussi divisée en 4 saisons de 91 jours chacune. Ce calendrier, utilisé dès l’Antiquité, considère le lever héliaque de Sirius pour marquer le début de l’année, ce qui correspond au 26 juillet de l’année grégorienne. Il diffère du calendrier Grégorien qui démarre le premier janvier et possède des unités irrégulières avec 12 mois de 28 (parfois 29), 30 et 31 jours selon la date.
Existence de 20 Ondes enchantées et de 5 cellules du temps
Comme tout pulse dans l’univers, on peut aussi voir le Tzolkin comme une entité pulsant selon un rythme de 13 unités constituant ce que l’on appelle une « onde enchantée ». Comme il y a 260 kins dans le Tzolkin, ce dernier est composé de 260/13 = 20 ondes enchantées que l’on peut nommer à partir du glyphe de tonalité magnétique, commençant l’onde. L’expression la plus petite d’un kin est d’un jour et d’une nuit. D’où le fait que la durée minimale d’une onde enchantée est de 13 jours. L’année peut aussi être considérée comme une onde enchantée où chaque kin représente une lune de 28 jours puisque 13×28 = 364. Le jour manquant est appelé « jour hors du temps ». C’est le facteur +1 (365 = 364 + 1) qui transforme le cercle en spirale autorisant mouvement et évolution. On appelle « trajectoire harmonique » un cycle de 20 kins allant du Dragon au Soleil et correspondant à chacune de 20 colonnes du Tzolkin. Dans chaque trajectoire harmonique, on peut identifier 5 cellules temporelles ou « harmoniques » (5 = 20/4) qui sont des cycles de 4 kins allant de la couleur rouge (Est, création, naissance) à la couleur Jaune (sud, expansion, floraison). Entre la couleur rouge et la couleur jaune, on trouve tout d’abord la couleur blanche (nord, stockage) suivie de la couleur bleue (ouest, manifestation, transformation). La couleur verte est un autre facteur +1 qui permet la dissolution afin de pouvoir repartir sur un nouveau cycle de couleurs. Compte tenu de l’existence de 13 tonalités, il y a 65 = 13×5 harmoniques, qui organisent les 20 glyphes avec le pouvoir de « l’auto-circulation ». Chaque cellule du temps a une fonction bien précise et représente une partie du corps humain :
On peut également envisager les cinq familles terrestres qui partagent un même code. Il y a ainsi la famille « Portail » qui correspond au pôle Sud et, chez l’être humain, au chakra racine. Cette famille transmet au centre de la Terre l’information magnétique qu’elle reçoit du centre de la galaxie. Ces kins (KAN, MULUC, IX, CAUAC) ont la fonction d’ouvrir les portes et les années. Puis, vient la famille « Polaire » (pôle Nord, et, chez l’être humain, chakra Couronne) qui reçoit l’information du centre de la Terre et la déverse en surface (CHICCHAN, OC, MEN, AHAU). La famille suivante est la famille « Cardinale » (IMIX, CIMI, CHUEN, CIB) qui représente l’hémisphère nord, et, chez l’être humain, le chakra de la gorge. Cette famille transmet l’information à la famille « Centrale » (IK, MANIK, EB, CABAN). Cette dernière famille représente l’Équateur et, chez l’être humain, le chakra du cœur. Son rôle est de transformer et de reconduire l’information reçue. Enfin, la dernière famille « Signal » (AKBAL, LAMAT, BEN, ETZNAB), distille et renvoie l’information dans la galaxie. Elle correspond à l’hémisphère sud et, chez l’être humain, au chakra du plexus solaire.
Existence de 4 clans ou chromatiques
Si l’on considère un classement par couleur, on peut définir quatre clans ou quatre chromatiques. Ainsi, on a le clan du Feu ou chromatique jaune (AHAU, CIB, EB, LAMAT, KAN) qui mûrit la floraison. Chez l’être humain, ce clan correspond à la main droite. C’est ainsi qu’au travers du pouvoir de la floraison, le Feu peut devenir Sang. Ce clan du Sang, ou chromatique rouge (CHICCHAN, IMIX, CABAN, BEN, MULUC), correspond, chez l’être humain, au pied droit. Cette race rouge a pour rôle d’initier la naissance d’une vérité. C’est ainsi qu’au travers du pouvoir de l’eau universelle, le Sang devient la Vérité. Ce clan de la Vérité ou chromatique blanche (IK, CIMI, OC, IX, ETZNAB) affine l’esprit. Il correspond, chez l’être humain, à la main gauche. Ainsi, au travers du pouvoir de l’intemporalité, la Vérité peut fuser dans le ciel. D’où le dernier Clan du ciel ou chromatique bleue (MEN, AKBAL, MANIK, CHUEN, CAUAC) qui transforme l’abondance, et correspond, chez l’être humain, au pied gauche. Par conséquent, au travers du pouvoir de l’auto-génération, le Ciel redevient Feu et le cycle recommence sans fin.
Calcul de son kin de naissance
Ce qui précède montre que la cosmologie Maya établie sur le code « 13 tonalités : 20 archétypes » place l’être humain de nature terrestre dans un ordre cosmologique qui est simultanément très sophistiqué, logique et naturel. Il nous reste maintenant à exploiter les deux tables données dans la figure ci-dessus et qui permettent, d’accéder, très facilement, à son kin de naissance, moyennant la donnée d’une date. Comme j’ai déjà réalisé et discuté de la topologie astrale de Mozart dans la chronique n° 81, je reprends le même personnage pour établir sa typologie Maya. Je rappelle que Mozart est né le 27 janvier 1756. Peu importe où et à quelle heure. La première chose à faire est d’utiliser la table notée Réf. 1 en cherchant l’année de naissance. Comme la table débute en 1910 et s’achève en 2065, on utilise ici l’existence d’un cycle infini ayant une périodicité de 52 ans. Par conséquent, partant de 1756, je trouve 1756 + 52 = 1808, puis 1808 + 52 = 1860 pour finir à 1860 + 52 = 1912, année qui figure dans la table Réf.1 avec un coefficient de 12. Passons maintenant à la table notée Réf.2. Le mois de janvier y figure avec un coefficient nul, soit un total de 12 + 0 = 12. Pour finir, ajoutons à ce sous-total le jour de naissance. On obtient ainsi le kin : 12 + 27 = 39. Notons que si, d’aventure, on avait atteint un total supérieur à 260, il aurait suffi de retrancher du total la valeur 260 pour arriver à un nombre compris de 1 à 260.
À présent, on se réfère au Tzolkin et l’on cherche où se trouve le kin 39. On constate alors qu’il est situé sur la ligne de la « Tempête bleue » (CAUAC) doté d’une tonalité symbolisée par un double trait surmonté de trois points de type « cosmique ». Une traduction possible de ce kin #39 appelé « Tempête bleue » peut être fournie par les tableaux de la figure ci-dessous :
Interpréter son kin de naissance
En effet, chaque tonalité possède trois mots-clés signifiant son pouvoir, son action et son essence. De même, chaque glyphe possède également trois mots-clés associés à son action, son essence et son pouvoir. Enfin, chacune des cinq cellules temporelles possède son mot-clé, visible à gauche de la table des mots-clés des glyphes. Notons, qu’en dehors du glyphe identité (ici « Tempête bleue), il existe par ailleurs un glyphe « guide », obtenu en consultant la table en haut et à droite intitulée « glyphe guide ». Ainsi, à l’intersection de la ligne « Tempête » et de la tonalité « cosmique », on trouve le glyphe « Nuit bleue ». Grâce à ces différents mots-clés et via phrase type indiquée en haut à gauche, on obtient la traduction suivante :
« Je persiste afin de catalyser, transcendant l’énergie. Je scelle la Matrice de l’auto-génération avec la tonalité Cosmique de la présence. Je suis guidé par le pouvoir de l’abondance. »
Grâce à la typologie Maya, voilà une définition assez précise de la personnalité cosmique de Mozart. Notons également, qu’il est possible d’associer à chaque tonalité une question. Pour Mozart, de tonalité cosmique, la question pourrait être : « Comment être présent à tout ce qui et ? Comment augmenter ma joie et mon amour ? ». La réponse se trouve dans la nature du glyphe associé à cette tonalité. Dans le cas présent, il s’agit du glyphe de la « Nuit bleue » avec pour réponse : « Je catalyse mon énergie pour me régénérer en restant centré ». Grâce à cette figure, il est également possible de trouver l’onde enchantée à laquelle se rattache cette Tempête bleue cosmique. Ainsi, la première onde est de type « rouge » regroupant les kins de 1 à 13. La deuxième onde est de type « blanche » regroupant les kins allant de 14 à 26. Avec un kin de 39, l’onde enchantée concernant Mozart est donc de type « bleue » puisqu’elle regroupe les kins de 27 à 39. Cette onde démarrant au kin #27 est donc appelée « Onde enchantée de la Main Bleue Magnétique » qui possède le pouvoir de la « réalisation ».
Kins analogue, antipode et occulte
Allons maintenant, un peu plus loin dans la compréhension de la personnalité de Mozart. Pour cela, on peut évaluer son glyphe « analogue » qui représente l’énergie qui encourage et accompagne Mozart. Ce glyphe « analogue » est obtenu en soustrayant de la valeur 19, la valeur du glyphe de naissance. Si le chiffre obtenu est nul ou négatif, on rajoute la valeur 20. Soit 19 – 19 = 0 et 0 + 20 = 20, qui correspond au glyphe du Soleil jaune qui illumine le feu universel et représente la vie. Il y a également le glyphe « antipode » qui représente l’énergie avec laquelle Mozart est le plus en conflit. C’est le glyphe qui provoque et aide donc à évoluer en réveillant les mémoires afin d’amener à une prise de conscience. On l’obtient en ajoutant ou en soustrayant la valeur 10 au glyphe de naissance. Ici, on a 19 – 10 = 9, correspondant à la Lune rouge qui purifie le flux d’eau universelle. Enfin, il y a le glyphe occulte qui correspond à l’énergie qui sommeille en profondeur et qui est non contrôlable, car pouvant surgir à tout moment sans prévenir. Ce glyphe correspond aussi à ce que les autres voient de vous et ce qu’ils voient d’eux à travers vous. On l’obtient en soustrayant de la valeur 21, la valeur du glyphe de naissance, soit 21 – 19 = 2, et qui correspond au glyphe « Vent blanc ». C’est le glyphe du souffle qui communique l’esprit. Notons qu’ici la tonalité change également et se calcule en soustrayant, de la valeur 14, la tonalité électrique de naissance, soit 14 – 13 = 1, et donc, une tonalité occulte magnétique qui unifie le but par attraction.
Château et Famille terrestre
Voilà, vous avez maintenant en main deux outils performants : la topologie astrale (TA) et la typologie maya (TM). Ils devraient vous permettre d’apprendre à mieux vous connaître. Sentez-vous libre de choisir l’outil qui vous convient le mieux. J’ajouterai que, comme pour une TA, j’ai créé un logiciel qui crée une TM et la résume sur une page de format A4. Voici ce que cela donne pour Mozart.
Typologie Maya de W. A. Mozart
On y retrouve la plupart des éléments discutés précédemment, avec quelques mots-clés et phrases clés supplémentaires pour bien saisir le sens des différents kins, glyphes et tonalités. Deux informations supplémentaires sont aussi disponible. Comme on l’a vu, chacune des 20 ondes enchantées regroupent 13 kins successifs (13×20 = 260). D’autre part, il existe un code à cinq couleurs : rouge pour la création, blanc pour le stockage, bleu pour la manifestation, jaune pour l’expansion et vert pour la dissolution. D’où l’idée de regrouper les ondes enchantées en cinq cycles de quatre ondes. Chaque ensemble de 4 ondes donne donc une composition de 52 kins. Les cinq cycles sont les 5 Châteaux. Chaque château possède une couleur symbolisant sa fonction. Les 4 premiers sont rouges (Est), blancs (nord), bleus (ouest), jaunes (sud), les couleurs primaires des glyphes et le cinquième, qui est la symbiose des 4, le facteur +1 d’évolution, est vert, comme le jour hors du temps… C’est ainsi que l’onde enchantée de la main bleue qui contient le kin #39 de Mozart appartient au château rouge de l’est qui est associé à tout ce qui est le point de naître. Comme le Tzolkin se synchronise avec le calendrier des treize lunes tous les 52 ans, ces cycles de 52 ans sont aussi assimilés aux châteaux puisque 52 = 260/5.
Sachant que le début de l’année Maya est fixé au 26 juillet de l’année grégorienne, on peut, aussi, calculer, pour Mozart, né le 27/01/1756, le kin de son année de naissance Maya à la date du 26/07/1755. On trouve ici le kin #114 qui correspond au magicien blanc planétaire (IX) appartenant à la famille Portail dont le rôle est de transmettre l’information galactique vers le centre de la Terre. D’où une alternance entre les quatre glyphes (IX, CAUAC, KAN et MULUC), toujours dans cet ordre, d’une année à l’autre. Par conséquent, si au 26/07/1755 Mozart était sous la tutelle du magicien blanc (IX), il est passé au 26/07/1756 sous la tutelle de la tempête bleue (CAUAC). Puis, au 26/07/1757, il passa sous la tutelle de la graine jaune (KAN) et, finalement, au 26/07/1758 sous la tutelle de la lune rouge (MULUC). Et, ainsi de suite jusqu’à son décès, survenu le 5/12/1791, sous la tutelle de la lune rouge.
Conclusion
L’avantage d’une TM par rapport à une TA, c’est qu’elle apporte des réponses précises à un questionnement crucial pour tout être : « Pour quelle(s) raisons me suis-je incarné sur la planète Terre et quelle est la nature exacte de la mission qui m’a été confiée à cette occasion ? Pour Mozart, une réponse possible se trouve dans la phrase-clé située en dessous du dessin de son kin de naissance : « Je persiste afin de catalyser, transcendant l’énergie. Je scelle la Matrice de l’auto-génération avec la tonalité Cosmique de la présence. Je suis guidé par le pouvoir de l’abondance ». Analysons cette phrase à la lumière de ce que l’on connaît sur la musique de ce prodige. Faisant partie de la famille « Portail », Mozart peut transporter jusqu’au centre de la Terre, l’information magnétique captée par sa conscience qu’il reçoit du centre de la galaxie. De plus, la lune rouge appartient à la cellule du temps #3 qui autorise Mozart à transformer cette information. Et, comme cette lune rouge fait partie du clan du sang (chromatique rouge), cette transformation permet d’initier la naissance d’une vérité qu’il exprimera sous une forme musicale. Ce faisant, il purifie ce flux musical avec l’eau universelle cosmique dans le but d’obtenir une musique fluide comme de l’eau (voir, par exemple, l’Andante de la sonate n° 15 en Fa majeur, K533 II, disponible au diapason de l’eau (https://tommijacks.bandcamp.com/track/sonata-n-15-f-major-k-533-ii-andante-de-mozart-by-tj). De plus, en raison de la tonalité cosmique de son kin de naissance, Mozart est aussi, par essence, très présent dans ce qu’il réalise.
Ceci n’est, bien sûr, qu’un exemple. Et, c’est à chacun de calculer son kin de naissance avec les règles données ici pour avoir sa phrase-clé affirmative. Pour toutes celles et ceux qui disposent déjà d’une TA, il m’est très facile de faire tourner le logiciel puisque je dispose d’une date de naissance et d’une adresse e-mail. Pour les personnes qui le souhaitent, ils peuvent également m’envoyer à l’e-mail : natureauquant@gmail.com, une photo pour bien personnaliser leur TM. Reste la motivation à faire ce travail ingrat pour 513 personnes. C’est ici que je reviens sur la publication de l’article dédié au support théorique des musiques au diapason de l’eau. En effet, les caisses de l’association Natur’Eau Quant sont actuellement bien vides, et il faut trouver très rapidement la somme de 1500 $ pour que le papier soit publié. Par conséquent, dorénavant, toute demande de TA ou de TM devra être accompagné d’un don à l’association qu’elle puisse sortir du rouge. Peu importe la somme. Chacun donne en fonction de ses moyens. En retour, ceux qui disposent déjà d’une TA recevront leur TM au format PDF. Pour les petits nouveaux, ils pourront recevoir les deux (TA et TM) à condition de faire deux dons séparés. Là aussi, la somme donnée importe peu, seule l’intention compte.
Enfin, pour ceux qui ne veulent pas faire de don, ils ont tous les moyens en main pour calculer leur TM, ou bien aller sur internet. Voici trois adresses sur lesquelles je me suis fortement appuyé pour rédiger cette chronique, et qui vous permettront d’être autonome :
Nous allons aborder un sujet des plus brulants dans cet article, en effet, le regard que portent les biologistes sur la réalité de cette notion tend à être dénigré avant même d'établir un protocole de validation. L'inédie, le respirationisme ou encore se nourrir de Prana désigne sous plusieurs termes un champ d'application dans lequel une personne s'abstiendrait totalement de nourriture et de boisson. Cette personne est censée vivre sans se nourrir pendant plusieurs semaines, mois ou années. C'est une chose impensable en biologie puisque le corps humain est perçu comme une machine, comme tout corps vivant, il lui faut donc de l'énergie afin qu'il puisse fonctionner et se mouvoir correctement. Cette énergie est ingurgitée grâce aux aliments que l'on avale ainsi qu'aux différents liquides que nous buvons. Si l'on prive le corps humain d'énergie, le corps de la personne se détériorera, s'affaiblira et puis mourra. Cette vision du corps-machine ne peut exister que dans un système de représentation dans lequel chaque être vivant agirait comme un automate, la conscience qui activerait le corps est donc perçue comme un ensemble de sécrétion moléculaire dû à l'activité neuronale, et, que, par conséquent, toute conscience est de nature organique et disparaitrait avec ce dernier. Une telle représentation se fonde également dans un système clôt, autrement dit chaque conscience aurait besoin d'apport énergétique extérieur, en outre la nourriture que nous ingurgitons, afin que la machinerie organique puisse se mettre en marche. Le corps-machine-moléculaire s'applique à démontrer que l'ensemble des activités biologiques s'appuie sur les mêmes principes que la thermodynamique élaborée par les ingénieurs et les physiciens du XIXème siècle. Nous allons donc nous attarder sur la thermodynamique pour mieux revenir à notre sujet.
La thermodynamique du XIXème siècle se définit comme la science de l'équilibre dont la teneur et l'aboutissement n'existent que dans un milieu fermé, c'est-à-dire que les deux premières lois qui en découlent doivent s'entendre dans un système clôt. Le fondement même de la thermodynamique est l'énergie, mais qu'est-ce que l'énergie? Le mot énergie vient du grec energeia qui signifie "force en action" c’est-à-dire capacité à produire un mouvement. Ainsi un corps qui possède de l’énergie cinétique peut continuer, de lui-même, son mouvement au moins sur une certaine distance même dans un milieu résistant. Pour un système en état d'équilibre où les variables d'état sont constantes et uniformes, donc statique, l'énergie interne du sytème est une fonction de celles-ci.
Qu'elles sont les deux premières lois de la thermodynamique?
La première loi de la thermodynamique est la loi de la conservation de l’énergie. Elle stipule que l'énergie d’un système ne change pas peu importe les évolutions que subit ce système. Cette loi est un fondement de la logique scientifique et permet à prédire la direction que prendra un système. Le deuxième principe de la thermodynamique stipule que le désordre dans tout système isolé croît inévitablement et irréversiblement avec le temps. Il explique pourquoi il faut se nourrir régulièrement, faire le plein d’essence à chaque fois pour rouler, pourquoi une boisson chaude se refroidit, ou encore pourquoi le temps s'écoule dans une direction et non dans l'autre, et pourquoi toute forme d'organisation meurt un jour. Tout comme pour la première loi, on n'échappe pas à la deuxième. La création spontanée d'énergie n'existe pas.
A partir des connaissances des lois de la thermodynamique en état d'équilibre, statique et fermé, la biologie moléculaire s'est inscrite dans cette représentation afin d'élaborer son homme-machine. Nous pouvons également nous apercevoir que la physique d'Aristote est à la source de cette représentation de la matière. En effet, le philosophe Aristote a construit un univers dans lequel chaque élément qui le constitue ne peut se mouvoir qu'à condition qu'un élément premier impulse la machinerie cosmique, ce qui implique un Moteur immobile propulsant les éléments constitutifs de la matière. Le Moteur immobile ("Celui qui bouge sans être mû" dans les textes d'Aristote) est définit comme la Cause première (Prima causa), et se tient hors de porté de l'espace-temps et de la matière. Le Moteur immobile fait mouvoir les autres éléments sans être lui-même mû par une action initiale. Bien que la biologie actuelle rejette toute idée d'un Principe transcendant, le corps humain découle bien de cette représentation aristotélicienne du mouvement. Ce qui n'est pas dit, et ce qui reste une énigme en biologie, c'est l'origine même de l'organisation structurelle des organismes vivants. Pour quelle raison l'ordre se manifeste et qu'il y a constance de l'organisation structurelle d'un organisme vivant? Les chimistes et les physiologistes sont au coeur d'une bataille car ni l'une ni l'autre branche de la biologie ne sait répondre à cette question. Aristote aurait répondu par une évidence, c'est grâce au Moteur immobile. Par conséquent, la préservation de l'ordre d'un organisme durant toute une vie reste une interrogation actuelle en biologie. Il nous faut ajouter qu'à côté de cet homme-machine s'élabora en biologie un homme-moléculaire-chimique dans lequel toutes les interactions organiques dépendent d'une physique aristotélicienne, une molécule en active une autre et ainsi de suite. En conséquence, la perception qu'ont les biologistes de l'énergie découle d'une compréhension aristéto-newtonienne du corps en mouvement sans que cette branche de la science n'est pu intégrer le bouleversement qu'apporta Albert Einstein, ni même la physique quantique du XXème siècle. Notre biologie moléculaire de notre époque est donc prisonnière du corps-machine-chimique datant de Newton (XVIIIème siècle), car la physique de Newton s'ancre dans la physique d'Aristote.
Suite à cette explication, il nous faut entrevoir que le XIXème siècle à engendrer également deux matières qui restent actuellement inconciliable en science. D'une part les physiciens s'occupent d'une matière dite inerte et d'autre part les biologistes s'accaparent une matière dite organique, la différence entre les deux matières est que l'une est morte et statique, objet des expériences physiques, tandis que l'autre est vivante, matière constitutive des êtres vivants. Toute la question de l'origine de la vie tient entre ces deux matières, puisque il est annoncé que notre univers découle d'une matière inerte, morte et statique, dans lequel fut injecté de l'énergie depuis la Singularité Initiale du Big Bang, et de l'autre existe des corps-machine-chimique s'activant dans une matière vivante et dont l'énergie du mouvement est rendu possible par l'ingestion d'aliment. Les prédictions de l'avenir de l'univers et des corps vivants dépendent donc des lois de la thermodynamique, l'énergie tend vers une direction prédéfinit par ces mêmes lois. En conclusion, dans cette représentation du monde et de l'homme il est impossible de se nourrir de Prana, d'ailleurs le Prana reste une fantasmagorie.
La révolution de cet univers plat, statique, et sans apport énergétique proviendra des nouvelle découvertes sur la thermodynamique d'Ilya Prigogine. Ce chimiste et physicien du XXème siècle poursuivit les travaux du XIXème siècle et mit en place des études en système ouvert et dynamique des fluctuations de l'énergie, et dans lequel des structures dissipatives se mettaient en mouvement. Ce sont des structures stationnaires hors d’équilibre où la dissipation d’énergie entretient une organisation locale, c'est la naissance de l'auto-organisation et des propriétés émergeantes. Toutes ces études soulignèrent l’importance des rétroactions, des non-linéarités et du caractère ouvert et hors d’équilibre des systèmes pour qu’il y apparaisse des formes stables et reproductibles sans plan d’ensemble, ni prescription extérieure. Désormais, il faut penser l'ordre et l'organisation comme une mise en mouvement d'une énergie en apport constant, qui agirait en système ouvert et dynamique, et qui produirait des auto-organisations. Tout système découle d'une certaine relation entre ses éléments et produirait une organisation singulière dont l'état d'équilibre dépendrait de l'apport constant d'énergie. L'équilibre résulterait d'une distribution non linéaire de l'énergie, dès lors ce ne sont plus les éléments du système qui importe le plus mais c'est la relation qu'ils tissent qui prime. Si l'énergie change en intensité, la relation entre les éléments du sytème s'en trouverait bousculé et l'organisation se transformerait. Dans ce système ouvert, il existe un seuil de tolérance où l'organisation d'un système est préservée jusqu'à un certain apport d'énergie. Si l'énergie dépasse le seuil, alors c'est l'ensemble du système qui s'en trouve bouleversé.
Toute la compréhension de notre questionnement initiale se tient en fait dans cette énergie et de son apport dans un système. Il est donc capital d'en comprendre toutes ses attaches scientifiques. Nous resterons dans les grandes lignes puisque ce sujet demanderait à lui tout seul une étude approfondie, ce qui ne peut être fait dans cet article.
Nous entrevoyons dans l'énergie non seulement cette énergie palpable et tangible, mesurable, bien que ce soit une notion parfaitement abstraite, mais aussi une énergie impalpable dont cette même énergie sensible en serait la part émergente. Il en est de même pour l'ensemble des observations physiques et biologiques de la matière, toute notre science tient de l'observation et du mesurable, en conséquence tout immesurable apparait comme du fantasmagorique. Tel est le problème du Prana, il est non mesurable et donc non scientifique. Avant de se lancer dans cette étude, il nous faut au préalable dire que la matière est une et que la représentation de deux matières est une illusion et une construction de l'esprit. Dans cette représentation, la matière inerte ne se meut pas et n'est pas doté de vie, le caillou par exemple nous apparait comme statique. Or, nous savons qu'en fait la matière n'existe pas, tel est le propos des physiciens, mais qu'elle est sujette aux ondes électromagnétiques et aux ondes de fréquences. La matière est en elle-même une propriété émergeante, c'est de l'énergie dynamique qui a prit une certaine forme selon l'agencement, et les relations, que prennent les éléments constitufs de la matière. Les biologistes sont à nouveau restés bloqués à l'époque de Newton, il n'ont pas intégré cette notion physique. Inclure cette vision en biologie demanderait d'une part de regarder le corps humain comme un ensemble d'éléments dont l'agencement, l'organisation et l'ordre résulteraient d'un système ouvert et ancré dans une physique quantique, et d'autre part que le corps humain soit en lui-même une fluctuation d'énergie quantique et donc résulterait d'ondulation électromagnétique. Il y a un continuum dans la matière où le principe d'auto-organisation serait adjacent, ainsi que toutes les propriétés émergentes. Dans cette vision du monde, la seule chose qui existe c'est l'esprit.
L'esprit est ce qui meut la matière, et cette dernière dépendrait de l'intensité énergétique qu'il produirait. Nous sommes en pleine métaphysique, pourtant la physique actuelle flirt avec cette discipline car les physiciens sont en train de découvrir ce qui fut énoncés par les grands mystiques du monde, la seule chose qui est vraiment c'est l'esprit. Défendre cette idée en biologie serait une hérésie, alors que cette discipline n'a pas encore intégré la physique du XXème siècle au coeur de sa démarche. Dans l'optique où l'esprit est et la matière en serait la part active, le Prana se présenterait comme le premier élan de l'énergie de l'esprit, son intensité serait telle qu'elle échapperait à toute mesure, néanmoins l'énergie électromagnétique surviendrait comme densification de l'énergie pranique. A l'image de la lumière qui se diffracte en différente couleur contenant une certaine intensité de chaleur électromagnétique, l'énergie pranique se densifierait et apparaitrait sous les différentes interactions que nous connaissons de l'énergie mesurable. L'intensité serait donc la clé de compréhension du Prana. Toute la densité de la matière, sa masse, son énergie, sa texture, son ondulation et ses fréquences surgiraient depuis le Prana, connue également dans certains textes sanskrits sous le nom de Lumière infinie. Cela nous incite à penser que la vitesse de la lumière ne soit pas une célérité constante et indépassable, la lumière physique serait également une part tangible d'une lumière intangible, c'est ce que nous entendons derrière le terme la Lumière infinie. Il existe des couches de densité de matière allant du plus subtile au plus dense, d'une incommensurable et immesurable matière à sa descente progressive dans un espace plus tangible. Nous notons que le temps dépend de la mesure de la lumière, et que la lumière est énergie, ce qui indique que l'esprit est du temps pur dont la nature énergétique est de nature quantique. L'esprit, c'est du temps, c'est de la lumière, c'est de l'énergie selon un certain ordre d'émergence de la matière, mais c'est en fait de l'Eternité qui ralentit sa course afin de se dévoiler sous une certaine forme et densité matérielle. L'espace est une qualité du temps et la matière est un substrat de l'esprit. Grâce à cette vision, nous avons les outils explicatifs du pouvoir de l'esprit sur la matière, mais également une explication sur la nature de l'esprit humain.
C'est pourquoi, se nourrir de Prana est tout à fait envisageable dans une perspective biologique non réductrice et adogmatique comme nous le présentons. L'esprit humain reviendrait vers une énergie qui lui propre, l'énergie pranique. Il est a noté que notre corps soit un organisme électromagnétique qui émet des photons, en effet, nos cellules résonnent et vibrent dans un dialogue intracellulaire puis communiquent dans un langage biophotonique comme nous l'ont montré les études menées par le savant allemand Fritz-Albert Popp. Fritz-Albert Popp est biophysicien, il pense que les biophotons commandent l’action des hormones, des enzymes et de nombreuses autres substances présentes dans la cellule, nous sommes à nouveau en présence d'une densification de l'énergie pranique par laquelle transite d'abord la lumière, via les cellules biophotoniques, puis les substance mesurables chimiquement. Donc, toute modification de l'esprit, c'est-à-dire de notre état de conscience, affecterait l'ensemble de toutes les interactions physiologiques détectables par les instruments de mesures. Les phénomènes de miracles et des facultés Psy (paranormales et parapsychologiques) s'expliqueraient par ce processus vertical de la conscience en lien avec son intensité énergétique. Plus la conscience retournerait à sa propre source incommensurable, plus elle en dégagerait de l'énergie et donc aurait la capacité de modifier la matière. Tout est une question d'intensité. Lorsque la conscience s'approche de l'énergie pranique et de la Lumière infinie, elle en tirerait assez de force pour modifier la matière, son corps, ce que nous nommons communément miracle, et moins nous y arrivons, moins nous avons la capacité d'interagir consciemment avec la matière. Aux échelles intermédiaires, la conscience développerait les facultés Psy, qui serait une désinhibition progressive de facultés latentes. Dans ce schéma de conscience, le rapport psyché / soma, ou âme et corps, se joigne pour former une entité unique, une psychophysique. Il y a accointance entre la psyché et le soma de la même manière que l'électricité s'articule avec le magnétisme. En fait, la psyché est une liaison qui se coordonne avec le soma, ce qui touche l'un modifie l'autre, l'ensemble dévoile un système dynamique et ouvert sur le monde quantique dont la conscience individuelle serait une apparition visible d'une entité de nature quantique.
A ces derniers mots théoriques, abordons les témoignes historiques rapportés par diverses sources occidentales sur l'inédie.
II/ Témoignages de mystiques chrétiens
Nous allons prendre à témoins quelques saintes chrétiennes afin de démontrer que l'inédie dépasse les frontières asiatiques, et qu'en Occident, il existe bel et bien une tradition à ce sujet.
Marie d'Oignies (XII-XIIIème siècle) :
Marie se retire dans un ermitage du prieuré Saint Nicolas d'Oignies, près de Namur. Des disciples se rassemblent autour d'elle. Parmi eux, le fameux Jacques de Vitry, il sera son futur biographe. Tout en pratiquant une ascèse digne des Pères du Désert, elle éprouve des extases mystiques et des visions évangéliques. Marie sert ses compagnons et continue de soigner les lépreux. Voici un témoigne de sa vie par Jacques de Vitry:
"Pendant sa maladie, elle ne pouvait absolument rien prendre, elle ne pouvait même pas supporter l'odeur du pain ; malgré cela, elle recevait le Corps de Notre-Seigneur sans aucune difficulté. Et ceci, se dissolvant et passant dans son âme,non seulement réconfortait son esprit mais soulageait tout de suite sa faiblesse corporelle. Deux fois, pendant sa maladie, en recevant l'hostie consacrée son visage fut illuminé de rayons de lumière. Nous avons un jour essayé de lui faire prendre une parcelle non consacrée, mais elle se détourna à l'instant, ayant en horreur l'odeur du pain. Un petit morceau avait touché ses dents : la peine et le malaise furent si grands qu'elle commença à pousser des cris, à vomir et à cracher, à haleter et à sangloter comme si sa poitrine allait éclater. Elle continua ainsi à pleurer un long moment, et bien qu'elle se rinçât la bouche avec de l'eau mainte et mainte fois, elle ne put guère dormir de toute la nuit. Si infirme de corps qu'elle fût, si faible et épuisée que fût sa tête, car au cours des cinquante-trois jours précédant sa mort, elle ne prit absolument rien, elle put toujours supporter la lumière du soleil, et ne ferma jamais les yeux pour se défendre de son éclat et de sa splendeur."
Angèle de Foligno (XII-XIIIème siècle) :
Moins elle mange, plus elle se sent proche de Dieu. C'est ainsi qu'elle se priva durant douze années de nourriture, la simple vue de la Sainte ostie lui fournit toute la nourriture dont elle avait besoin. Un extrait de son ouvrage Le livre des visions et instructions :
"C'était pendant le carême ; j'étais sèche et sans amour. Je priais Dieu de me donner quelque chose de lui-même ; car, moi, je n'avais rien. Les yeux intérieurs furent ouverts en moi, et je vis l'amour qui venait à moi. Je vis son principe, mais non sa fin. Ce que je voyais avait un prolongement, sans avoir de limite. Les couleurs ne me fourniraient aucun terme de comparaison.
Quand l'amour arriva à moi, je le vis avec les yeux de l'âme beaucoup plus clairement que je n'ai jamais rien vu avec les yeux du corps. Je dirai, si vous voulez, que l'amour prit, en me touchant, la ressemblance d'une faux. Je vous supplie de ne pas croire qu'il s'agisse d'une ressemblance commensurable. Mais il me sembla qu'un instrument tranchant me touchait, puis il se retirait, ne pénétrant pas autant qu'il se laissait entrevoir. Je fus remplie d'amour ; je fus rassasiée d'une plénitude inestimable. Mais écoutez le secret : cette satiété engendrait une faim inexprimable, et mes membres se brisaient et se rompaient de désir, et je languissais, je languissais, je languissais vers ce qui est au delà. Ni voir, ni entendre, ni sentir la créature. Oh ! silence ! silence
Élisabeth Achler (XIV-XVème siècle) :
Konrad Kügelin, son biographe, affirme que que parvenue à une contrition entière, il lui fut ordonné par une inspiration du Saint-Esprit de ne plus prendre aucune nourriture corporelle. C'est ainsi qu'elle s'abstint de nourriture durant douze années. Son biographe témoigne :
"Une fois, durant le carême, immobilisée sur sa couche à cause de ses stigmates, elle reçoit de sa prieure l'ordre de manger un peu de bouillie de gruau : elle la rejette au prix de malaises si graves qu'elle est bientôt à toute extrémité."
Catherine de Gênes (XV-XVIème siècle) :
Ses biographes, ses proches, témoignes de sa vie particulièrement extraordinaire, nous pouvons y lire :
"Pendant les premiers temps de ce jeûne prodigieux, Catherine craignit que l'excessive répugnance qu'elle éprouvait pour les aliments ne fût une illusion produite par Satan. Elle continua donc à s'asseoir tous les jours à la table commune, et elle fit des efforts inouïs pour manger. Mais aussitôt que, surmontant son dégoût extrême, elle avait avalé quelque chose, son estomac le rejetait avec d'inexprimables douleurs. Ses commensaux stupéfaits d'un phénomène aussi extraordinaire, eurent inutilement recours à tous les moyens qu'emploie la médecine en pareil cas; et ne sachant plus qu'imaginer, ils firent ordonner à Catherine, par son confesseur, de manger comme tout le monde. Elle obéit avec sa promptitude habituelle; mais, cette fois, le vomissement fut encore plus douloureux que les précédents, et la sainte sembla prête à rendre le dernier soupir.
Le confesseur, admirait l'opération divine, n'osa plus renouveler l'expérience. A partir de ce moment et pendant vingt-trois années consécutives, Catherine Adorne observa ce jeûne complet durant tous les carêmes et tous les avents. Jamais elle ne mangeait depuis le lundi de la Quinquagésime jusqu'au dimanche de Pâques, ni depuis la Saint-Martin jusqu'au jour de Noël; seulement elle prenait de loin en loin un verre d'eau mêlée de sel et de vinaigre, non point par goût ou par besoin, mais en mémoire de la boisson offerte au Sauveur crucifié."
Dans ces témoignages nous pouvons remarquer que le pouvoir de la conscience entre en jeu dans l'inédie de ces saintes, c'est-à-dire leur croyance. L'efficacité de ce jeûne tient donc aussi compte de la puissance de conviction de la personne, sans que cela soit un effet placebo, ou du moins l'effet placebo est la part active de la croyance. Ce que montre le placebo est en fait une capacité de la conscience à métaboliser sa croyance en une autre, et d'avoir un effet tangible sur le corps et la psyché. Encore une fois, la conscience domine la psychophysique et n'en est pas le produit. Est-il donc possible de se nourrir de Lumière? De ne vivre que du Prana? Nous en affirmons la possibilité, néanmoins il y a tout un rituel de préparation avant d'entamer une telle entreprise afin que la conscience et sa psychophysique puisse manifester cette puissance latente.
III/ Le Prana et l'Inde ancienne
Le grand indianiste André Padoux nous explicite dans ses ouvrages que la philosophie hindoue ne diffère pas des autres philosophies anciennes, de la Chine aux Aztecs, des peuples africains aux grandes civilisations nous découvrons une image similaire. L'Homme se tient au croisement du Ciel et de la Terre, entre ces deux pôles circulent une énergie subtile qui se densifie à mesure de sa descente. L'ancienne notion de Pneuma, que nous retrouvons dans la philosophie grecque est l'exact notion du Prana, tous deux signifient Souffle et s'apparentent au respire divin. Chez les sémites, c'est la notion du Rouach (langue hébraïque) et du Rouh (langue arabe) qui correspond à ce Prana, sans oublier le Chi / Qi dont l'ensemble de la sphère asiatique propose de voir cette énergie vitale qui circule partout autour de nous. En fin de compte, c'est notre société qui fait exception à la règle. Dans les textes sanskrits analysés par André Padoux, nous découvrons un rapport fort ancien entre l'Homme et le Cosmos. Il note au préambule ceci:
"Or cette classification place les constituants du psychisme humain, puis les organes humains d’aperception et d’action, les indriya, entre le plan divin et les éléments constitutifs du monde visible. Elle inclut donc implicitement l’être humain dans le procès cosmique."
Ce qui implique un lien physico-organique entre l'Homme et le Cosmos, nous sommes reliés à l'univers non seulement par notre psychophysique mais aussi par nos souffles énergétiques, ceux-là même qui donnent vie à notre psychophysique. La circulation du sang et des éléments nutritifs seraient donc reliés à ces souffles vitaux, connues dans la médecine grecque ancienne. Les notions de Pneuma et de Prana sont intimement liées au cycle de la respiration, et aux états mentaux qui en découlent. En fin de compte, lorsque nous évoquons la faculté de se nourrir de Prana, nous touchons en fait à d'antiques philosophies que notre société moderne s'est
chargée d'effacer. André Padoux écrit :
"Les systèmes tantriques ont également repris et développé la vieille conception des "souffles vitaux" (Prana), ou "vents" (vayu, vata), forces organiques animatrices de l’univers comme des humains, ce qui implique ces derniers dans le champ des forces cosmiques. Cette vision est renforcée dans le hathayoga tantrique, qui porte à dix, ou davantage, le nombre des Prana , les fait circuler dans tout le corps et même assimile au soleil et à la lune deux des principaux canaux où ils se meuvent. C’est à la notion de Prana que se rattache celle de kuṇḍalinī, cette force divine cosmique présente dans le corps, qui est si importante en contexte tantrique."
Pour les anciens médecins de l'antiquité dont la philosophie s'ancrait dans une spiritualité plus ou moins prononcée, le Prana est une force vitale qui a la pouvoir de réparer n'importe quel organe, et de soigner la psyché. Le principe d'auto-guérison est intimement lié à ce principe. Le Pneuma était localisé dans le coeur, lieu d'émergence de l'intelligence et de la vie, puis cette énergie vitale se distribuait partout dans le corps humain via un système de réseau.
Ce système de réseau, dont les canaux (nadis) hindous et les méridiens chinois correspondent parfaitement, permettait à son tour de faire circuler cette énergie vitale grâce à laquelle toutes les facultés psychiques et corporelles pouvaient fonctionner. Ce Pneuma est à l’origine de la notion d’esprit dans la culture occidentale ; l’esprit en tant que souffle de vie, ou l’esprit qui souffle dans la pensée. C'est ainsi que notre esprit, notre conscience, se tient à l'aube de la psychophysique et soutient toutes les activités qui s'y déroulent. Dans la médecine des anciens égyptiens, le cœur était le centre de nombreux metu ou canaux, en nombre variable, suivant les textes. L'air (équivalent Prana), le principe essentiel de la vie, le Pneuma des Grecs, était puisé par divers metu à travers le nez et les oreilles et conduit au cœur. De cet organe, partaient également les nombreux metu chargés de conduire l'air et le liquide aux diverses parties du corps. Les metu conduisaient également l'urine. En somme, les metu correspond dans sa conception anatomique et physiologique aux souffles des physiologues de la Grèce ancienne. Les metu étaient les éléments de base de santé et de vie. Le Papyrus Ebers met en avant les effets thérapeutiques qui résident dans l'élévation ou l'équilibrage des fonctions des metu. La libre circulation des metu était la recette de santé garantie par les Egyptiens d'autrefois. Les médecins de ce temps-là étaient convaincus que les déséquilibres du sang, de l'eau et du souffle étaient cause de pathologies. La convergence de cette idée entre l'Egypte ancienne, la Chine et l'Inde est très perturbante pour nos modernes, car cette connaissance remonte très loin dans la passé.
La recherche est loin d'être terminé, il reste énormément à faire néanmoins nous pouvons émettre plusieurs accointance entre le Prana et l'énergie vitale. La conscience, la respiration, le flux énergétique et la santé possède un lien intrinsèque entre eux ; l'intelligence, la chaleur du corps humain, l'élan vital et la circulation du flux pranique au sein de la psychophysique s'articulent selon un schéma où l'homme est relié au Cosmos et à tout son flux. Dans cette perspective, le fait qu'une personne puisse se nourrir du Prana rejoint d'antiques conceptions qui portaient un sens, alors qu'aujourd'hui la médecine qui isole l'homme de l'ensemble des influences cosmico-telluriques prête à sourire les spécialistes. Nous en concluons que la bataille se tient d'avantage dans une perception du monde et de l'homme qu'une véritable perception scientifique, la médecine se doit donc d'ouvrir son espace d'investigation afin de redonner force à sa propre position en tant qu'étude plénière du corps humain.
Sources :
Auteur: André Pichot
Titre: Expliquer la vie
Editions: Quae
Auteur: Daniel Shoushi
Titre: Emergence, Tome III
Editions: Orphélya
Auteur: Fritz-Albert Popp
Titre: Biologie de la lumière
Editions: Marco Pietteur
Auteur: Jacques de Vitry
Titre: Vie de Marie D'oignies
Editions: Actes Sud
Articles :
Auteur: Zhu Bing
Titre: La théorie des méridiens comporte-elle des éléments importés?
Auteur: André Padoux
Chapitre 5. Corps et cosmos : L’image du corps du yogin tantriqueIn : Images du corps dans le monde hindou [en ligne]. Paris : CNRS Éditions, 2003 (généré le 29 mars 2019).
Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/editionscnrs/9316>. ISBN :
9782271091086. DOI : 10.4000/books.editionscnrs.9316.
Nous pouvons l'appréhender de plusieurs manières, par l'expérience sensorielle, par l'émerveillement de nos émotions et par la délectation intellectuelle. En sommes-nous sûr? Puisque nous sommes constituer sur un plan du réel dont la conscience humaine se découvre à travers ses expériences sensorielles, ses émotions et ses pensées nous ne pouvons penser autrement le réel. Le biologiste Jakob von Uexküll a dévoilé que ce qui existe pour le vivant, ce n’est pas le donné brut de l’environnement, une Nature qui se présenterait là devant nous tel un objet qui évoluerait indépendamment de nous, mais ce qu’il choisit et élabore à partir de cette matière première abstraite en s’élaborant soi-même, à savoir son milieu propre. C'est à travers une co-évolution que chaque être vivant évolue au sein d'un environnement qui lui est propre, il ne s'adapte pas puisqu'il se situe dans un croître-ensemble. Chaque conscience est donc un apparaître dont la nature ne peut être séparé du lieu où elle a prit naissance. C'est la raison pour laquelle il ne peut exister de conscience sans matière, que la matière soit dense ou subtile. Rompant avec l'approche dualiste et mécaniciste du monde, Jakob von Uexküll montre que le vivant n'est pas une machine, ni même un assemblage de molécules qui se sont constituées au hasard des rencontres, lequel n'est pas mus seulement par des stimuli comme l’eût voulu le béhaviorisme, mais, en tant que sujet, interprète les signes de leur milieu d’une façon particulière. Le milieu, c’est la réalité comme elle apparaît concrètement pour chaque être vivant et chaque sujet, c’est-à-dire existe pour l’être concerné. Cela signifie que les choses d’un milieu n’existent qu'à travers une conscience qui l'observe. En conséquence, la conscience porte son attention non plus sur un objet (la Nature) mais sur notre relation à cet objet. Nous comprenons donc que le réel contient toutes les potentialités non encore manifestées pour un sujet alors que la réalité concerne le vécu qui existe pour un sujet. Un réel et une infinité de réalité. Quant au désir humain, il est le moteur de ce qui nous fait être. Nous dirions aujourd'hui notre énergie fondamentale.
Au sein de note société, la faculté imaginative n'a pas très bonne figure ou bien n'est pas comprise telle qu'elle devrait l'être. C'est-à-dire que nous la percevons comme une faculté fantasmagorique, celle qui nous dévoile le contenu de l'inconscient et ses images grotesques telle que la psychanalyse freudienne l'entrevoit ou encore une partie des philosophes, à laquelle personne ne peut avoir confiance. La médecine moderne par le biais de la neurologie et de la psychiatrie, dont l'approche ne diffère pas de ces derniers, ne laisse aucune place à l'imagination comme faculté créatrice de réalité. Seuls les artistes, et les physiciens, comprennent que la faculté imaginative est bien plus qu'une faculté, et que sa modalité foncière c'est d'être la porte du réel. Les médecins ont inventé au cours du temps, du fait de leur incapacité à comprendre la fonction de la porte du réel, des dénominations diverses lorsque l'imagination déborde les fonctions normatives de la société. On parle alors d'hallucinations, de fantasmagories, de délires, de perte de repères, de schizophrénies, etc. En fait, l'imagination remplit le rôle d'interface du réel pour la conscience dont les images qui s'y reflètent appartiennes entièrement à la réalité du sujet.
Il en est ainsi parce que l'imagination n'a pas sa place parmi nous, certaine personne parle même de "folle du logis". Lorsque nous regardons de plus prêt aux définitions données par les psychiatres aux pathologies associées à l'imagination, nous découvrons qu'en fait se cache une ignorance camouflée utilisant un jargon scientifique. Qu'est-ce qu'une hallucination? C'est percevoir une réalité qui n'existe pas. Des perceptions sensorielles qu'elles soient auditives, gustatives ou encore visuelles sont excitées sans qu'aucun stimulus extérieur ne se manifeste. Ceci annonce un état pathologique. Nous affirmons que cette taxinomie psychiatrique empreinte le chemin du réductionnisme, elle cloisonne l'homme dans des carcans dogmatiques bien que la médecine se dise adogmatique. Afin d'élaborer une nouvelle approche de l'imagination en médecine, il faudrait l'associer aux différents états de conscience. C'est-à-dire que nos différents états de conscience auxquels sont assimilés différentes ondes cérébrales, autrement dit les ondes Delta, Thêta, Alpha et Bêta, accompagnent différents états sensoriels et donc de réalité. En conséquence, lorsque nous changeons d'état de conscience notre état d'être global est altéré, et chaque état s'ancre dans une réalité particulière. C'est au sein de ces oscillations que nous devons intégrer les hallucinations. Pour ce faire, il faut entendre que chaque état d'être qui oscille fluctue sur des bandes de fréquence dont la nature du réel varie en fonction de cet état. Une lecture verticale de ces différents états de conscience nous offre la possibilité d'entrevoir la fonction imaginative, elle remplie le rôle de récepteur de réalité, qui, comme un miroir reflète les différentes réalités vécues et les projettent au dehors. Mais elle remplit également le rôle d'activateur de réalité. Les conséquences de cette affirmation sont bouleversantes, puisque les hallucinations sont bel et bien réelles mais elles appartiennent à un autre état de conscience dont l'activité est sous-jacente à la conscience de veille. Nous postulons que les hallucinations s'activent à l'état de conscience de veille alors qu'elles appartiennent à une normalité onirique, c'est-à-dire que l'état de conscience onirique lié à d'autre ondes cérébrales entrent en résonance avec un état de conscience de veille et interfère avec cet autre réalité. Deux plans du réel qui se croisent et se rencontrent. Il en est de même pour toutes les activités dites "anormales", "pathologiques", touchant à la sphère de l'imagination.
Selon cet ordre hiérarchique de deux états de conscience, de deux réalités, nous comprenons qu'en fait l'un est imbriqué dans l'autre et c'est à travers la modalité imaginative que s'ouvre d'autres sphères du réel. L'accès à cet altérité imbriquée à notre conscience de veille peut être ouverte accidentellement, c'est la cause des états dits "pathologiques" car la personne ne s'y attendait pas et qu'halluciner une réalité dont la normalité n'existe pas pour notre société, elle ne peut qu'apparaitre que comme pathologique. Alors qu'une conscience préparée à la réception du contenu de la conscience onirique aura des expériences mystiques. Nulle différence entre la première expérience et l'autre, seul le sujet et la société qui l'accueille définira la véracité de cette expérience et prouvera, ou réfutera, ce vécu. Or, c'est une réalité sous-jacente à la conscience de veille qui s'active, comme nous venons de le voir, et interfère avec un autre plan du réel. Le contenu psychique est donc projeté à l'extérieur à l'état de veille au lieu de rester dans ce contenu et d'entrer en activité lors du sommeil. Lorsque nous parlons de psyché, il faut faire une distinction entre la conscience qui l'observe tel un corps et la psyché elle-même, car, en fait la conscience se tient au croisement du corps biologique et de la psyché. Psyché et corps forment un couple à l'image du monde extérieur et du monde intérieur. Ils sont la matière dense et subtile de la conscience dont l'équilibre équivaut à l'échange d'information entre une matière solide et une matière fluide, ou énergétique. C'est de cette manière que les différents états de conscience influencent les deux mondes (psyché et corps), et qu'apparaissent les somatisations, et le pouvoir de la conscience sur ces deux mondes. La conscience se tient dans un intermonde dans lequel la modalité imaginative reçoit toutes les informations provenant du monde extérieur et du monde intérieur, l'imagination offre en images les informations contenues dans les deux mondes.
La conscience n'est donc ni corps, ni psyché, elle est d'une tout autre nature. Nous postulons que sa nature est similaire à celle de la lumière physique, c'est la raison pour laquelle son pouvoir de création, et ce qui la maintient, découle d'une source non locale. Nous sommes ici, tout en état ailleurs simultanément. La Source de notre conscience se tient par-delà l'espace-temps, et de l'ensemble des mondes phénoménologiques. Tel un flux lumineux qui perdure et traverse toutes les couches de réalité, notre conscience s'étale dans un espace-temps, auprès d'un être vivant, et pour ce faire, il croît par palier en imbriquant chaque état de conscience telle une poupée russe. Il y a donc trois états de conscience identifiée: la conscience source, ou universelle; la conscience onirique, ou collective; et la conscience de veille, ou individuelle. A l'inverse de la pensée mécaniste et machiniste de la biologie, et de la médecine, l'homme n'existe pas uniquement sur une horizontalité des évènements, mais il existe sur une verticalité tendant vers un point infini. Nous identifions la conscience universelle comme étant le Soi, l'ultime réalité. Dans ce schéma, il est notoire que le réel est de nature fractale, logarithmique, tout comme notre conscience et c'est pourquoi nous pouvons avoir accès à des informations mémorielles, c'est-à-dire une mémoire universelle dont le gardien n'est autre que le Soi.
La sphère onirique qui s'active à l'état de veille entre en collision avec notre réalité de veille, et au coeur du monde onirique, dont les lois logiques s'attachent plus à l'analogie et le symbole, résonne le monde archétypal. Le monde archétypal est un lieu où réside toutes les essences spirituelles, animatrices de tout ce qui existe, leurs présences se dévoilent soit sous une forme tangible, soit sous une forme subtile. Elles sont à la source de toute vie. Notre être est entièrement animé par ces essences, notre corps est animé par ces mêmes puissances et chaque grain de poussière existe grâce à leurs présences. Ces essences sont similaires à celles que les physiciens dénomment énergie dans leur domaine d'étude, or les physiciens ont un regard tangible sur les phénomènes alors qu'un être vivant sent la présence de cette même énergie d'une manière vivante. C'est comme si nous observions la trace laisser par un animal, objet de la physique, à le fait d'apercevoir l'animal lui-même, objet de la psychologie. Cette analyse nous permet de mettre en corrélation les fonctions biologiques, les états de conscience, l'observation de la matière en physique et une spiritualité vivifiante. Plusieurs branches du savoir se trouvent ainsi articuler de manière cohérente.
Qui sommes-nous? Des essences spirituelles ayant pris forme. Nous sommes de même nature que les archétypes en question, mais à l'inverse de ces derniers, nous sommes constitués de matière dense et solide alors que les archétypes sont constitués de matière subtile et fluide. En somme, nous sommes des images archétypales qui flottent sur un plan du réel, sur une cime tangible, et dont la conscience à la capacité d'interagir avec tous les autres plans du réel, et d'entrer en interaction avec des êtres plus subtils que nous. Ces archétypes prennent la forme qui nous est la plus familière, celle qui appartient à notre milieu psychique, physique et culturelle. Rappelez-vous de la phénoménologie de Jakob von Uexküll, une conscience baigne dans un environnement et tout ce qui s'y manifeste existe pour cette conscience du fait de la co-évolution. C'est de cette manière qu'un archétype s'habillera de matières dont nous sommes nous-mêmes constituées, il apparaitra comme un monstre si notre part obscure ne fut travaillée, ou comme un être numineux lorsqu'une aide nous est offerte. Ces habits en question sont toutes de nature symbolique, sa manifestation même est symbolique, tout ce qui en émane est symbolique. Nous voici établir la distinction entre un archétype et un symbole. En conséquence, chaque être vivant, chaque parcelle de matière en ce monde physique est un symbole à déchiffrer. L'univers est un langage divin, et pour le saisir, il nous faut apprendre son langage, c'est-à-dire le langage symbolique. L'univers à un sens, ma vie à un sens, tout à un sens.
La nature sauvage fut toujours observée par les chinois comme porteuse de puissance vitale, il ne s'agit pas de conquérir la nature mais de s'identifier à elle dans ses métamorphoses infinies. Le contact avec la nature imprègne toute la civilisation chinoise, chaque chose en soi dévoile une attache particulière avec les Cinq mouvements (Wu Xing ) du Chi. Qu'est-ce que le Chi? Nous le traduisons par le terme "énergie vitale", c'est-à-dire que tout ce qui existe dans l'univers découle d'une seule puissance agissante, dont ses différents méandres font apparaitre cinq genres d'énergies, les Cinq mouvements. Ce qui signifie que l'ensemble des formes que voyons à travers les objets naturels, si disparates, proviennent de cette source intarissable du Chi. De cette philosophie de la vie naît un regard non figé sur la vie, sur la nature et sur l'univers. Tout est mouvement, tout est métamorphose.
C'est pour cette raison qu'il n'y a au fond qu'un seul Principe fondamental régissant l'Univers, intitulé Dao, dont l'énergie vitale, le Chi, va moduler chaque parcelle de la nature selon cinq intensités différentes, les Cinq mouvements. Cette philosophie de la métamorphose du Principe fondamental n'est pas propre à la Chine, nous la retrouvons de par le monde à travers des civilisations éloignées telles les civilisations Aztèques, Egyptiennes ou encore Védiques. L'histoire telle que nous la connaissons, enseignée par les plus prestigieux universitaires, ne croient pas en l'existence d'une commune origine des civilisations. L'histoire postule que la naissance des civilisations s'est faite indépendamment les unes des autres, on parle alors de polygénisme, alors que nous postulons une origine commune dont l'empreinte se vérifie à travers de multiples éléments au sein des civilisations, on parle alors de monogénisme. A ce monogénisme s'ajoute la métamorphose du Principe fondamental selon Cinq variations, les quatre points cardinaux plus le centre qui joue le rôle de coordinateur et de régénérateur. C'est la raison pour laquelle les dieux des quatre points cardinaux apparaissent comme quatre énergies distinctes selon différents cultures, alors qu'en fait ils sont une apparition du Principe fondamental, le Dao, selon quatre moments différents dans l'année. C'est-à-dire que la course de l'astre solaire va marquer quatre moments, correspondants aux deux solstices et aux deux équinoxes, dans un tracé circulaire au cours de l'année. L'axe central remplit le rôle de point de rupture, l'ensemble des quatre énergies va se dissoudre en son coeur puis se régénérer à nouveau afin de renaître, puis parcourir à nouveau le cercle des saisons tracées sur un cercle.
Le corps humain participe aux méandres énergétiques du Dao, l'homme est régit par les mêmes forces présentes dans la nature. Ce qui est perçu à l'extérieur renvoie, par un jeu de miroir, à la circulation des fluides énergétiques présentes dans le corps humain. Les dieux, que nous pouvons appeler "énergies", sont donc des forces qui prennent racines dans le Principe fondamental. Nulle séparation entre le Dao intérieur et le Dao extérieur, il s'agit du même Principe. Dans la philosophie chinoise, le corps et ce que nous appelons âme, n'ont pas de barrière séparatrice comme nous le pensons en occident, ils sont interdépendants et ils forment un ensemble cohérent, et échangent leur énergie. L'homme est pulsé par les mêmes énergies, aux nombres de cinq comme nous l'avons décrit précédemment, que les forces agissantes dans l'univers. Un seul et même souffle irrigue à la fois les artères du corps humain, des émotions humaines et celles des montagnes.
Bien avant que les Cinq mouvements apparaissent, le Dao s'est au préalable scindé en deux. Cette bipolarisation est connue sous les termes Yin et Yang. Bien loin d'une pensée abstraite, c'est à travers l'observation de la nature que cette notion s'est manifestée. La dualité complémentaire désignait des phénomènes naturels, respectivement le versant ombragé d'une montagne (le froid, l'humidité, l'obscurité) et son versant ensoleillé (la chaleur, la sécheresse, la lumière). C'est à partir de ce vécu que l'ensemble de la philosophie chinoise va scinder en deux tous les éléments constituant l'univers. Le Livre des Mutations affirme: "Un Yin, un Yang, tel est le Dao". Mais afin de montrer la permance du changement et de l'union des contraintes, les chinois trace un motif en "S" sur le Taijitu, que nous connaissons par cette image symbolique:
Ce symbole de l'Unité primordiale, origine de toutes choses contient les deux aspects Yin (en noir) et Yang (en blanc). L'idée qui en découle est celui du dynamisme, de rythme et de mutation perpétuelle. Dans ce diagramme, on note la présence d'une ligne courbe en forme de "S" séparant les deux parties. La ligne courbe permet au Yin de pénétrer le Yang et vice versa. Ce trait permet donc à la fois de délimiter deux espaces et de les faire s'interpénétrer dans une dynamique constante. C'est dans cette courbe du trait que se trouve le Dao. Depuis l'imperceptible Dao, le mouvement duel marque toutes les pratiques spirituelles en Chine, de l'art du pinceau à l'architecture, des arts martiaux à l'agencement d'une Cité. Le Tai Chi, par exemple, à travers deux mouvements contraires, que sont le dur et le mou, le solide et le souple, véhicule cette recherche de l'Unité première. Et c'est en se reconnectant à cette Fontaine de Vie, le cinabre pour les alchimistes, que l'homme pourra se régénérer, se soigner et pour les taoïstes obtenir l'immortalité.
Le mouvement perpétuel du Dao que nous venons de décrire est apparut sous une autre forme en Inde. En effet, la pensée indienne se colore d'une autre teinte philosophique alors que la même pensée se formule. Shunya en sanskrit, qui signifie vide, évoque le même Principe fondamental que les chinois dénomme Dao. Bien avant que toute chose soit amené à exister, avant même l'existence elle-même, le Dao-Shunya est présent. Le Vide ne signifie pas le néant tel que nous l'entendons en occident, c'est au contraire un plein qui ne laisse place à rien d'autre que lui-même. C'est une surabondance de plénitude, de perfection et de conscience. Ce n'est pas un objet mathématique, puisque Shunya est l'origine de notre mot zéro, mais il symbolise la conscience divine originelle qui se tient hors de toute création. En ce sens, seule la philosophie apophatique, l'Origine n'est pas ceci ni cela, est à même d'entamer le chemin du retour vers la Fontaine de Vie. Cette philosophie, connue en occident comme théologie négative, s'apparente à la pensée chinoise et indienne et considère que lorsque l'homme se dépouille de tout ce qu'il n'est pas, il retrouve sa véritable nature. C'est-à-dire en comprenant qu'il ne doit pas s'identifier au monde phénoménal, au monde des apparences, mais doit dépasser toute forme qui se présente à lui. L'homme est pur esprit, pure conscience divine, il est le Dao-Shunya qui s'est manifesté en un lieu et en un moment donné. Différent procédé sont employé par les différentes religions afin de retourner à cette Source vitale. Les Bouddhistes qui parlent de vacuité, de nature du Bouddha, en désignant l'état de Dao-Shunya, s'inscrivent dans cette recherche. L'idéal de l'adepte est la quiétude et la plénitude de la conscience, avec une recherche de Paix et de Compassion, deux autres substances qui nourrissent l'être humain adepte de la Voie. A ce point de jonction du Dao-Shunya, nulle séparation ne peut exister entre le sujet et l'objet. Ce sentiment de béatitude remplit l'adepte d'une lumière atemporelle qui illumine sa présence au monde, et lui fait comprendre qu'il n'y a rien en dehors de l'Esprit, du Dao-Shunya, et que par conséquent l'univers entier est une théophanie divine. Ce jeu théophanique va être perçu comme une magie divine, dite Maya en Inde. Une magie divine qui affiche des apparences, mais par-delà les apparences se tient éternellement Dao-Shunya, Brahman. Paradoxalement l'univers fait apparaitre le divin et le cache simultanément.
La nature, et l'univers, font apparaître l'Unité à travers le jeu des formes et des métamorphoses dans un balai de changement perpétuel. Suivre la Voie qui mène à la Fontaine de Vie s'apparente donc à un dépouillement, à un détachement, c'est une sotériologie gnostique et illuminative. La Lumière primordiale des kabbalistes et des gnostiques musulmans s'assimilent au Chi, le Prana des textes sanskrits, c'est un souffle qui vivifie toute chose et dont toute chose dépend. La Lumière primordiale imprègne l'adepte, illumine sa conscience et éloigne de lui la vision duelle. Cet état de conscience non-duel est à l'origine de toutes les méthodes et pratiques religieuses dans le Judaïsme et dans l'Islam, plus précisément dans la Kabbale et la gnose islamique. Autrement dit, peut importe le chemin que l'adepte arpente car tous chemine vers la Source divine qui s'habille de multiple forme. L'Un dans le Tout et le Tout dans l'Un.
Source :
Titre : La beauté autrement, introduction à l'esthétique chinoise
Benjamin Betts est un New-Zélandais, qui vécut au XIXème siècle, il a passé plus de vingt ans à étudier l'évolution de l'Homme, non du point de vue physique ou biologique, mais du point de vue métaphysique. L'histoire de l'évolution de l'homme est pour lui une theophanisation du divin dont la conscience humaine est le témoin. Il tente de représenter les étapes successives de cette évolution par le biais de formes mathématiques symboliques. Ces formes représentent le cours du développement de la conscience humaine à partir de l'animal, puis developpe une armature psychique jusqu'à la conscience spirituelle ou divine.
Benjamin Betts a estimé que la conscience est le seul fait que nous pouvons étudier directement, puisque tous les autres objets de la connaissance doivent être perçues par la conscience. La forme prise par la conscience est ainsi une géométrie qui contient des équations et des nombres symboliques, pour Benjamin Betts cette science des formes de la conscience offre la possibilité d'entrevoir les futurs évolutions de la conscience, mais aussi son état antérieure.
Dans son étude, il donne une place de choix à l'imagination et son évolution. Après la répétition des sensations la conscience commence à s'éveiller à elle-même, l'individu développe alors la conscience de sa propre identité, et il commence à former une image ou une idée, à la fois de la sensation subjective et objective de la perception. Comme un prisme reçoit un faisceau de lumière et dévie les rayons, les tenant en dehors de sorte que les couleurs du spectre sont dissociés et distingués, l'imagination reçoit le flux de la conscience puis la conscience compare les différentes expériences.
Les formes symboliques que Benjamin Betts a développé à travers son système de représentation ressemblent, lorsqu'elles sont développées en deux dimensions, à des pétales de fleurs. Lorsque ces formes sont déployées sur une dimension supérieure, c'est-à-dire en trois dimensions, elles se rapprochent des formes de cristaux également. Benjamin Betts appelle « la science de la représentation » la représentation ordonnée par un système de symbolisation de l'évolution spirituelle de la vie, étape par étape, plan après plan, état de conscience après état de conscience. Les nombres et leur agencement à travers des formes géométriques deviennent les médiateurs entre le corporel et l'incorporel. Ce qui implique l'existence de lois naturelles d'ordre universelle dont les nombres et les formes géométriques exposent l'harmonie de la Nature, en conséquence la conscience appartient aux lois naturelles et donc elle est mesurable selon des règles précises.
Nous émettons l'hypothèse d'une commune nature avec la lumière, c'est-à-dire que la conscience et la lumière appartiennent à un seul et même phénomène. Benjamin Betts a exposé un ordre de déploiement de la conscience dont l'appartenance est commune aux formes géométriques et aux nombres, nous y ajoutons son rapport aux phénomènes de la lumière.
Source :
Titre : Geometrical psychology, or, The science of representation an abstract of the theories and diagrams of B. W. Betts.
« Eh bien, après cela, dis-je (Socrate), compare notre nature, considérée sous l’angle de l’éducation et de l’absence d’éducation, à la situation suivante. Représente-toi des hommes dans une sorte d’habitation souterraine en forme de caverne. » (Platon)
Si la quête de la Vérité de notre être consiste en un décèlement de soi-même, puisque l’objet de notre attention constante est le fruit d’une projection ininterrompue de notre propre source originale, cela revient à dire que nous nous sommes nous-mêmes encloisonnés tout comme nous sommes les seuls à pouvoir ouvrir la cloison. Remarquons bien que Platon évoque dès la première ligne l’éducation et la non éducation. Il s’agit tant de la prise en charge de l’enfant par les instances éducatives que celui d’un état d’être généré par un esprit absent à lui-même. Du conditionnement social à l’emprise de l’esprit projectif l’homme rêve les yeux ouverts. Il adhère à un monde d’images en restant persuadé qu’elles existent en dehors de lui-même, et pour elles-mêmes.
Sans mode de connaissance de soi-même, lequel brise les chaînes du prisonnier, il est impossible de voir la lumière qui jaillit de la source intérieure. Cette lumière indique bien évidemment le chemin à arpenter pour sortir de sa propre caverne. Dès lors, le premier pas du changement de condition consiste à voir cette lumière, qui, pourtant, ne peut être vue car elle ne fait qu’éclairer notre propre espace obscur. Je comprends donc que la Connaissance n’est pas de ce monde, tout comme la lumière. C’est par cet éclaircissement intérieur que nous découvrons l’esprit projectif et son jeu d’images. Cette Connaissance délie nos constructions mentales qui ne se réfèrent qu’à des opinions, car l’opinion reste un point de vue linéaire de la Vérité laquelle provient d’un hors champ spatial et temporel.
Désormais, l'âme à l'impérieuse nécessité d'abandonner les anciens enseignements, afin de migrer vers de nouvelles connaissances qui ne dépendent pas de sa sensibilité corporelle. L'âme s'en remet aux nouveaux enseignements qu'elle reçoit lesquels doivent être saisit par une autre partie d'elle-même qu'elle n'utilisait pas jusqu'à présent. Si l'âme intellige bien le monde qui l'entoure avec sa partie rationnelle, elle ne peut le faire que par l'entremise de son propre corps. En d'autres termes, l'âme n'est jamais directement confrontée aux objets qui se présentent à elle sans passer par l'intermédiaire des sens. Ce qui la libère des liens du corps est le calcul, c'est-à-dire un art mathématique dont la nature consiste à ordonner et à organiser ses propres idées. Cet art n'est donc pas le fruit de l'âme puisqu'elle réceptionne une lumière qui clarifie le monde par le calcul, c'est au cours de son apprentissage qu'elle découvre son propre monde intérieur par la calcul et dévoile sa propre prison. Cet homme élague en fait son propre champ intérieur en l'organisant, et par cet oeil de l'intellect il se rend apte à se saisir lui-même. Dès lors, il existe un lien intime entre l'apprentissage du calcul, l'organisation de ses propres idées et la faculté d'intelliger le monde. Si l'ordre intérieur provient d'une réalité autre que celle des sens, laquelle apparaît similaire au flux inorganisé du chaos, la raison en est que l'âme s'ordonne elle-même par le biais de la lumière du calcul et qui s'apparente à la mise en ordre du cosmos élaborée par le Logos (l'Intelligence suprême) à l'aube des temps. Il y a donc une connivence entre le Logos organisateur du monde et la faculté intelligible qui use du calcul. De cet agencement de son propre cosmos intérieur nait le discernement, le jugement peut donc être émis selon une norme juste. L'âme ainsi dotée peut affronter le plan sensible qui déploie la multiplicité des phénomènes et par la suite l'organiser, mais surtout percevoir une réalité dissimulée derrière le monde des apparences. Cependant, cette âme qui s'élève au-dessus de l'abîme du monde sensible reste inopérante sans l'intervention de la géométrie, puisque par cet autre art elle découvre que le calcul expose des unités à agencer sans présenter la profondeur. La profondeur de soi-même se dévoile par la géométrie, l'âme convertie les nombres en volume et ouvre l'accès aux formes intelligibles lesquelles président à la formation des objets sensibles.
La science du calcul fait réfléchir l'âme sur la possibilités d'établir une définition de "l'un" comme étant un agent commun à tous les multiples. Or, cette unité foncière du monde sensible évoque l'Un lui-même, le Logos, source de la mise en ordre du monde. La science du calcul ne s'ingénie donc plus à chiffrer les êtres sensibles, mais à démontrer leur unité fondamentale par-delà la simple perception que nous en avons de prime abord. Le calcul permet donc de dépasser les impressions, d'entrer en contact avec leur part d'universel lequel est dévolue à la géométrie. Quant à la géométrie, elle décèle des Figures archétypales qui prédéterminent la réalité visible. L'âme reçoit l'image des Formes archétypales et apparaissent sous forme de figures géométriques. Pour Platon, l'âme s'aiguise à mesure qu'elle s'agence elle-même et ce, jusqu'à atteindre le seuil des réalités spirituelles qui ne peuvent être perçues au premier abord que par leur réflexion à travers des figures géométriques. L'âme contemple encore un reflet et non l'Origine elle-même, en d'autres termes sa nature lui échappe encore. Se découvrir soi-même consiste à pouvoir s'ouvrir à la dimension lumineuse de l'universel qui luit en dehors de la caverne. Par conséquent, le mythe de la caverne évoque le passage du singulier à l'universel en un acte graduel de sublimation de soi. Le délicat passage entre l'apparition des Formes archétypales et leur mise en image par des figures géométriques doit être compris comme une traversé de l'inconnaissable. L'âme outrepasse ses anciens modes d'être, elle connait toutes choses à partir d'elle même car elle procède du plan lumineux. Le monde vit en l'âme, le langage mathématique le met en lumière, et ce monde intérieur et animé prend source en un lieu lumineux et sans ombre. L'âme contemple sa propre profondeur et observe sa propre mise en oeuvre et sa propre intériorité se mettre en marche lors de son propre déploiment. C'est alors qu'elle décèle ce qui l'anime et comprend que l'ensemble du langage mathématique met en lumière cette activation, il lui donne le reflet du monde lumineux. Le langage mathématique est donc le signe du monde lumineux, la marque intelligible des Formes archétypales.
De cette philosophie des mathématiques découle une âme consciente d'elle-même. Le monde extérieur est notre propre reflet, une ombre, lequel miroite une réalité plus intérieure et apparentée au calcul et à la géométrie. L'âme s'éveille à elle-même jusqu'à saisir son propre jeu mental, la porte du monde lumineux s'ouvre alors et la voilà se dessaisir de l'art de la géométrie pour contempler l'Origine. Il s'agit de contempler sa propre activation et sa propre animation intérieure sans que l'âme se confonde avec ce processus d'engendrement. L'âme libérée d'elle-même se contemple elle-même.
Exercice : fixé les deux points au-dessus de l'image durant 1 minute
puis observer l'image par la suite.
Perceptions
Nous avons deux yeux séparés par une distance d’environ six à sept centimètres. Ces deux yeux ne perçoivent pas exactement la même image que nous regardons. Chacun de nos yeux transmet des informations légèrement différentes aux régions de notre cortex visuel. Pourtant, nous ne percevons pas deux images mais une seule, et c’est dans d’autres régions du cortex que les informations de nos deux yeux sont recomposées en une seule image. Notre vision binoculaire, le fait de perce-voir l’Univers simultanément par l’intermédiaire de nos deux yeux, fait émerger dans notre conscience une épaisseur du réel, des niveaux dimensionnels que la perception à partir d’un seul œil ne peut nous révéler. Ce que nous percevons consciemment ne correspond pas simplement à la somme que nos yeux envoient à notre cerveau. La vision binoculaire fait naître en nous la sensation de relief, la sensation de perce-voir le monde en trois dimensions. Les illusions d’optique ou la perspective en peinture sont rendues possibles grâce à notre perception binoculaire. Présenter deux images différentes pour chaque œil séparé par une cloison va créer une altération des deux images sans qu’elles ne fusionnent. Cette découverte fit la gloire des stéréogrammes, une image ou information cachée que la vision stéréoscopique (celle qui reproduit la vision binoculaire) ne peut perce-voir. La vision stéréo est une superposition de deux images similaires mais pas identiques, créant une image fusionnée donnant la sensation de solidité et de profondeur. Dans le cerveau humain, la vision binoculaire forme une image tridimensionnelle en faisant coïncider chaque point (ou ensemble de points) perçu par un œil avec le point correspondant (ou ensemble de points) perçu par l’autre œil.
Qu’est-ce que percevoir pour le vivant ?
Selon la position des deux yeux sur l’animal, il ne perçoit pas le même monde extérieur. Il y en a qui le perçoivent plat et sans profondeur. Décidément, la nature du réel nous échappe encore et encore. Pas tout à fait ! En physique, la matière est paradoxalement immatérielle, elle n’a pas de masse, pas d’étendue et son origine même se situe par-delà l'espace-temps. L’Univers vibre et change d’organisation selon notre état d’être, et notre constitution biologique. Perce-voir, c’est avoir des sensations. L’organisme humain est le résultat d’une co-évolution avec son environnement et donc sa perception ne peut qu’estimer ce pourquoi son organisme est apparu.
Les stéréogrammes nous apprennent que ce que l’on perçoit n’est que le résultat d’une élaboration de notre cerveau qui dépend de la position faciale des yeux (binoculaire pour les hommes). Afin qu’une image plane puisse faire ressortir une image sous-jacente en relief, c’est-à- dire en trois dimensions, il faut pour cela une position particulière des yeux. Selon cette position oculaire, le relief de l’Univers émerge plus ou moins clairement. À travers le processus évolutif, chaque organisme vivant possède ses propres acuités de perception, si bien que la vision de l’Univers dépend entièrement du positionnement des globes oculaires. Mais, puisque nous sommes capables par des exercices de perce-voir l’image cachée, c’est donc que notre façon de regarder l’Univers influe beaucoup sur la construction consciente de celle-ci. Notre façon de regarder crée les différences. De même, en physique, l’espace dans ses trois dimensions de hauteur, largeur et longueur, les formes qui y apparaissent sont des constructions de la conscience. La façon de regarder les choses est une concentration sur des points donnés faisant jaillir une image. Changeons les points et voilà que jaillit une autre image. On comprend alors pourquoi les physiciens parlent d’un Univers informe, autrement dit, le Cosmos organisé est dû à une conscience qui regarde à travers une bande de fréquences qui stabilise les images. De cette analyse, nous pouvons dégager deux points importants:
a/ La matière est une sorte de « soupe photonique » dont la conscience agence l'information, les données perçues dépendent entièrement de la constitution biologique et psychologique de la personne qui observe l'image en question.
b/ L’information est le sens que l’on reconnaît, ce par quoi nous sommes organisés biologiquement, et ceci nous donne la possibilité de lire le champ informationnel de l'Univers d’une certaine façon, celle pour laquelle nous sommes structurés.
Le physicien Satoshi Watanabe, par son théorème du « vilain petit canard » nous dit que la capacité à discriminer des objets ne relève pas d’un monde posé là objectivement, mais relève d’une subjectivité entière. Pour perce-voir des objets, il faut en avoir au préalable une image déjà présente en nous. Chaque être dans l’Univers possède sa « grille » de lecture sur laquelle l’organisme se construit. Conséquemment, l'être qui vit au sein d'un environnement co-évolue avec lui et ne s'adapte pas à lui comme un objet qui s'élance sur une autre tangente de la réalité. Il est le fruit de cette co-évolution tout comme lui-même modifie à chaque instant la réalité vécue. La conscience est co-émergente à l'Univers lui-même.
« Comme l’a montré Eggers, ces animaux (papillons de nuit) ne possèdent que deux bandes tendues dans leur organe auditif en guise de fils de résonance. Grâce à ce dispositif, ils parviennent à réagir à des vibrations de l’air qui re-présentent pour l’oreille humaine la limite de l’aigu. Ces sons correspondent au cri de la chauve-souris, principal ennemi des papillons. Les papillons ne captent donc que les sons émis par leur ennemie. Pour le reste le monde est muet pour eux. » (Jakob von Uexküll)
L’organisme du sujet constitue en lui-même le sens de son apparition à l’Univers, lui-même est information, tout ce qui est dans l’Univers est signifiance. Lors d’une co-évolution entre un organisme et son environnement, un lien intime les réunit. Cette information ne doit pas être entendue en un sens réducteur et uniquement mathématique, elle contient ce qui sort de la Matrice. C'est-à-dire toute l'intériorité d'un être vivant. Ce qui signifie que l’information développe en degrés des pensées, des émotions et des passions (des désirs) chez tous les êtres vivants. C’est grâce à la « soupe photonique », autre nom pour désigner la Matrice, et son champ informationnel, que l’Univers arrive à s’organiser. Dans une autre tournure du langage, il existe une Présence qui organise l’Univers par son intention (information) laquelle structure chaque conscience qui l'observe.
« Partout les organes destinés à courir, à sauter, à grimper, à voleter, à voler ou à planer sont constitués de façon contrapuntique par rapport aux caractères de chaque milieu. » (Jakob von Uexküll)
La durée de vie d’une espèce, le nombre de la population, le camouflage, la spécialisation, la reproduction sexuelle, etc., tout participe au jeu de la stabilité universelle. Tout est mesuré. Si une espèce est trop résistante, trop prolifique ou pas assez, voilà que la stabilité globale se déséquilibre si le seuil limite est atteint. Aucune propriété de la matière ne reste constante avec elle-même. Lorsque nous parcourons les différents milieux, ce n’est pas seulement la signification d’un objet qui change mais aussi toute la structuration des perceptions qui changent. L'adaptation au sens darwinien est à revoir puisque être au monde revient à dire qu'il y a du sens à ma propre constitution organique, tout comme ma conscience elle-même et sa psyché.
« Si nous examinons la couleur jaune d’une fleur sur laquelle se pose une abeille, nous pouvons dire actuellement en toute assurance que, dans le milieu de l’abeille, la fleur n’est pas jaune (elle est sans doute rouge), parce que l’échelle chromatique de l’œil d’abeille correspond à une autre échelle d’ondes que l’échelle chromatique de notre œil. De même, nous savons que la gamme sonore du papillon de nuit, la gamme olfactive de la tique, la gamme gustative d’un ver de terre, la gamme formelle de la plupart des invertébrés sont entièrement différentes des nôtres. Même la gamme des résistances doit être entièrement différente chez l’ichneumon qui transperce comme du beurre le bois du sapin le plus dur. » (Jakob von Uexküll)
Revenons à la perception visuelle, mais cette fois-ci nous l’aborderons par le biais des expériences accomplies sous LSD. Le LSD fut synthétisé par Albert Hofmann, un chimiste, au sein des laboratoires Sandoz à Bâle. Lorsqu’en 1943, il en absorbe par accident, il devient temporairement psychotique. C’est le début des recherches sur la nature de la schizophrénie, et plus largement des psychoses. Il travaillait sur un champignon qui pousse sur les céréales, un parasite appelé l’ergot de seigle. Ce champignon broyé dans la farine, par exemple, peut être très toxique. Ses effets pouvaient être très variés : migraine, saignement post-partum, etc. Albert Hofmann, alors, cherchant à analyser les composants de ce champignon, est tombé sur la structure moléculaire de l’acide lysergique. En s’automédiquant, il ne savait pas encore qu’il prenait une molécule ayant des effets psychotropiques. Il en tira par la suite des conclusions importantes. Il comprit que la Nature formait un tout comme une unité plurielle en interrelation :
« Les sciences naturelles ont démontré que l’image de la terre toute colorée, telle qu’on la voit, n’existe pas dehors. Dehors, il n’y a que de la matière sombre et de l’énergie. L’écran est en nous, dans notre conscience. Chaque être humain porte en lui sa propre image du monde, créée par lui-même. » (Albert Hofmann)
Il continue :
« Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas, lorsqu’on dit que la couleur n’existe pas, mais qu’elle se forme en nous. Lorsqu’on commence à réfléchir à ce mécanisme, quels merveilleux outils sont nos yeux. Qu’à partir de quelques ondes, nous puissions créer de la couleur, que nous pouvons ensuite ressentir. Ce sont des choses qui nous poussent à… à une religiosité inouïe. » (Albert Hofmann)
Sérialité et synchronicité
Pour le biologiste Paul Kammerer, les lois de la sérialité sont aussi fondamentales queles lois de la physique, les « coïncidences » isolées ou en série n’étant que les parties visibles d’une chose inconnue. C’est une image des manifestations d’un principe universel de la Nature qui opère « indépendamment de la causalité physique », des événements reliés par analogie. Les séries seraient des processus cycliques se propageant comme des ondes sur l’axe du continuum extensif spatio-temporel. C’est à cause de notre regard partiel et isolé que nous ne pouvons pas voir les connexions globales qui lient les événements entre eux.
« Nous avons établi que la somme des faits exclut tout “hasard” ou fait si bien du hasard une règle que cette notion même disparaît. En cela nous arrivons au cœur de notre pensée : en même temps que la causalité, un principe acausal agit dans l’Univers. Ce principe influe sélectivement sur la forme et sur la fonction pour joindre dans l’espace et dans le temps les configurations apparentées ; et cela dépend de la parenté et de la ressemblance. » (Paul Kammerer)
Nous ne pouvons pas imaginer le nombre de millions, voire de milliards de concours de circonstances qu’il a fallu produire pour que nous soyons ici présents. Ce principe de sérialité est similaire à la synchronicité découvert par C.G.Jung. Ce qui la sous-tend est une remise en coordination du monde intérieur et du monde extérieur en un moment précis, laquelle retrouve un axe présentiel qui fait apparaître l'instant présent. Nous avons l'impression de vivre sur un espace-temps qui s'étale devant nous, avec un passé et un futur, alors qu'il n'y a que le présent qui est finalement. C'est à partir de lui que l'Univers se meut, et nous-mêmes également. Lorsque nous retrouvons cet axe de conjonction des opposées alors explose l'évidence devant notre regard, soit l'Univers de sens. Nous avons capté une information contenue dans la Matrice laquelle répond à une de nos attentes. Si je suis ici présent maintenant, c’est parce que dans l’Univers existe un principe qui agit par cette synchronicité, c’est le principe anthropique. Conséquemment, il y a au préalable le présent qui active la « soupe photonique » et met en marche l'espace-temps, soit la flèche du temps.
Cependant, il nous faut savoir qu’il y existe deux principes anthropiques en physique, l’un dit fort et l’autre dit faible. Le premier considère que l’évolution de l’Univers a débuté dans l’indétermination et le hasard « cumulatif » cherchant une orientation à travers le temps. Il serait dû à des concours judicieux de circonstances, une structure atomique prête à subir des changements complexes formant les molécules et les étoiles. Le second suppose des Univers multiples, dans lesquels chacun a ses propres lois physiques. Mais, dans tous les cas, ces environnements sont hostiles et n’ont pas les éléments nécessaires à l’apparition de la vie. Freeman Dyson disait que « tout semble s’être passé comme si l’Univers devait, en quelque sorte, savoir que nous avions à apparaître ». Ainsi, certains physiciens se demandent si l’Univers a été créé en fonction de l’Homme. Je proposerais un troisième principe anthropique : l’Univers est structuré de façon à ce que la conscience jaillisse partout dans l’Univers. Nul besoin de multiples Univers pour cela, car nous sommes en présence d’un Univers de sens et de signifiance. Le troisième principe se pose donc comme un Univers de sens, chaque chose est là où elle doit être et co-évolue avec un ensemble d’éléments qui apparaissent simultanément. L’ensemble tend vers plus de complexité, afin qu’une conscience puisse apparaître. Si l’Univers est tel qu’il est, c’est justement qu’il existe une constante de couplage qui mesure l’influence des différentes interactions qui ont été ajustées avec une immense précision. La moindre déviance des constantes de couplage aurait provoqué l’instabilité des nucléons et aurait condamné l’évolution cosmique. Néanmoins, il est bien dommageable d’avoir une physique de l’après-coup, et non une physique axée au centre du réel expliquant l’Univers tel qu’il est. Sérialité, synchronicité et principe anthropique ne font qu’exposer un même phénomène, celui de la Matrice qui structure les divers éléments entre eux.
Être conscient, c'est déjà posséder le sens en soi
Au-delà du regard, du « voir » et du perce-voir, c’est de conscience dont il s’agit vraiment. Être conscient, c’est être « conscient de ». Comment est apparue la conscience? Elle découle des stimuli qui ont permis de constituer un être organique et psychologique conscient de son propre environnement. L'organisme primaire est attiré par quelque chose, il s'éveille à son existence et plus le stimulus est répété plus il est engrammé dans sa conscience laquelle le fait exister désormais.
Un stimulus nous attire vers la chose que nous regardons, une attention se dégage et nous rend conscients de celle-ci. Alors, il n’y a pas l’Univers d’un côté et ma conscience de l’autre mais bien interrelation et interpénétration.
Ils ne sont pas en cohabitation en entrant en contact occasionnellement, en « rapport » ou en « liaison ». L'adaptation doit être remplacé par une dynamique co-évolutive entre l'être vivant et son environnement.
« La conscience et le monde des choses forment alors un tout lié, résumé dans ces unités psychophysiques individuelles que nous nommons êtres animés (animalia) pour former au sommet l’unité réelle du monde total. » (Edmond Husserl)
Il est, à présent, important de retenir un point capital. Tout ce qui forme l’être est une apparition à l’Univers qui fut éveillé, émergé par des stimuli. L’Univers est tel qu’on le voit et nous sommes tels que nous sommes par un processus de sens graduel. Ma conscience est une réponse et participe à un système d’émergence commun à tout ce qui est. Son apparition devait arriver et sa présence révèle un Univers empli de sens. Nous ne sommes pas dans l’Univers mais avec l’Univers.
Où se situe le Vrai ? La vérité ultime ? Le Vrai ne se situe pas à l’extérieur de nous, mais il émerge depuis notre intériorité et ceci simultanément à notre capacité à assimiler le réel. D’où l’existence de différents degrés du réel en rapport avec celui qui les regarde. Ceci amène l’homme à un certain niveau qui fonde sa propre réalité. Le Vrai est en accointance avec celui qui le vit, d’où l’existence de degrés du Vrai qui fondent sa propre vérité. Cela signifie que celui qui désire atteindre le Vrai par-delà les apparences doit saisir que sa propre réalité n’est qu’un point de vue. Il doit comprendre que pour l’atteindre, il doit se libérer de lui-même et de ses représentations. Autrement dit, la science essaie d'atteindre le Vrai, et les hommes se fondent sur elle pour cette quête du Vrai, alors qu'elle ne peut émerger que depuis notre intériorité. Ensuite, nous utilisons les outils à notre disposition pour rendre compte de ce réel-Vrai. C'est la conscience qui témoigne de sa propre existence à travers des instruments de mesure afin qu'elle puisse présenter aux autres sa propre existence.
Comment observer une chose qui n’est pas fixe
mais bien au contraire dynamique ?
Nous savons que tout, dans l’Univers, est en mouvement et en relation multiple, jamais isolé mais vivant et en réseau. Alors, il apparaît clairement que l’analyse ne peut réellement saisir une chose que par ses apparitions et ses formes changeantes. Il est impossible pour elle de saisir l’essence même des choses, d’ailleurs elle nous fait miroiter beaucoup de ses « compréhensions » par de simples descriptions et n’explique absolument rien du phénomène en question.
Est-ce « comprendre » que de décrire l’évolution de l’homme sur terre par des descriptions comme « il se redressa », « il libéra sa main grâce à son pouce », « il y eut des bouleversements climatiques transformant l’environnement, et ceci permit à l’hominidé d’apparaître » ? Ces descriptions des phénomènes n’expliquent aucunement le sens de l’apparition de l’hominidé. Nous confondons la description et l’explication. La première nous parle de l’apparence et de son fonctionnement, la seconde du sens et de l’essence. Par exemple, décrire un texte de poésie reviendrait à nous parler de sa grammaire, de sa syntaxe, de l’époque où il fut écrit et de son environnement, de la biographie même de l’auteur, mais tout ceci ne me dirait rien de la poésie elle-même et de son contenu, de sa profondeur, de la richesse intérieure de l’auteur, des sens et des multiples lectures possibles. Le philosophe Bertrand Russell exposa brillamment dans ses écrits cette différence fondamentale dans l’expérimentation, en nommant l’une « science descriptive » et l’autre « science explicative ».
Les théories scientifiques ne s’intéressent qu’au « comment » et n’observent que des objets à analyser. Demander « pourquoi » serait aux yeux des scientifiques pire que le châtiment du bannissement, puisque le fondement de la science est le rejet même du sens. La question du sens, quant à elle, est laissée à une métaphysique, d’origine philosophique ou religieuse. Ce « pourquoi » pose la question du sens, de la signifiance. Il permet de regarder l’objet non plus en tant qu’objet d’analyse, mais en tant que signifiance au monde des phénomènes. Un sujet est vivant et dynamique mais dès qu’il devient objet d’analyse, il se fige. La science n’a donc rien à nous enseigner concernant notre signifiance à l’Univers, notre raison d’être. Dire qu’un sujet existe par hasard et par chance, que l’homme est un merveilleux hasard, c’est confondre la description et l’explication. Dire « comment » les choses sont apparues ne signifie pas « pourquoi » elles sont apparues. Dire « comment » un organisme se met en relation avec son environnement n’est pas dire « pourquoi » il se met en relation avec son environnement. L’embarras dans lequel nous nous trouvons dans notre société face à divers phénomènes apparemment contradictoires découle de cette assertion fallacieuse : la séparation du sujet et de l’objet. Nous appartenons aux phénomènes, puisque je suis déjà par ma présence à l’Univers un être amené à l’existence. Or, toute existence est déjà en soi une signifiance apparue par divers stimuli et qui permit l’éveil d’une conscience. Voir les choses de cette manière, c’est éviter et oublier qu’une question sur le sens se réfère à l’être. En effet, derrière la description il y a l’avoir, et derrière l’explication il y a l’être. Conséquemment, notre science est celle d'une description déployant une argumentation à ce qui se rajoute à notre existence, autrement dit c'est une science de l'avoir.
Selon les Annales de PEI HSIU Érudit bien connu sous la Dynastie Tang
« La Doctrine de Huang Pu, ou Doctrine du Mental cosmique » ou bien, pour lui donner son appellation chinoise : « Huang Po Ch'uan Fa Yao » est l'une des œuvres les plus importantes parmi les nombreux textes chinois exposant les doctrines de la secte Dhyâna (Ch'an ou Zen). Elle forme, à elle seule, un traité presque complet des principales doctrines de cette secte.
LES ENSEIGNEMENTS DE HSI YUN
Deux raisons rendent très difficile le résumé des principes essentiels de la secte Dhyâna : 1° ces enseignements ne s'appuient sur aucun sûtra particulier (sauf si l'on admet qu'ils dérivent du Lankâvatâra sûtra) ; 2° la transmission réelle de ces enseignements s'effectue uniquement par compréhension intuitive de maître à disciple. Suivant la croyance des membres de cette secte, aucune parole n'a le pouvoir d'exprimer ce qui est réellement transmis par cette voie ; c'est pourquoi l'on utilise souvent l'expression « enseignement sans parole » ; cette expression apparaît dans presque tous les écrits des maîtres dhyânistes. Dans son « Buddhist China », Sir Reginald Johnston suggère l'existence d'un certain nombre de points communs entre les doctrines de cette secte et celles des mystiques chrétiens. Il cite par exemple : Blake, Eckhart, W.R. Inge, G.R.S. Mead et d'autres encore. Je ne suis cependant pas certain qu'il soit justifié de considérer dhyâna comme une forme de mysticisme.
Je n'ai pas entrepris ici un résumé de la doctrine Dhyâna tout entière. Je me suis borné à une esquisse des enseignements contenus dans cet ouvrage, esquisse sans laquelle un lecteur peu familiarisé avec ce sujet pourrait se trouver gêné, d'une part par l'absence de plan dans la rédaction du livre, et d'autre part parce que Pei Hsiu considère le lecteur comme déjà initié aux doctrines du Bouddhisme mahayaniste.
L'expression « Mental cosmique » (hsin ou i-hsin) est ici synonyme de l'Absolu. Il ne faudrait pas croire que ce terme a été choisi parce qu'il exprime exactement la conception de l'Absolu selon la secte Dhyâna ; il l'a été simplement à défaut d'une expression plus exacte. Le choix du mot « Mental » s'explique probablement ainsi : il souligne que cette partie de lui-même que l'homme pourrait regarder comme une entité individuelle habitant son corps n'est en réalité rien de tel, mais qu'il s'agit de quelque chose de commun à tous les êtres sensibles. Sans doute l'emploie-t-on aussi pour éviter que l'on suppose tangible la substance qui façonne toutes choses. « Hsin » est également employé dans le sens de « mentation » ; c'est ainsi que je l'ai traduit en m'en rapportant à Suzuki. Dans une traduction littérale j'aurais été entraîné à écrire: « mettre fin au mental afin d'atteindre le mental ».
Par conséquent le Mental cosmique est sans attribut ; étant l'Absolu, il est au delà de tout attribut. Si par exemple on le décrivait comme infini, tout ce qui est fini s'en trouverait exclu ; or, toute l'argumentation de ce livre tend à démontrer que le Mental cosmique est la seule Réalité : tout ce que nous sommes, tout ce que nous percevons au moyen des sens n'est rien d'autre que ce Mental. Penser au Mental cosmique en terme d'existence ou de non-existence est même le fait d'une compréhension complètement erronée. De nombreux textes mahayanistes — et particulièrement ceux de la secte Dhyâna abondent en contradictions apparentes, telles que : « il n'y a ni existence ni non-existence », ou « la chaîne de la causalité est immobile ». Parfois, les écrivains occidentaux tentent de résoudre ces contradictions en leur donnant un sens mystique. A la suite de Sir Reginald Johnston, ils croient voir dans certains aspects du Bouddhisme mahayaniste une contrepartie du mysticisme européen. A mon avis cette opinion est inexacte. Le « Chung Kuan Lun » ( Mûla-Mâdhyamika Kârikâ, attribué au grand Nâgârjuna qui vécut au Ier siècle après J.-C.). nous offre une compréhension plus claire du problème ; il prouve que les termes d'existence et de non-existence doivent être compris au sens relatif et non au sens absolu. Il écrit : « Les choses sont non-existantes puisque leur existence dépend de causes et de conditions, et elles ne sont pas non-existantes puisqu'elles s'élèvent de ces conditions ». Seng Chao (moine vivant au 4e siècle) dit : « L'existence, si elle est absolue, implique l'indépendance et la permanence, elle n'a pas besoin, pour exister, de causes qui la suscitent. De même la non-existence, si elle est absolue, implique l'indépendance et la permanence, elle n'a pas besoin, pour ne pas exister, de causes qui la suscitent ».
Par conséquent, le problème de l'existence et de la non-existence se résout ainsi : considéré sous l'angle de l'Absolu, tout est Un (le Mental cosmique). On peut donc affirmer que les objets perçus par nos sens n'existent pas au sens absolu. Ce sont des agglomérations temporaires réunies pour une durée insignifiante par rapport à l'éternité, puis elles se dissolvent. (Il est intéressant de comparer ceci aux théories modernes sur la relativité et la structure atomique des corps.) L'assemblage et la dissolution des objets sont gouvernés par la loi de causalité. Chaque chose est le résultat d'un nombre incalculable de causes dont la chaîne remonte indéfiniment. Il n'y a donc rien dont l'existence soit permanente ou qui existe par soi-même indépendamment de toute cause. Puisqu'il en est ainsi, il n'y a rien dont on puisse affirmer l'existence absolue et c'est pourquoi les bouddhistes mahayanistes utilisent souvent cette expression : « rien n'existe » qui, cependant, est généralement suivie de son opposé : « il n'y a rien qui n'existe pas », c'est-à-dire qu'il n'y a rien qui n'existe potentiellement en l'Absolu.
Pour plus de facilité nous pouvons dire que l'être humain possède un corps, un « moi », et un « soi réel ». Le corps ne se différencie pas des objets perçus par nos sens, il est irréel en tant que phénomène temporaire résultant de l'interaction de causes et d'effets. Ce que l'on appelle le « moi » (le mental, l'âme, l'ego ou l'esprit, etc.) est une entité également illusoire composée des cinq agrégats : la forme, la sensation, la perception, la discrimination et la conscience. Il tire son individualité apparente uniquement des impressions reçues par les sens. Le « soi réel » est au delà du « moi », il est l'Absolu dans lequel toute distinction se résorbe et qui, par conséquent, est identique au « Soi » de tous les êtres sensibles. (Ainsi que nous le verrons, Hsi Yun désapprouve ces distinctions entre le « moi » et le « soi » car il craint qu'elles ne suggèrent l'existence d'une entité telle que le « moi » ou « mental ordinaire »). L'individu non illuminé (le terme « individu » peut être utilisé dans un sens relatif) prend constamment le « moi » pour le « soi réel », il se laisse aller aux désirs et aux appétits qui sont à l'origine de l'existence apparente de l'ego, il renforce ainsi le sentiment d'individualité qui l'empêche d'appréhender la vérité.
La secte Dhyâna tient pour certain que les autres sectes ou écoles bouddhiques sont destinées à ceux qui sont incapables de comprendre l'erreur des distinctions et l'identité des opposés dans l'Absolu. C'est pourquoi, est-il dit, le but de ces écoles est d'entraîner leurs disciples à progresser vers la vérité au cours d'innombrables kalpas (éons) de réincarnations (tous les bouddhistes croient à la réincarnation), au moyen de pratiques susceptibles de leur faire percevoir enfin la vérité et « appréhender leur nature véritable ». Par contre, la secte Dhyâna offre un raccourci à ceux qui sont capables de s'y engager. « Puisque nous ne faisons déjà qu'un avec l'Absolu, nous n'avons rien à pratiquer, rien à accomplir, rien à atteindre ». La seule chose nécessaire est un éveil soudain à cette unité. Un tel éveil, enseigne-t-on, mettra immédiatement fin à l'action de la causalité (origine de nos perpétuelles renaissances), en bannissant le désir, l'aversion et l'ignorance, toutes choses qui maintiennent en mouvement la chaîne des causes et des effets.
L'ouvrage parle peu de la pratique des exercices de dhyâna (méditation ou concentration). On suppose que le lecteur est bouddhiste et que son erreur consiste non pas en l'absence de pratique, mais en une pratique erronée. De nombreux bouddhistes conçoivent le monde phénoménal comme une pure illusion. Ils essaient d'y échapper en employant différentes méthodes de concentration mentale qu'ils nomment également dhyâna, mais leurs efforts pour éliminer tout phénomène de leur mental suppose une distinction entre le réel et l'irréel. Hsi Yun déclare que tous ces objets mêmes que nos yeux rencontrent sont l'Absolu ; c'est pourquoi il lui semble futile d'écarter quoi que ce soit ; une telle méthode implique une incompréhension de dhyâna. Le but n'est pas de tout rejeter, mais d'atteindre un état d'où l'on prenne conscience du vide de toute distinction. On y accède en arrêtant le processus de mentation (voir le commentaire de la section 34), c'est-à-dire en cessant de penser aux objets des sens en termes d'attraction et de répulsion, ou en catégories d'existence et de non-existence. Cela ne signifie pas que l'on doive s'efforcer de vider le mental de tout contenu, car, suivant les paroles du 6e Patriarche, le mental ne vaudrait alors pas plus qu'une bûche de bois ; de plus, il deviendrait incapable de prendre part aux faits de la vie journalière et ne pourrait d'ailleurs se maintenir longtemps dans cet état. Le sens réel de cette déclaration est un enseignement de détachement total à l'égard de toute perception des sens, grâce à la certitude que tous les attributs particuliers qui rendent un objet attrayant à l'encontre d'un autre, sont, en réalité, impermanents et non-existants au sens absolu du mot. Selon cette doctrine, il ne peut y avoir d'Illumination partielle. La réalité est au delà des apparences, elle est saisie ou elle ne l'est pas. Finalement, cette compréhension jaillira dans un éclair. C'est ce que la tradition rapporte au sujet de Mahâ-Kâshyapa. Dans son cas, l'éclair jaillit à l'instant où il vit la fleur dans la main du Bouddha. Cependant, il est insuffisant de vivre tout bonnement, ainsi que le font généralement les hommes non-illuminés, avec l'espoir que l'éclair jaillira. Le mental doit subir une préparation et c'est justement cette préparation que l'on appelle dhyâna. Dhyâna consiste à tourner le mental vers l'intérieur pour essayer d'appréhender la réalité située à l'arrière de ce nous nous plaisons à nommer « nous-mêmes » et, incidemment, à l'arrière de toutes choses. Théoriquement, la contemplation d'objets extérieurs doit mener au même but, mais les réactions sensorielles suscitées par les phénomènes perçus créent des complications presque insurmontables. C'est pourquoi les maîtres dhyânistes préconisent de tourner le mental vers l'intérieur et non pas vers l'extérieur.
PRÉFACE DE PEI HSIU
Hsi Yun, grand Maître dhyâniste, habitait le Pic des Vautours, au mont Huang Po, dans le district de Kao An, dépendant de la Préfecture de Hung Chou. Il fut le troisième descendant de la lignée directe du 6e Patriarche Hui Neng et le neveu spirituel du Vénérable Huai Hai. N'appréciant que la seule méthode intuitive, incommunicable en paroles, du Véhicule le plus élevé, il n'enseigna rien d'autre que la doctrine du Mental cosmique, car il estimait qu'il n'est rien d'autre à enseigner, puisque mental et substance sont tous deux vides, et puisque la chaîne de causalité est, en réalité, immobile. Le mental est semblable au soleil parcourant le ciel et irradiant une lumière glorieuse que ne souille pas le plus petit grain de poussière. Pour ceux qui ont réalisé la nature de la Réalité, rien n'est vieux ni jeune et, pour eux, les conceptions profondes ou superficielles sont dénuées de sens. Ceux qui parlent de cette Réalité ne tentent pas de l'« expliquer », ils ne fondent aucune secte et n'en discourent pas à tout venant. Ce qui est devant vous est Cela. Dès que vous commencez à raisonner sur Cela, vous tombez immédiatement dans l'erreur. Lorsque vous l'aurez compris, alors seulement vous percevrez que vous ne faites qu'un avec votre nature de Bouddha originelle. C'est pourquoi les paroles de Hsi Yun étaient simples, son raisonnement, direct, sa manière de vivre, élevée et ses actes différents de ceux des autres hommes. De toutes les régions, les disciples affluaient vers lui ; ils le regardaient comme une sublime montagne de spiritualité et, grâce à leurs contacts avec lui, ils s'éveillaient à la Réalité. La foule rassemblée autour de lui comptait toujours plus de mille personnes à la fois.
La deuxième année de Hui Chang (843 après J.C.), lorsque j'étais fonctionnaire dans le district de Chung Ling, j'accueillis Hsi Yun à son arrivée dans cette ville ; il venait de la montagne où il habitait. Nous séjournâmes ensemble au Temple de Lung Hsing ; là, je le questionnai nuit et jour sur la Voie. Ensuite, la deuxième année de Tai Chung (849 après J.-C.), tandis que j'avais une charge dans le district de Wan Ling, j'eus encore une fois l'occasion de lui souhaiter cérémonieusement la bienvenue dans le lieu où mon poste me retenait.. Cette fois, nous restâmes paisiblement dans le Temple de K'ai Yuan et, là aussi, j'étudiai jour et nuit sous sa tutelle. Après l'avoir quitté, je mis par écrit ce que j'avais appris et bien que je ne fusse capable d'en écrire que le cinquième, j'estimai que c'était pourtant une transmission directe de la Doctrine. Tout d'abord je n'osai publier mes écrits ; maintenant, craignant que ces enseignements vitaux et pénétrants ne fussent perdus pour les générations futures, je les publie. En outre, j'ai donné le manuscrit aux moines T'ai Chou et Fa Chien, je les ai priés de se rendre au Temple Kuang T'ang, sur la vieille montagne, et de demander aux moines âgés si mon manuscrit concorde avec les enseignements qu'eux-mêmes ont reçu autrefois.
LA DOCTRINE DE HSI YUN SELON LES ANNALES DE PEI HSIU
(1) S'adressant à moi, le Maitre dit : Tous les Bouddhas et tous les êtres sensibles ne sont rien d'autre que le Mental cosmique, en dehors duquel rien n'existe, qui a toujours existé, non-né et indestructible. Cela n'est ni vert ni jaune, et n'a ni forme ni apparence. Cela ne peut être classé dans aucune catégorie : soit des choses existantes, soit des choses non-existantes ; cela ne peut pas davantage être considéré comme une chose nouvelle ou ancienne. Cela n'est ni long ni court, ni grand ni petit, mais transcende toute limite, toute mesure, tonte dénomination, toute parole et toute méthode de concrétisation. Cela est la substance sur laquelle se pose le regard — mais tout raisonnement sur sa nature tombe aussitôt dans l'erreur. Semblable au vide sans limite il ne peut être ni sondé ni mesuré. Seul ce Mental cosmique est le Bouddha ; entre le Bouddha et les êtres sensibles il n'y a aucune distinction, mais ces derniers sont attachés aux formes, c'est pourquoi ils cherchent la Bouddhéité hors d'elle-même. Une telle recherche les égare et produit le contraire du résultat qu'ils désirent car ils emploient Bouddha à chercher Bouddha et le mental à saisir le mental. Mais s'ils s'épuisent en grands efforts pendant un kalpa entier, ils ne seront pas capables d'atteindre leur but. Ils ne savent comment arrêter leurs pensées et oublier leur angoisse. Le Bouddha est devant eux, car ce Mental cosmique est le Bouddha, et le Bouddha est tous les êtres vivants. Ce Mental n'est pas moins manifesté dans les êtres ordinaires ni plus manifesté dans le Bouddha.
(2) En accomplissant les six pâramitâs et bon nombre d'autres pratiques similaires, on obtient une somme de mérites aussi incalculable que les grains de sable du Gange, mais puisque, par essence et à tous égards, vous êtes un être parfait, vous ne devriez pas tenter d'accroître cette perfection au moyen de pratiques aussi dénuées de sens. Lorsque l'occasion s'en présente, accomplissez des actes charitables, et lorsqu'elle est passée, restez paisible. Si vous n'êtes pas complètement convaincu que ceci — le mental — est le Bouddha, si vous êtes attaché aux formes, aux pratiques et aux observances par lesquelles on accumule des mérites, votre point de vue est sans rapport avec la Réalité, il est radicalement incompatible avec la Voie. Le mental EST le Bouddha, il n'y a pas d'autre Bouddha, et pas d'autre Mental. Ce mental est brillant et pur comme le vide, il n'a aucune forme et aucune apparence. Faire usage du mental pour la pensée (au sens habituel de ce mot) équivaut à abandonner la substance pour se lier soi-même aux formes. Le Bouddha qui existe de toute éternité, ne témoigne jamais un tel attachement aux formes. Si vous pratiquez les six pâramitâs et des myriades d'autres exercices en vue d'accéder par ces moyens à la Bouddhéité, vous croyez que vous avancerez par étapes, mais le Bouddha qui a toujours existé n'est pas un Bouddha auquel on parvient par étapes. Éveillez-vous seulement au Mental cosmique, et réalisez qu'il n'y a rien d'autre à atteindre. C'est là le vrai Bouddha. Le Bouddha et tous les êtres sensibles sont le Mental cosmique, et rien d'autre.
(3) De même que le soleil tourne dans l'espace et brille sur les quatre coins du monde, ainsi le mental, semblable au vide, ne connaît ni trouble ni mal. Quand le soleil se lève et illumine la terre entière, ce n'est pas le vide qui est brillant ; et quand le soleil se couche et qu'il fait nuit, ce n'est pas le vide qui est obscur. Les phénomènes de lumière et d'obscurité alternent, mais la nature du vide demeure inchangée. Il en est de même du mental du Bouddha et de tous les êtres sensibles. Si vous vous représentez le Bouddha avec une apparence pure, brillante et illuminée, ou si vous vous représentez les êtres sensibles avec une apparence souillée, sombre et transitoire, de telles conceptions vous empêcheront, en raison de votre attachement aux formes, d'atteindre à la connaissance suprême ( Bodhi), même après avoir traversé autant de kalpas qu'il y a de grains de sable dans le lit du Gange. Il n'y a que le Mental cosmique et pas la moindre particule de quoi que ce soit d'autre dont on puisse se saisir, car ce Mental est le Bouddha. Ceux qui étudient et suivent la Voie, et qui pourtant ne s'éveillent pas à cette substance mentale, créent toutes sortes d'imaginations ; ils cherchent le Bouddha â l'extérieur d'eux-mêmes et restent attachés aux formes, aux pratiques et aux observances, toutes choses nuisibles et hors du chemin qui mène à la connaissance suprême.
(4) Faire des offrandes à tous les Bouddhas de l'univers ne vaut pas l'offrande faite à un seul adepte de la Voie, délivré de toute imagination. Pourquoi ? Parce qu'un tel adepte est au delà de toute activité imaginative sous quelque forme que ce soit. La substance de l'Absolu a deux aspects : intérieurement, elle est comme le bois ou la pierre, elle est immuable ; extérieurement, elle est semblable au vide, sans limite ni entrave. Cela n'est ni subjectif ni objectif, cela est sans localisation spécifique, étant sans forme. C'est pourquoi cela ne peut être perdu. Ceux qui se hâtent vers cet état n'osent pas y entrer de peur de s'effondrer dans le vide sans y rien trouver pour se cramponner et prévenir leur chute. C'est ainsi qu'ils tournent leurs regards vers le rivage et battent en retraite, comme font, par exemple, ceux qui cherchent le but au moyen de l'intellect. Ceux qui cherchent le but intellectuellement sont comme les poils d'une fourrure (le grand nombre), et ceux qui obtiennent la connaissance intuitive de la Voie sont comme les cornes (le petit nombre).
(5) Manjusri représente la loi primordiale, et Samantabhadra le devenir. Le premier symbolise l'aspect de la Réalité en tant que vide illimité, et le second représente les possibilités innombrables au delà du monde des phénomènes. Avalokiteswara est l'emblème de la compassion sans borne ; mahâsthama est l'image de la grande sagesse, et vimalakirti est le « nom sans souillure ». La pureté est une qualité fondamentale, le nom est la forme, mais la forme, en réalité, est une avec la nature réelle, d'où ce terme combiné de « nom sans souillure ». Toutes ces qualités, épanouies chez les grands Bodhisattvas, sont inhérentes aux hommes et ne sont pas distinctes du Mental cosmique. Eveillez-vous à leur présence en vous et elles se manifesteront. Ceux qui étudient la Voie, et ne sont cependant pas conscients de la présence de ces qualités dans leur propre mental, ceux qui, eu raison de leur attachement aux apparences, cherchent quelque chose d'objectif en dehors de leur mental, ceux-là tournent le dos à la Voie. Le sable du Gange ! Le Bouddha disait à propos de ce sable : « Si tous les Bouddhas, les Bodhisattvas, Indra et tous les dieux foulent ce sable de leurs pieds, il ne s'en réjouit pas ; et si les bœufs, les moutons, les reptiles et les insectes le piétinent, il n'en éprouve aucune colère. Il n'a ni attraction pour les joyaux et les parfums, ni répulsion pour la fiente et l'urine ».
(6) Ce Mental cosmique n'est pas le mental au sens habituel du mot ; il est sans attache avec les formes ; ainsi en est-il des Bouddhas et des êtres sensibles. Quand ces derniers réussiront à se débarrasser de toute imagination, ils auront tout accompli. Mais si ceux qui étudient la Voie ne surmontent pas l'activité imaginative dans un éclair, bien qu'ils luttent durant de nombreux kalpas, ils n'y parviendront jamais. Pris au piège des pratiques méritoires des trois Véhicules, ils seront incapables d'atteindre l'Illumination. Néanmoins, la réalisation du Mental cosmique peut jaillir soudainement, ou après un effort plus ou moins long. Certains l'atteignent en entendant prêcher ce dharma, et, dans un éclair d'intuition, ils s'élèvent au delà de toute forme d'imagination. D'autres obtiennent la même chose par la méthode des Dix Croyances, des Dix Stages, des Dix Activités et des Dix Dons de Mérite. D'autres encore y parviennent en parcourant les Dix Stages progressifs des Bodhisattvas. Mais que la réalisation survienne au terme d'un chemin direct ou indirect, le résultat est l'accès à un état d'existence pure, et non l'accomplissement ou l'obtention de quelque chose. Qu'il n'y ait là rien que l'on puisse saisir n'est pas une vaine parole, c'est la vérité. Plus encore : que vous parveniez au but dans un éclair d'intuition ou après avoir parcouru les Dix Etapes Progressives des Bodhisattvas, l'Illumination sera la même dans les deux cas, puisque cet état n'admet pas de degré, mais la seconde méthode nécessite plusieurs kalpas de souffrances et de labeur inutiles.
(7) L'accomplissement de bonnes ou de mauvaises actions implique un égal attachement aux formes. Ceux que leur attachement aux formes conduit à faire le mal se réincarneront dans différentes catégories d'existence et cela bien inutilement. Ceux que leur attachement aux formes entraîne à faire le bien renaîtront de même en vain dans le travail et les soucis. En définitive, ni les premiers ni les seconds ne reconnaissent le Dharma fondamental ni ne s'y attachent. Ce Dharma est le mental au delà duquel il n'y a pas de Dharma, et ce mental est le Dharma au delà duquel il n'y a pas de mental. Ce mental n'est pas « mental » au sens habituel de ce mot ; il n'est pas non plus « non-mental », car l'affirmation « non-mental » impliquerait la possibilité de la contradiction. C'est quelque chose qui ne peut être défini par des mots, mais qui doit être compris intuitivement. Et puisque toute intellection doit être éliminée, la parole doit être évitée et l'imagination écartée. Ce mental est la pure essence du Bouddha, origine de toute chose, et inhérente à tout être. 'Tous les êtres animés et doués de vie affective, tous les Bouddhas et les Bodhisattvas sont de la même substance, ils ne sont pas différents les uns des autres. Seule, la pensée erronée donne naissance à la différenciation et par là toutes sortes de karma sont créées.
(8) En toute vérité, notre nature originelle de bouddha n'est rien qui puisse être appréhendé. Cela est vide, omniprésent, silencieux et pur, c'est une plénitude de paix glorieuse et mystérieuse. C’est tout ce que l'on peut en dire. Eveillez-vous vous même à cette nature, sondez ses profondeurs. Cette nature bouddhique originelle est devenue vous dans toute son intégrité, sans la moindre lacune. Même si vous parcourez, degré par degré les étapes du Bodhisattva vers la bouddhéité, lorsque enfin, dans un simple éclair d’intuition vous atteindrez à la pleine réalisation, vous réaliserez uniquement votre nature bouddhique originelle. Toutes les étapes parcourues antérieurement n'y auront pas ajouté la moindre chose. Vous regarderez simplement tous les kalpas, écoulés dans l'effort et le travail, comme autant d'actions irréelles accomplies dans un rêve. C'est pourquoi le Tathâgata a dit : « En vérité, je n'ai rien acquis au cours de cette Illumination complète et incomparable. S'il y avait eu là quelque chose de nouveau à acquérir, Dipamkara Bouddha n'aurait fait aucune prophétie à mon sujet ». Il a dit encore : « Ce Dharma est absolument sans distinction, n'ayant ni hauteur ni profondeur, son nom est Bodhi ». Cela est le pur mental, origine de toutes choses, apparaissant sous l'aspect des êtres sensibles, d'un Bouddha, des rivières et des montagnes du monde, avec forme ou sans forme, ou sous l'aspect de l'univers entier. Ce pur mental est radicalement homogène car il n'y a aucune distinction entre le soi et le non-soi.
(9) Ce pur mental, origine de toutes choses, brille sur tout par l'éclat de sa propre perfection, mais les gens de ce monde ne prennent pas conscience de Lui, car ils ne considèrent comme mental que ce qui voit, entend, sent, connaît. Leur compréhension étant voilée par les perceptions de la vue, de l'ouïe, des sentiments et du savoir, ils ne perçoivent pas la magnificence de la Substance Primordiale. S'ils étaient seulement capables d'éliminer, en un éclair, toute imagination, cette Substance Primordiale se manifesterait d'Elle-même, comme le soleil s'élevant à travers l'espace illumine l'univers entier sans rencontrer ni obstacle ni limite. C'est pourquoi, si les étudiants de la Voie considèrent la vue, l'ouïe, les sentiments et le savoir seulement comme leurs propres activités, la privation de ces perceptions leur coupe la voie vers une compréhension du mental et les laisse dans une impasse. Il faut reconnaître que le mental réel s'exprime dans ces perceptions, mais, d'une part, sans dépendre d'elles, et d'autre part, sans être distinct d'elles. Aucun raisonnement ne devrait reposer sur ces perceptions ni aucune pensée s'y opposer. Il ne faudrait cependant pas chercher le Mental cosmique en dehors d'elles ni les abandonner dans votre poursuite du Dharma. Ne vous y agrippez pas, ne les abandonnez pas, n'habitez pas en elles et n'y adhérez pas. Exister indépendamment de tout ce qui est au-dessus, au-dessous, ou en dehors de vous, car il n'y a aucun lieu où la Voie ne puisse être suivie.
(10) Alors que les gens de ce monde cherchent l'enseignement de la Voie, tous les Bouddhas proclament la doctrine du Mental cosmique. Si l'on tient pour certain qu'il existe une chose à réaliser ou à atteindre hors du mental et que l'on utilise le mental dans cette recherche, cela implique une erreur de compréhension ; en effet le mental et l'objet de sa recherche ne font qu'un. On ne peut utiliser le mental pour chercher quelque chose qui vient du mental car, même après des-millions de kalpas de cet effort, le jour du succès ne luira pas. De telles méthodes ne peuvent entrer en comparaison avec celle qui consiste à arrêter subitement toute imagination, ce qui constitue le Dharma fondamental. Supposez le cas suivant un guerrier porte sur son front une perle qu'il croit avoir perdue. Il part à sa recherche et bien qu'il parcoure l'univers entier, il ne la trouvera jamais. Mais si quelqu'un s'aperçoit de sa méprise et lui montre la perle du doigt, instantanément il réalisera que la perle n'a pas quitté sa place. De même, si les étudiants de la Voie se trompent au sujet de leur propre mental, et ne le reconnaissent pas comme le Bouddha, ils le cherchent évidemment partout, se laissent aller à suivre diverses pratiques et placent leur confiance dans une méthode progressive pour atteindre l'Illumination. Mais, même après avoir vécu des siècles et des siècles en diligentes recherches, ils seront toujours incapables de parvenir jusqu'à la Voie. On ne peut comparer de telles méthodes avec celle qui consiste à supprimer immédiatement toute mentation, connaissant avec certitude que rien n'a d'existence absolue, qu'il n'y a rien sur quoi s'appuyer, rien sur quoi l'on puisse compter, rien en quoi l'on puisse demeurer, qu'il n'y a rien d'objectif ni rien de subjectif. C'est en interdisant à un point de vue erroné de s'installer en vous que vous réaliserez Bodhi, et, à l'instant de la réalisation, vous constaterez que vous réalisez le Bouddha qui a toujours existé dans votre mental. Vous aurez la preuve que tant d'efforts poursuivis au cours de nombreux kalpas l'ont été bien en vain, exactement comme le guerrier, en retrouvant la perle, découvre simplement ce qui de tout temps était sur son front; la découverte de la perle ne dépendait nullement de tous ses efforts pour la retrouver à travers le monde. C'est pourquoi le Bouddha a dit : « Je n'ai rien acquis d'une Illumination complète et incomparable ». De crainte que les gens ne le croient pas, il a recouvert ce qui est vu par les cinq sortes de visions et ce qui est dit par les cinq sortes de paroles. Ce ne sont, en aucun cas, des paroles vides de sens, mais la plus haute des vérités. Dans l'ensemble, cette secte distingue cinq périodes et huit méthodes d'enseignement. Voir pages 6 et 7 du « Japanese Buddhism » de Sir C. Eliot (Arnold, London 1935), où l'auteur nous donne un aperçu bref et lucide de cette classification.
(11) Les étudiants de la Voie ne doivent avoir aucun doute sur les points suivants :
— Puisque le corps est composé de quatre éléments ; puisque ces éléments d'autre part ne constituent pas le « soi » ;
— Puisque même le « soi » n'est pas une entité subjective,
— Nous pouvons en déduire que le corps n'est ni le « Soi » ni une entité subjective.
— En outre, puisque le mental (au sens commun du mot) est composé des cinq agrégats, et
— Puisque ces agrégats ne constituent ni le « soi » ni une entité subjective.
— Nous pouvons en déduire que le mental (d'un individu) n'est ni le « soi », ni une entité subjective. Les Six sens, joints aux six perceptions et aux six objets de perception formant le monde, sensoriel, doivent être compris de la même façon. Ces dix-huit domaines des sens, soit séparément, soit réunis, sont vides puisqu'en réalité il n'existe que le mental, sans limites spatiales et d'une pureté absolue.
(12) Il y a deux manières d'absorber la nourriture : l'on peut « manger avec sensualité », ou e: manger avec sagesse ». Lorsque le corps physique souffre l'angoisse de la faim et que vous le nourrissez sans permettre à l'avidité de se manifester, cela s'appelle : « manger avec sagesse ». Mais si vous cherchez gloutonnement vos délices dans le parfum des mets, vous laissez s'élever des distinctions qui procèdent d'une manière de penser erronée. Rechercher avec complaisance la satisfaction de l'organe du goût sans vous apercevoir que vous avez absorbé suffisamment de nourriture est ce que l'on appelle : « manger avec sensualité ».
(13) Les Sravakas atteignent l'Illumination par l'audition du Dharma ; c'est pourquoi ils portent le nom de « Sravakas » (les auditeurs). Et pourtant, ils ne comprennent pas la vraie nature de leur propre mental et ils argumentent sur la doctrine qu'ils entendent prêcher. Que les mots de « Bodhi » ou de « nirvâna » leur parviennent, par des moyens naturels, ou par bonne fortune, ils n'atteindront la Bouddhéité qu'après une préparation d'une durée de trois infiniment longs kalpas. Tous ceux qui ont été soumis à la loi du Dharma par audition sont appelés : « Sravakas Bouddhas » (les Bouddhas par audition). Mais, prendre immédiatement conscience que votre propre mental est dès maintenant le Bouddha, et qu'il n'y a rien sur quoi vous appuyer, pas la moindre action à accomplir, voilà la Voie suprême conduisant au Bouddha qui n'est autre que l'Absolu. Il est seulement à craindre que les étudiants de la Voie inclinent à doter quelque chose d'une existence absolue, car ils élèveraient par là une barrière entre eux et la Voie. Aucune forme ne subsiste semblable à elle-même, pas même d'une seconde à l'autre. Il n'y a rien qui ait une existence absolue, la durée d'un instant. Telle est la nature du Bouddha. Les étudiants de la Voie qui désirent devenir des Bouddhas n'ont nul besoin d'étudier le Dharma ; ils doivent seulement apprendre à écarter toute recherche (de quelque chose) et renoncer à s'accrocher à quoi que ce soit. Hors de toute recherche, le mental demeurera dans l'état non-né, qui lui est propre. Ne s'accrochant à rien, le mental ne subit aucun processus de destruction. Ce qui n'est pas né ni détruit est le Bouddha. Les quatre-vingt-quatre mille méthodes de combattre les diverses formes d'illusion ne sont que des figures de rhétorique destinées à attirer les gens pour les convertir. En fait, aucune d'elles n'a de réalité. Le renoncement à tout est le Dharma, celui qui comprend cela est un Bouddha. Mais le renoncement à TOUTES les illusions ne laisse même par le Dharma comme appui.
(14) Si l'étudiant de la Voie désire comprendre le mystère réel, il doit extirper de son mental tout attachement pour quoi que ce soit. Si vous affirmez que le Dharmakâya réel du Bouddha a la nature du vide, cela revient à dire qu'effectivement il est vacuité, et qu'en fait la vacuité est le Dharmakâya. On dit couramment que le Dharmakâya est omniprésent dans la vacuité, et que la vacuité contient le Dharmakâya, parce que l'on ne réalise pas que Je Dharmakâya et la vacuité ne font qu'un et sont identiques. Cependant, si vous parlez de la vacuité comme d'une chose douée d'existence objective, ce n'est plus le Dharrnakáya, et si vous parlez du Dharmakâya comme d'une chose douée d'une existence objective ce n'est plus la vacuité. C'est seulement lorsqu'ils ne sont pas définis objectivement qu'ils sont synonymes. La vacuité et le Dharmakâya ne diffèrent pas l'un de l'autre, pas plus que les êtres sensibles ne diffèrent du Bouddha, ni le monde phénoménal du nirvana, ou l'ignorance de la Bodhi. Quand toutes ces formes ont été dépassées: c'est l'état de Bouddha. Les hommes ordinaires regardent vers l'extérieur, tandis que ceux qui suivent la Voie regardent à l'intérieur de leur propre mental ; mais le Dharma réel consiste à oublier tant l'extérieur que l'intérieur. Oublier le premier est relativement facile, oublier le deuxième est très difficile. Les hommes ont peur d'oublier leur propre mental, ils craignent d'être précipités dans le vide sans rien avoir après quoi s'agripper. Ils ignorent que la vacuité n'est pas réellement le vide, mais qu'elle est le royaume éternel du Dharma. Cette nature spirituelle illuminée est sans commencement ni fin, aussi ancienne que l'espace, elle n'est assujettie ni à la naissance ni à la destruction, elle n'est ni existante ni non-existante, ni souillée ni pure, ni bruyante, ni silencieuse, ni vieille ni jeune, sans espace, sans intérieur ni extérieur, sans dimension ni forme, sans couleur ni sonorité. Cela ne peut être ni cherché, ni conçu par la sagesse ou la connaissance, cela ne peut être expliqué par le langage, ni touché matériellement, ni atteint au moyen d'actes méritoires. Tous les Bouddhas et les Bodhisattvas partagent avec tout ce qui a vie cette grandiose nature nirvânique. Cette nature est le mental, le mental est le Bouddha et le Bouddha est le Dharma. Par une seule pensée vous vous séparez vous-même de la Réalité. Toute pensée (empirique) est vaine, car vous ne pouvez utiliser le mental pour chercher ce qui est le mental, ni le Bouddha pour chercher ce qui est le Bouddha, ni le Dharma pour chercher ce qui est le Dharma. Donc les étudiants de la Voie doivent immédiatement réprimer toute imagination. Seule existe la compréhension intuitive et rien de plus, car tout processus mental ordinaire conduit à l'erreur. Cette compréhension se transmet de mental à mental. Tel est le point de vue correct auquel vous devez vous tenir. Ayez soin de ne pas regarder à l'extérieur et de ne pas vous laisser égarer par votre entourage, ne tombez pas dans l'erreur de l'homme qui accueille un voleur en lieu et place de son fils.
(15) L'abstinence, la concentration et la sagesse n'existent que par rapport au désir, à la colère et à l'ignorance. Si l'illusion n'existait pas, comment pourrait-il y avoir de Bodhi ? C'est, pourquoi Bodhidharma dit : « Le Bouddha » a rejeté tous les dharmas, afin de supprimer toutes les formes d'imagination. Si l'imagination n'existait pas de quelle utilité seraient tous les dharmas? Ne vous attachez à rien, sauf à votre pure nature originelle de Bouddha. Supposez que vous vouliez embellir le vide d'un grand nombre de joyaux, vous ne pourriez les maintenir en place. Il en est de même de votre nature bouddhique : bien que vous la pariez d'un monceau de mérites inestimables et de sagesse, ils ne peuvent y demeurer. Mais celui qui est sous l'empire de l'illusion en ce qui concerne cette nature originelle est complète ment incapable de saisir cela ». Ce que l'on appelle la « Doctrine des origines mentales » postule que tout est construction mentale et que ces formes mentales se manifestent d'elles-mêmes lorsqu'elles entrent en contact avec les objets extérieurs et non pas autrement. Mais il n'est pas correct de concevoir des objets extérieurs au delà et au-dessus du pur mental originel. Ce qui est appelé le « Miroir de la concentration et de la sagesse » utilise la vue, l'ouïe, le toucher et la cognitions qui sont alternativement soumis à des périodes de calme et d'agitation ; en outre, les conceptions élaborées par cette voie sont toutes basées sur les objets extérieurs ; ce sont des artifices temporaires destinés aux personnes douées de bonnes tendances appartenant à l'avant-dernière catégorie, et ne pouvant comprendra que ce qui leur est expliqué si vous désirez faire vous-même l'expérience de l'Illumination; vous ne devez vous attacher à aucune des conceptions qui s'appuient sur l'une ou l'autre des méthodes ci-dessus. Finalement, tous les dharmas ayant leur base dans les perceptions sensorielles échoueront en raison de leur objectivité. Le Dharma réel ne peut être appréhendé que par une éradication totale de toute notion objective.
(16) Le premier jour de la neuvième lune, le Maitre me dit : « Après son arrivée en Chine, Bodhidharma ne parla que du Mental cosmique. C'est le seul Dharma qu'il transmit. Il transmettait le Bouddha par le Bouddha, il ne parla d'aucun autre Bouddha. Car ce Dharma est un Dharma que l'on ne peut exprimer en paroles, et le Bouddha est un Bouddha absolument intangible, puisque, tous deux sont le pur mental, source de toutes choses. Voilà l'unique Réalité, tout ce qui en diffère doit être faux. Prajnâ est la Connaissance, mais la Connaissance est aussi ce mental primordial sans forme. Habituellement, les gens ne cherchent pas la Voie, mais s'adonnent simplement à leurs six sens, et c'est ainsi qu'ils traversent les six royaumes de l'existence. Si un étudiant de la Voie se permet d'accorder une pensée même fugitive aux phénomènes, en leur attribuant une existence absolue, il tombera dans le royaume des démons, car une pensée, même fugitive, mène à toutes sortes de perceptions et conduit à une conception fausse de la vérité. Admettre que les choses naissent et qu'elles sont détruites est s'abaisser au rang d'un Sravaka. Admettre que, bien que les choses soient non-nées, elles sont destructibles, est s'abaisser au rang d'un Pratyeka. Les choses ne sont pas nées à leur commencement, et elles ne peuvent pas davantage être détruites maintenant. Rejetez toute notion dualiste et toute attraction ou répulsion, puisque tout ce qui existe est le Mental cosmique. Vous deviendrez alors aptes à monter sur le char des Bouddhas. »
(17) Les imaginations des hommes ordinaires sont conditionnées par leurs contacts avec ce qui les entoure ; ces imaginations sont, par conséquent, imprégnées de désirs et de répulsions. Pour supprimer l'illusion due aux contacts extérieurs, il suffit de mettre fin à l'imagination. Lorsque cela est fait, le champ des perceptions sensorielles se vide. Cependant, si vous cherchez à éliminer tout contact extérieur sans avoir préalablement mis fin à l'activité imaginative, vous n'y réussirez pas, vous ne ferez qu'augmenter le pouvoir perturbateur des perceptions. Puisque les myriades d'objets qui existent ne sont rien d'autre que le mental, le mental intangible, qu'espérez-vous atteindre ? Ceux qui étudient prajnâ (la plus haute sagesse) pensent qu'il n'existe pas une seule chose sur laquelle il soit possible de s'appuyer, et c'est ainsi qu'ils mettent fin à toutes les pensées se rapportant aux trois Véhicules. Il n'y a qu'une seule Réalité, qui ne peut être ni réalisée, ni étreinte. Celui qui dit : « Je suis capable de réaliser quelque chose », ou « je suis capable de saisir quelque chose », celui-là se range de lui-même parmi les orgueilleux. Ce sont de tels hommes qui secouèrent la poussière de leurs vêtements et quittèrent la salle ou le Bouddha prêchait le Sutra de Lotus. Voilà pourquoi le Bouddha s'exprima ainsi : « En vérité, je n'ai rien obtenu de la Bodhi (Illumination) ». Il ne peut rien y avoir d'autre qu'une compréhension intuitive.
(18) Si un homme, sur le point de mourir, est capable de considérer que les cinq agrégats de sa conscience sont vides, que les quatre éléments dont son corps est formé ne constituent pas l'égo, que son vrai mental est sans forme et paisible, que sa vraie Nature n'est pas une chose qui a commencé à sa naissance et qui périra à sa mort, mais que cette vraie Nature est absolument immuable, que son mental et les objets de ses perceptions ne font qu'un, s'il peut s'éveiller à cela, seulement l'éclair d'un instant, et qu'il reste libre, dégagé de l'emprise des Trois Mondes, celui-là en vérité abandonnera ce monde sans aucune tendance à la renaissance. Si encore il contemple la merveilleuse vision de tous les Bouddhas venus l'accueillir, entourés de mille splendeurs, sans éprouver aucun désir d'aller à leur rencontre ; s'il peut supporter la vue de toutes sortes de formes horribles autour de lui, et qu'il ne ressente aucune crainte, mais qu'il reste oublieux de son moi inférieur, fermement un avec l'Absolu, en vérité celui-là parviendra à l'état sans forme. C'est un principe fondamental.
(19) Le huitième jour de la dixième lune, le Maitre me dit : « Ce que l'on appelle la Cité des Illusions », inclut les deux Véhicules, les dix stages progressifs d'un Bodhisattva, la pleine Illumination, et même la forme la plus élevée d'Illumination qui permet de donner l'éveil spirituel aux autres : tout cela constitue de puissants enseignements pour susciter l'intérêt des gens, mais appartient malgré tout à la « Cité des Illusions ». Ce que l'on nomme le « Lieu des choses précieuses » est le mental réel, l'essence originelle de Bouddha, le vrai soi. Ces choses précieuses ne peuvent être ni mesurées ni accumulées. Cependant, puisqu'en réalité il n'y a ni Bouddha ni êtres sensibles, ni sujet ni objet, où donc peut-il y avoir une « cité » ? Si vous demandiez : « voila la Cité des Illusions, mais où est le Lieu des choses précieuses ? » on ne pourrait vous le montrer, car si cela était possible, il serait localisé et ne pourrait donc pas être le réel « Lieu des choses précieuses »; l'on ne peut rien en dire, si ce n’est qu'il est très proche. Il ne peut être décrit avec exactitude, mais, lorsque sa substance est comprise intuitivement, alors seulement ce lieu existe.
(20) On appelle « Icchantikas » les personnes dont la foi n'est pas complète. On appelle « Icchantikas ayant coupé leurs bonnes tendances » tous les êtres qui, vivant dans l'un des six royaumes de l'existence — y compris les fidèles des écoles Mahâyâna et Hinayâna —, ne croient pas qu'ils sont déjà réellement en possession de la Bouddhéité à l'état virtuel. On appelle « lcchantikas doués de bonnes tendances » les Bodhisattvas qui admettent implicitement la doctrine du Bouddha mais ne reconnaissent pas qu'il y a un grand et un petit Véhicules et n'admettent pas que les Bouddhas et les êtres sensibles possèdent la même Nature. On appelle « auditeurs » les étudiants engagés sur le chemin de l'Illumination par l'audition de la doctrine prêchée. On appelle « Pratyeka Bauddhas » ceux qui perçoivent pour eux-mêmes la loi de la causalité et deviennent ainsi illuminés On appelle « Bouddhas auditeurs » ceux qui n'ont pas reçu l'Illumination de leur propre mental même en atteignant à l'état de Bouddhéité. La plupart de ceux qui étudient la Voie sont illuminés par le Dharma qu'ils ont appris et non par le Dharma de leur propre mental Même après des kalpas d'efforts ils ne s'harmoniseront pas avec leur essence de Bouddha originelle. Tous ceux qui n'atteignent pas l'Illumination par leur propre mental, ou ceux qui l'obtiennent au moyen du Dharma qui leur a été enseigné, n'y parviennent que degré par degré et négligent leur mental réel. Si toutefois ils parviennent à une compréhension intuitive du mental, ils n'auront besoin de chercher aucun Dharma, puisque le mental est le Dharma.
(21) Les perceptions sensorielles empêchent les hommes d'observer leur propre mental, et les phénomènes les empêchent d'observer les principes qui soutiennent précisément ces phénomènes : aussi s'efforcent-ils souvent d'échapper aux perceptions afin de calmer leur mental et rejettent-ils les phénomènes dans l'espoir de se saisir des principes. Ils ne réalisent pas qu'ils obscurcissent ainsi simultanément les perceptions et le mental, les phénomènes et les principes. Si l'on donne au mental la possibilité de se vider, les perceptions se videront d'elles-mêmes, et si l'on arrête l'activité des principes (du mécanisme mental) les objets des sens qui prennent naissance dans le mental cesseront d'eux-mêmes. On ne devrait pas dénaturer l'usage du mental. De nombreuses personnes répugnent à faire le vide dans leur mental de crainte d'être plongées dans cette vacuité, elles ignorent que leur mental réel est dès maintenant vide. L'insensé fuit les objets des sens mais ne fuit pas l'imagination, tandis que le sage fuit l'imagination mais ne fuit pas les objets des sens.
(22) Le mental du Bodhisattva est semblable au vide car il a renoncé à toute chose ; il ne ressent aucun attachement même pour les mérites accumulés par ses actions passées. Le renoncement peut prendre les trois formes qui suivent :
a) Lorsque l'on a renoncé à toute chose, extérieure ou intérieure, corporelle ou mentale, que le mental, pareil au vide, n'a plus aucun objet d'attachement à abandonner ; lorsque tout acte est purement dicté par le lieu et les circonstances, et que l'on ne retient plus les concepts de subjectivité et d'objectivité : voilà la plus haute forme de renoncement. b) Lorsque, d'une part, l'on suit la Voie en accomplissant des actes vertueux ; tandis que, d'autre part, le renoncement se développe, que le mental n'a plus l'espoir d'une récompense : c'est la forme intermédiaire du renoncement.
c) Lorsque l'on se livre à toutes sortes de bonnes œuvres en entretenant l'espoir d'une récompense, mais que la connaissance (intellectuelle) de la vacuité a été acquise par l'audition du Dharma et que suivant cette connaissance l'attachement a cessé : voilà la forme inférieure du renoncement.
La première forme de renoncement se compare à une torche enflammée tenue devant soi ; sa lumière rend impossible toute erreur de chemin. La deuxième forme de renoncement se compare à une torche enflammée que l'on tient sur le côté ; il y a ainsi une partie lumineuse et une partie d'ombre. La troisième est comme une torche enflammée que l'on tiendrait par derrière ; elle n'éclaire pas les pièges que l'on pourrait rencontrer sous ses pas.
(23) Puisque le mental d'un Bodhisattva est semblable à la vacuité. Son renoncement est total. Quand il n'y a plus d'imagination concernant le passé, l'on a le renoncement du passé. Quand l'imagination ne s'applique plus au présent, on a acquis le renoncement du présent. Et lorsque l'imagination ne s'occupe plus de l'avenir, c'est le renoncement du futur. L'ensemble est ce que l'on appelle le complet renoncement au Triple Monde. Depuis l'époque où le Tathâgata confia le Dharma à Kâshyapa jusqu'à maintenant, la transmission mystique s'est poursuivie de mental à mental, bien que tous soient identiques entre eux. Une transmission de la vacuité ne peut s'effectuer avec des paroles, et une transmission en termes concrets ne peul être celle du Dharma. C'est pourquoi la transmission mystique se fait de mental à mental, chaque mental étant identique à tous les autres. Il est difficile d'entrer en contact avec quelqu'un qui soit capable d'accomplir cette transmission, ou d'entrer en contact avec ce qui est transmis ; aussi très peu ont-ils reçu la doctrine. En fait, le mental n'est pas réellement mental et la réception de la transmission n'est pas réellement une réception.
(24) Un Bouddha a trois corps. Par le Dharmakâya l'on entend le dharma de la vacuité et de l'omniprésence du soi réel. Par le Sambhogakâya l'on entend le dharma de la pureté universelle (sous-jacente à la manifestation). Par le Nirmânakâya l'on entend les dharmas des six pratiques qui conduisent au nirvâna et tout autre artifice du même ordre. Le dharma représenté par le Dharmakâya ne peut être recherché par l'intermédiaire de la parole, de l'audition ou des écrits. Rien de ce qui concerne ce dharma n'est traduisible en paroles ou ne peut être rendu évident. C'est la vacuité et l'omniprésence de notre Nature propre, et rien de plus. C'est pourquoi : affirmer qu'il n'y a pas de dharma exprimable en paroles revient à exprimer le dharma en paroles. Le Sambhogakâya et le Nirmânakâya correspondent tous deux aux différents niveaux de compréhension des individus. Les dharmas transmis par la parole, qui — à l'aide des sens — répondent aux circonstances matérielles avec lesquelles ils s'accordent en se révélant sous différentes formes, ne sont pas le Dharma réel. Ainsi, il est dit que le Sambhogakâya et le Nirmânakâya ne sont ni le Bouddha réel, ni les dharmas exprimés en paroles.
(25) Le mot « unité » se rapporte à l'universelle splendeur spirituelle différenciée en six éléments harmonieusement mélangés. L'universelle splendeur spirituelle est le Mental cosmique, tandis que les six éléments harmonieusement mélangés sont les six organes des sens.
Mais chacun des six organes des sens va de pair avec un objet correspondant qui le corrompt : l'œil avec la forme, l'oreille avec son, le nez avec l'odeur, la langue avec le goût, le corps avec le toucher et le mental avec les objets de la pensée. Du contact de ces organes et des objets correspondants jaillissent les perceptions sensorielles. Le tout forme les dix-huit royaumes des sens. Pour l'être illuminé, ces dix-huit royaumes des sens n'ont pas d'existence objective, et les six éléments harmonieusement mélangés sont unis dans l'universelle splendeur spirituelle qui est le Mental cosmique. Ceux qui étudient la Voie le savent, mais ils ne peuvent éviter de baser leurs conceptions sur l'universelle splendeur spirituelle et sur les six éléments harmonieusement mélangés. En conséquence, ils restent enchaînés à l'état objectif, et ils ne parviennent pas à la compréhension intuitive du mental originel.
(26) Lorsque le Tathâgata était en vie, il souhaitait prêcher le Véhicule de la Vérité, mais les gens ne l'auraient pas cru et, le raillant, ils se seraient plongés dans une mer de douleur. Par ailleurs, s'il s'en était tenu à un silence égoïste, il n'aurait pas pu prêcher largement la connaissance de la Voie mystérieuse pour le plus grand bien de tous les êtres sensibles. C'est ainsi qu'il adopta comme moyen terme la prédication des Trois Véhicules. Cependant, comme ces Véhicules contiennent à la fois le meilleur et le moins bon, inévitablement leur enseignement, dans son ensemble, est à la fois profond et superficiel. Aucun d'eux ne représente le Dharma réel. C'est pourquoi il est dit qu'il n'y a qu'une seule Voie. Là où il y a division et différenciation, la vérité n'est pas. En tous cas, il n'y a aucune façon d'exprimer le Mental cosmique. Voilà la raison pour laquelle le Tathâgata appela Mahâ-Kâshyapa sur le Siège de la Loi et lui donna l'ordre de pratiquer séparément cette branche du Dharma, disant que, lorsque l'on atteint la compréhension intuitive de ce Dharma, l'on obtient l'état de Bouddhéité.
(27) QUESTION : « Quelle est la Voie, et que doit-on faire pour la suivre ?
RÉPONSE : « La Voie est-elle une chose objective pour que vous désiriez la suivre ? » QUESTION : « Quels sont les enseignements transmis par les différents Maîtres pour pratiquer dhyâna et étudier la Voie ? »
RÉPONSE : « Il ne faut pas se fier aux paroles utilisées afin d'attirer les gens à l'intelligence obtuse. »
QUESTION : « Si ces enseignements sont destinés à attirer les gens d'intelligence obtuse, je n'ai pas entendu le Dharma destiné aux personnes de haute valeur. » RÉPONSE : « Si ces personnes ont vraiment de hautes capacités, qui trouveraient-elles pour les diriger ? Si elles cherchaient à l'intérieur d'elles-mêmes, elles ne trouveraient rien de tangible ; elles trouveraient encore moins si elles cherchaient ailleurs. Vous ne devriez prêter aucune attention à ce qui est désigné comme Dharma dans les enseignements destinés à d'autres, car, quelle sorte de Dharma est-ce là ? » QUESTION : « Ne devrions-nous donc rien chercher du tout ? »
RÉPONSE : « Voilà un point de vue qui, si vous l'adoptez, vous épargnera un gros effort mental. »
QUESTION : « Si toute chose se trouve ainsi éliminée, est-il possible qu'il n'y ait rien ? »
RÉPONSE : « Qui enseigne qu'il n'y a rien ? Quel est ce rien ? D'après votre question, vous voulez « chercher » quelque chose ? »
QUESTION : « Si la recherche est inutile, pourquoi dite-vous que nous ne devons rien éliminer ? »
RÉPONSE : « Ne cherchez pas, cela suffit. Qui vous dit d'éliminer quoi que ce soit ? Regardez la Vacuité, juste en face de vous. Comment feriez-vous pour l'éliminer ? » QUESTION : « Ce Dharma se révélera-t-il semblable à la Vacuité, si je l'obtiens ? » RÉPONSE : « Quand vous ai-je dit que la Vacuité était semblable ou différente de quoi que ce soit ? Je vous ai parlé de « Vacuité » en manière d'expédient temporaire, mais vous, vous raisonnez en prenant cet expédient à la lettre. »
QUESTION : « Estimez-vous qu'il ne faut pas raisonner ainsi ? »
RÉPONSE : « Je ne vous en empêche pas, mais le raisonnement est lié à l'attachement. Lorsque apparaît l'attachement, la sagesse disparaît. »
QUESTION : « N'est-il donc pas permis à l'attachement d'apparaître à propos de notre recherche du Dharma ? »
RÉPONSE : « Si aucun attachement n'apparaît, qui pourra distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux ? »
QUESTION : « Où était l'erreur dans les questions que je viens de poser à votre Révérence ? »
RÉPONSE : « Vous êtes l'un de ceux qui ne comprennent pas ce qu'on leur dit. A propos de quoi parlez-vous d'erreur ? »
(28) QUESTION : « Tout ce que vous avez dit jusqu'ici n'était que réfutation, aucune de vos paroles n'était une indication sur la nature du vrai Dharma. »
RÉPONSE : « Il n'y a pas trace de confusion dans le vrai Dharma, mais, par votre question, vous créez la contusion en vous-même. Quel « vrai Dharma » cherchez-vous donc ? »
QUES'T'ION : « Puisque ma question a fait naitre la confusion, quelle réponse votre Révérence donnera-t-elle à mon problème ? »
RÉPONSE : « Observez les choses telles qu'elles sont et ne vous préoccupez pas d'autrui. » Il ajouta : « Considérez l'exemple d'un chien furieux qui aboie après tout ce qui bouge ; il aboie de même après les feuilles et les herbes agitées par le vent. »
(29) En ce qui concerne notre secte Dhyâna, et depuis le début de la transmission de la Doctrine on n'a jamais recommandé aux étudiants de rechercher la connaissance empirique, ni de se préoccuper d'expliquer les faits. Nous parlons seulement « d'étudier la Voie », et nous utilisons cette expression simplement pour éveiller l'intérêt des gens. En fait, la Voie ne peut être étudiée. Si on adoptait pour cette étude les principes utilisés par la méthode scientifique, la conception de la Voie à laquelle on aboutirait ne serait qu'un malentendu. De plus, on ne peut déterminer un lieu où « localiser » la Voie (commune on le ferait d'un objet). On la connait aussi sous le nom de Mental- Mahâyâna, on ne peut la découvrir ni à l'extérieur, ni à l'intérieur, ni au milieu. Vraiment la Voie ne Peut être localisée. Surtout, ne conservez à ce sujet aucune conception basée sur la connaissance empirique. Cela revient à dire que, si vous poursuiviez l'emploi de la méthode empirique jusqu'à son extrême limite, l'ayant atteinte, vous seriez encore incapable de localiser le mental. La Voie est l'immortelle Vérité ; depuis le commencement Elle est sans nom. Plongés dans l'illusion des concepts empiriques, les gens étaient incapables de comprendre la Voie, et c'est afin de détruire leur ignorance que les Bouddhas apparurent. Cette dénomination de « Voie » fut donnée de crainte que, sans un nom, aucun d'entre vous ne comprit, mais il ne faut en tirer aucune déduction. Voilà pourquoi on dit : « Lorsque le poisson est pris, on ne pense plus au piège ». L'on atteint la Voie et l'on comprend le Mental cosmique lorsque le corps et le mental restent dans leur état naturel. Un Sramana est appelé ainsi, parce qu'il a pénétré jusqu'à la source originelle. Les fruits de cet état s'obtiennent non par l'étude, mais par la cessation de l'inquiétude temporelle.
(30) Si vous entreprenez d'utiliser le mental pour chercher le mental, et si, vous appuyant sur autrui, vous espérez le trouver par des études, quand donc réussirez-vous ? Jadis, les hommes avaient un mental aigu ; ils abandonnaient l'élude dès qu'ils entendaient une seule phrase du Dharma, c'est ainsi qu'ils furent nommés : « Les sages qui, abandonnant l'étude, restent dans leur état naturel. » De nos jours, les gens ne se préoccupent que d'emmagasiner des connaissances et des raisonnements, ils mettent leur confiance dans les écrits, c'est ce qu'ils appellent : pratiquer le Dharma. Ils ne se doutent pas que, bien au contraire, trop d'études et de déductions deviennent des obstacles. Accumuler simplement une grande quantité de connaissances, sans les assimiler, ressemble à l'acte d'un enfant qui mangerait du lait caillé sans avoir la moindre idée de la quantité qu'il pourra digérer. Ceux qui étudient la Voie selon la méthode des Trois Véhicules sont dans le cas de cet enfant ; le moins que l'on puisse dire est qu'ils souffrent d'indigestion. Lorsque les connaissances et les déductions ne sont pas digérées, elles sont toutes des poisons. Les personnes qui agissent ainsi limitent leurs recherches au monde phénoménal et transitoire ; dans l'Absolu, il n'y a rien de semblable. Ainsi est-il dit : « Dans l'armurerie de mon souverain, il n'y a pas d'épée de cette sorte. » Tous les raisonnements que vous avez faits dans le passé deviendront finalement vides ; lorsque toute distinction a disparu, l'on arrive à la vacuité semblable à « la matrice des Tathâgatas », il n'y a pas la plus petite parcelle de quoi que ce soit de tangible. C'est pourquoi celui qui réfuta la notion d'existence objective, le Roi du Dharma, se manifesta lui-même dans le monde et dit : « Lorsque j'étais aux cotés de Dipamkara Bouddha, il n'y avait pas pour moi la moindre parcelle de Dharma à obtenir. » Ces paroles avaient pour but de réduire à néant toutes les connaissances empiriques de ceux à qui elles s'adressaient. Seul, celui qui abandonne jusqu'au dernier vestige de ses connaissances empiriques ne leur accordant aucune confiance, seul celui-là peut transcender le monde phénoménal. L'enseignement des Trois Véhicules ressemble à un filet (déployé pour empêcher les êtres de s'égarer dans leurs jugements), qui prend la forme d'un remède (antidote) valable pour tous les problèmes. Cet enseignement a été formulé en vue des nécessités de l'époque ; ainsi, c'est un édifice temporaire, adaptable à chacun. Si seulement cela était compris, il n'y aurait plus de doute sur son utilité. Par-dessus tout, il est faux de s'emparer d'un enseignement déterminé, convenant à une occasion particulière, de le mettre par écrit et de l'utiliser ensuite comme s'il s'agissait d'une déduction infaillible. Pourquoi cela ? Parce qu'en réalité, il n'existe pas de Dharma immuable que le Tathâgata eût pu prêcher. Jamais ceux qui appartiennent à notre secte n'affirmeraient une telle chose. Nous savons simplement comment arrêter l'imagination et par là obtenir le calme. Commencer par penser et finir dans la perplexité n'est pas notre façon de procéder.
(31) QUESTION : « De tout ce que vous venez de dire, il ressort que le mental et le Bouddha sont un, mais il ne m'apparaît pas clairement quel mental est le Bouddha ? » RÉPONSE : « Combien de mentals avez-vous ? »
QUESTION : « Est-ce le mental ordinaire ou le mental spirituel qui est le Bouddha ? » RÉPONSE : « Comment pouvez-vous avoir un mental ordinaire et un mental spirituel ? »
QUESTION : « Suivant l'enseignement des Trois Véhicules, nous avons ces deux mentals. Pourquoi votre Révérence a-t-elle une autre opinion ? »
RÉPONSE : « Si, selon vous, les Trois Véhicules distinguent nettement deux mentals, ils sont en désaccord avec la vérité. Vous n'avez pas encore compris. Toute conception de caractère objectif telle que : « la vacuité existe réellement », est forcément une altération de la vérité. L'ignorance a son origine dans ce genre d'erreur. Si vous parveniez seulement à surmonter les conceptions d' « ordinaire » et de « spirituel » vous vous apercevriez qu'en dehors du mental il n'y a pas de Bouddha. Bodhidharma, à son arrivée des Indes, enseigna uniquement que la substance de tous les hommes est le Bouddha, mais vous ne comprenez pas encore, et vous persévérez à penser en termes d' « ordinaire » et de « spirituel », vous permettez à vos pensées d'obscurcir votre mental en bondissant dans le monde des formes. Dès que vous commencez à réfléchir sur ce que je viens de vous dire, « le mental est le Bouddha », l'attachement commence, et vous retombez aussitôt dans différentes formes de réincarnation. Le passé sans commencement et le présent sont identiques. Les choses ne diffèrent pas entre elles. La compréhension de cette non-différenciation est l'Illumination complète et parfaite. » QUESTION : « Quels sont les principes qui servent de base aux affirmations de votre Révérence ? »
RÉPONSE : Quels principes cherchez-vous ? On se détourne du Mental cosmique dès qu'un principe est établi.
QUESTION : « A quels principes faisiez-vous allusion à l'instant, à propos du passé qui se distend dans l'éternité sans se différencier du présent ? »
RÉPONSE : « Par votre recherche de principes, vous créez vous-même cette différenciation entre le passé et le présent. Si vous cessiez de chercher, comment pourrait-il y avoir une différence quelle qu'elle soit ? »
QUESTION : « Si l'un et l'autre sont identiques, pourquoi en parle-t-on séparément ? » RÉPONSE : « Si vous n'aviez pas fait cette différence illusoire entre « ordinaire » et « spirituel », personne n'en aurait parlé. En réalité, de telles choses n'existent pas. Même le mental n'est pas vraiment le mental. Si vous constatez que tout cela n'est qu'illusion, où donc espérez-vous trouver quelque chose ? »
(32) QUESTION : « Peut-être l'ignorance obstrue-t-elle la compréhension du mental, mais vous ne m’avez pas encore expliqué de quelle manière on peut s'en débarrasser. » RÉPONSE : « Tout d'abord : permettre à l'ignorance de naitre et ensuite chercher à s'en défaire sont deux actes qui appartiennent à l'ignorance. L’ignorance n’a pas de fondement, en fait elle s’élève de vos distinctions. Si vous vouliez mettre fin à des concepts opposés tels que « ordinaire » et « spirituel », l'ignorance cesserait d’elle-même. Lorsque vous lui permettez de s’élever ou lorsque vous cherchez à la détruire, il n’y a rien, pas la moindre chose que l'on puisse saisir. C'est le sens de cette maxime : « En abandonnant tout, je trouverai certainement le Bouddha. »
QUESTION : « Puisqu'il n'y a rien de tangible, comment le Dharma peut-il être transmis ?
RÉPONSE : « Il est transmis de mental à mental. »
QUESTION : « Si l'on utilise le mental dans ce but, comment peut-on dire que le mental n’existe pas ? »
RÉPONSE : « N'obtenir absolument rien, c'est ainsi que l’on évoque la réception de la transmission de mental à mental. La compréhension du mental suppose la réalisation qu'il n'y a ni mental ni Dharma. »
QUESTION : « S’il n’y a ni mental ni Dharma, qu’entendez-vous par « transmission » ? »
RÉPONSE : « En entendant parler de transmission de mental à mental, tout le monde s'imagine qu'il y a là quelque chose à obtenir. C'est pourquoi Bodhidharma a dit : « Lorsque l'on comprend la nature du mental aucune parole humaine ne peut circonscrire ni révéler cette Nature. L'Illumination ne s'acquiert pas, Celui qui l'atteint ne dit pas qu'il sait. » « Si je pouvais faire en sorte que le sens réel de cette parole vous apparaisse clairement, je doute que vous puissiez supporter la révélation d'une telle connaissance. »
(33) QUESTION : « La vacuité qui s'étend devant nos yeux n'est-elle pas objective ? C'est alors, sans aucun doute, désigner le monde extérieur comme le lieu où l'on peut voir le mental. »
RÉPONSE : « Quelle sorte de mental pourrais-je bien vous dire de chercher dans le domaine objectif ? Si même je pouvais vous le montrer, ce ne serait là que sa réflexion. Si l'on regarde son visage clairement réfléchi dans une glace, ce n'est jamais qu'une image réfléchie. De quelle valeur sont ces idées dans la discussion ? »
QUESTION : « Si rien ne nous est révélé au moyen d'images réfléchies, verrons-nous jamais quelque chose ? »
RÉPONSE : « Aussi longtemps que vous vous occuperez de « moyen », vous dépendrez toujours de faux instruments. Quand réussirez-vous ? N'avez-vous pas entendu répéter : « Abandonnez toutes choses comme si rien ne vous appartenait, vous gaspillez vos forces à faire le fanfaron. »
QUESTION : « Les images réfléchies sont-elles dénuées d'existence pour celui qui comprend ? »
RÉPONSE : « Si rien de matériel n'a d'existence, comment une image réfléchie pourrait-elle avoir quelque utilité ? Attendez-vous que vos yeux soient ouverts pour cesser de marmonner en dormant ? » Entrant dans le hall public, le Révérend dit : « On ne peut comparer en excellence le simple abandon de la recherche avec la plus grande érudition. Le sage est celui qui se place lui-même à l'écart de tout ce qui appartient au monde objectif. Il n'y a pas différentes sortes de mental et aucune doctrine ne peut être enseignée. » Chacun des assistants se retira alors car il n'y avait plus rien à dire.
(34) QUESTION : « Que doit-on entendre par « vérités de ce monde ? »
RÉPONSE : « Qu'attendez-vous de telles futilités ? Toutes choses sont pures par essence ; pourquoi utiliser dans la discussion des figures de langage erronées ? Celui qui est au delà des imaginations, celui-là atteint le détachement dans la sagesse. Chaque jour, en marchant, debout, assis ou couché, dans chacune de vos paroles, soyez détaché des objets du monde phénoménal. En parlant, ou simplement en clignant la paupière, que chacun de vos actes soit accompli sans attachement. Nous entrons maintenant dans la dernière des Trois Périodes et la plupart de ceux qui étudient la doctrine dhyâniste s'attachent aux sons et aux formes. Pourquoi ne font-ils pas comme moi ? Laissez aller chacune de vos pensées comme si elle était vide, comme si elle n'était que pourriture, ou pierre, ou cendre d'un feu depuis longtemps éteint, ou bien alors accordez-lui juste l'attention superficielle appropriée aux circonstances. Si vous n'agissez pas ainsi alors que vos jours sont comptés, vous serez destiné aux tortures de Yama. Retirez-vous complètement de l'être et du non-être (c'est-à-dire du monde phénoménal) ; que votre mental soit semblable au soleil qui voyage éternellement à travers le vide de l'espace et brille sans intention déterminée. Ce n'est certes pas une chose à laquelle on parvienne sans effort. Quand vous atteindrez cet état où il ne reste absolument rien à quoi se raccrocher, vous agirez comme agissent les Bouddhas et en parfait accord avec cette maxime : « La pensée doit jaillir d'un état de détachement total », car c'est l'état de votre pur Dharmakâya, c'est-à-dire de l'Illumination suprême et parfaite. Si vous êtes incapable de comprendre cela, bien que, par vos études, vos efforts douloureux et une vie d'ascèse, vous ayez acquis des connaissances étendues, vous ne pourrez malgré tout réaliser la nature de votre mental. Tout ce que vous ferez sera, pour ainsi dire, nuisible, et vous rejoindrez inévitablement la famille de Mira. Quel profit tirerez-vous de ce genre de travail ? C'est ainsi que Chili Kung disait : « Le Bouddha fut, primitivement, créé par votre mental ; comment pouvez-vous maintenant Le chercher dans les écrits ? » Vous étudiez la manière de parvenir aux Trois Degrés de l'état de Bodhisattva, aux Quatre Degrés de la Sainteté, aux Dix Etapes progressives au Bodhisattva vers l'Illumination ; mais même lorsque votre mental sera saturé de ces études, vous continuerez à établir des distinctions entre « ordinaire » et « spirituel ». Rester aveugle à l'évanescence des degrés qui s'étagent le long de la Voie équivaut à demeurer dans le monde des phénomènes qui apparaissent et disparaissent ».
« Son élan épuisé, la flèche tombe à terre. Qui sait si la vie que vous élaborez comblera vos espoirs ? Comme elle est éloignée de la Voie transcendantale D'où l'on atteint d'un bond La rive du nirvâna ! »
« C'est parce que vous ne ressemblez pas à l'auteur de ces lignes que vous insistez pour étudier les méthodes établies par les hommes d'un lointain passé, afin d'obtenir d'eux des connaissances et des raisonnements explicatifs. Chih Kung a dit : « Si vous ne rencontrez pas un Maitre véritable, ayant dépassé toutes les œuvres de ce monde, c'est en vain que vous étudierez tout le Mahâyâna ».
(35) Si vous êtes constamment concentré sur l'élimination des mentations, en marchant, debout, assis ou couché, avec le temps vous découvrirez inévitablement la Vérité. C'est en raison de l'insuffisance de vos forces que vous ne pouvez franchir le monde des phénomènes d'un seul bond ; mais, après trois, cinq ou dix ans, vous aurez certainement déjà progressé et vous serez en mesure d'éliminer spontanément toute imagination. C'est parce que vous êtes incapable de réaliser cette élimination que vous éprouvez la nécessité d'occuper votre mental à « étudier dhyâna » et à « étudier la Voie ». Comment le Dharma pourrait-il vous aider ? Il est dit : « Tout ce que le Tathâgata a dit n'avait pour but que de calmer les hommes ». C'est ainsi que l'on arrête les pleurs d'un enfant en lui donnant des feuilles jaunes pour de l'or ; en définitive c'est irréel. Si vous êtes captif de cette illusion, vous n'êtes pas un membre de notre secte, et quel rapport cela a-t-il avec votre soi réel ? Il est écrit dans le Sûtra : « Savoir qu'il n'existe en réalité pas la moindre chose à laquelle s'accrocher, voilà la parfaite et suprême sagesse ». Si vous en comprenez la signification, vous vous rendrez compte que la voie des Bouddhas et celle des Démons sont également fausses. En réalité, chaque chose est pure et resplendissante, aucune n'est carrée ni ronde, ni grande ni petite, ni longue ni courte, chaque chose est au delà des passions et des phénomènes, de l'ignorance et de l'Illumination. Lorsque l'on perçoit cette réalité, on voit clairement qu'il n'est absolument rien d'objectif : ni les êtres humains ni les Bouddhas. Les myriades de mondes, innombrables comme les grains de sable, ne sont que des bulles dans l'océan. La sagesse et la sainteté n'ont pas plus d'importance qu'un éclair de lumière. Rien de tout cela n'est comparable à la réalité du mental. De tout temps le Dharmakâya a été identique aux Bouddhas et aux Patriarches ; comment pourrait-il lui manquer quoi que ce soit ? Si vous le compreniez, vous feriez d'énergiques efforts, car, jusqu'à votre dernière heure, vous resterez dans l'incertitude de savoir si, après chaque expiration qui s'échappe de vos narines, vous vous trouverez encore en vie pour reprendre une inspiration.
(36) QUESTION : « Hui Neng était incapable de lire les sûtras, pourquoi a-t-il reçu la robe et été consacré patriarche ? Shen Hsui, l'Ancien, était le chef et l'instructeur de cinq cents hommes, il pouvait discourir sur trente-deux sûtras. Pourquoi n'a-t-il pas reçu la robe ? »
RÉPONSE : « Parce que Shen Hsui n'avait pas éliminé les imaginations, il n'avait donc pas transcendé les phénomènes. Il a obtenu dans la mesure de ce qu'il a pratiqué, mais tout ce qu'il avait acquis appartenait au monde des phénomènes. Par conséquent, c'est à Hui Neng, le 6e Patriarche, que le 5e Patriarche transmit le Dharma ; à l'instant de la transmission, Hui Neng atteignit la compréhension intuitive. La plus profonde pensée du Tathâgata fut ainsi secrètement transmise et c'est pourquoi le Dharma lui fut confié. Ne voyez-vous pas que l'enseignement essentiel du Dharma est la négation de l'existence absolue des êtres et des choses, mais cela même qui est impersonnel (dans l'Absolu) est individualisé (dans le relatif). On peut dire de celui qui est apte à comprendre cet enseignement qu'il est un vrai moine, car il est capable de mettre la doctrine correctement en pratique. Si vous n'ajoutez pas foi à cela, expliquez l'histoire de Wei Ming lorsque celui-ci se rendit au sommet de Ta Yu pour y rencontrer le 6e Patriarche. Ce dernier demanda à Wei Ming: « Pourquoi êtes-vous venu, est-ce pour la robe ou pour le Dharma ? » Et comme Wei Ming répondait : « Non pour la robe, mais pour le Dharma », le 6e Patriarche continua : « Concentrez vos pensées un moment, ne pensez ni en termes de bien, ni en termes de mal (c'est-à-dire : pensez sans attachement) Ming fit ainsi. Alors le 6e Patriarche lui dit : « Au moment où vous ne pensez ni en termes de bien, ni en termes de mal, à cet instant même retournez à votre état originel avant la naissance de vos père et mère ». Et Wei Ming, le temps de prononcer une syllabe, atteignit soudain à la compréhension intuitive de la Réalité. Se prosternant, il dit : « Maintenant je suis comme un homme qui boit de l'eau et découvre spontanément sa fraîcheur ou sa tiédeur. J'ai vécu parmi les disciples du 5e Patriarche, luttant inutilement pendant trente ans, c'est aujourd'hui seulement que je perçois mes erreurs premières ». Le 6e Patriarche répondit : « C'est ainsi, maintenant vous savez pourquoi Bodhidharma, à son arrivée des Indes, s'adressa directement au mental des hommes, afin qu'ils puissent percevoir leur nature réelle et devenir des Bouddhas, car il ne se fiait pas aux paroles. Lorsque Ananda demanda à Mahâ-Kâshyapa ce que « Celui que le monde vénère » lui avait transmis, à part la robe d'or, n'avons-nous pas vu comment celui-ci s'écria : « Aranda ! » et, à la respectueuse réponse d'Ananda, il poursuivit: « Jette à terre le drapeau du monastère, ce sera un exemple de la façon dont on doit traiter les Patriarches ». Le sage Ananda avait servi le Bouddha pendant trente ans. Parce qu'il était trop instruit, le Bouddha le grondait, disant : « Rechercher la connaissance pendant mille jours ne se compare pas à l'étude de la voie correcte durant un seul jour. Si vous ne l'étudiez pas, même une goutte d'eau sera difficile à digérer. »
Source:
Livre: Le Maître Hsi Yun. Le Mental cosmique : Selon la doctrine de Huang Po, selon les annales de Pei Hsiu... Traduit de l'anglais par Y. Laurence.