Et si l’exigence était la vraie clé pour former les experts de demain ?
Dans ce nouvel épisode, Elliot reçoit Steve Danino, directeur de FROJAL Education.
Ancien consultant en stratégie, Steve pilote aujourd’hui la création d’écoles innovantes au sein d’un écosystème singulier, soutenu par le family office des héritiers Lefebvre (Lefebvre Dalloz).
Avec Cybersup, école de cybersécurité en joint-venture avec La Plateforme, et l’Institut d’Économie Durable, Steve propose une nouvelle génération d’établissements qui conjuguent excellence académique, ancrage métier et conformité réglementaire. Leur ADN : le droit, le chiffre, la rigueur… et une vraie vision sociale.
Tout au long de l’épisode, Steve aborde :
-La création d’écoles ambitieuses mais frugales, avec des équipes réduites et ultra-seniors ;
-L’importance de l’alternance pour démocratiser l’enseignement supérieur et ouvrir l’accès à Bac+5 ;
-Le rôle des entreprises dans l’intégration des jeunes, et les efforts nécessaires pour dépasser les inégalités sociales à l’embauche ;
-La pédagogie augmentée, entre cas pratiques, enjeux de conformité, IA et géopolitique de la cybersécurité ;
-Les exigences du futur de la formation, avec une orientation result-driven centrée sur l’employabilité.
Un épisode riche et inspirant pour repenser l’éducation professionnelle, sans céder au jeunisme ni aux effets d’aubaine.
Dans cet épisode 114 de Formation Innovation, nous accueillons Quentin Declercq, entrepreneur et expert en pédagogie, fondateur de Superformateur.
Au programme : ✅ Les nouvelles approches pédagogiques et comment l’IA peut révolutionner la formation. ✅ Les défis des formateurs aujourd’hui, entre engagement des apprenants et impact des formations. ✅ Les outils et stratégies qu’il recommande pour concevoir des formations plus efficaces et attractives. ✅ Son regard sur l’avenir du métier de formateur et les opportunités qui émergent avec le numérique.
Un échange passionnant qui donnera aux formateurs et aux professionnels de l’éducation des clés concrètes pour évoluer et s’adapter aux transformations du secteur !
L’éducation en Afrique est à un tournant crucial. Comment imaginer un futur où chaque jeune peut accéder à une formation adaptée à ses besoins et à son environnement ?
Tom Dilly est un entrepreneur engagé dans les questions d’éducation et de formation en Afrique. Il est notamment à l’initiative de Forum 2040, un think tank qui réfléchit aux futurs possibles de l’éducation sur le continent.
Son intérêt pour l'Afrique est né dès le lycée, à travers une mission solidaire au Sénégal. Fasciné par les enjeux de formation et d’émancipation des jeunes, il a multiplié les expériences associatives et professionnelles dans plusieurs pays africains.
Grands points abordés :
L’héritage colonial du système éducatif africain et la nécessité de l’adapter aux réalités locales.
Les défis actuels : une population très jeune, un accès limité aux études supérieures et des modèles d’apprentissage parfois inadaptés.
Les solutions alternatives : intégration des nouvelles technologies, apprentissage hybride, importance de l’écoute des apprenants.
Forum 2040, un espace de réflexion et d’expérimentation pour imaginer l’éducation de demain.
Les innovations africaines qui pourraient inspirer d’autres pays, notamment en France.
Pepe Escamilla est un acteur majeur de l’innovation éducative. Directeur associé de l’Institut pour le futur de l’éducation au célèbre Tecnológico de Monterrey, il s’attaque à un défi colossal : réinventer l’éducation pour qu’elle accompagne l’apprentissage tout au long de la vie.
Originaire du Mexique, il apporte une vision internationale et avant-gardiste de l’enseignement supérieur, loin des modèles figés que l’on connaît. Son constat est clair : les diplômes perdent en valeur, et ce qui comptera demain, ce sont les compétences prouvées. À l’ère de l’intelligence artificielle et du travail en constante évolution, les universités doivent se transformer… ou disparaître.
💡 Les grands sujets abordés dans cet épisode :
✅ Un apprentissage sur 60 ans : Fini les diplômes figés, place à une éducation continue tout au long de la vie.
✅ La fin du prestige universitaire ? : Pourquoi les compétences réelles vont bientôt peser plus lourd qu’un diplôme.
✅ L’impact de l’IA sur l’éducation : Personnalisation, adaptabilité et nouveaux modèles d’apprentissage.
✅ Les innovations pédagogiques du Tecnológico de Monterrey : Réalité virtuelle, enseignement par défis, flexibilité… un système en avance sur son temps.
✅ Les universités face à un ultimatum : Comment doivent-elles évoluer pour rester pertinentes ?
🔥 Un épisode passionnant qui bouscule nos certitudes sur l’éducation et ouvre des perspectives inédites !
PALMARÈS DES TRAJECTOIRES CLIMAT 2026 : Résultats de la cinquième édition, méthode, resserrements de la grille et zoom sur les neuf groupes en tête
Les Ateliers du Futur — septembre 2026
Pour la cinquième année, Les Ateliers du Futur ont passé au crible les trajectoires climat des 40 plus grands groupes français, à partir de leurs Documents d’enregistrement universel relatifs à l’exercice 2025.
Résultat : 9 groupes sur 40 obtiennent une note d’au moins 7/10, contre 14 l’an dernier, avec une grille volontairement plus exigeante à quatre ans de l’échéance 2030.
Cet article présente les résultats d’ensemble, la méthode (et ses resserrements), puis les bonnes pratiques des neuf groupes en tête. Un second article détaillera les résultats groupe par groupe.
1. L’urgence climatique et le rôle décisif des entreprises
Le cadre scientifique n’a pas changé, mais le temps pour agir se réduit. Le GIEC (AR6) établit que limiter le réchauffement à 1,5 °C suppose une baisse des émissions mondiales de CO2 d’environ 43 % entre 2019 et 2030, puis l’atteinte du zéro net vers 2050. Or les émissions mondiales n’ont pas encore amorcé leur décrue : les émissions fossiles de CO2 ont atteint un nouveau record en 2025, à 38,1 milliards de tonnes (+1,1 %), selon le Global Carbon Budget 2025, qui évalue le budget carbone restant pour 1,5 °C à environ 170 milliards de tonnes, soit quatre années d’émissions au rythme actuel. Côté températures, 2024 a été la première année civile au-dessus de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle et la moyenne 2023-2025 dépasse elle aussi ce niveau, une première pour une période de trois ans selon Copernicus. Un dépassement sur quelques années n’est pas le franchissement du seuil de l’Accord de Paris, qui s’apprécie sur des moyennes de long terme, mais il indique que ce seuil pourrait être atteint avant la fin de la décennie.
Dans ce contexte, les grandes entreprises occupent une position singulière. Elles réunissent les trois conditions de l’action : le pouvoir-faire (capital, capacité d’investissement), le savoir-faire (technologies, ingénierie, chaînes d’approvisionnement) et, lorsqu’elles le décident, le vouloir-faire. Les 40 groupes du CAC 40 représentent, chaînes de valeur comprises, un volume d’émissions de l’ordre de 6 fois les émissions territoriales de la France (1). Leurs décisions d’investissement prises d’ici 2030 conditionnent la trajectoire physique des émissions bien au-delà de cette date : une centrale, une usine, un modèle de véhicule ou un portefeuille de prêts engagent pour quinze à trente ans.
C’est pourquoi le Palmarès ne mesure pas le niveau d’émissions d’un groupe, mais ses ambitions et la crédibilité de sa trajectoire : a-t-il des objectifs 2030 alignés sur l’Accord de Paris, un plan dont les leviers couvrent ces objectifs, un financement identifié, une trajectoire 2050 décidée et une direction générale qui pilote réellement l’ensemble ? Un groupe très émetteur peut être mieux classé qu’un groupe peu émetteur, si et seulement si sa transformation est engagée, financée et pilotée.
2. Les résultats 2026
Les chiffres clés
9 groupes sur 40 obtiennent une note supérieure ou égale à 7/10, seuil d’une trajectoire 2030 dite « crédible » (14 en 2025, sur un périmètre comparable de 38 groupes). À méthode constante, 15 groupes auraient franchi ce seuil : l’écart traduit le durcissement assumé de notre formule de notation.
5 groupes seulement disposent d’une stratégie 2030 « complète » — objectifs en valeur absolue sur les trois scopes (6/6), plan d’actions dont les effets couvrent l’objectif et financement chiffré (au moins 4/6 chacun) : Engie, Orange, Unibail-Rodamco-Westfield, Bouygues et Renault.
Le financement reste un maillon faible : 15 groupes non financiers sur 36 présentent un chiffrage prospectif des CAPEX/OPEX de leur plan 2030. Pour les 21 autres, les objectifs ne sont pas financés de façon identifiable.
Le pilotage par les dirigeants recule : c’est la dimension qui baisse le plus (17 groupes sur 38), sur des critères précisés en 2026. Le suivi opérationnel par la direction générale décroche.
L’automobile et l’aéronautique reculent sur leurs objectifs : Stellantis (9,5 → 2,8) conserve des cibles 2030 en valeur absolue mais les déclare explicitement non alignées sur 1,5 °C ; Safran (6,2 → 2) et Airbus (4,7 → 1) ne pilotent plus leur scope 3 — 94 % et 99 % de leur empreinte — qu’en intensité et à l’horizon 2035.
Sur les 38 groupes comparables, 8 progressent, 27 reculent et 3 sont stables. À formule 2025 constante, le bilan serait de 16 hausses, 16 baisses et 6 stables : la nouvelle pondération globale explique la plupart des reculs de faible ampleur, tandis que les reculs marqués (Stellantis, Airbus, Schneider Electric, Sanofi, Safran, Accor, Hermès, Dassault Systèmes, Saint-Gobain) tiennent aux scores par dimension eux-mêmes.
Classement des groupes non financiers
Lecture : vert ≥ 7 (Satisfaisant) · jaune 5,1 à 6,9 (Perfectible) · orange 3,1 à 5 (Insuffisant) · rouge 0 à 3 (Très insuffisant). Note 2025 calculée avec la formule linéaire 2025, note 2026 avec la formule modulée 2026 (voir section 3). Eiffage et Euronext, entrés au CAC 40 en 2025, n’ont pas d’évolution calculée ; Teleperformance, Edenred et Alstom sont sortis du périmètre.
Classement des banques et assureurs
Les quatre institutions financières sont évaluées sur une grille spécifique, centrée sur les émissions financées, et sur quatre dimensions (le financement ne leur étant pas applicable). Aucune n’atteint 7/10. BNP Paribas et Société Générale sont ex æquo à 6/10 (« Perfectible ») ; Crédit Agricole (4,9) et AXA (4,4) sont « Insuffisants ». Le plafond commun tient aux objectifs 2030 : cibles majoritairement en intensité, couverture partielle des encours, absence de validation SBTi pour les institutions financières. Plus largement, le secteur financier conserved’importantes zones d’ombre dans ses publications — émissions facilitées, gérées, assurées — là où la CSRD a nettement fait progresser la transparence des groupes non financiers.
Trois enseignements transversaux. D’abord, seuls 40 % environ des groupes du CAC 40 font baisser leurs émissions d’au moins 4,2 % par an, le rythme d’une trajectoire 1,5 °C. Ensuite, le niveau dépend davantage des choix de chaque groupe que de son secteur : les moyennes sectorielles vont de 3,5 (automobile et aéronautique) et 3,9 (énergie et utilities) à 5,5 (BTP et immobilier) et 5,7 (services), mais le luxe compte une forte hausse (LVMH) et deux baisses (Hermès, Kering), la construction une hausse (Bouygues) et une baisse (Saint-Gobain). Enfin, les groupes qui progressent sont ceux qui ont traité les points signalés dans nos recommandations de l’an dernier — validation SBTi sur les trois scopes, Dancing Box, chiffrage du financement. Les recommandations sont donc impactantes quand la direction générale s’en saisit.
3. La méthode et les resserrements de la grille 2026
Cinq dimensions, notées de 0 à 6
Chaque groupe est évalué à partir de ses publications réglementées (DEU, états de durabilité CSRD/ESRS E1), selon une grille de questions objectives dont les extraits justificatifs sont conservés avec leur page d’origine. Les résultats sont soumis à chaque groupe dans une procédure contradictoire avant publication. La grille évalue la « destination » (objectifs 2030 et 2050) et le « voyage » (plan, financement, gouvernance) :
D1 — Objectifs 2030. 6/6 : objectifs en valeur absolue sur 100 % des scopes 1 et 2 et au moins 80 % du scope 3, validés SBTi ou, à défaut, alignés sur un benchmark sectoriel de l’AIE ou sur l’objectif trans-sectoriel (−42 % en 2030 par rapport à 2019). 4/6 : mêmes conditions mais objectifs en intensité. 2/6 : objectifs définis sauf sur le scope 3 aval.
D2 — Plan d’actions 2030. 6/6 : leviers publiés avec leurs impacts sur au moins deux tiers des émissions, cohérence chiffrée entre la somme des impacts et l’objectif (« Dancing Box ») et efficacité avérée par une baisse des émissions en valeur absolue d’au moins −4,2 %/an depuis l’année de référence. 4/6 : idem sans Dancing Box. 2/6 : leviers publiés mais efficacité non avérée.
D3 — Financement 2030. 6/6 : CAPEX (industrie) ou OPEX (services) chiffrés à 2030 pour les leviers portant au moins 66 % des impacts du plan, et soutenables au regard des cash-flows. 4/6 : seuls les principaux postes chiffrés. 2/6 : non chiffré mais enjeu a priori peu significatif. 0/6 : non chiffré alors que l’enjeu est significatif. Non applicable aux banques et assureurs.
D4 — Trajectoire 2050. 6/6 : Net Zéro décidé par le groupe, leviers identifiés, alignement attesté par SBTi ou une trajectoire sectorielle AIE, sans pari sur des technologies non matures (ou avec un développement chiffré d’ici 2030), compensation 2050 ≤ 10 % des émissions de référence. 4/6 : technologies non matures sans plan précis. 2/6 : compensation > 10 %.
D5 — Gouvernance exécutive. 6/6 : pilotage au niveau DG/DGA/DGD avec un comité Climat ou RSE dédié, ou pilotage régulier — au moins trimestriel et documenté — en Codir/Comex. 4/6 : membre du Comex avec comité, ou DG sans comité. 2/6 : membre du Comex sans comité ni pilotage régulier. 0/6 : pilotage par un non-membre du Comex.
Pour les banques et assureurs, D1 et D2 portent sur les émissions financées (cibles sectorielles, politiques d’accompagnement des secteurs les plus émetteurs) et D4 sur l’engagement Net Zéro 2050 sur un scénario reconnu (AIE NZE) et l’adhésion aux alliances Net Zéro subsistantes de leurs métiers (NZAOA, NZAM), la Net-Zero Banking Alliance ayant cessé ses activités en octobre 2025.
Les resserrements introduits pour cette édition
La grille 2026, appliquée aux publications de l’exercice 2025, conserve l’architecture des éditions précédentes mais durcit plusieurs critères. Ces resserrements expliquent une partie des reculs et sont assumés : à quatre ans de 2030, annoncer des objectifs ne suffit plus, il faut démontrer comment on les atteint.
Couverture du scope 3 quantifiée. Les deux meilleurs niveaux de D1 exigent désormais que les objectifs couvrent au moins 80 % du scope 3, amont et aval confondus, là où la grille précédente se contentait d’objectifs « définis » sur le scope 3.
Dancing Box obligatoire pour le 6/6 en plan d’actions. La cohérence entre objectifs et leviers doit être démontrée de façon chiffrée : l’objectif 2030 doit être égal à la somme des impacts des leviers. Un plan détaillé mais sans cette démonstration plafonne à 4/6.
Efficacité prouvée à −4,2 %/an. La baisse réelle des émissions en valeur absolue depuis l’année de référence devient un critère de crédibilité du plan, avec un seuil de −4,2 %/an, rythme de la trajectoire 1,5 °C trans-sectorielle de la SBTi. Les groupes dont les émissions augmentent avec leur activité doivent donc décarboner aussi leur croissance.
Financement : un seuil de couverture. Le 6/6 en D3 requiert un chiffrage couvrant les leviers portant au moins 66 % des impacts du plan, et non plus un chiffrage partiel.
Trajectoire 2050 : technologies non matures et compensation. Une trajectoire reposant sur des technologies non matures (CCS, hydrogène, DAC) sans plan de développement chiffré d’ici 2030 plafonne à 4/6 ; la compensation 2050 est plafonnée à 10 % des émissions de référence, en cohérence avec le Net-Zero Standard de la SBTi.
Gouvernance : critères explicités. Le 6/6 suppose un pilotage au niveau de la direction générale avec un comité dédié, ou régulier et documenté directement au niveau du Comex. L’exigence n’est pas nouvelle, mais son évaluation est devenue systématique, ce qui explique le recul de 17 groupes sur cette dimension.
Pondération modulée par les objectifs 2030. C’est le changement le plus structurant, détaillé ci-dessous : le plan d’actions et son financement ne comptent pleinement que si les objectifs 2030 sont solides.
La formule de calcul de la note finale
Jusqu’en 2025, la note globale était une moyenne pondérée linéaire des cinq dimensions (40 % pour les objectifs 2030, 15 % pour chacune des quatre autres), ramenée sur 10. Cette formule avait un défaut : un groupe pouvait obtenir une bonne note grâce à un plan d’actions et un financement bien documentés, alors même que ses objectifs 2030 n’étaient pas alignés sur l’Accord de Paris — un plan crédible pour atteindre une mauvaise destination.
La formule 2026 conditionne le poids du plan (D2) et de son financement (D3) à la solidité des objectifs (D1), par un coefficient de modulation égal à (D1/6) élevé à la puissance 0,3 :
Pour les banques et assureurs, D3 n’existe pas : son poids est reporté sur le plan d’actions, soit (0,30 + 0,15) × D2 = 0,45 × D2 dans le terme modulé, D1, D4 et D5 conservant leurs coefficients.
Le coefficient de modulation vaut 1 lorsque D1 = 6, environ 0,89 pour D1 = 4, 0,72 pour D1 = 2 et 0 lorsque D1 = 0. Autrement dit, un groupe sans objectif 2030 admissible ne peut tirer aucun point de son plan ni de son financement, et un groupe aux objectifs partiels les voit comptés à un taux réduit. Deux exemples permettent de vérifier la formule :
Sanofi (D1 = 4, D2 = 2, D3 = 6, D4 = 6, D5 = 6) : 0,25 × 4 + (0,30 × 2 + 0,15 × 6) × 0,885 + 0,15 × 6 + 0,15 × 6 = 1,0 + 1,33 + 0,9 + 0,9 = 4,13/6, soit 6,9/10. Avec la formule linéaire 2025, les mêmes scores auraient donné 7,7/10 : l’écart tient entièrement à l’objectif scope 3, aligné sur 2 °C et non 1,5 °C, qui ramène D1 à 4 et réduit d’autant le poids du plan et du financement.
Les notes 2025 et 2026 ne sont donc pas strictement comparables à scores identiques.
4. Zoom sur le top 9 : les bonnes pratiques
Les neuf groupes notés « Satisfaisant » ne sont pas irréprochables — aucun n’atteint 6/6 sur les cinq dimensions — mais chacun illustre, sur trois ou quatre dimensions, ce qu’une trajectoire crédible veut dire concrètement. Les scores sont indiqués dans l’ordre D1 · D2 · D3 · D4 · D5.
Premier du Palmarès, Engie illustre ce que le classement mesure : non pas le niveau d’émissions, mais l’engagement d’une transformation financée et pilotée. Sur quatre dimensions, le groupe atteint le score maximal.
Objectifs 2030 (6/6). Objectifs SBTi 2030 certifiés Well-below 2 °C, exprimés en intensité carbone (−66 % sur la production d’énergie, −56 % sur les ventes d’énergie vs 2017) comme le prévoit la méthode SBTi pour le secteur électrique, et complétés par un plafond d’émissions en valeur absolue couvrant 100 % des scopes 1, 2 et 3, aval compris : 120/140 Mt CO2e en 2030, contre 265 Mt en 2017 et 145 Mt en 2025. Le rythme de baisse est conforme au critère 1,5 °C trans-sectoriel (−4,2 %/an).
Plan d’actions (6/6). Cinq actions structurantes (sortie du charbon en 2027, 95 GW de renouvelables en 2030, biométhane, hydrogène, accompagnement des clients) avec une décomposition chiffrée des leviers jusqu’à 2030 (« Dancing Box ») et une baisse réelle de −45 % sur 2017-2025, soit environ −7 %/an.
Financement (6/6). 4 Md€ de CAPEX alloués au plan en 2025 ; 25 à 28 Md€ de CAPEX de croissance sur 2026-2028, alignés à 84 % sur la taxonomie européenne, soutenables au regard d’un EBITDA de l’ordre de 15 Md€/an. Chaque décision d’investissement est soumise à un budget CO2 par activité.
Gouvernance (6/6). Pilotage par la Directrice Générale et le DGA Finance/ESG, avec dialogue managérial autour des indicateurs GES depuis 2023 au sein des Quarterly Business Reviews. Le seul point de vigilance porte sur la trajectoire 2050 (4/6) : le Net Zéro 2045 est décidé, mais les jalons 2035 et 2040 de la production électrique restent au-dessus du scénario NZE de l’AIE.
Dans un secteur immobilier où l’usage des actifs domine l’empreinte, URW conserve une place sur le podium avec trois dimensions au maximum.
Objectifs 2030 (6/6). −90 % sur les scopes 1 et 2 et −50 % sur le scope 3 d’ici 2030 par rapport à 2015, validés SBTi 1,5 °C, sur 100 % du périmètre.
Plan d’actions (4/6). Leviers et impacts publiés sur les trois scopes, Dancing Box sur les scopes 1 et 2 ; −42,7 % d’émissions totales sur 2015-2025 (≈ −5,4 %/an). Manque une Dancing Box agrégée sur le scope 3, dont le transport des visiteurs représente 82 %.
Trajectoire 2050 (6/6). Net Zéro 2050 validé SBTi Net-Zero Standard (révision 2023) : −90 % en valeur absolue, sans pari technologique, compensation résiduelle ≤ 10 %.
Gouvernance (6/6). Pilotage par un membre du Directoire rendant compte au Président ; le Directoire et le Comité exécutif font office de comité de pilotage Développement durable, avec revue trimestrielle documentée.
Orange progresse d’un point et démontre qu’un groupe de services peut fermer sa Dancing Box et documenter un financement.
Objectifs 2030 (6/6). −45 % sur les trois scopes réunis en 2030 par rapport à 2020 (de 6,5 à 3,6 MtCO2e), en valeur absolue, validés SBTi 1,5 °C en mai 2024, avec une couverture de 100 % des scopes 1+2 et du scope 3.
Plan d’actions (6/6). Leviers chiffrés sur les trois scopes (énergie, fournisseurs, économie circulaire, mix électrique) avec un waterfall complet, et une baisse avérée de −24,5 % des émissions sur 2020-2025, soit −5,5 %/an.
Financement (4/6). 300 à 400 M€ par an de CAPEX et OPEX sur le volet énergie et renouvelables sur 2025-2030, jugés supportables ; le chiffrage ne couvre pas encore l’ensemble des leviers.
Trajectoire 2050 (6/6). Net Zéro 2040 décidé et validé SBTi Net-Zero Long-Term (mai 2024), sans recours aux technologies non matures, avec une neutralisation par puits naturels limitée à 10 %. La marge de progrès est la gouvernance (2/6) : la directrice RSE siège au Comex, mais le Climat n’y est traité que trois fois par an.
Danone reste le premier groupe agroalimentaire, avec trois dimensions à 6/6. Son point faible est net : aucun chiffrage financier du plan 2030 (0/6), alors que l’enjeu est a priori significatif.
Objectifs 2030 (6/6). −46,3 % sur les scopes 1+2, −42 % sur le scope 3 hors FLAG et −30,3 % sur les émissions FLAG (agriculture, forêts) entre 2020 et 2030, en valeur absolue, validés SBTi sur les trois scopes, avec une couverture quasi intégrale des scopes 1+2 et du scope 3.
Plan d’actions (6/6). Plan de Transition Climatique publié dès décembre 2023, organisé en huit programmes chiffrés couvrant les trois scopes (dont « Re-Fuel » pour les sites et l’agriculture régénératrice sur la filière lait), avec Dancing Box explicite ; −21 % d’émissions sur 2020-2025, soit environ −4,7 %/an, et 60,5 % de l’objectif 2030 déjà atteint fin 2025.
Trajectoire 2050 (6/6). Net Zéro 2050 décidé et validé SBTi 1,5 °C (−90 % sur l’énergie et l’industrie, −72 % FLAG, par rapport à 2020), leviers identifiés programme par programme, technologies essentiellement matures. La solidité de la compensation résiduelle envisagée reste à documenter.
Gouvernance (4/6). Un DGA Finances/Tech & Data supervise les ressources climat, un DG Durabilité siège au Comex et un Comité Impact Mondial dédié est coprésidé par trois membres du Comex ; il manque un pilotage direct au niveau DG ou une inscription trimestrielle tracée au Comex.
À contre-courant d’un secteur automobile en fort recul (Stellantis passe de 9,5 à 2,8), Renault maintient une stratégie 2030 complète et pilotée au plus haut niveau.
Objectifs 2030 (6/6). −62,5 % sur les scopes 1+2 et −27,5 % sur le scope 3 d’ici 2030 par rapport à 2019, en valeur absolue, validés SBTi (revue 2025), couverture du scope 3 à 100 %.
Plan d’actions (4/6). Plan efficace : −38 % d’émissions en valeur absolue sur 2019-2025, soit −7,7 %/an composé. Mais la contribution de chaque levier n’est pas publiée : pas de Dancing Box, ce qui plafonne la note à 4.
Financement (4/6). Principaux CAPEX et OPEX du plan de transition chiffrés dans l’URD — environ 1,5 Md€ par an sur les véhicules électriques, quelques euros par véhicule sur les achats décarbonés — soutenables au regard du chiffre d’affaires (57,9 Md€), sans ventilation complète par levier.
Gouvernance (6/6). Revue trimestrielle en Comex d’un ESG Dashboard, « Decarbonisation Control Tower » deux fois par an, fonction Sustainability rattachée au directeur de la stratégie, membre du Comex. La trajectoire 2050 (4/6) — Net Zéro Europe 2040 et monde 2050 — repose en partie sur des technologies non matures (CCS, hydrogène) sans plan chiffré à 2030.
Bouygues — 8/10
Construction · Scores par dimension : 6 · 6 · 4 · 0 · 6
Bouygues gagne un demi-point et fait partie des cinq groupes à stratégie 2030 « complète ». Son cas montre aussi les limites de l’exercice : le Net Zéro 2050 est affiché, mais sans validation SBTi long terme ni alignement attesté sur le scénario NZE de l’AIE, d’où un 0/6 sur la trajectoire 2050.
Objectifs 2030 (6/6). Objectifs validés SBTi pour chacun des six métiers, en valeur absolue sur les trois scopes (le scope 3 étant également exprimé en intensité pour Bouygues Construction et Equans).
Plan d’actions (6/6). Waterfalls de leviers publiés pour les scopes 1+2 d’une part et le scope 3 d’autre part ; empreinte totale ramenée à 19,4 MtCO2e en 2025, soit −7 % en un an, et −4,9 %/an sur le scope 3 depuis 2021, année de référence.
Financement (4/6). CAPEX/OPEX Climat agrégés : 54 M€ engagés en 2025 et 271 M€ cumulés sur 2026-2028, sans détail par levier.
Gouvernance (6/6). Un Directeur général délégué en charge de la RSE adresse chaque année une note de cadrage durabilité aux métiers, dont les plans sont revus par la direction générale ; la DGA Innovation/Développement durable siège au comité de direction générale ; comité Environnement trimestriel.
Pernod Ricard gagne un demi-point grâce à un plan d’actions dont la cohérence avec les objectifs a été reconnue lors de la revue contradictoire. Comme Danone, le groupe ne chiffre pas le financement de son plan (0/6).
Objectifs 2030 (6/6). Objectifs SBTi 2024 à horizon FY2029/30, en valeur absolue et par périmètre : −54 % sur les scopes 1+2 non-FLAG, −30,3 % FLAG, −25 % scope 3 non-FLAG ; couverture de 85 % du scope 3.
Plan d’actions (6/6). Leviers détaillés avec impacts chiffrés par scope (recompression mécanique des vapeurs, pompes à chaleur, électricité renouvelable sous PPA, agriculture régénératrice, emballages circulaires), somme des impacts cohérente avec les objectifs (Dancing Box) et baisse avérée d’environ −4,7 %/an depuis FY2021/22 (−13,5 % au total, −42 % sur les scopes 1+2), au-dessus du seuil de −4,2 %/an.
Trajectoire 2050 (6/6). Net Zéro formellement décidé et validé SBTi en 2024 (−90 % scopes 1+2, −72 % FLAG, −90 % scope 3 non-FLAG à 2050), leviers identifiés (efficacité énergétique, électrification, renouvelables, agriculture régénératrice), crédits carbone explicitement non centraux.
Gouvernance (2/6). Pilotage opérationnel porté par la VP exécutive Opérations intégrées et RSE, membre du Comex, mais sans comité Climat dédié et avec un passage au Comex seulement semestriel.
LVMH — 7,5/10
Luxe · Scores par dimension : 6 · 6 · 2 · 4 · 2
Plus forte progression du Palmarès (+2,3 points), LVMH a répondu point par point aux recommandations de 2025 : objectifs validés SBTi sur les trois scopes et plan chiffré.
Objectifs 2030 (6/6). Objectifs en valeur absolue validés SBTi en décembre 2024 sur les trois scopes : −68 % sur les scopes 1+2, −27 % FLAG et −23 % énergie/industrie entre 2023 et 2030.
Plan d’actions (6/6). Plan complet, chiffré et éprouvé, avec impacts en valeur absolue par levier (sobriété et efficacité énergétique, renouvelables, réduction du fret aérien au profit du maritime et du ferroviaire, engagement des fournisseurs, agriculture régénératrice) sous forme de Dancing Box ; −12 % d’émissions totales et −37 % sur les scopes 1+2 entre 2023 et 2025.
Trajectoire 2050 (4/6). Net Zéro 2050 décidé et validé SBTi, fondé sur la rénovation et l’optimisation des actifs existants, les transports et l’agriculture durables ; le plan d’investissement dans les technologies non matures et le niveau de compensation à 2050 restent à préciser, d’où le 4/6.
Marges de progrès. Financement (2/6) : 235 à 270 M€ de CAPEX et OPEX cumulés à 2030 sont chiffrés sur les scopes 1+2, mais rien sur le scope 3, jugé a priori peu significatif (une taskforce Sustainable Finance doit livrer des résultats fin 2026). Gouvernance (2/6) : la direction Image & Environnement est rattachée à un membre du Comex, sans comité Climat exécutif ni sessions documentées en Codir.
Legrand progresse d’un demi-point, porté par un chiffrage financier désormais publié et une gouvernance exemplaire. L’efficacité du plan d’actions reste à démontrer (2/6) : les émissions des trois scopes ont augmenté de 22 % entre 2022 et 2025, sous l’effet d’un scope 3 en hausse de 23 %.
Objectifs 2030 (6/6). −42 % sur les scopes 1+2 et −25 % sur les catégories 1 et 11 du scope 3 (≈ 94 % de l’empreinte) d’ici 2030, base 2022, en valeur absolue, validés SBTi en 2024 (1,5 °C sur les scopes 1+2, Well-below 2 °C sur le scope 3).
Financement (4/6). 104,5 M€ de CAPEX et 434,2 M€ d’OPEX chiffrés en 2025 sur le plan de transition, soutenables au regard d’un free cash-flow de 1,3 Md€ ; l’allocation par levier n’est pas finalisée.
Trajectoire 2050 (6/6). Net Zéro 2050 décidé en 2024 et validé SBTi Net-Zero Standard : −90 % sur les scopes 1+2 et 3, neutralisation du résiduel ≤ 10 %, leviers fondés sur des technologies disponibles (électrification, RE100 en 2030, éco-conception), sans recours aux technologies non matures.
Gouvernance (6/6). Comité carbone dédié présidé par la Direction générale et composé de cinq membres du Codir.
Et maintenant
Ce que montrent ces neuf groupes, c’est que les exigences de la grille sont atteignables dans tous les secteurs, y compris les plus émetteurs et les plus tertiaires : des objectifs absolus validés SBTi sur 80 % au moins du scope 3, une Dancing Box qui relie chaque levier à l’objectif, un chiffrage des CAPEX et OPEX de transition, une trajectoire 2050 sans pari sur des technologies non disponibles, et une direction générale qui pilote le sujet chaque trimestre. Les 31 autres groupes ont, pour la plupart, un ou deux de ces éléments ; il leur manque l’ensemble.
À l’approche de 2030, il pourrait être tentant de modifier le thermomètre plutôt que de traiter la fièvre : reporter les objectifs à 2035, passer de la valeur absolue à l’intensité, réduire le périmètre. Le Palmarès continuera de le signaler. Un prochain article présentera les résultats détaillés groupe par groupe, avec les recommandations personnalisées adressées à chacun ; un article dédié aux bonnes pratiques en matière d’objectifs et de plans d’actions 2030 (Bouygues, Danone, Engie, LVMH, Orange, Pernod Ricard) est déjà disponible.
Sources : Documents d’enregistrement universel 2025 des 40 groupes ; grille de scoring 2026 des Ateliers du Futur (groupes non financiers et institutions financières) ; GIEC AR6 (2022-2023) ; Global Carbon Budget 2025 (Global Carbon Project, novembre 2025) ; Copernicus C3S, Global Climate Highlights 2025. Les notes citées sont celles arrêtées après la procédure contradictoire avec les groupes.
(1) émissions mondiales 2025 des 36 groupes non financiers du CAC 40 (scopes 1 + 2 market + 3, MtCO2e)
Scopes
Mt
Scopes 1 + 2
247
Scope 3
2 072
Total
2 319
Émissions territoriales de la France (Citepa, Secten)
367 MtCO2e en 2024, 359 Mt en estimation provisoire 2025 (hors puits)
Notre Palmarès 2026, plus exigeant car l’échéance 2030 se rapproche, montre que moins d’un quart des groupes du CAC 40 (9 sur 40) atteignent ou dépassent la note de 7/10.
Conformément à notre raison d’être, nous consacrons une série d’articles aux meilleures pratiques qui expliquent les meilleurs scores.
Notre Palmarès 2026 octroie à 6 groupes la note maximale de 6/6 sur les deux dimensions de la fixation des objectifs 2030 et de la qualité de leur plan de réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre. Ces notes de 6 sont obtenues si l’entreprise réunit les conditions suivantes :
Fixation d’un objectif de baisse des émissions de GES d’ici 2030 en valeur absolue d’au moins 42%, validé par le SBTi ou aligné sur les ambitions de l’IEA, et défini sur les 3 scopes (100% des scopes S1+S2 et au moins 80% du scope 3),
Identification des leviers de décarbonation sur au moins 2/3 des émissions de GES, et baisse des GES réalisée depuis l’année de référence ≥ 4,2 %/an.
🚨 Rappelons l’urgence : selon l’Emission Gap Report 2024 de l’UNEP, des réductions de 42 % d’ici 2030 (versus 2019) sont nécessaires en valeur absolue pour rester sur une trajectoire 1,5 °C. C’est précisément à cette aune — objectifs chiffrés, en valeur absolue, validés par la science — que nous avons passé au crible les publications CSRD (ESRS E1) 2025 de ces six groupes.
Les 6 groupes du CAC 40 ayant obtenu dans notre Palmarès la note de 6/6 sur la fixation des objectifs de réduction des gaz à effets de serre et la réalisation des plans de décarbonation d’ici 2030 sont : Bouygues, Danone, Engie, LVMH, Orange et Pernod Ricard.
Quelles sont leurs bonnes pratiques en ces matières ?
1. Les objectifs 2030 : la hauteur du Vouloir-Faire
Cinq de ces six groupes expriment leurs objectifs 2030 en valeur absolue de tonnes de CO2 équivalent, l’exigence la plus forte car elle implique une baisse des émissions indépendamment de la croissance de l’activité — exactement ce que demande l’UNEP.
Engie, du fait de son métier de producteur et fournisseur d’énergie, formule ses objectifs SBTi en intensité carbone (g CO2/kWh), approche validée par la SBTi pour le secteur Power — et les complète par un plafond d’émissions 2030 en valeur absolue (120-140 Mt CO2 éq., contre 265 Mt en 2017 et 145 Mt en 2025).
Groupe
Année de référence
Objectif Scope 1+2 à 2030
Objectif Scope 3 à 2030
Validation
Bouygues
2019
Cibles par métier, en valeur absolue (ex. Colas : -46,5 %)
S3 amont : -30 % en valeur absolue (« well-below 2 °C », cibles par métier)
👉 À retenir : la quasi-totalité de ces objectifs sont désormais validés SBTi et exprimés en valeur absolue sur les trois scopes — le socle même que nous recherchons dans notre grille de notation « Objectifs 2030 ».
Les objectifs en valeur absolue sont importants car ils mesurent l’ambition prospective de décarbonation. Une entreprise peut réduire ses émissions par unité produite (intensité carbone) tout en augmentant ses émissions totales si son activité croît. Or, pour le climat, seules les émissions totales comptent.
2. Le Savoir-Faire à l’œuvre : des plans d’actions 2030 précis, complets et à l’efficacité avérée
La trajectoire de réduction des émissions n’est crédible que si elle repose sur des plans d’actions précis, détaillant les leviers opérationnels, leurs impacts à horizon 2030 et la preuve de leur efficacité sur les années écoulées.
Bouygues
Objectif 2030 : des cibles fixées métier par métier et validées SBTi — par exemple Colas : -46,5 % sur les émissions directes (scopes 1 et 2) et -30 % sur les émissions indirectes amont (scope 3a), par rapport à 2019.
Outils de pilotage carbone : le Colas Carbon Counter, premier outil automatisé de calcul de l’empreinte carbone des chantiers, et le Colas Carbon Footprint pour l’ensemble des scopes 1, 2 et 3a.
Décarbonation des flottes : 90 % du parc de véhicules légers Colas France déjà électrifié en 2025, usage croissant de biocarburants (B100/HVO, +11 % en 2025).
Matériaux et procédés bas carbone : enrobés tièdes et à froid (Easycold), agrégats d’enrobés recyclés (objectif 23 % de RAP en 2030), partenariats ciment bas carbone (Ecocem, Hoffmann Green Cement).
Sobriété numérique : chez Bouygues Telecom, les « Green Features » évitent 68 à 80 GWh par an sur le réseau mobile.
Résultat à date : empreinte carbone du Groupe ramenée à 19,4 MtCO2e en 2025, soit -7 % vs 2024.
Danone
Objectif 2030 : -46,3 % sur les scopes 1 et 2 en valeur absolue (référence 2020) ; -42 % sur le scope 3 Énergie/Industrie et -30,3 % sur le scope 3 FLAG (lait, ingrédients agricoles).
Un Plan de Transition Climatique publié dès décembre 2023, décliné en huit programmes stratégiques chiffrés — dont « Re-Fuel » pour les activités directes (pompes à chaleur, biométhane, contrats d’achat d’électricité renouvelable).
Décarbonation de l’amont agricole : agriculture régénératrice sur la filière lait (36 % des émissions) et sur les autres ingrédients agricoles (28 %).
Chaîne de valeur : écoconception des emballages, logistique bas carbone, engagement des fournisseurs.
Résultat à date : -21 % d’émissions en cinq ans (2020-2025), soit environ -4,7 %/an ; 60,5 % de l’objectif 2030 déjà atteint fin 2025.
Engie
Objectif 2030 : -66 % d’intensité carbone de la production d’énergie (scopes 1 et 2) et -56 % d’intensité carbone des ventes d’énergie (référence 2017), certifiés « Well-below 2 °C » par la SBTi. Le Groupe complète ces cibles d’intensité par un plafond d’émissions 2030 en valeur absolue : 120-140 Mt CO2 éq., contre 265 Mt en 2017 et 145 Mt déjà atteintes en 2025.
Sortie du charbon : arrêt des ventes de charbon depuis 2019, fin de la production d’énergie à partir du charbon d’ici 2025 en Europe continentale et 2027 dans le reste du monde.
Développement massif des renouvelables : ambition de 95 GW de capacités renouvelables et de stockage installées en 2030 (45 % du mix électrique du Groupe fin 2025).
Gaz renouvelables et décarbonés : 50 TWh de capacité de biométhane et 4 GW de production d’hydrogène visés en 2030.
Infrastructures et services aux clients : 300 TWh de ventes d’électricité verte, services d’efficacité énergétique et de flexibilité de la demande.
Résultat à date : intensité carbone de la production déjà réduite de 59 % en 2025 (objectif 2030 : -66 %) ; intensité des ventes réduite de 39 % (objectif : -56 %).
LVMH
Objectif 2030 : -68 % sur les scopes 1 et 2 en valeur absolue (référence 2023) ; -27 % sur le scope 3 FLAG et -23 % sur le scope 3 Énergie & Industrie, validés SBTi en décembre 2024.
Sur les scopes 1 et 2 : sobriété énergétique, efficacité énergétique, achats d’énergies renouvelables et réduction des gaz réfrigérants.
Sur le scope 3 : un plan en cinq axes — circularité, transports durables, engagement fournisseurs, agriculture régénératrice, marketing responsable et Green IT. Pour les entreprises du luxe, le transport durable constitue un levier essentiel de réduction des émissions de Scope 3 : diminution du recours au fret aérien très émetteur de CO₂ en privilégiant le transport maritime ou ferroviaire, optimisation des flux logistiques et l’électrification des livraisons du dernier kilomètre.
Résultat à date : émissions scopes 1+2 en baisse de 37 % en deux ans (2023-2025).
Orange
Objectif 2030 : -45 % sur l’ensemble des trois scopes réunis (référence 2020, de 6,5 à 3,6 MtCO2e), dans une feuille de route Net Zéro 2040 validée SBTi en mai 2024.
Décarbonation de l’énergie : réduction de l’intensité carbone de l’électricité consommée par le réseau et les data centers.
Chaîne d’approvisionnement : engagement des fournisseurs sur le scope 3 amont.
Économie circulaire et écoconception : allongement de la durée de vie des équipements clients et des réseaux.
Résultat à date : -24,5 % d’émissions en cinq ans (2020-2025), soit -5,5 %/an — au-dessus du rythme de -4,2 %/an requis par une trajectoire 1,5 °C.
Pernod Ricard
Objectif 2030 : -54 % sur les scopes 1 et 2 non-FLAG en valeur absolue (référence FY 2021/22) ; -30,3 % sur le périmètre FLAG (agriculture) et -25 % sur le scope 3 non-FLAG, validés SBTi en 2024.
Efficacité énergétique et électrification des sites notamment grâce à la mise en œuvre de la technologie de recompression mécanique des vapeurs (Mechanical Vapour Recompression, MVR) et de Pompes à Chaleur.
Changement de sources d’énergie : Promouvoir la transition vers l’électricité renouvelable en déployant des systèmes photovoltaïques solaires sur les sites et en garantissant l’approvisionnement en électricité garantie d’origine renouvelable, grâce à la mise en œuvre d’accords contractuels à long terme, tels que les contrats d’achat d’électricité et l’acquisition de certificats d’attributs énergétiques (Energy Attribute Certificate, EAC).
Sur le périmètre agricole (FLAG) : substitution des matières premières, agriculture régénératrice (Promouvoir des pratiques agricoles durables telles que la rotation des cultures, les cultures de couverture, l’utilisation d’engrais bas carbone, accompagner les fournisseurs et les agriculteurs dans la collecte de données carbone et l’élaboration de feuilles de route de décarbonation), projets de captation carbone, objectif de zéro déforestation sur l’ensemble des matières premières agricoles clés.
Sur le reste du scope 3 : emballages circulaires, matières premières agricoles bas carbone, logistique durable.
Résultat à date : émissions scopes 1+2 en baisse de 42 % en trois ans (FY21/22-FY24/25) ; total Groupe en baisse de 13,5 % sur la même période (-4,71 %/an).
3. Ce qu’il faut retenir
Au-delà de la diversité des secteurs — matériaux et BTP, luxe, agroalimentaire, télécoms, spiritueux, énergie —, les mêmes leviers reviennent systématiquement :
L’achat ou la production d’énergie renouvelable (PPA, garanties d’origine, autoproduction) pour la décarbonation des scopes 1 et 2 ;
L’électrification des flottes, des procédés et des usages ;
L’engagement des fournisseurs pour agir sur le scope 3 amont ;
L’écoconception et l’économie circulaire pour agir sur le scope 3 aval ;
C’est précisément cette combinaison — objectifs chiffrés en valeur absolue, plan d’action détaillé et cohérent (notre fameuse « Dancing Box »), financement documenté et gouvernance exécutive — que nous évaluons chaque année dans notre Palmarès. Le Savoir-Faire existe : reste à généraliser le Vouloir-Faire.
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Sources : Documents d’Enregistrement Universel 2025 (exercice 2024/2025) de Bouygues, Danone, Engie, LVMH, Orange et Pernod Ricard ; Emission Gap Report 2024, UNEP ; Science Based Targets initiative (SBTi).
L’Inde est confrontée à un défi inédit : répondre à une demande d’électricité qui explose tout en évitant de reproduire le détour fossile suivi par les économies aujourd’hui développées. Elle semble, sur certains aspects, emprunter un « raccourci électrique » en passant directement vers le solaire, l’électrification et les nouvelles technologies bas carbone. Mais ce raccourci suffira-t-il à faire reculer durablement le charbon ?
Entre croissance rapide, explosion de la demande d’électricité, développement spectaculaire du solaire et persistance du charbon, l’Inde est au cœur du défi climatique mondial. Elle vise la neutralité carbone en 2070. Mais au regard de l’urgence climatique, n’est-ce pas trop tardif ?
Une puissance démographique et économique au rôle mondial croissant
Avec près de 1,48 milliard d’habitants, l’Inde est aujourd’hui le pays le plus peuplé du monde. Son PIB dépasse les 4 000 milliards de dollars et en fait la 4ème économie mondiale avant le Japon. La croissance reste exceptionnellement dynamique pour une grande économie : le FMI prévoit une progression du PIB de l’ordre de 6,4 % en 2026.
L’Inde ambitionne de devenir un pays développé à l’horizon 2047, date du centenaire de son indépendance (projetViksit Bharat 2047). Cette ambition implique une hausse considérable de la consommation d’énergie, de l’urbanisation, des transports et des besoins industriels.
La transition climatique indienne est pensée avant tout comme un outil de développement économique. Pour New Delhi, la priorité reste la création d’emplois, l’accès à l’électricité, la sécurité énergétique et l’amélioration du niveau de vie. La décarbonation doit accompagner la croissance et non la freiner.
Cette philosophie structure l’ensemble de la politique énergétique et climatique du pays. Elle est également liée à la position diplomatique traditionnelle de l’Inde qui souligne sa faible contribution historique au réchauffement et la responsabilité collective des pays industrialisés.
L’Inde est une république fédérale dans laquelle les États disposent de compétences importantes en matière d’électricité, de transports, d’urbanisme, d’agriculture et de certaines politiques industrielles. La décarbonation ne se décide donc pas uniquement à New Delhi : elle résulte d’une action conjointe entre le gouvernement central et les autorités régionales, qui jouent un rôle majeur dans la mise en œuvre des politiques climatiques.
Le troisième émetteur mondial mais des émissions par habitant encore modestes
En 2024, l’Inde a émis environ 3,2 milliards de tonnes de CO₂, soit environ 8 % des émissions mondiales.
Le pays est désormais le troisième émetteur mondial de CO₂, derrière la Chine et les États-Unis. Cette position s’explique par son poids démographique, même si les émissions par habitant restent en deçà de la moyenne mondiale de 2 tonnes par habitant, et par une croissance économique forte.
Selon les estimations de l’AIE, les émissions de CO₂ liées à l’énergie de l’Inde sont restées globalement stables en 2025, après une hausse de 5,3 % en 2024. Cette évolution constitue un signal encourageant, mais elle doit encore être confirmée dans la durée : la baisse de 2025 a été fortement favorisée par une mousson exceptionnellement précoce et abondante, qui a réduit la demande de climatisation et accru la production hydroélectrique.
Les émissions indiennes totales continuent néanmoins d’augmenter avec l’industrialisation, l’urbanisation, la motorisation et l’élévation du niveau de vie.
La stratégie indienne ne repose pas, à court terme, sur une diminution rapide des émissions absolues. Elle cherche plutôt à faire en sorte que les émissions progressent moins vite que l’activité économique, puis à inverser progressivement cette dynamique dans le cadre de la trajectoire vers la neutralité carbone en 2070. Cet objectif a été annoncé par le Premier ministre Modi le 1er novembre 2021, lors du sommet des dirigeants de la COP26 à Glasgow.
Source : World data
Une stratégie climatique fondée sur le couple croissance-décarbonation
La politique climatique indienne repose sur un principe simple : le développement économique reste la priorité nationale, mais ce développement doit progressivement devenir moins carboné.
Dans sa stratégie de long terme soumise aux Nations unies en 2022, l’Inde présente la transition comme un processus progressif, fondé sur l’équité, la justice climatique et les circonstances nationales. Sa stratégie identifie notamment sept grandes transitions : décarbonation du système électrique, transformation des transports, efficacité énergétique des bâtiments, décarbonation de l’industrie, développement des puits de carbone et des solutions de retrait du CO₂, amélioration des forêts et mobilisation des financements.
Cette stratégie mobilise donc plusieurs leviers : développement des renouvelables, électrification des usages, efficacité énergétique, hydrogène vert, nucléaire, stockage, réseaux électriques et amélioration de l’efficacité industrielle.
L’objectif n’est pas de reproduire le modèle européen de réduction des émissions. New Delhi cherche plutôt à réaliser un découplage progressif entre croissance économique et émissions, avec un objectif ultime de neutralité carbone en 2070. A titre de comparaison, La Chine a un objectif de neutralité carbone avant 2060, soit 10 ans avant l’Inde
Cet objectif s’inscrit dans la vision nationale Viksit Bharat 2047, qui ambitionne de faire de l’Inde un pays développé d’ici 20 ans.
Une nouvelle CDN 2031-2035 qui renforce les objectifs de l’Inde
En mars 2026, l’Inde a publié une nouvelle CDN (Contribution Déterminée au niveau National) couvrant la période 2031-2035. Elle prévoit une réduction de 47 % de l’intensité carbone du PIB par rapport à 2005, une part de 60 % de capacitésélectriques installées non fossiles et un renforcement des puits de carbone forestiers.
Cette évolution constitue un progrès réel mais limité. Fidèle à son approche historique, l’Inde continue de privilégier la réduction de l’intensité carbone plutôt qu’un plafonnement des émissions absolues. Cette stratégie permet au pays de poursuivre une croissance rapide tout en améliorant progressivement son efficacité carbone. Elle implique toutefois que les émissions nationales puissent encore augmenter pendant plusieurs années si la croissance économique demeure plus rapide que la baisse de l’intensité carbone.
La trajectoire indienne repose ainsi sur une succession d’étapes : forte croissance économique, électrification, développement accéléré des capacités bas carbone, puis diminution progressive des émissions absolues à mesure que le système énergétique se transforme.
La question du financement constitue l’un des principaux défis de cette transition. Selon le groupe de réflexion gouvernemental, NITI Aayog, l’Inde aurait besoin d’environ 22 700 milliards de dollarsd’investissements cumulés pour atteindre la neutralité carbone en 2070. Les autorités indiennes continuent donc de défendre la nécessité d’un soutien accru des pays développés et des institutions financières internationales.
Source : Climate Action Tracker
Une CDN bâtie sur l’intensité carbone plutôt que sur les émissions totales
La spécificité de la politique climatique indienne demeure son choix de privilégier la baisse de l’intensité carbone du PIB plutôt qu’une réduction absolue des émissions.
Cette approche permet au pays de poursuivre une croissance économique rapide tout en améliorant progressivement son efficacité carbone.
Elle comporte toutefois une limite évidente : les émissions absolues peuvent continuer à augmenter pendant de nombreuses années si la croissance économique reste supérieure au rythme de réduction de l’intensité carbone.
La stratégie indienne doit donc être comprise comme une trajectoire en plusieurs étapes : forte croissance économique, réduction de l’intensité carbone, développement accéléré des capacités bas carbone, puis diminution progressive des émissions absolues à mesure que le système énergétique se transforme.
Le charbon, talon d’Achille de la transition énergétique
Le charbon demeure le principal paradoxe de la stratégie climatique indienne.
Le charbon reste de très loin la première source d’électricité, avec environ 71 % de la production électrique en 2025.
L’Inde continue parallèlement à développer ses capacités renouvelables et à investir dans de nouvelles centrales thermiques afin de répondre à la croissance de la demande électrique et de garantir la sécurité d’approvisionnement.
La production nationale de charbon a franchi pour la première fois le seuil du milliard de tonnes en 2024-2025, contre 998 millions de tonnes l’année précédente.
Le gouvernement indien considère cette production nationale comme un élément de sécurité énergétique et de réduction de la dépendance aux importations.
Le charbon constitue donc le principal point de tension de la stratégie climatique indienne : le pays développe massivement les énergies propres tout en maintenant et en augmentant encore, à court terme, son recours au charbon.
Cette contradiction est particulièrement importante au regard des scénarios climatiques compatibles avec l’objectif de 1,5 °C. Elle explique pourquoi le « Climate Action Tracker » considère toujours que les politiques indiennes sont insuffisantes au regard de cette trajectoire, malgré les progrès rapides des renouvelables.
La forte dépendance de l’Inde aux importations d’hydrocarbures expose le pays aux risques géopolitiques affectant les routes maritimes et les marchés internationaux de l’énergie (Cf. tensions actuelles autour du détroit d’Ormuz). Elle renforce les préoccupations indiennes en matière de sécurité énergétique. Dans ce contexte, le charbon conserve aux yeux des autorités un rôle stratégique, en tant que ressource largement disponible sur le territoire national et moins exposée aux risques géopolitiques affectant les importations d’hydrocarbures.
Source : IEA
Le gaz naturel : un levier de transition encore sous-exploité
Le gaz naturel occupe aujourd’hui une place relativement modeste dans le système énergétique indien, mais les autorités le considèrent comme un combustible de transition susceptible de contribuer à la réduction de la dépendance au charbon et aux importations de pétrole.
L’Inde dispose de réserves nationales mais la production domestique demeure insuffisante pour satisfaire la demande, ce qui conduit le pays à recourir massivement aux importations de gaz naturel liquéfié (GNL).
Le pays investit également dans l’extension de ses terminaux méthaniers, de ses infrastructures de stockage et de son réseau de gazoducs afin d’améliorer l’accès au gaz pour l’industrie, la production d’électricité, les transports et les usages urbains. New Delhi affiche depuis plusieurs années l’ambition d’augmenter sensiblement la part du gaz dans son mix énergétique, considérant cette énergie comme une solution intermédiaire permettant de limiter le recours au charbon tout en garantissant la sécurité d’approvisionnement.
L’électrification massive au service du développement
L’Inde considère l’électricité comme l’un des principaux vecteurs de son développement et de sa transition énergétique.
La consommation d’électricité par habitant reste faible comparativement aux économies développées. Elle devrait néanmoins augmenter fortement avec l’industrialisation, l’urbanisation, l’équipement des ménages et la diffusion de la climatisation.
La demande électrique est appelée à croître rapidement dans l’industrie, les bâtiments, les transports et les usages domestiques. Pour accompagner cette progression, le gouvernement investit dans les réseaux, les interconnexions, les compteurs intelligents, le stockage et la modernisation du système électrique.
L’enjeu climatique est donc double : produire beaucoup plus d’électricité tout en faisant progressivement baisser son contenu carbone.
Cette transformation constitue probablement l’un des défis les plus importants de la stratégie indienne : augmenter fortement son offre électrique et réduire sa dépendance au charbon.
L’AIE estime que la demande d’électricité de l’Inde a augmenté de près de 430 TWh entre 2021 et 2025. Surtout, elle prévoit qu’elle augmentera encore de plus de 570 TWh entre 2025 et 2030, soit une croissance moyenne de 6,4 % par an.
Les renouvelables, vitrine de la transition indienne
La stratégie de décarbonation indienne s’appuie notamment sur le Production Linked Incentive (PLI), principal instrument de politique industrielle du gouvernement indien. Il vise en particulier à développer une filière solaire nationale et plus largement les technologies bas carbones. Le PLI consacré aux modules photovoltaïques dispose ainsi d’une enveloppe d’environ 2,7 milliards d’euros.
Cette politique accompagne une progression spectaculaire des renouvelables. En une dizaine d’années, l’Inde est devenue l’un des principaux marchés mondiaux du solaire et développe rapidement l’éolien, le stockage et les réseaux de transmission. Cette dynamique ouvre une possibilité originale : répondre à une part croissante de la hausse de la demande d’électricité sans passer par une nouvelle phase de développement massif des énergies fossiles.
C’est ce que met en évidence une analyse d’Ember, reprise dans un article des Ateliers du Futur, en comparant l’Inde actuelle à la Chine lorsqu’elle se trouvait à un niveau de développement économique comparable. L’Inde produit aujourd’hui davantage d’électricité solaire, brûle moins de combustibles fossiles et électrifie ses transports plus rapidement que la Chine au même stade de son développement. Cette différence est importante : lorsque la Chine connaissait son accélération industrielle, les technologies solaires et d’électrification étaient moins matures et plus coûteuses. L’Inde dispose donc aujourd’hui d’une possibilité que la Chine n’avait pas au même stade : électrifier directement une partie de sa croissance avec des technologies bas carbone.
Les résultats sont déjà visibles. L’objectif de 50 % de capacité électrique installée non fossile à l’horizon 2030 a été atteint dès juin 2025, cinq ans avant l’échéance. La nouvelle CDN porte désormais cet objectif à 60 % en 2035. Mais cette progression des capacités ne doit pas être confondue avec la production réelle : en 2025-2026, les sources non fossiles n’ont représenté qu’environ 29,2 % de la production électrique.
Le « raccourci électrique » ne signifie donc pas que l’Inde est déjà sortie du modèle fossile. Le charbon reste au cœur de son système électrique. L’évolution est néanmoins significative : la croissance de la demande est de moins en moins couverte par le charbon.
L’enjeu des prochaines années sera donc déterminant : l’Inde parviendra-t-elle à absorber l’explosion de sa demande d’électricité principalement grâce aux sources bas carbone, plutôt qu’en augmentant durablement sa production de charbon ? C’est là que se joue la réussite du « raccourci électrique ».
Cette transition soulève toutefois une autre question : celle de la souveraineté industrielle. Malgré les efforts du PLI pour développer une industrie nationale des technologies bas carbone, l’Inde reste fortement dépendante de la Chine pour certains composants stratégiques, notamment les cellules et modules photovoltaïques ainsi que plusieurs intrants des filières batteries et électriques.
Elle demeure également vulnérable pour l’approvisionnement en minerais critiques — lithium, cobalt, nickel et terres rares — indispensables au développement des véhicules électriques et du stockage. La maîtrise de ces chaînes d’approvisionnement constitue donc à la fois un enjeu de décarbonation et de souveraineté industrielle.
Capacités au 31 mars 2026:
☀️ Solaire : 150,26 GW
🌬️ Éolien : 56,09 GW
💧 Hydroélectricité : 51,41 GW
⚛️ Nucléaire : 8,78 GW
Le nucléaire, un pari stratégique
Le nucléaire joue encore un rôle limité dans le système électrique indien. La capacité nucléaire actuellement en exploitation est d’environ 8,8 GW.
Mais sa place pourrait fortement augmenter.
Le gouvernement a annoncé une Nuclear Energy Mission visant une capacité nucléaire de 100 GW en 2047. La capacité devrait d’abord atteindre environ 22 GW en 2031-2032 grâce aux projets déjà engagés. Le gouvernement prévoit ensuite une accélération massive des investissements, avec notamment le développement de réacteurs indigènes et de petits réacteurs modulaires.
Cette ambition doit toutefois être interprétée comme un objectif stratégique de long terme, et non comme une trajectoire déjà acquise. Passer de moins de 9 GW à 100 GW représente un changement d’échelle industriel considérable.
Le nucléaire est considéré par New Delhi comme une source d’électricité bas carbone, pilotable et disponible en continu, capable de compléter les renouvelables et de réduire à terme la dépendance aux combustibles fossiles.
L’Inde entend accélérer le développement de son parc nucléaire en s’appuyant à la fois sur ses capacités nationales et sur des coopérations internationales (Russie, France, Etats-Unis).
Les transports : électrification, biocarburants et hydrogène
Le secteur des transports constitue un autre domaine où la demande d’énergie devrait fortement augmenter avec l’urbanisation et la hausse des revenus.
L’Inde mise sur plusieurs solutions simultanément : véhicules électriques, transports collectifs, électrification du rail, biocarburants et hydrogène.
Selon les estimations, l’Inde dispose aujourd’hui d’un parc d’environ 55 millions de véhicules particuliers à quatre roues. Bien que le marché des véhicules électriques progresse rapidement, ceux-ci ne représentent encore qu’une faible part du parc total, de l’ordre de 1 % environ. En revanche, sur les ventes récentes, la pénétration des voitures électriques a fortement augmenté pour atteindre environ 4,3 % des nouvelles immatriculations en 2025, ce qui montre une accélération de l’adoption de cette technologie.
Le gouvernement soutient la production nationale de batteries, les infrastructures de recharge et la fabrication de véhicules électriques.
Les biocarburants occupent également une place importante, notamment avec l’augmentation de l’incorporation d’éthanol dans l’essence.
L’hydrogène vert est enfin considéré comme une technologie potentiellement importante pour les secteurs difficiles à électrifier, notamment certaines applications industrielles et les transports lourds.
La logique est la même que dans le secteur électrique : réduire la dépendance aux importations d’hydrocarbures tout en accompagnant l’augmentation de la mobilité.
Le reporting ESG devient progressivement un levier de transformation des entreprises
L’Inde a fortement renforcé son cadre de reporting extra-financier avec le dispositif Business Responsibility and Sustainability Reporting (BRSR).
Depuis l’exercice 2022-2023, les 1 000 principales entreprises cotées selon leur capitalisation boursière doivent produire un BRSR. Le dispositif couvre notamment les questions environnementales, sociales et de gouvernance, avec des indicateurs portant sur les émissions, l’énergie, l’eau, les déchets et d’autres dimensions de la durabilité.
Le BRSR Core, destiné à renforcer la fiabilité de certains indicateurs ESG, fait l’objet d’une mise en œuvre progressive. L’obligation d’assurance raisonnable concerne les 150 premières sociétés pour 2023-2024, puis 250, 500 et enfin les 1 000 premières entreprises en 2026-2027.
Cette évolution rapproche progressivement le marché indien des pratiques internationales de mesure et de vérification des performances environnementales.
Elle peut également favoriser la diffusion des politiques de décarbonation au-delà du secteur énergétique, dans les grandes entreprises industrielles et leurs chaînes d’approvisionnement.
Une ambition encore insuffisante : quelle pression internationale ?
L’Inde a incontestablement engagé une transformation profonde de son systèmeénergétique. Le développement spectaculaire du solaire, la progression de l’éolien, l’électrification, les investissements dans les réseaux et le stockage témoignent d’une véritable accélération de la transition. Mais ces progrès ne doivent pas masquer une réalité essentielle : les émissions indiennes restent très élevées et le charbon demeure au cœur du système énergétique.
L’objectif de neutralité carbone en 2070 apparaît dès lors trop tardif. Plus encore que la date finale, c’est l’absence d’une trajectoire suffisamment précise de réduction des émissions et de sortie des combustibles fossiles qui pose problème. La nouvelle CDN 2031-2035 constitue un progrès, mais elle permet encore une croissance des émissions.
La question est donc de savoir comment agir auprès de l’Inde pour accélérer sa décarbonation sans compromettre son développement.
La communauté internationale dispose de plusieurs leviers. Elle peut exercer une pression diplomatique accrue pour obtenir des objectifs intermédiaires plus ambitieux ; conditionner une partie des financements climatiques à des résultats mesurables ; faciliter l’accès aux technologies bas carbone ; utiliser les politiques commerciales pour favoriser les productions décarbonées ; et surtout financer la reconversion des régions et des travailleurs dépendants du charbon.
L’Inde dispose pourtant d’un atout majeur : elle peut encore éviter une partie du « détour fossile » suivi par les économies aujourd’hui développées. L’Inde électrifie rapidement son économie et développe massivement le solaire, sans reproduire entièrement la trajectoire suivie par la Chine au même stade de son développement. Le « raccourci électrique » est donc possible.
C’est précisément pourquoi l’ambition doit être relevée. Si l’Inde parvient à satisfaire une part croissante de sa nouvelle demande énergétique grâce à une électricité décarbonée, elle peut transformer la contrainte climatique en avantage économique et géopolitique.
Ces leviers pourraient faire l’objet d’un pacte climatique avec l’Inde : un soutien accru en échange d’une trajectoire de réduction des émissions absolues, d’un calendrier de sortie du charbon et d’un objectif de neutralité carbone avancé. C’est précisément le sens du Call for Action porté par les Ateliers du Futur dans leur Quarterly ClimateReview : appeler les dirigeants politiques à relever leurs ambitions, à renforcer leurs engagements et à accélérer la mobilisation des moyens nécessaires.
L’objectif n’est plus seulement de promettre la neutralité carbone, mais de l’atteindre le plus rapidement possible.
Principales sources :
UNFCCC – India NDC 2031–2035/2070 : objectifs climatiques officiels.
Government of India / PMO / PIB : politique énergétique et climatique indienne.
IEA – India : données énergétiques et électriques.
IEA – Global Energy Review 2026 : données récentes sur le mix électrique.
Ministry of Coal : production et consommation de charbon.
Climate Action Tracker : évaluation critique de la trajectoire indienne.
SEBI : réglementation BRSR et BRSR Core.
IMF / World Bank : données économiques et démographiques.
Chaque année en France, plus de 400 000 véhicules sont déclarés par l’assureur économiquement irréparables. Chacun de ces sinistres ouvre plusieurs options carbone : réparer ou remplacer, et remplacer par quoi. Ce moment, où un ménage est contraint de re-décider de sa motorisation, est probablement le levier de transition le plus sous-exploité du secteur automobile — et les assureurs en tiennent la clé.
Un angle mort des politiques de transition
La politique publique de transition automobile s’est concentrée sur l’achat neuf : bonus, malus, quotas CAFE, zones à faibles émissions. Elle ignore presque totalement le moment du sinistre en perte totale. C’est paradoxal : c’est l’un des rares instants où le choix de motorisation est forcé — pas de statu quo possible, il faut décider — et où un tiers financeur, l’assureur, est déjà dans le jeu avec un chèque. Orienter ce chèque vers le remplacement électrique plutôt que vers la réparation lourde ou le rachat d’un thermique équivalent, c’est convertir une contrainte en accélérateur de transition.
Les craintes qui bloquent aujourd’hui assureurs et assurés sont largement infondées. Et les chiffres carbone — quelle que soit la convention comptable retenue — sont sans ambiguïté sur l’essentiel.
Des réticences à l’électrique largement infondées
Côté assureurs. Deux réticences reviennent : le risque incendie des batteries, le coût de réparation des BEV.
Sur l’incendie, les données disponibles (statistiques des assureurs nordiques et américains, qui disposent du recul le plus long) convergent : la fréquence d’incendie des BEV est inférieure à celle des thermiques, à parc et âge comparables — ce sont les sinistres, plus rares mais plus spectaculaires, qui alimentent la perception inverse.
Sur le coût de réparation, CarbonRiskIntelligence vient de livrer une étude qui montre qu’à échantillon comparable, les BEV sont moins coûteux à réparer.
Côté assurés. L’autonomie, la durabilité de la batterie, la recharge et l’incertitude sur les valeurs résiduelles, dominent les objections.
Or les retours de flotte convergent : les batteries récentes conservent très majoritairement plus de 85-90 % de capacité au-delà de 200 000 km, loin des remplacements précoces redoutés ; l’autonomie réelle des modèles courants couvre plusieurs jours d’usage moyen (l’automobiliste français parcourt de l’ordre de 30 à 35 km par jour [1]) ; et le coût complet de possession d’un BEV d’occasion est déjà, dans la plupart des profils, inférieur à celui d’un thermique équivalent, carburant et entretien compris. Ces craintes étaient fondées il y a dix ans, mais le marché a progressé.
L’analyse en fin de cette note montre que l’économie de carburant et d’entretien finance en moins de 4 ans le surcoût du passage à l’électrique… qu’un assureur vraiment responsable peut prendre en charge !
Sur les valeurs résiduelles, la volatilité de 2023-2024 se normalise à mesure que le marché de l’occasion BEV s’enrichit ; et c’est précisément un cercle qui s’auto-renforce : plus les assureurs orientent vers le BEV, plus le marché secondaire se solvabilise, plus les valeurs résiduelles se stabilisent.
Le point important pour un assureur : l’indemnité utilisée pour acheter un nouveau véhicule a un impact quantifiable et gigantesque sur son empreinte carbone.
Reste à savoir comment le compter et à vouloir le faire. N’est-il pas stupéfiant que 11 ans après l’accord de Paris, la profession occulte encore ce domaine essentiel ? Nous avons livré en 2024 et enrichi en 2025 les éléments de méthode appropriés sans résultat à ce stade …
Au-delà du principe d’endosser ces émissions pour l’assureur, un sous-sujet méthodologique émerge, issu de la divergence entre l’approche du GHG Protocol et celle du Bilan Carbone à la française.
Deux visions comptables, une vraie question
Comment traiter les émissions de fabrication d’un véhicule d’occasion, déjà produit au moment de l’achat ? Deux doctrines s’affrontent, qui changent les chiffres mais pas les conclusions.
La méthode « émissions échouées » — celle du GHG Protocol pour les biens d’équipement [2] — impute la totalité de la fabrication au premier acheteur, l’année de la mise sur le marché. Le CO2 de fabrication est « déjà dans l’atmosphère » : un véhicule d’occasion arrive donc gratuit en carbone, et acheter neuf coûte d’emblée la fabrication entière. Cette vision a pour elle la rigueur physique et une vertu : elle encourage l’allongement de la durée de vie des biens.
La méthode « émissions amorties » — celle de l’analyse en cycle de vie [3] et, historiquement, du Bilan Carbone à la française[4] — répartit la fabrication sur la durée de vie totale du véhicule (~250 000 km) : chaque kilomètre parcouru, par n’importe quel propriétaire, porte sa quote-part (~28 g/km pour un thermique, ~40 g/km pour un BEV). Cette vision a pour elle une certaine vérité économique de l’usage : la demande d’occasion n’est pas neutre, elle soutient les valeurs résiduelles et, par ricochet, la production neuve.
Nous présentons les calculs issus des deux visions, d’abord sur la durée de vie du véhicule élargie à 20 ans de détentions successives (pour fixer les ordres de grandeur), et ensuite dans le cas du sinistre total indemnisé par l’assureur, sur la durée de détention résiduelle du véhicule par l’assuré.
Les hypothèses communes
Deux profils types encadrent le parc.
Le gros rouleur — 25 000 km/an, renouvellement tous les 5 ans : flottes, taxis, commerciaux, soit 500 000 km en 20 ans et quatre véhicules successifs.
Le petit rouleur — 8 000 km/an, véhicule gardé une quinzaine d’années jusqu’à la casse : le cœur du parc des ménages, soit 160 000 km en 20 ans (profils construits à partir des kilométrages moyens du parc, SDES [1]).
Facteurs d’émissions (ordres de grandeur ADEME, Base Empreinte et étude ACV 2022 [5][6]) : usage thermique ~220 gCO2e/km, usage BEV ~20 gCO2e/km (mix électrique français avec amont), fabrication ~7 t (thermique) et ~10 t (BEV, batterie comprise), réparation lourde ~1,5 t. Incertitude de ±30 % sur les valeurs absolues.
BEV = Battery Electric Vehicle – véhicule totalement électrique, non hybride
Les émissions par profil sur 20 ans
Gros rouleur — 500 000 km, quatre véhicules
tCO2e sur 20 ans
Méthode « échouées »
Méthode « amorties »
Véhicule thermique
~138
~124
Véhicule BEV neuf
~50
~30
Véhicule BEV d’occasion
~10
~30
Écart BEV vs thermique
−88 à −128 t
−94 t
Petit rouleur — 160 000 km
tCO2e sur 20 ans
Méthode « échouées »
Méthode « amorties »
Véhicule thermique (réparation puis remplacement)
~37
~38
Véhicule BEV neuf
~13
~15
Véhicule BEV d’occasion
~3
~11,5
Écart BEV vs thermique
−24 à −34 t
−23 à −27 t
Dans les quatre cases, la filière électrique bat la filière thermique, avec des écarts de 23 à 128 tonnes sur 20 ans. La raison est structurelle : dans la filière thermique, l’usage représente 90 % des émissions — réparer plutôt que racheter ne change presque rien, c’est la motorisation qui décide de tout. Aucun débat comptable ne renverse ce résultat : c’est le socle sur lequel un mécanisme assurantiel peut se construire.
L’impact de l’assureur : la durée de détention après le sinistre en perte totale
La comparaison sur 20 ans mesure des filières ; l’assureur, lui, n’agit qu’à un instant précis : la perte totale. À cet instant, la question est : que rachète l’assuré avec son indemnité ? Le scénario de référence est le rachat d’un thermique d’occasion ; le scénario que l’assureur peut financer est la bascule vers un BEV. L’impact de l’assureur est mesuré ici sur la durée de détention restante du véhicule de son assuré, sans prendre en compte l’effet d’entraînement ultérieur.
Les pertes totales frappent uniformément les âges du parc : le sinistre survient donc en moyenne à mi-vie du véhicule. Pour le petit rouleur (120 000 km de vie), il reste ~60 000 km à parcourir sur 7,5 ans ; pour le gros rouleur (cycle de détention de 125 000 km), ~62 500 km sur 2,5 ans. Coïncidence utile : les deux profils convergent vers ~60 000 km résiduels.
Baseline et projet étant tous deux des rachats d’occasion, les émissions de fabrication se neutralisent presque — et les deux visions comptables convergent :
gCO2e/km au moment du sinistre
Méthode « échouées »
Méthode « amorties »
Rachat thermique d’occasion
220
248
Rachat BEV d’occasion
20
60
Écart
200 g/km
188 g/km
Rachat BEV neuf
20 g/km + 10 t forfaitaires
60 g/km (inchangé)
tCO2e évitées par bascule (détention résiduelle)
Méthode « échouées »
Méthode « amorties »
Petit rouleur (~60 000 km)
~12
~11,3
Gros rouleur, bascule vers BEV d’occasion (~62 500 km)
~12,5
~11,8
Gros rouleur, bascule vers BEV neuf
~2,5
~11,8
Cohorte nationale (400 000 pertes totales/an)
~5 Mt
~4,7 Mt
Le chiffre-clé tient dans les deux cadres : chaque perte totale convertie vers un BEV d’occasion évite environ 12 tonnes de CO2 — plus d’une année d’empreinte totale d’un Français — quel que soit le profil. La controverse échouées/amorties, si structurante pour le statut de l’occasion en général, s’éteint presque totalement dans le cas du sinistre total : l’écart entre doctrines est d’environ 6 %, négligeable devant l’incertitude des facteurs (±30 %).
Seule exception : la bascule vers un BEV neuf en vision échouées, dont le gain apparent s’effondre à ~2,5 t parce que l’assuré porte seul une fabrication qui servira surtout aux propriétaires suivants. Raison de plus pour orienter le mécanisme vers l’occasion.
À l’échelle nationale, les quelque 400 000 pertes totales annuelles représentent un potentiel physique total de l’ordre de 5 MtCO2e engagées par cohorte annuelle de sinistres — en rythme de croisière, 7 à 8 % des émissions de circulation du parc de voitures particulières (~66 MtCO2e/an) — sur un seul point de contact assurantiel.
Une lecture plus large existe et est légitime : au-delà de sa propre détention, l’assuré qui bascule remet sur le marché, à la revente, un véhicule électrique plutôt qu’un thermique — et oriente ainsi la motorisation d’un véhicule pour toute sa vie résiduelle, chez ses propriétaires successifs. Cet effet systémique est réel, et particulièrement fort pour le gros rouleur, qui revend tôt.
Nous ne le chiffrons pas ici : il suppose de modéliser les chaînes de revente du marché de l’occasion.
Combien à débourser ?
Une étude récente des annonces entre particuliers d’un journal de référence montre qu’à segment et âge constant, l’écart est bien de l’ordre de 3000€, avec une compétitivité remarquable de la DACIA Spring !
Nous suggérons donc un bonus vert en cas de bascule à l’électrique de cet ordre de grandeur, dont le coût pour l’assureur ne doit pas dépasser 3€ par contrat par mois, répercutables au moins partiellement.
Conclusion : le sinistre total, moment totalement stratégique de l’assureur
Résumons du seul point de vue de l’assureur.
Quelque 400 000 fois par an, une décision de motorisation passe entre ses mains, à l’instant précis où l’assuré doit de toute façon racheter et où l’indemnité est déjà sur la table. Chaque bascule vers un BEV d’occasion évite ~12 tCO2e, dans les deux conventions comptables — un chiffre simple, robuste, opposable.
L’équation économique est favorable. L’écart de prix constaté entre thermique et BEV d’occasion comparables, de l’ordre de 3 000 €, correspond à un coût d’abattement brut d’environ 250 €/t — mais ce surcoût est remboursé par les économies de carburant et d’entretien en moins de quatre ans. Le rôle de l’assureur n’est donc pas de subventionner à fonds perdus : c’est d’avancer la trésorerie de la bascule, et un revenu carbone peut couvrir cette avance.
Trois bénéfices s’additionnent. Son reporting d’abord : les émissions associées à son portefeuille automobile — que les standards de place étendent progressivement à l’assurance — baissent de façon mesurable, sinistre par sinistre. Sa sinistralité ensuite : moins d’incendies, moins de mécanique. Son marché enfin : une offre différenciante sur un segment hyper concurrentiel.
La fenêtre est ouverte, et elle se refermera d’elle-même : à mesure que la bascule spontanée vers l’électrique progresse, l’avantage du premier entrant s’érode. Les premiers assureurs qui structureront ces offres définiront le standard de place.
Références
[1] SDES, plateforme Dido — immatriculations de véhicules neufs et d’occasion par motorisation ; parc automobile au 1er janvier par énergie, âge et type d’utilisateur ; kilométrages annuels moyens. statistiques.developpement-durable.gouv.fr
[2] GHG Protocol, Corporate Value Chain (Scope 3) Accounting and Reporting Standard — catégorie 2 « biens d’équipement » : imputation intégrale de la fabrication l’année de l’acquisition (vision « émissions échouées »). ghgprotocol.org
[3] ISO 14040 et 14044 — principes et exigences de l’analyse de cycle de vie (allocation de la fabrication à l’unité fonctionnelle, le kilomètre parcouru).
[4] ADEME / Association pour la transition Bas Carbone, méthode Bilan Carbone® — traitement par amortissement des immobilisations (vision « émissions amorties »).
[5] ADEME, Base Empreinte® — facteurs d’émissions : fabrication et usage des véhicules particuliers thermiques et électriques, contenu carbone de l’électricité (mix français, avec amont). base-empreinte.ademe.fr
[6] ADEME (2022), « Analyse de cycle de vie relative aux voitures électriques et thermiques » — empreinte de fabrication des BEV (batterie incluse) et comparaisons ACV France/Europe.
Méthodologie et hypothèses : Facteurs d’émissions : ADEME Base Empreinte ; données de marché : SDES/Dido. Les valeurs absolues portent une incertitude de ±30 % ; les rapports entre scénarios sont robustes aux deux conventions comptables présentées.
Les citoyens exposés à la canicule, les sinistrés des feux de forêt, les pompiers qui luttent au péril de leur vie ont le droit de savoir.
De savoir non seulement qui sont les pyromanes d’aujourd’hui, mais aussi que ce sera pire demain, sous l’influence de lobbies nuisibles aux politiques et règlementations européennes protectrices du climat. Sauf si nous réagissons vigoureusement en actionnant les bons leviers.
Car ces leviers, économiques et politiques, existent et sont actionnables collectivement. Nous avons en effet les pouvoirs de voter
Avec nos pieds d’abord, en tant que consommateurs, salariés, épargnants,
Et avec nos bulletins ensuite.
Nos médias focalisent aujourd’hui sur le spectacle des brasiers, la détresse des sinistrés et l’épuisement des pompiers, qui ont toutes nos pensées. Mais faute d’émotion « marketable », aucun ne dévoile le sabotage organisé au niveau européen des politiques protectrices du climat.
Le dernier épisode législatif en matière climatique est sidérant : en décembre 2025, le Parlement européen a voté le premier grand démantèlement du Green Deal, le programme clé de l’Europe pour préserver le climat. Et spécialement la suppression de l’obligation légale de Plans de Transition pour les grandes entreprises pourtant introduite 18 mois auparavant, au sein de la Directive sur le Devoir de Vigilance Raisonnable (CSDDD). Ces plans de transition ont pour objectif d’aligner le business model des entreprises sur l’objectif de neutralité carbone de l’Europe en 2050 et l’Accord de Paris.
L’OPA des producteurs fossiles sur la politique climat de l’Europe est moins spectaculaire, mais tout aussi redoutable qu’aux USA.
Voyage dans l’autre marigot de l’influence…
1. Introduction : Les chiffres-clés
Le lobbying fossile européen se compte en centaines de millions par an et son intensité paraît aussi exorbitante qu’à Washington. Les ordres de grandeur documentés :
251 millions d’euros au minimum dépensés en lobbying européen par les cinq supermajors (BP, Chevron, ExxonMobil, Shell, TotalEnergies) et leurs associations professionnelles entre 2010 et 2019, avec environ 200 lobbyistes en poste à Bruxelles [1] ;
Près de 900 réunions entre la Commission von der Leyen I (2019-2024) et des lobbyistes fossiles — soit quasiment une réunion par jour ouvré pendant quatre ans et demi [2] ;
Le seul lobby de l’hydrogène — largement piloté par les gaziers — déclare 75,75 millions d’euros par an de dépenses d’influence auprès des institutions européennes [3].
Trois précautions de lecture, néanmoins. Primo, ces chiffres proviennent du registre de transparence de l’UE, déclaratif et truffé de données inexactes [4] : ce sont donc des minimums. Secundo, contrairement aux États-Unis, le financement des campagnes électorales européennes n’est pas le levier visiblement dominant — l’influence passe par l’accès, l’expertise et la co-construction réglementaire. Tertio, le Conseil, colégislateur, reste un angle mort presque total de la transparence.
On analyse ici, successivement :
Le dernier épisode majeur : La suppression des exigences de plan de décarbonation au sein de la directive CSDDD relative au devoir de vigilance ;
Les cibles visées : Commission, Parlement, Conseil, opinion ;
Les vecteurs utilisés (comment ?) ;
Les acteurs : majors européennes, acteurs étrangers, associations professionnelles ;
2. Le démantèlement Omnibus 2024-2025
Aux États-Unis, la nouvelle frontière de l’influence était le système judiciaire. En Europe, c’est l’hybridation entre lobbying privé et pression d’États étrangers — et la séquence Omnibus 2024-2025 en est le résultat.
2.1 L’escalade diplomatique au service des pétrogaziers US et qatari
La chronologie révèle une montée en puissance de la pression étrangère sur près d’un an :
ExxonMobil, dès septembre 2024. Des documents transmis par une source confidentielle à SOMO montrent qu’Exxon faisait pression sur au moins un grand gouvernement européen avant même l’annonce de l’Omnibus par la Commission (novembre 2024), demandant une « pause » de la CSDDD voire son retrait. Un autre document liste les « modifications substantielles » demandées à défaut — dont la suppression intégrale des obligations de plan de transition climatique de l’article 22. Exxon est identifié comme l’acteur privé le plus actif sur l’Omnibus au Parlement [9].
Début 2025 : Darren Woods (ExxonMobil) lobbye directement Donald Trump pour intégrer la CSDDD aux négociations commerciales US-UE [9] ;
La « Competitiveness Roundtable » : onze multinationales, dont Chevron, ExxonMobil et Koch. Coalition majoritairement américaine dont les documents fuités évoquent une stratégie de « diviser pour régner » entre gouvernements européens pour obtenir la suppression de l’article climat.
Les documents internes obtenus par SOMO décrivent une « Competitiveness Roundtable » animée par l’American Petroleum Institute, se réunissant chaque semaine après l’annonce de l’Omnibus par la Commission en février 2025, avec une stratégie explicite : exploiter les failles du processus législatif européen et mobiliser l’administration Trump pour combattre la loi à sa place [22].
En juin 2025, pendant les dernières semaines de négociation au Conseil, le groupe discute d’obtenir de chefs de gouvernement qu’ils « interviennent politiquement » — Merz et Macron sont mentionnés dans la foulée. Huit réunions de lobbying lors des plénières de Strasbourg de mai et juin 2025 apparaissent au registre de transparence sous le seul nom du cabinet Teneo, sans mention des entreprises participantes [9][22].
Méthodes rapportées : instrumentaliser la détresse du secteur automobile face aux droits de douane américains pour obtenir l’abandon ou la dilution de la CSDDD « comme concession dans les négociations tarifaires » ; campagne LinkedIn ciblée envisagée avec recours à des « dark posts » non rattachés aux profils des entreprises [9].
Juillet 2025 : QatarEnergy menace de suspendre ses exportations de GNL vers l’UE [19] ;
21 août 2025 : l’accord-cadre commercial US-UE inclut des engagements correspondant à au moins trois des priorités d’ExxonMobil sur la CSDDD [9] ;
Fédérations patronales. BusinessEurope a salué la proposition Omnibus ; une déclaration conjointe a été portée par la Responsible Business Alliance, Amfori, DIGITALEUROPE, Euratex, EuroCommerce et FoodDrinkEurope ; un appel commun de dirigeants français et allemands demandant l’abandon de législations environnementales a été publié — plusieurs signataires s’en sont ensuite distanciés.
22 octobre 2025 : le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright et le ministre qatari de l’Énergie Saad Sherida Al-Kaabi (également PDG de QatarEnergy) publient une lettre ouverte conjointe adressée aux chefs d’État des États membres, exigeant l’abrogation de la CSDDD ou, a minima, la suppression de son application extraterritoriale (article 2), des plans de transition climatique (article 22) et de la responsabilité civile (article 29) [22][25]. Cette lettre coïncide avec un vote du Parlement qui, ce même jour, rejette les amendements Omnibus et rouvre le texte — un vote qui, à ce stade, ne va donc pas dans le sens de l’industrie [26] ;
9 décembre 2025 : Parlement et Conseil concluent un accord provisoire expurgé précisément de la responsabilité civile harmonisée et des plans de transition climatique [8] ;
16 décembre 2025 : le Parlement adopte le texte (428 voix pour, 218 contre, 17 abstentions), par une alliance PPE / droites [8]. L’adoption définitive côté Conseil interviendra le 24 février 2026 (Directive (UE) 2026/470, entrée en vigueur le 18 mars 2026).
Deux lettres ouvertes de juristes universitaires (mai puis novembre 2025) ont mis en garde contre l’affaiblissement de l’article 22, invoquant notamment l’affaire Shell et le risque accru de contentieux en l’absence de cadre réglementaire clair.
Quatorze multinationales — dont IKEA, Nestlé et Unilever — ont publiquement refusé la réouverture de la CSDDD ; Deutsche Bank, KfW, Allianz et Amundi ont confirmé leur soutien au texte ; plus de 210 000 signatures ont été recueillies pour une loi forte sur les chaînes d’approvisionnement.
Enfin, le 25 novembre 2025, la Médiatrice européenne a conclu que la Commission avait contourné des étapes clés du « Better Regulation » — étude d’impact, consultation des parties prenantes [27].
2.2 Qui a porté le coup fatal à l’article 22 de la CSDDD ?
La chronologie institutionnelle est claire : le Parlement, pas la Commission ni le Conseil.
26 février 2025 — Commission. La proposition Omnibus I ne supprime pas l’article 22 : elle maintient l’obligation d’adopter un plan de transition mais retire l’exigence contraignante de le « mettre en œuvre » (put into effect). Étape déjà décisive : l’obligation de résultat devient une obligation formelle.
23 juin 2025 — Conseil. Mandat de négociation adopté sous présidence polonaise : le Conseil maintient l’obligation d’avoir un plan, avec des allègements. Ce n’est donc pas le Conseil qui demande la suppression.
13-22 octobre 2025 — Parlement, épisode charnière. La commission JURI vote son rapport le 13 octobre ; le mandat est rejeté en plénière le 22 octobre et le texte rouvert.
13 novembre 2025 — Parlement. Position adoptée par 382 voix contre 249 et 13 abstentions : le Parlement demande la suppression pure et simple des obligations de plan de transition de l’article 22, ce qui le distingue du Conseil. Rapporteur : Jörgen Warborn (PPE, Suède). Le mandat a été voté avec l’appui de l’extrême droite — le rapporteur ayant menacé de voter avec ces groupes si S&D, Verts et Renew ne concédaient pas davantage.
9 décembre 2025 — trilogue. L’accord provisoire retient la position du Parlement sur ce point. En réaction, l’eurodéputée S&D Lara Wolters, négociatrice historique du texte, démissionne de cette fonction.
C’est donc au Parlement le PPE, via son rapporteur Warborn, avec les voix de l’extrême droite — ni la Commission, ni le Conseil — qui a porté la suppression complète.
3. Les cibles du lobbying en Europe et les approches
3.1 La Commission : le monopole de l’initiative, cible numéro un
À Bruxelles, la Commission détient le monopole de l’initiative législative — c’est donc elle que l’industrie cultive en priorité, et en continu.
Sous la Commission von der Leyen I, et selon l’enquête conjointe de Transparency International EU et Fossil Free Politics, commissaires et cabinets ont tenu près de 900 réunions avec l’industrie fossile, Shell étant l’entreprise la plus reçue, et l’hydrogène le premier sujet de conversation [2]. Une analyse à mi-mandat comptait déjà 500 réunions entre décembre 2019 et mai 2022 [5].
Le moment révélateur : au lendemain de l’invasion de l’Ukraine, c’est vers les PDG de Shell, BP, Total et ENI que la présidente von der Leyen s’est tournée pour organiser la sortie du gaz russe — s’assurant que les intéressés auraient leur mot à dire sur chaque étape [5].
Au-delà des réunions, la Commission a institutionnalisé la présence de l’industrie dans la fabrique réglementaire : la Clean Hydrogen Alliance, chargée de dresser la liste des projets hydrogène éligibles aux fonds publics, a été confiée pour l’essentiel… à l’industrie gazière [6].
3.2 Le Parlement : amendements clés en main et géopolitique
Le Parlement est le théâtre des batailles finales — et, depuis 2024, celui d’une reconfiguration politique qui a changé la donne.
Le vote de l’Omnibus I illustre la méthode. Adopté en décembre 2025 par une alliance des droites conservatrices et des extrêmes droites, le texte relève le seuil d’application de la CSDDD (devoir de vigilance) aux entreprises de l’UE de plus de 5 000 salariés et 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires net — réduisant le périmètre à environ 1 600 entreprises [7] —, et supprime les plans de transition climatique obligatoires ainsi que l’harmonisation de la responsabilité civile [8]. La directive continue toutefois de viser les entreprises non-UE réalisant plus de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires dans l’UE, sans condition d’effectif : c’est précisément cette portée extraterritoriale (article 2) que la lettre américano-qatarie demandait de supprimer (cf. section 2) [25].
Selon l’enquête de SOMO, trois des quatre priorités d’ExxonMobil pour affaiblir la CSDDD se retrouvent dans la position du rapporteur du Parlement, Jörgen Warborn — comme dans la proposition de la Commission et la position du Conseil [9].
L’ONG BLOOM, qui réclame une commission d’enquête parlementaire, va plus loin et décrit le rôle de ce même rapporteur comme la pièce maîtresse d’un plan de déstabilisation orchestré par l’administration Trump, adossé aux industries fossiles et pétrochimiques [10]. Cette dernière qualification relève de l’analyse militante — mais les faits matériels (réunions, reprise des amendements, lettre conjointe américano-qatarie, cf. section 2) sont, eux, documentés.
3.3 Le Conseil : un angle mort démocratique
Le lobbying du Conseil est, lui, structurellement opaque.
Le registre de transparence ne s’applique au Conseil que sur base volontaire, chaque représentation permanente décidant seule d’appliquer ou non le principe de conditionnalité [11]. Lorsque Corporate Europe Observatory a adressé des demandes d’accès aux documents à 19 représentations permanentes, seules la Roumanie et les Pays-Bas ont fourni des données complètes — lesquelles confirment que ces représentations sont une cible majeure des lobbyistes [12].
Le canal le plus efficace reste les capitales elles-mêmes : sur la CSDDD, l’Allemagne et la France ont proposé la suppression pure et simple de la directive au nom de la compétitivité, l’Espagne plaidant à l’inverse son maintien [13]. Le lobbying national se transforme ainsi en position de négociation européenne — sans aucune traçabilité.
3.4 L’opinion publique et le récit : du « gaz de transition » à la « compétitivité »
Comme aux États-Unis, le terrain est préparé en amont par la bataille des récits — mais avec un vocabulaire adapté : ici, pas de « gas car ban », mais la « neutralité technologique », le « gaz énergie de transition », l’« hydrogène propre » et, depuis 2024, la « compétitivité ».
La séquence 2024-2025 a vu un second récit s’imposer : la Déclaration d’Anvers (février 2024), portée par Cefic et BusinessEurope, a lancé le plaidoyer pour un règlement Omnibus « corrigeant » les lois de durabilité — la plupart des entreprises laissant les associations porter le message à leur place [9]. Douze mois plus tard, la Commission présentait son paquet Omnibus.
4. Les multiples leviers de lobbying politique en Europe
4.1 Le lobbying enregistré : des budgets en hausse d’un tiers en 5 ans
Le registre de transparence recense 162 entreprises et associations déclarant chacune au moins 1 million d’euros annuels, pour un total d’au moins 343 millions d’euros par an — en hausse d’un tiers depuis 2020 — l’énergie figurant, avec la tech, la banque et la chimie, parmi les secteurs dominants [4]. Sur la décennie 2010, les cinq supermajors déclaraient 123,3 millions d’euros, leurs associations 128 millions supplémentaires [15].
Est-il légitime que des secteurs opulents puissent ainsi peser pour faire pencher encore plus la balance des prises de décision en leur faveur ? A l’évidence, cela augmente sensiblement le risque pour l’intérêt général, en sur-favorisant les intérêts particuliers.
4.2 L’accès au plus haut niveau : la voie royale
À Bruxelles, le graal est la réunion de cabinet. Les cinq supermajors et leurs associations avaient obtenu 327 réunions de haut niveau avec la Commission entre 2014 et 2019 — plus d’une par semaine [1] ; le rythme s’est maintenu sous von der Leyen [2].
4.3 L’effet fédérations : la démultiplication discrète
Une analyse de Transparency International EU sur les sept majors révèle le cœur du système : en intégrant les réunions obtenues via leurs réseaux d’associations professionnelles, le nombre de réunions documentées passe de 203 à 1 033 — une multiplication par cinq de l’accès réel [16]. C’est un levier qui transforme une présence visible en omniprésence.
4.4 Le « revolving door » : la version bruxelloise
En Europe aussi, on sait cultiver le ballet continu entre directions générales et industrie. Cas d’école : Klaus-Dieter Borchardt, directeur général adjoint à l’énergie et architecte des dossiers gaz et hydrogène, a rejoint le cabinet Baker McKenzie — où il a retrouvé son ancien collègue Christopher Jones, lui aussi ex-DG adjoint à l’énergie, au sein de l’équipe… hydrogène [6]. Au sommet, la nomination de Wopke Hoekstra, ancien de Shell, comme commissaire au climat avait suscité l’opposition de 50 organisations [17].
4.5 La co-construction institutionnelle : les secteurs à la plume
Levier sans équivalent américain : la Commission associe formellement l’industrie à l’élaboration des règles via alliances industrielles, partenariats public-privé et groupes d’experts. Illustration récente : IOGP, FuelsEurope, Eurogas et Hydrogen Europe ont ainsi obtenu de peser sur l’acte délégué « hydrogène bas carbone » pour y faire inclure le gaz fossile avec CCS, assorti de demandes de clauses de grandfathering protégeant les projets décidés avant 2030 [14].
4.6 Le chantage économique : un levier qui monte
Nouveauté du cycle 2024-2025 : la menace d’investissement et d’approvisionnement brandie publiquement, sans complexe.
ExxonMobil a conditionné son plan d’investissement de 20 milliards de dollars en Europe au retrait ou à la révision de la CSDDD [9] ; son PDG Darren Woods a publiquement décrit un retrait progressif d’Europe, près de 19 activités ayant déjà été cédées ou fermées [18].
QatarEnergy a menacé en juillet 2025 de suspendre ses exportations de GNL vers l’UE sans révision substantielle de la directive [19].
Du lobbying à la coercition…
5. Les méthodes par type d’acteur
5.1 Les majors européennes : la méthode institutionnelle
Shell, TotalEnergies, Eni, Equinor, Engie, plus les opérateurs d’infrastructures gazières (Fluxys, Gasunie, GRTgaz, Snam, Enagás) : leur registre est celui de l’insider. Présence permanente à Bruxelles, sièges dans toutes les alliances industrielles, accès direct aux commissaires — Shell en tête des compteurs de réunions [2]. Leur posture publique est celle de la « transition » : hydrogène, CCS, gaz « bas carbone ». Mais les documents obtenus par SOMO placent TotalEnergies parmi les dix multinationales ayant activement œuvré à diluer la CSDDD [20] — le discours de transition n’immunise pas contre le lobbying de dérégulation.
5.2 Les majors étrangères : la méthode frontale
ExxonMobil incarne la méthode américaine importée à Bruxelles : au moins 25 réunions avec la Commission et le Parlement sur l’Omnibus et la CSDDD entre janvier 2024 et juillet 2025 — l’entreprise la plus active sur le dossier — doublées d’un lobbying direct de son PDG auprès de Donald Trump (Mar-a-Lago, Maison-Blanche, début 2025) pour faire de la CSDDD un enjeu des négociations commerciales transatlantiques [9].
Chevron figure également parmi les dix multinationales identifiées par SOMO [20]. Côté étatique,
QatarEnergy a joué l’arme de l’approvisionnement (cf. 4.6 et section 2).
5.3 Les associations professionnelles : les exécutants furtifs
La logique est simple : diluer la responsabilité, démultiplier l’impact.
Sectorielles fossiles : FuelsEurope (raffinage), Eurogas (plus de trente gaziers dont Shell et TotalEnergies [14]), IOGP (producteurs, y compris non européens), Hydrogen Europe et ses 600 membres.
Transversales : Cefic (chimie) et surtout BusinessEurope, considérée comme le lobby le plus actif et probablement le plus puissant auprès des institutions [17] — c’est par elles qu’a transité la Déclaration d’Anvers et la demande d’Omnibus [9].
Historiques : le procédé ne date pas d’hier. Dès 1990, l’industrie pétrolière créait EUROPIA pour défendre ses intérêts auprès « de la Commission, du Parlement et des leaders d’opinion » — et contribuait à enterrer le projet de taxe carbone européenne [21].
Récapitulatif des stratégies d’influence par type d’acteur
Dimension
Majors européennes
Acteurs étrangers
Associations
Vecteur dominant
Accès direct Commission + alliances industrielles
Lobbying direct + relais diplomatique de l’État d’origine
BusinessEurope, Cefic, Eurogas, IOGP, FuelsEurope, Hydrogen Europe
6. Conclusion : une ingérence étrangère inédite, des forces européennes complaisantes ou complices qui exigent notre réaction
Trois constats, qui tendent à aligner l’Europe sur la situation américaine.
L’asymétrie exorbitante, ici aussi. 343 millions d’euros annuels déclarés par les seuls gros budgets corporate [4], un quart de milliard sur la décennie 2010 pour cinq entreprises et leurs relais [1], près de 900 réunions avec une seule Commission [2]. Le rapport de forces documenté est sans appel — et les chiffres réels sont nécessairement supérieurs aux déclarations. Une spirale garantie au bénéfice des intérêts particuliers, au détriment de l’intérêt général.
La permissivité du système. Bruxelles a un registre déclaratif, mais le Conseil est exempté de toute transparence obligatoire [11][12], des alliances industrielles où l’industrie co-écrit les règles qui la concernent [6][14], et un revolving door sans période de carence dissuasive. L’OPA européenne n’achète pas des élections : elle s’installe dans la salle des machines.
La nouveauté de 2025, le chantage et l’ingérence de l’étranger. Une lettre conjointe de deux gouvernements étrangers, publiée le jour d’un vote du Parlement européen, dictant le contenu d’une directive — et obtenant, deux mois plus tard, l’essentiel de gain de cause [22][8]. Le lobbying fossile ne se contente plus d’influencer la norme européenne : il mobilise des États sous contrôle pour la défaire.
L’alerte que nous formulions pour les démocraties européennes dans notre analyse américaine s’est donc déjà matérialisée.
La plupart des réformes techniques nécessaires sont portées par la coalition Fossil Free Politics et près de 200 organisations [1] :
Transparence obligatoire et harmonisée incluant le Conseil et les représentations permanentes,
Encadrement des conflits d’intérêts sur le modèle de la convention anti-tabac (CCLAT), périodes de carence réelles,
Traçabilité de l’influence des pays tiers.
Mais, en parallèle, tous les citoyens ont le droit de savoir, et les médias de faire savoir qui influence comment les décisions qui façonnent leur avenir et le climat des générations futures.
Et ils ont – nous avons – le pouvoir – et donc le devoir – de réagir collectivement en votant. Avec nos pieds, d’abord, en qualité de
Consommateurs vis-à-vis de nos fournisseurs d’énergie, de produits ou de services,
Candidats ou salariés vis-à-vis des entreprises employeurs,
Épargnants via nos choix d’investissement.
La cabale mondiale contre Tesla en 2025 n’a-t-elle pas montré l’efficacité du levier boycott ? Au moins provisoirement puisque son CEO annonce ces jours-ci son retour sur la scène politique en faveur des Républicains…
Et nous avons aussi, évidemment, le pouvoir de choisir nos représentants politiques en fonction de leurs actes et de leurs programmes.
Le destin du Green Deal — outre la crédibilité de l’Union comme puissance normative climatique — et la préservation des intérêts fondamentaux des générations futures — en dépendent.
[2] Fossil Free Politics / Transparency International EU – « 2019-2024 Von der Leyen Commission X Fossil Fuel Industry », enquête conjointe de fin de mandat (septembre 2024). Les ~900 réunions se décomposent en 404 réunions avec des entreprises fossiles et 483 avec des organisations comptant un ou plusieurs membres fossiles ; l’hydrogène en constitue le premier sujet (67 réunions) — https://fossilfreepolitics.org/news/fulltime-report-vdl-commission-fossil-fuel-lobbyists/
[17] Corporate Europe Observatory – dossier « Lobby transparency » (lettre de 50 organisations contre la nomination de W. Hoekstra ; BusinessEurope) —https://corporateeurope.org/en/2023/09/50-orgs-say-no-fossil-fuel-ally-hoekstra-eu-climate-commissioner
[27] Médiatrice européenne – décision du 25 novembre 2025 concluant au contournement d’étapes clés de la procédure « Better Regulation » (étude d’impact, consultation des parties prenantes) lors de la préparation de l’Omnibus — https://www.ombudsman.europa.eu
Ce lundi 20 juillet, Andy Burnham est devenu le 59e Premier ministre britannique et le septième Premier ministre en dix ans.
Après Starmer, Burnham : vers une nouvelle phase de la transition climatique britannique ?
Le Royaume-Uni ouvre un nouveau chapitre de sa transition climatique. Après la nomination d’Andy Burnham à Downing Street par le roi Charles III, une question s’impose : la politique climatique britannique va-t-elle changer de cap, ou assisterons-nous plutôt à une évolution de sa mise en œuvre ?
Les premiers signaux envoyés par le nouveau Premier ministre invitent davantage à la seconde hypothèse. Les objectifs fondamentaux demeurent inchangés. Le Royaume-Uni reste juridiquement engagé vers la neutralité carbone à l’horizon 2050, conformément au Climate Change Act et aux budgets carbone successifs. En revanche, l’expérience acquise par Andy Burnham à la tête du Grand Manchester laisse penser que la transition pourrait désormais être conduite autrement : plus près des territoires, davantage articulée avec la politique industrielle et plus attentive aux conséquences sociales de la décarbonation.
Cette distinction entre objectifs et méthode est essentielle. Depuis près de vingt ans, le Royaume-Uni bénéficie d’un consensus politique relativement solide sur la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre. La véritable interrogation porte aujourd’hui sur la manière d’accélérer cette transition sans fragiliser la compétitivité économique, la cohésion sociale ou la sécurité énergétique.
Un passage de relais pour restaurer la confiance
Après deux années à Downing Street, ponctuées de polémiques, Keir Starmer quitte ses fonctions dans un contexte politique devenu difficile. Élu sur la promesse de restaurer la stabilité après les années de turbulences conservatrices, il est parvenu à rétablir une certaine crédibilité institutionnelle, mais sans répondre aux attentes d’une partie de l’électorat sur le pouvoir d’achat, la croissance économique et l’état des services publics. Sa popularité s’est progressivement érodée, tandis que plusieurs députés travaillistes plaidaient pour un leadership capable d’incarner une nouvelle dynamique avant les prochaines échéances électorales (2029). Dans ce contexte, Andy Burnham s’est imposé comme une alternative crédible. Ancien ministre, mais surtout maire du Grand Manchester depuis 2017, il bénéficie d’une solide réputation de gestionnaire et d’un ancrage territorial rare au sein de la classe politique britannique. Son expérience des politiques de transport, de logement, de développement économique et de transition énergétique lui confère un profil différent de celui de ses prédécesseurs. Son arrivée à Downing Street ne traduit donc pas une rupture idéologique avec la ligne travailliste, mais la volonté de donner une nouvelle impulsion à un gouvernement confronté à la mise en œuvre des réformes plus qu’à leur définition.
Le Royaume-Uni, l’un des champions climatiques des économies développées
Il est difficile de comprendre les défis climatiques auxquels est confronté Andy Burnham sans mesurer le chemin déjà parcouru.
Le Royaume-Uni est aujourd’hui considéré comme l’un des pays développés ayant obtenu les résultats les plus significatifs en matière de décarbonation. Depuis 1990, ses émissions de gaz à effet de serre ont diminué de plus de moitié, tandis que son produit intérieur brut a continué de progresser. Peu de grandes économies peuvent revendiquer un découplage aussi marqué entre croissance économique et émissions.
Cette performance s’inscrit dans une trajectoire climatique particulièrement ambitieuse. Au-delà de son objectif de neutralité carbone en 2050, le Royaume-Uni s’est engagé, dans sa Contribution déterminée au niveau national (NDC) déposée au titre de l’Accord de Paris, à réduire ses émissions de 81 % d’ici à 2035 par rapport à leur niveau de 1990. Cet engagement, parmi les plus ambitieux des grandes économies industrialisées, prolonge le cadre instauré par le Climate Change Act de 2008 et les budgets carbone quinquennaux, qui imposent à chaque gouvernement de maintenir le pays sur une trajectoire compatible avec cet objectif de long terme.
Source : Climate Action Tracker
Cette réussite repose d’abord sur une transformation spectaculaire du système électrique. Au début des années 1990, le charbon constituait encore le pilier de la production d’électricité britannique. Trente ans plus tard, il a pratiquement disparu. Dans le même temps, le Royaume-Uni est devenu le premier marché européen de l’éolien en mer, avec plus de seize gigawatts de capacité installée et un portefeuille de projets parmi les plus importants au monde. Les énergies renouvelables hors nucléaire ont représenté 52,5 % de la production d’électricité du Royaume-Uni en 2025, un niveau record et la deuxième année consécutive au-dessus de 50 % ?
Parmi les autres réussites :
Adoption accélérée des véhicules électriques : en 2025, les véhicules 100 % électriques représentaient 23,4 % des ventes de voitures neuves au Royaume-Uni, contre 17,4 % en moyenne dans l’Union européenne.
Décarbonation du chauffage des bâtiments : le gouvernement soutient le déploiement des pompes à chaleur et la rénovation énergétique des logements à travers le Warm Homes Plan, doté de 13,2 milliards de livres sterling d’ici 2030.
Cette évolution n’est pas le fruit du hasard. Le Climate Change Act a instauré un cadre juridique d’une remarquable stabilité, fondé sur des objectifs contraignants et sur les recommandations indépendantes du Climate Change Committee (CCC). Cette gouvernance de long terme a permis de donner de la visibilité aux investisseurs, de soutenir l’innovation industrielle et de créer un large consensus politique autour des objectifs de décarbonation.
Mais les progrès les plus rapides ont probablement déjà été réalisés. Les réductions d’émissions obtenues grâce à la disparition du charbon ont constitué une première étape décisive. Les prochaines seront plus difficiles, car elles concerneront des secteurs où les solutions sont plus coûteuses, les investissements plus importants et les changements de comportement beaucoup plus déterminants.
Une deuxième phase beaucoup plus complexe
La fermeture progressive des centrales à charbon a permis d’obtenir des réductions massives d’émissions dans un secteur où les solutions technologiques étaient déjà disponibles. La prochaine étape sera d’une nature différente.
Les émissions restantes proviennent principalement des transports, du chauffage des bâtiments, de l’industrie et, dans une moindre mesure, de l’agriculture. Dans chacun de ces domaines, les technologies existent, mais leur déploiement suppose des investissements considérables, des adaptations réglementaires et, surtout, une adhésion durable des citoyens.
Près de dix-sept millions de logements britanniques sont encore chauffés au gaz naturel. Les transports représentent environ un quart des émissions nationales, tandis que les secteurs industriels les plus émetteurs doivent poursuivre leur transformation dans un contexte de concurrence internationale accrue.
Cette nouvelle phase de la transition ne repose plus uniquement sur le développement des énergies renouvelables. Elle implique également le renforcement des réseaux électriques, le développement des capacités de stockage, l’accélération des infrastructures de recharge pour les véhicules électriques ainsi que la modernisation des moyens pilotables de production, notamment le nucléaire.
Les grands projets de centrales nucléaires de type EPR, comme Hinkley Point C ou Sizewell C, continueront ainsi de jouer un rôle important dans la stratégie énergétique britannique. La réussite de la transition dépendra moins d’une technologie particulière que de la capacité à articuler l’ensemble du système énergétique autour d’un objectif commun : produire une électricité abondante, décarbonée, compétitive et disponible en permanence.
Le gouvernement devra également poursuivre le développement de nouvelles filières industrielles telles que l’hydrogène bas carbone, le captage et stockage du carbone (CCS) et les réseaux intelligents, autant de secteurs dans lesquels le Royaume-Uni ambitionne de conserver une position de premier plan.
La transition entre ainsi dans une nouvelle phase. Elle devient moins exclusivement énergétique et davantage économique, industrielle, territoriale et sociale.
C’est précisément sur ce terrain que le parcours d’Andy Burnham pourrait constituer un atout.
Manchester, laboratoire d’une nouvelle approche
L’intérêt de la nomination d’Andy Burnham réside moins dans son appartenance au Parti travailliste que dans son parcours. Contrairement à la plupart des Premiers ministres britanniques, il arrive à Downing Street après avoir exercé pendant plusieurs années des responsabilités exécutives à l’échelle d’un territoire.
À la tête du Grand Manchester depuis 2017, il a piloté le développement d’une métropole de près de trois millions d’habitants confrontée à des enjeux très concrets : mobilité, logement, qualité de l’air, développement économique et attractivité industrielle. Cette expérience a profondément façonné sa vision de la transition climatique.
Manchester s’est fixé un objectif de neutralité carbone dès 2038, soit douze ans avant l’échéance nationale. Mais, plus encore que cette ambition, c’est la méthode retenue qui mérite l’attention.
La politique climatique locale n’a jamais été présentée comme une simple politique environnementale. Elle a été intégrée à une stratégie plus large de développement territorial. Les investissements dans les transports publics répondaient autant aux objectifs climatiques qu’à la lutte contre la congestion. Les programmes de rénovation énergétique visaient simultanément la réduction des émissions, la baisse des factures et l’amélioration du confort des logements. Les projets industriels étaient pensés comme des leviers de création d’emplois autant que de décarbonation.
Le développement du Bee Network, destiné à intégrer bus, tramways et mobilités actives au sein d’un réseau unique, illustre cette approche. L’objectif n’était pas seulement de réduire les émissions des transports, mais également d’offrir un service plus simple, plus fiable et plus attractif pour les usagers.
Cette manière d’aborder la transition pourrait inspirer l’action du nouveau gouvernement. Elle repose sur une idée simple : une politique climatique est d’autant plus acceptée qu’elle améliore concrètement la vie quotidienne des citoyens.
Les résultats obtenus à Manchester restent naturellement d’une autre échelle que ceux attendus d’un gouvernement national. Ils montrent néanmoins qu’une transition territorialisée peut produire des résultats significatifs tout en associant davantage les collectivités locales, les entreprises et les habitants.
Parmi les premières orientations annoncées par Andy Burnham figure la création de No. 10 North, un second pôle gouvernemental à Manchester destiné à rapprocher le pouvoir exécutif des territoires. Si le projet reste à mettre en œuvre, il illustre déjà la philosophie politique du nouveau Premier ministre : faire de la dévolution et de l’ancrage territorial les moteurs de la réindustrialisation et de la transition énergétique.
Depuis plusieurs années, Andy Burnham défend une conception de la transition énergétique fondée sur ce que les organisations internationales qualifient de « transition juste ».
Le principe est désormais bien connu : la lutte contre le changement climatique ne peut être durable que si ses bénéfices sont largement partagés et si ses coûts ne pèsent pas de manière disproportionnée sur certains territoires ou certaines catégories sociales.
Cette approche prend une résonance particulière au Royaume-Uni. Les profondes mutations industrielles des années 1980 ont laissé dans plusieurs régions un souvenir durable de désindustrialisation et de fractures territoriales. Toute politique climatique qui donnerait le sentiment de reproduire ces déséquilibres se heurterait rapidement à une forte opposition.
À plusieurs reprises, Burnham a insisté sur la nécessité de faire de la transition énergétique un projet d’amélioration du niveau de vie plutôt qu’un catalogue de contraintes. Rénover un logement pour diminuer les factures, développer des transports publics performants, attirer de nouvelles activités industrielles ou améliorer la qualité de l’air constituent autant de bénéfices directement perceptibles par les citoyens.
Cette philosophie pourrait conduire le gouvernement à renforcer les programmes de rénovation énergétique, à accélérer les investissements dans les transports collectifs et à soutenir plus activement les régions historiquement dépendantes des industries fossiles ou fortement exposées aux mutations industrielles.
L’enjeu dépasse la seule politique climatique. Il s’agit également de renforcer la cohésion territoriale et de démontrer que la transition peut devenir un moteur de développement économique.
Les premiers défis
Les premières semaines du nouveau gouvernement permettront de mesurer la traduction concrète de ses ambitions climatiques et industrielles. Deux dossiers seront particulièrement révélateurs : le rôle que jouera Great British Energy et les choix qui seront opérés concernant l’avenir énergétique de la mer du Nord.
Créée en 2024 pour mobiliser des capitaux publics et privés au service des infrastructures bas carbone, Great British Energy est appelée à devenir l’un des principaux instruments de la transition énergétique britannique. Son succès dépendra toutefois des ressources financières qui lui seront accordées, de sa capacité à attirer les investisseurs privés et de son aptitude à accélérer le déploiement des énergies renouvelables, des réseaux électriques et des capacités de stockage. Plus largement, elle pourrait symboliser une évolution de la politique climatique du Royaume-Uni, davantage orientée vers l’investissement, l’innovation et la réindustrialisation verte.
Dans le même temps, le gouvernement devra trancher l’épineuse question de la mer du Nord. Alors que le pétrole et le gaz demeurent essentiels à l’approvisionnement énergétique du pays, les objectifs climatiques imposent une réduction progressive de cette dépendance. L’exécutif devra concilier plusieurs impératifs parfois difficiles à réconcilier : sécurité énergétique, compétitivité industrielle, préservation de l’emploi dans les territoires concernés et respect des engagements climatiques. La question de l’autorisation de nouveaux projets pétroliers ou gaziers constituera à cet égard un premier test de crédibilité (Projet Rosebank). Plus qu’un arbitrage entre croissance et environnement, Andy Burnham pourrait chercher à inscrire cette décision dans une stratégie plus large de transformation industrielle, visant à accompagner les régions concernées vers les nouvelles filières énergétiques plutôt qu’à imposer une rupture brutale.
Si la réduction des émissions restera naturellement la priorité, le nouveau gouvernement devra également renforcer les politiques d’adaptation au changement climatique. Les vagues de chaleur, les inondations et les épisodes de sécheresse exercent déjà une pression croissante sur les infrastructures, les bâtiments et les services publics britanniques. La question de l’adaptation pourrait ainsi prendre une place plus importante dans les prochaines stratégies climatiques nationales.
Cap sur la rentrée
À peine installé au 10 Downing Street, Andy Burnham a donné le ton. Dans son premier discours, il a placé le coût de la vie, le rétablissement de la confiance dans l’action publique et le renouveau économique au cœur de son projet, promettant un gouvernement davantage tourné vers les préoccupations concrètes des citoyens et des territoires.
Il semble illustrer une évolution déjà observée par plusieurs analystes britanniques : le terme « Net Zero » est devenu plus difficile à porter politiquement. Sans remettre en cause les objectifs climatiques, le nouveau gouvernement pourrait privilégier un discours centré sur l’économie verte, les emplois, la baisse des factures d’énergie et la croissance plutôt que sur les seules réductions d’émissions.
Cette volonté s’est immédiatement traduite par une première mesure symbolique : la suppression de la TVA sur les factures d’électricité des ménages à compter du 1er octobre. Présentée comme une réponse directe aux difficultés du quotidien, cette décision devrait permettre de réduire les factures énergétiques et d’offrir un premier signal en faveur du pouvoir d’achat.
Mais l’essentiel reste à venir. Les prochains jours seront consacrés à la finalisation de l’équipe gouvernementale et à la définition des grandes priorités de l’exécutif. Au-delà des premières annonces, les observateurs attendent désormais les arbitrages qui permettront de mesurer la cohérence entre les ambitions affichées et les moyens mobilisés.
Le premier rendez-vous politique majeur devrait intervenir à la rentrée parlementaire. Andy Burnham est attendu devant la Chambre des communes en septembre pour exposer la feuille de route de son gouvernement et préciser sa stratégie en matière de croissance, de transition énergétique, de réindustrialisation et de cohésion territoriale. C’est à cette occasion que pourra véritablement s’apprécier la portée du changement annoncé au sommet de l’État britannique.
À ce stade, tout porte à croire qu’Andy Burnham s’inscrira dans la continuité des efforts de décarbonation engagés par le Royaume-Uni depuis près de deux décennies. Si cette ambition se traduit par des politiques cohérentes et des investissements à la hauteur des enjeux, l’expérience britannique pourrait constituer une source d’inspiration pour de nombreux pays européens confrontés au même défi de concilier transition climatique, compétitivité économique et cohésion territoriale.
Puisque la saison est aux tours de France – cycliste, météorologique, électoral – tentons-en un qui regarde le Futur plus que le guidon : le « Tour de France » des initiatives publiques et privées à la suite du rapport que Myriam, Goneri et moi-même avons remis en 2024 sur l’Adaptation du Système Assurantiel face au changement climatique – y compris sa contribution à l’atténuation.
Synthèse
30 mois après notre rapport, un constat simple : Les ministères ont manifestement fait le job avec plus de 2/3 des recommandations totalement ou partiellement mises en œuvre par décret, loi ou PNACC.
La capacité des assureurs, en revanche, à définir collectivement des initiatives de place ambitieuses, donc bien visibles, est inversement proportionnelle au niveau de concurrence – terrible – sur notre marché des particuliers. Dommage pour une profession qui pourrait être collectivement géante, en portant plus haut le flambeau de la prévention et de la décarbonation – des sinistres.
Bilan en décomposant nos 37 recommandations en 50 sous-éléments unitaires : 18 sous-recos pleinement appliquées (36 %), 15 partiellement (30 %), 17 non reprises (34 %).
Le PNACC-3 explique l’essentiel du mouvement sur la Prévention ; la loi 266 — sous réserve d’une adoption définitive après examen par le Sénat — débloque le volet Assurance, en partie par des reprises pleines, en partie par des reprises partielles dont les modalités effectives sont renvoyées à décret.
L’atténuation reste un angle mort total côté supervision (l’ACPR et le législateur européen sur Solvabilité 2 n’ont rien activé), la dynamique de place relative à la mesure des émissions du scope 3 aval étant la seule mise en œuvre partielle.
Continuons ce Tour sur les 3 territoires explorés – atténuation du changement climatique, équilibre du régime Cat Nat et prévention/adaptation.
Prévention-Adaptation
Troisième et dernière étape de ce Tour, les initiatives publiques en matière de Prévention/Adaptation – y compris le sujet sensible de l’accès universel au Régime Cat Nat !
En prologue, rappelons que 2 prismes assez distincts sous-tendent les politiques publiques d’adaptation au changement climatique : celui de la protection des personnes d’une part, celui de la protection des biens et des activités d’autre part.
Le premier concerne surtout l’Etat et se préoccupe avant tout des vieset de lasantéhumaines, face aux canicules, bien sûr, mais aussi aux tremblements de terre, en PACA et aux Antilles par exemple… d’où l’importante allocation du Fonds ex-Barnier à ce titre justement.
Le second prisme concerne aussi l’État – à travers les politiques publiques de prévention et ses engagements hors bilan via la CCR – mais aussi plus largement les assureurs. Et contrairement au premier, il est largement financé par les primes d’assurance climatiques dont la surprime Cat Nat et le prélèvement FPRNM.
Sur les 34 sous-recommandations du volet Prévention-Adaptation (anciennement « Adaptation-Prévention »), 13 sont pleinement appliquées (38 %), 12 ont été reprises partiellement (35 %), et 9 restent orphelines (27 %):
A — Les recommandations orphelines
• N°11 (3.1) — Nivellement des marges techniques via le FPRNM. Ce mécanisme anti-démutualisation entre zones est sans doute le plus révolutionnaire et le plus puissant de tous les leviers pour désinciter les assureurs à esquiver ou à sur-tarifer les assurés en zone rouge.
De récentes études actuarielles ont montré que le prix du risque va du simple au décuple sur le territoire métropolitain en consolidant inondations et RGA. Il suffit donc de calibrer le prélèvement FPRNM en fonction du risque de la zone et le tour est joué. La CCR est parfaitement placée, à mon sens, pour gérer les flux de prélèvements positifs/négatifs en fonction de chaque contrat, facilitant ainsi la vie des compagnies et de l’État.
De cette manière, sans impact prix pour le client, plus aucun avantage concurrentiel pour les assureurs d’entreprises en LPS et plus de crise politique récurrente sur l’assèchement de l’offre en zone climatique tendue.
• N°14 (4.1) — Rétrocession des risques de pointe aux réassureurs privés. Aucun véhicule. Un cyclone puissant traversant la zone industrielle de Guadeloupe va donc ponctionner plus de 10 milliards d’euros sur un budget d’État famélique.. Disponible pour une révision de la convention CCR – État.
• N°24 (7.2) — Formation technique des professionnels de l’immobilier et des notaires. Aucun véhicule. Sensibilisation aux risques naturels au moment du transfert de propriété ou de la location toujours non structurée.
• N°28 (8.1) — Renforcement de l’AFPCNT / association nationale de prévention. Aucun véhicule. Le PNACC-3 a privilégié une logique d’État (Mission Adaptation, M25) plutôt qu’un acteur de place.
• N°33 (9.1.c) — Renforcement des contrôles sur l’application de la loi Élan. Aucun véhicule.
• N°34 (9.2) — Extension de l’obligation d’assurance dommages-ouvrage (crédit ou revente en zone exposée). Aucun véhicule. La loi 266 n’a pas activé ce levier.
• N°38 (9.6) — PTZ « prévention » et avance directe des subventions aux entreprises de travaux. Aucun véhicule fiscal.
• N°39 (9.7.a) — Crédit d’impôt « prévention » ciblé sur les ménages ANAH. Aucun véhicule fiscal.
• N°40 (9.7.b) — Taxe départementale type GEMAPI dédiée à la prévention. Aucun véhicule fiscal.
Les trois leviers fiscaux (PTZ, crédit d’impôt, taxe départementale) constituent le seul cluster de recommandations cohérent qui n’a fait l’objet d’aucune activation par aucun bloc. Leur véhicule naturel — une loi de finances dédiée — reste disponible.
B — Quels vecteurs ont apporté quoi (ordre chronologique)
1. Loi de Finances 2024 + décret du 7 juin 2024
Art. 4 de la loi n° 2023-1322 du 29 décembre 2023 + décret n° 2024-523 du 7 juin 2024 + doctrine fiscale BOI-BIC du 26 juin 2024 (CGI art. 39 quinquies G). Elle rehausse les plafonds réglementaires en durée et en montant de la provision d’égalisation. Reprenant intégralement la sous-reco 4.2, elle renforce la capacité d’auto-réassurance des assureurs et de la CCR.
2. Action UE / FIDA — T3 2024
L’action diplomatique a été engagée auprès des instances européennes pour préserver le modèle français Cat Nat dans le futur règlement Framework for Financial Data Access. Reprise partielle de la sous-reco 3.3 — réalisée mais sans résultat définitif à ce stade.
3. PNACC-3 — mars 2025
C’est évidemment le bloc le plus structurant, avec une amélioration visible entre la version sous à commentaires et la version définitive.
Mesure 1 — renforcement du fonds Barnier (FPRNM) de 30 % à 300 M€ par an, accélération des projets de prévention. Mesure 5 — RGA : anticipation, évolution des règles constructives, R&D. Mesure 22-25 — information aux collectivités, intégration de la TRACC dans tous les documents de planification, évolution des référentiels techniques, Mission Adaptation comme ingénierie unifiée. Mesure 50 — formation de tous les agents publics.
Ce qui reprend intégralement plusieurs de nos recommandations: sous-reco 5.1 (catalogue d’actions d’adaptation), 6.1.b (démarche pro-active du FPRNM), 6.3 (extension périmètre fonds prévention au RGA), 6.5 (R&D sur périls mal modélisés), 7.1 (formation des élus et agents publics), 7.3.a (granularité Géorisques), 7.3.c (enrichissement plateforme), 8.2 (guichet unique digital), 9.3 (contrôles PPRM dans PLU/SCoT), 9.4 (cofinancement public-privé des diagnostics).
Par ailleurs, on a vu le très rapide missionnement de la CCR qui a représenté une reprise partielle notable de notre sous-reco 3.2 (suivi des parts de marché en zone exposée).
Le PNACC-3 a porté en doctrine cet observatoire CCR ; le rapport livré le 15 juin 2026 en est la première édition, avec un périmètre étendu aux maisons individuelles et à trois périls (inondations, RGA, cyclones outre-mer).
Notre demande visait le suivi des parts de marché par assureur x zone d’exposition (rouge, orange, jaune vs nationale). Or la discrimination par assureur n’existe pas – du fait de forts vents adverses visiblement – ni sur les portefeuilles, ni sur les flux. Livraison opérationnelle de la sous-reco 3.2, mais partiellement donc.
Le rapport « assurance & climat » est explicitement cité comme socle de la Mesure 2 du PNACC-3.
4. Loi 266 — 8 avril 2026
Article 1er — inscrit le PNACC dans la loi, rend la TRACC opposable jusqu’en 2100, impose la prise en compte des prévisions climatiques dans les futurs plans locaux d’urbanisme (Code urb. L. 151-4).
Article 2 (L. 125-4-1, L. 121-1, L. 121-18) — subordonne l’indemnisation post-sinistre Cat Nat à une reconstruction résiliente, déclenche un rapport d’expertise pour déterminer les travaux de réduction de vulnérabilité, autorise une indemnité au-delà de la valeur de la chose assurée pour les financer, prévoit une augmentation de la franchise en cas de refus de l’assuré.
Ce sont ici des reprises intégrales des sous-recos 9.5 (diagnostic résilience post-sinistre) et 9.8.a (obligation de travaux post-sinistre) et partielles de 9.8.b (augmentation de franchise, ampleur renvoyée au décret) et 9.9.a (indemnité supérieure à la valeur, sans prime à la relocalisation).
Conclusion
En conclusion générale, on ne peut qu’apprécier le travail réalisé globalement, surtout par nos ministères et la CCR, sur ces sujets. Mais on ne peut aussi que déplorer la lenteur de construction de certaines initiatives essentielles tant au plan technique que politique :
⁃ La méthode de mesure des émissions liées aux sinistres qui reste non universellement admise 11 ans après l’Accord de Paris !
⁃ Le regroupement de tous les acteurs, État et assureurs, dans une association nationale visible et puissante au service de la prévention en proximité des risques naturels, source d’actions conjointes État/Collectivités/Assureurs
⁃ Le nivellement des marges entre secteurs rouges, orange et vert par la modulation du prélèvement FPRNM, si simple et si puissant !
Ce sont parmi les initiatives à plus fort impact pour des efforts limités.
Puisque la saison est aux Tours de France – cycliste, météorologique, électoral – tentons-en un qui regarde le Futur plus que le guidon : le « Tour de France » des initiatives publiques et privées à la suite du rapport que Myriam, Goneri et moi-même avons remis en 2024 sur l’Adaptation du Système Assurantiel face au changement climatique – y compris sa contribution à l’atténuation.
Synthèse générale
30 mois après notre rapport, un constat simple : Les ministères ont manifestement fait le job avec plus de 2/3 des recommandations totalement ou partiellement mises en œuvre par décret, loi ou PNACC.
La capacité des assureurs, en revanche, à définir collectivement des initiatives de place ambitieuses, donc bien visibles, est inversement proportionnelle au niveau de concurrence – terrible – sur notre marché des particuliers. Dommage pour une profession qui pourrait être collectivement géante, en portant plus haut le flambeau de la prévention et de la décarbonation – des sinistres.
Bilan en décomposant nos 37 recommandations en 50 sous-éléments unitaires : 18 sous-recos pleinement appliquées (36 %), 15 partiellement (30 %), 17 non reprises (34 %).
Le PNACC-3 explique l’essentiel du mouvement sur la Prévention ; la loi 266 — sous réserve d’une adoption définitive après examen par le Sénat — débloque le volet Assurance, en partie par des reprises pleines, en partie par des reprises partielles dont les modalités effectives sont renvoyées à décret.
L’atténuation reste un angle mort total côté supervision (l’ACPR et le législateur européen sur Solvabilité 2 n’ont rien activé), la dynamique de place relative à la mesure des émissions du scope 3 aval étant la seule mise en œuvre partielle.
Continuons ce Tour sur les 3 territoires explorés – atténuation du changement climatique, équilibre du régime Cat Nat et prévention/adaptation.
Équilibre du régime Cat Nat
Seconde étape de ce tour des recommandations de notre rapport de 2024 mises en œuvre, celles nécessaires pour conforter notre inestimable régime d’indemnisation des Catastrophes naturelles.
Sur les 10 sous-recommandations de ce volet, cinq sont pleinement appliquées (50 %), deux ont fait l’objet d’une reprise partielle (20 %), et trois restent orphelines (30 %) :
A — Les recommandations orphelines
• N°2 (1.2.a) — Indexation annuelle automatique du taux de surprime de 1 % par an. Écartée au profit de la clause de revoyure quinquennale (loi 266, Art. 3 1°), les effets prévisibles de cette esquive sont majeurs :
o Un décalage récurrent entre la trajectoire des coûts et celle des recettes du Régime entre deux revoyures. Sur une assiette d’environ 3 milliards d’euros de revenus annuels, cela représente un cumul de 450m€ de manque à gagner très probable pour la CCR et les assureurs ! Et nous avons expliqué combien les foyers de perte incitent les assureurs à se protéger par des politiques plus discriminantes qu’il ne faut absolument pas favoriser…
o Un « oubli » du rendez-vous pour des raisons politiques évidentes. Faut-il vraiment demander à chaque ministre des Finances d’avoir le courage de prendre une telle mesure tous les 5 ans ? Le passé a montré la grande difficulté que cela représente.
• N°5 (1.3) — Indexation des franchises légales Cat Nat sur l’indice du coût de la construction. Aucun véhicule. Deux conséquences dommageables :
o Une nouvelle dégradation programmée du résultat du régime pour la CCR et les assureurs. A nouveau donc une incitation malvenue des assureurs à se protéger en esquivant les zones génératrices de perte.
o L’effet de responsabilisation des franchises qui est notre seul signal prix au service de la prévention décroît mécaniquement avec l’inflation. A-t-on vraiment besoin d’entraver cet effort ?
• N°9 (2.2.c) — Liberté tarifaire pour les biens locatifs en zone très exposée. Exclue de l’Art. 3 2° de la loi 266, qui retient seulement les biens professionnels de haute valeur et les résidences secondaires. Les biens locatifs sont explicitement exclus du champ du dispositif. La conséquence en est une asymétrie d’incitation entre propriétaires-occupants et propriétaires-bailleurs sur les travaux de prévention. Le rationnel ?
Quels vecteurs ont apporté quoi (ordre chronologique)
1. Arrêté JOE du 22 décembre 2023
Il a modifié l’article A. 125-2 du Code des assurances pour porter la surprime Cat Nat de 12 % à 20 % (dommages aux biens), de 6 % à 9 % (auto tous risques) et de 0,5 % à 0,75 % (auto vol/incendie). Hausse moyenne ~+66 %, environ 1,3 Md€ par an de ressources additionnelles, entrée en vigueur le 1er janvier 2025.
Soulignons que nous avions préconisé une haussedifférentiée entre les segments particuliers et entreprises, pour tenir compte des résultats très contrastés (longtemps déficitaires sur les particuliers, profitables sur les entreprises). Non suivie, cette recommandation augmente dangereusement la marge sur le régime Cat Nat des entreprises avec 2 effets pervers :
– Les assureurs présents sur ce segment des entreprises se battent avec des concurrents étrangers intervenant souvent en Libre Prestation de Service (LPS) qui ne partagent pas leurs profits avec la CCR. Ils gardent donc une manne précieuse qu’ils peuvent utiliser pour baisser le prix des autres garanties de base des contrats d’entreprises. D’où un désavantage concurrentiel de nos acteurs français qui maintiennent une cession à la réassurance CCR surtout pour gérer les risques de pointe sur le marché des particuliers.
La conséquence ultime peut être une décision d’abandonner la réassurance CCR comme on a pu commencer à le voir, ce qui prive le marché d’une contribution précieuse à la péréquation nationale.
– face au scénario de péréquation renforcée par un modulation du prélèvement « Fonds Barnier », les assureurs des entreprises freinent des quatre fers, considérant que cette « manne » est cruciale pour l’équilibre de leurs comptes globaux (Même si cela peut les gêner face à la concurrence en LPS). D’où un lobbying adverse à la modulation de ce prélèvement FPRNM forcené !
2. PNACC-3 — mars 2025
Mesure 2 Action 1 — Production de cartographies nationales d’inondation et de retrait-gonflement des argiles (RGA), cohérentes avec la trajectoire de réchauffement de référence (TRACC), partagées entre l’État, la CCR et les acteurs assurantiels. Couvre intégralement la sous-reco 2.1 (cartographie partagée des zones d’exposition aux aléas).
Bien que laborieuse sur fond de discussions entre leaders concernés, on peut être confiant sur l’aboutissement de ces travaux vu l’appétit général qui se manifeste.
Note : la composante « observatoire CCR et suivi des parts de marché en zone exposée » de la Mesure 2 Action 1 répond à la sous-reco 3.2, qui relève de Prévention-Adaptation et est traitée dans la section suivante.
3. CCR — Proposition d’une sous-jacente de réassurance pour l’Outre-mer (2026)
La Caisse centrale de réassurance a récemment acquis sur le marché une couverture de réassurance et la propose aux compagnies d’assurance opérant en Outre-mer. Ce mécanisme — une sous-jacente de réassurance achetée auprès du marché privé international et redistribuée aux assureurs ultramarins via la CCR — vise à soutenir l’offre dans des territoires marqués par un phénomène de non-assurance et une exposition cyclonique élevée.
Reprise partielle de la sous-recommandation 2.3 (« Adapter et uniformiser les modalités de réassurance de la CCR pour les assureurs opérant dans les zones ultramarines »). Partielle car le niveau de détail est faible.
4. Loi 266 — adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 8 avril 2026
Adoption en première lecture, non définitive à ce stade. L’adoption de ces dispositions n’est pas conditionnée à un arbitrage interministériel — elle l’est au vote du Sénat, sans date d’examen fixée à ce stade. Les dispositions ci-dessous sont à considérer sous cette réserve calendaire.
Article 3 1° — Instaure la clause de revoyure quinquennale du taux de surprime (« réexaminé et, si nécessaire, revalorisé au 1er janvier tous les cinq ans, selon des modalités définies par décret »). Reprise intégrale de la sous-reco 1.2.b.
Article 3 2° — Autorise la modulation tarifaire ciblée : possibilité, sous plafond et conditions, de dépasser le taux légal pour les biens professionnels dont la valeur assurée dépasse 20 M€ en zone PPRNP, et pour les résidences secondaires en zone PPRNP. Reprises intégrales des sous-recos 2.2.a et 2.2.b. Les biens locatifs (sous-reco 2.2.c) sont explicitement exclus du champ.
Conclusion : une politique technique incomplète
Les chiffres et les faits montrent que nos ministères des Finances et de la Transition Ecologique ont rapidement lancé les actions-clé pour rééquilibrer notre précieux Régime d’indemnisation des Catastrophes naturelles. La loi 266 a/devrait débloquer les leviers contractuels que l’exécutif ne pouvait pas porter seul.
Les priorités critiques qui restent orphelines sont techniques et à fort enjeu: les indexations automatiques des primes et franchises qui attendent toujours leur véhicule… et donc un courage politique certain !
Prochaine étape de ce Tour, les initiatives publiques en matière de Prévention/Adaptation y compris l’accès universel du régime !
Puisque la saison est aux tours de France – cycliste, météorologique, électoral – tentons-en un qui regarde le Futur plus que le guidon : le « Tour de France » des initiatives publiques et privées à la suite du rapport que Myriam, Goneri et moi-même avons remis en 2024 sur l’Adaptation du Système Assurantiel face au changement climatique – y compris sa contribution à l’atténuation.
Synthèse générale
30 mois après notre rapport, un constat simple : Les ministères ont manifestement fait le job avec plus de 2/3 des recommandations totalement ou partiellement mises en œuvre par décret, loi ou PNACC.
La capacité des assureurs, en revanche, à définir collectivement des initiatives de place ambitieuses, donc bien visibles, est inversement proportionnelle au niveau de concurrence – terrible – sur notre marché des particuliers. Dommage pour une profession qui pourrait être collectivement géante, en portant plus haut le flambeau de la prévention et de la décarbonation – des sinistres.
Bilan en décomposant nos 37 recommandations en 50 sous-éléments unitaires : 18 sous-recos pleinement appliquées (36 %), 15 partiellement (30 %), 17 non reprises (34 %).
Le PNACC-3 explique l’essentiel du mouvement sur la Prévention ; la loi 266 — sous réserve d’une adoption définitive après examen par le Sénat — débloque le volet Assurance, en partie par des reprises pleines, en partie par des reprises partielles dont les modalités effectives sont renvoyées à décret.
L’atténuation reste un angle mort total côté supervision (l’ACPR et le législateur européen sur Solvabilité 2 n’ont rien activé), la dynamique de place relative à la mesure des émissions du scope 3 aval étant la seule mise en œuvre partielle.
Démarrons nos 3 étapes de ce Tour correspondant au 3 territoires – atténuation du changement climatique, prévention et équilibre du régime Cat Nat.
Atténuation
Première étape avec la mère des batailles : L’atténuation ou contribution des assureurs à la lutte contre le réchauffement climatique.
Sur les six sous-recommandations du volet Atténuation (alignement Solvabilité 2 sur CRD6/CRR3, traitement du scope 3 aval, mandat ACPR sur les plans de transition, véhicules de remplacement électriques, clauses vertes auto et multirisques), aucune n’a été reprise par la supervision : le PNACC-3 cite explicitement ces sujets comme « hors champ », la loi 266 ne les aborde pas, et ni l’ACPR ni la révision en cours de Solvabilité 2 n’ont engagé d’action concrète. Le score côté supervision est donc de 0 pleinement appliquée sur 6.
Ce qui n’empêche pas les initiatives privées. Les publications de trois assureurs français en 2024-2026, accompagnées d’une résolution interne à la fédération des assureurs – sans communication externe, ont apporté sur le scope 3 aval (sous-recommandation 10.2) des éléments de doctrine et de pratique qui constituent une mise en œuvre partielle — assortie cependant d’une importante réserve méthodologique (voir infra).
Quels vecteurs ont apporté quoi
Les cinq autres sous-recos (10.1 Solvabilité 2 / CRD6, 10.3 mandat ACPR, 11.1 véhicules de remplacement électriques, 11.2.a clauses vertes auto, 11.2.b clauses vertes multirisques) restent non reprises.
Rappel — nos travaux 2024 sur le scope 3 aval des assureurs
Le constat de 2024 était qu’aucun cadre méthodologique stabilisé ne permettait alors la comparabilité entre acteurs sur ce périmètre : les approches divergeaient sur le périmètre (branches) et sur le traitement des sinistres. C’est ce que demandait donc la sous-recommandation 10.2 du rapport : un « traitement approprié des objectifs et politiques de décarbonation relevant du scope 3 aval, pour préserver l’intégrité et la lisibilité des trajectoires ».
Dès 2024, les Ateliers du Futur ont lancé avec des assureurs et consultants « progressistes » des travaux portant sur la méthode de calcul des émissions du scope 3 aval des assureurs — les émissions de gaz à effet de serre attribuables aux activités assurées (« underwriting emissions »), en focalisant sur celles liées aux sinistres. Pour un assureur dommages, le scope 3 aval est la partie immergée dominante du bilan carbone. Cela méritait donc l’investissement qui a abouti à nos publications accessibles ICI.
Publications de 2026 — 3 acteurs français, 3 logiques
À défaut d’un vecteur de supervision nationale, c’est par la dynamique de place que la sous-recommandation 10.2 commence à trouver, en 2026, des éléments de réponse. Trois acteurs français ont publié des éléments structurants — chacun avec son angle.
Crédit Agricole Assurances — le précurseur
Crédit Agricole Assurances a publié en juillet en juillet 2024 son Livre blanc auto, qui en a fait un point d’ancrage doctrinal. Les limites, en revanche, sont connues : angle mort des sinistres totaux en automobile, et sur l’assurance habitation, le périmètre couvert se restreint aux seuls dégâts des eaux, ce qui exclut la part dominante des sinistres majeurs – incendie, évènements naturels.
Groupama — le périmètre le plus large
Groupama publie, dans son Document d’enregistrement universel 2025 (avril 2026), le périmètre le plus large du marché français à ce stade. Le DEU 2025 se distingue donc par son ambition de couverture multibranches.
Macif — les leviers opérationnels
La Macif a pris le train en route — son entrée dans la doctrine scope 3 aval est plus tardive — mais avance vite sur les leviers opérationnels concrets.
La résolution France Assureurs — privilégier les sinistres au détriment de la souscription
Une résolution interne de France Assureurs (FA) suit l’orientation préférée d’une partie des acteurs français : elle recommande de privilégier la mesure des émissions liées à la gestion de sinistres (missionnement d’experts, réparations, remplacements, locations) au détriment de la mesure des IAE de souscription au sens PCAF Part C (émissions liées à l’usage des biens assurés) — sauf sur le segment des grandes entreprises, où la logique s’inverse en raison de la disponibilité des données CSRD et du levier réel de l’assureur sur les projets de transition. Cette doctrine se déplace avec pragmatisme vers un périmètre où l’assureur a un levier d’action, au prix d’un écart avec le standard international.
Conclusion : un débat doctrinal inachevé
12 ans après l’Accord de Paris, la situation normative est quand même lunaire :
Alors que leurs prestataires (assisteurs, épavistes, experts…) ont fait des pas de géants pour mesurer et gérer leurs émissions,
Avec les moyens dont ils disposent,
Les assureurs européens n’ont pas réussi à bâtir une méthode sérieuse de mesure des émissions majoritaires en assurance dommages, liées aux sinistres indemnisés !
Et alors même que SBTi vient de rappeler que celles-ci doivent être référencées au titre du Corporate Net Zero Standard, même si le Financial Institutions Net Zero standard ne les traite pas.
Une entrave incompréhensive au cheminement collectif des assureurs qui ont tant à contribuer à travers l’incitation des assurés à saisir l’opportunité de certains sinistres pour mettre en œuvre des actions d’électrification si essentielles.
Le 6 mai 2026, la Commission européenne a publié son projet de règlement délégué amendant le règlement (UE) 2023/2772, qui révise les European Sustainability Reporting Standards (ESRS) en application de la directive Omnibus I. Le projet reprend pour l’essentiel l’avis technique d’EFRAG de décembre 2025. Mais il y ajoute treize modifications, dont la Commission reconnaît elle-même qu’elles visent à « accorder davantage de flexibilité aux entreprises ». Cinq d’entre elles affaiblissent substantiellement le pilier climat du standard.
La consultation publique courait jusqu’au 3 juin 2026, pour une adoption prévue au plus tard le 17 septembre 2026 et une application aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027. 5 points qui nous paraissent trés problématiques, du point de vue de la qualité de la donnée climat et de la cohérence du cadre européen de finance durable.
1. Plans de transition : une nouvelle permissivité
Le mémorandum explicatif introduit une formulation nouvelle sur les plans de transition : les entreprises qui rapportent des plans dont les cibles ne sont pas compatibles avec 1,5 °C doivent être « transparentes » sur ce point.
L’enjeu n’est pas cosmétique. Dans l’ESRS Set 1 adopté en 2023, la compatibilité avec une trajectoire 1,5 °C constituait la norme de contenu attendue : un plan rapporté devait, en principe, être compatible avec 1,5 °C, et toute trajectoire alternative devait être justifiée. Le projet 2026 inverse cette logique. Il légitime explicitement la divulgation de plans non alignés, à la seule condition de transparence sur l’écart. Tant que l’entreprise déclare l’écart, un plan visant 3 °C ne contredit plus le standard.
Cette bascule entre en tension avec plusieurs éléments du cadre :
le règlement (UE) 2021/1119 (loi européenne sur le climat), qui fixe à l’Union la neutralité 2050 et un objectif intermédiaire de −55 % en 2030 ;
l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice du 23 juillet 2025, qui fonde une obligation des États de prévenir les dommages significatifs au système climatique, y compris en encadrant les acteurs privés ;
l’arrêt KlimaSeniorinnen de la CEDH du 9 avril 2024, sur l’obligation positive d’un cadre contraignant de régulation des émissions privées.
Le risque opérationnel se situe en aval. Plusieurs mécanismes de finance durable — SFDR (articles 8 et 9), indices Paris-aligned (PAB) et de transition climatique (CTB) avec leur exigence de −7 %/an d’intensité carbone, Taxonomie et test Do No Significant Harm — reposent directement sur la donnée « plan de transition » rapportée au titre des ESRS. Si cette donnée devient déclarative, ces mécanismes perdent leur ancrage.
Notre demande : maintenir la compatibilité 1,5 °C comme norme de contenu d’ESRS E1. À défaut, durcir l’exigence de transparence par trois éléments cumulatifs — justification documentée de l’écart (température implicite, budget carbone sectoriel, exposition CapEx/OpEx), calendrier de révision au moins triennal aligné sur le cycle SBTi, et trajectoire de convergence auditable sous assurance limitée CSRD.
2. Matérialité : du « not required to » au « shall not »
Le projet remplace, sur le reporting du non-significatif, la formulation « is not required to report » par « shall not report ». Le glissement n’est pas neutre. La formulation antérieure laissait à l’entreprise la liberté de divulguer du non-matériel — par exemple pour répondre à une demande d’investisseur ou couvrir un angle mort. La nouvelle crée une obligation d’omission.
Couplée à l’approche top-down, qui dispense d’évaluer la matérialité de chaque impact, risque ou opportunité individuellement, cette obligation ouvre un espace de discrétion considérable. Pour les datapoints climat à matérialité contestée — certaines catégories de scope 3, le méthane, l’exposition aux risques de transition de long terme, l’alignement Taxonomie sur des activités d’éligibilité disputée — le « shall not » devient un outil juridique d’occultation : l’entreprise qui juge, par « informed assessment », qu’un datapoint n’est pas matériel doit ne pas le rapporter, et aucune trace de cette décision n’apparaît dans le rapport. La charge de la contestation revient alors à l’auditeur ou à l’investisseur, sur une information qu’ils ne voient pas.
Notre demande : revenir à « is not required to report ». À défaut, imposer une traçabilité documentaire pour chaque datapoint matériel par défaut non rapporté, et présumer le climat (ESRS E1) matériel pour toutes les entreprises de l’UE, la charge de la preuve de non-matérialité revenant à l’entreprise.
3. Le voile du « seriously prejudicial »
Le projet introduit une exemption autorisant l’omission d’informations qui seraient « seriously prejudicial » à la position commerciale de l’entreprise — et l’étend explicitement aux effets financiers anticipés.
Le concept de préjudice grave à la position commerciale est intrinsèquement subjectif. Étendu aux effets financiers anticipés, il peut servir à soustraire les données climat les plus matérielles : expositions anticipées aux risques de transition (dépréciation d’actifs fossiles, perte de marchés sous prix carbone), trajectoires de décarbonation des produits, cibles GES précises. Surtout, l’exemption est par construction non opposable : la contester suppose de connaître l’information dissimulée, ce qui est par définition impossible.
Notre demande : définir « seriously prejudicial » par renvoi à la directive (UE) 2016/943 sur les secrets d’affaires (les trois critères cumulatifs : secret, valeur commerciale, mesures de préservation) ; exclure du champ les datapoints climat-critiques (cibles GES par scope, plan de transition, exposition fossile au sens d’ESRS E1, alignement Taxonomie) ; imposer la traçabilité de chaque omission.
4. Institutions financières : exemption sur les valeurs absolues du scope 3
Le projet d’ESRS E1 révisé, à son paragraphe AR 13 pour le § 23, exempte les institutions financières de divulguer les valeurs absolues correspondant à leurs cibles d’intensité scope 3 — c’est-à-dire à leurs émissions financées (GHG Protocol catégorie 15). Cette exemption provient de l’avis EFRAG de décembre 2025 et a été reprise sans modification ; elle ne figure donc pas dans la liste des modifications Commission, mais sa portée est équivalente.
L’ordre de grandeur est décisif. Pour une grande banque européenne, les émissions propres se comptent en centaines de milliers de tCO2eq/an ; les émissions financées, en centaines de millions. Le rapport est de l’ordre de un à mille. Une cible exprimée uniquement en intensité — gCO2eq par euro financé, par exemple — sans valeur absolue corrélée autorise un effet dénominateur : améliorer mécaniquement le ratio par la croissance du bilan, maintenir ou augmenter les financements fossiles tant que le bilan croît plus vite, et présenter une trajectoire « alignée 1,5 °C » en apparence pendant que les émissions absolues continuent de croître. Ce mécanisme est documenté de longue date par le Net Zero Banking Alliance Tracker, les rapports Banking on Climate Chaos, et les méthodologies PACTA et Transition Pathway Initiative.
L’ESMA, dans son avis du 18 février 2026 (ESMA32-846262651-5440), a relevé le problème — en restant prudente : elle recommande de clarifier la rédaction des disclosures attendus pour maximiser la comparabilité, non de supprimer l’exemption. Le constat est néanmoins posé : sans valeur absolue, la comparabilité entre institutions financières est compromise.
Notre demande : supprimer l’exemption AR 13 pour § 23. À défaut, la restreindre aux seules cibles d’intensité physique (ex. tCO2eq/MWh financé) et maintenir l’obligation pour les cibles d’intensité économique (ex. gCO2eq/euro financé), les plus exposées à l’effet dénominateur ; préciser que la valeur absolue se calcule selon la méthodologie PCAF, ventilée par classe d’actifs et secteur NACE.
5. Asset management : une exemption à l’interprétation trop large
Le projet introduit des dispositions visant à éviter que les gestionnaires d’actifs aient à rapporter des informations « non pertinentes » sur les investissements qu’ils gèrent.
La rédaction se prête à deux lectures. Restrictive, elle ne dispense que du reporting d’informations triviales. Extensive, elle dispense de tout reporting sur les investissements gérés — et vide alors l’empreinte climat du secteur. Or, pour une société de gestion, les émissions associées aux investissements (scope 3 catégorie 15) constituent l’essentiel du bilan carbone matériel : immobilier géré, participations actions et obligataires, projets d’infrastructure financés. Les gestionnaires européens administrent plusieurs dizaines de milliers de milliards d’euros pour compte de tiers. Si leur scope 3 financé devient invérifiable, c’est l’information amont sur laquelle reposent SFDR, PAB/CTB et Taxonomie qui se dérobe.
Notre demande : circonscrire l’exemption aux participations minoritaires sans contrôle ni influence significative (< 20 % du capital ou des droits de vote, cohérent avec les normes IFRS de consolidation) ; maintenir le reporting des émissions financées sur les portefeuilles gérés, aligné sur PCAF et ventilé par classe d’actifs ; exclure de l’exemption les sociétés ayant des fonds SFDR articles 8 ou 9 ou référencés sur indices PAB/CTB.
Globalement, un recul pour le climat
Le projet du 6 mai 2026 préserve à haut niveau l’architecture du standard et reprend l’essentiel de l’avis EFRAG. Mais les cinq points exposés ici ne sont pas marginaux : cumulés, ils dégradent l’ambition climat de l’ESRS, particulièrement sur le pilier des plans de transition et sur l’opacité accordée aux institutions financières dans le pilotage de leurs émissions financées.
Notre demande à la Commission est de revenir sur ces cinq points, ou à défaut de les encadrer strictement.
Elle s’inscrit dans une demande plus large : le rétablissement de l’article 22 de la directive (UE) 2024/1760 (CS3D) sur le devoir de vigilance, supprimé par Omnibus I. Sans obligation matérielle de produire un plan de transition aligné 1,5 °C, le standard ESRS — quelle que soit sa qualité technique — ne peut combler seul le vide juridique créé.
To be supported by a man is worse than eating mud.
Diary of a Vagabond, Fumiko Hayashi, urn:isbn:9780824859107
Il suffit d'un arbre.
juste des morceaux d'ombres
qui s'accrochent à nos épaules
où se forge un souffle
comme chante une source — Quatrain/ 206. Solange Vissac. 23 août 2026.
Parfois perdre son corps, oublié dans l’écrasement du temps, le regard perdu sur ce qui se pense — note d’écriture #55. Adrien Meignan. 23 août 2026.
je suis fascinée, ou plutôt tenue, par l’histoire de Dana et Fox, leur lien indéfectible. Je traque entre eux les regards, les gestes, ces deux là s’aiment mais ne le savent pas encore. — Trust no 1. caroline diaz. 23 août 2026.
Caroline dans son billet a placé des incrustations de la série télévisée en noir et blanc. Et voilà une idée formidable pour regarder de nouveau certains films ou séries télés, pour se concentrer sur un autre regard de l'œuvre, pour identifier les qualités d'une image, de sa lumière, …
Tellement de possibles.
Sur mac, si vous souhaitez basculer toutes vos interfaces en niveau de gris, vous pouvez le faire en utilisant les panneaux de configuration sur l'accessibilité afin de filtrer les couleurs. C'est possible aussi sur le téléphone.
I don’t usually re-read books. I just think there are too many books in this world to read. But I am very glad I re-read this, because I am almost a different person from the person who first read it. It is fascinating how our minds can interpret the same thing differently. And how I can run in circles believing I have lost interest in something only to return to it again with renewed perspectives. — on Murakami’s conversations with Seiji Ozawa: wavelength, appreciation, and negative space. Winnie Lim. 23 août 2026.
How long does it take for humans to become fictions?
Un lieu vide, pas à l'abandon, mais sans personne à l'intérieur. Une architecture redevenue plan, esquisse et dessin d'architecte, pensée en volume sans ce qui la fait vivre, la rend utile, dynamique, en trois dimensions, confrontée aux individus qui l'habitent, y travaillent, la traversent, la regardent ou s'en détournent. — De courbes est fait l'univers. Pierre Ménard. 23 août 2026.
A landslide at a huge waste dump in Guinea’s capital has killed 30 people, the government said on Sunday, after heavy rains overnight prompted it to collapse, engulfing nearby tents and shacks.
The incident occurred less than a week after the government announced plans to close the site and relocate the waste because of the threat it posed, especially during the rainy season, which causes landslides and fatal flash floods each year in crowded, underdeveloped cities across parts of West Africa.
The landslide took place at about 2am (3am UK time) in the Gbessia commune of Conakry, according to a government statement.
La presse générale des médias occidentaux parlent des catastrophes mais font rarement le suivi des enquêtes, de l'après catastrophe. Les médias restent toujours sur l'attente de la prochaine catastrophe. Et si jamais, c'est trop calme, ils s'ennuient. Pas d'approfondissement.
Le site appartient à un groupe turque « Albayrak », qui gère à travers sa branche locale « Yeşil Adamlar » la collecte de déchets, le site de la décharge de Dar-es-Salam était géré pour les opérations par le groupe italien Piccini qui a sur son site.
Today, most of the big cities in Developing Countries, experiencing rapid population growth, are faced with Municipal Solid Waste management issues. Reducing waste volumes, Reusing products at the end of their life, Recycling raw materials, Recovering energy; in a word Rethink waste as a Resource. This is Waste Valorization. Our plants, adopting the Best Available Technologies such as Anaerobic Digestion, Composting and Recycling are able to recover energy, organic soil fertilizers and recyclables from waste, creating widespread and inclusive occupation.
Le Train
Le tournage démarra en octobre 1963, des scènes du film furent tournées dans l’Eure, à Pacy-sur-Eure, dans les parages d’Acquigny et d’Heudreville-sur-Eure , notamment celle où Burt Lancaster escalade les flancs abrupts d’une colline dominant la voie. La scène finale du déraillement se situe non loin de la gare d’Heudreville. La plupart des figurants des scènes étaient des habitants d’Acquigny et d’Heudreville sur Eure. — Le train. Heudreville.
Cette ligne de train serait tellement pratique pour moi pour aller jusqu'à La Saussaye depuis Rouen.
Carte par Clive Lamming
Le Compagnie du Chemin de Fer de Rouen à Orléans cède la ligne à la Compagnie de l’Ouest en 1891, faute d’avoir pu équilibrer le budget de la ligne par la suite d’une faiblesse de trafic endémique. Au début du XXe siècle, en partant d’Orléans à 6 h du matin, on est à midi à Chartes, et à 19h 35 à Rouen. En sens inverse, les performances sont aussi peu enthousiasmantes, avec, par exemple, un départ à 6 h du matin de Rouen et une arrivée à 14h 44 à Orléans… Quelques embranchements permettant des correspondances, comme à Louviers vers St Pierre-du-Vauvray, à Pacy-sur-Eure vers Gisors, ou à Acquigny vers Evreux. A Bueil on pouvait aussi prendre certains trains de la ligne de Paris à Cherbourg. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, déjà, les amputations commencent : plus aucun train de voyageurs ne circule sur la ligne en 1950, et, entre La Haye-Malherbe et Heudreville, la ligne est déclassée en 1954. Tout service des marchandises cesse en 1989 et le déclassement de toute la ligne intervient en 1994. La ligne de Rouen à Orléans, reconstituée par un trait rouge, sur la carte Chaix de 1959. — De Rouen à Orléans : les péripéties d’une ligne qui ignorait la centralisation.. Clive Lamming. 23 juin 2022.
Faced with no other alternative, I started to walk.
Diary of a Vagabond, Fumiko Hayashi, urn:isbn:9780824859107
Aujourd'hui, j'ai vagabondé le long de la yamanote de Komagome jusqu'à la gare de Tokyo en passant par Ueno. La yamanote est une ligne de train de forme ovoïde dont le grand axe a une direction nord-sud. La grande majorité des touristes qui viennent à Tokyo se cantonnent à peu près à l'intérieur de la yamanote. Je ne suis pas le premier à utiliser la voie ferrée comme contrainte de parcours. Olivier avait, au début des années 2000, pendant près de deux ans, parcouru la yamanote à l'extérieur et à l'intérieur. Il avait publié un livre de photographies de son parcours avec Steph. (Olivier, tu devrais le republier. C'est beaucoup plus facile aujourd'hui que cela ne l'était, il y a 20 ans).
Donc un peu plus de vingt ans plus tard, les lieux sont toujours hantés.
nakazato, Japon, 23 août 2026nakazato, Japon, 23 août 2026tabata, Japon, 23 août 2026tabata, Japon, 23 août 2026nishi-nippori, Japon, 23 août 2026nishi-nippori, Japon, 23 août 2026yanaka, Japon, 23 août 2026ueno-sakura-gi, Japon, 23 août 2026ueno, Japon, 23 août 2026ueno, Japon, 23 août 2026
Although burial is the norm in many countries, it is extremely rare in Japan — over 99.97% of all bodies in the country are cremated, primarily due to limited space for large burial plots and out of concern that buried bodies could have a negative impact on soil and groundwater. There are about 10 cemeteries that allow burial scattered around Japan. But in practice, the number of plots is very limited, and burial permission, which is necessary from both the local government and temple or cemetery that conducts it, is difficult to obtain, according to several funeral service providers interviewed for this article. — Where do foreign residents in Japan want to die?.Yumi Wijers-Hasegawa. 11 août 2026.
Bouche à oreille. Boucle d’oreille.
Pour ne pas perdre le regard quand je me quand je marche, je prends de plus en plus de notes vocales qui sont automatiquement transformées en texte afin de pouvoir enregistrer ce que je pense.
Our field has a weird relationship with terminal and command line interfaces. The time has come to re-evaluate it. I’m on a kick lately getting my friends to try building native user interfaces. I built my first serious Mac application a few months ago, and since then I’ve built more native UI thingies than in my entire career prior to that. […] Meanwhile, if I build a TUI, I can be reasonably sure that Linux users are going to get the same experience I have. That’s not nothing. But remember: I’m not really building applications for other people to use. I’m building them for me. TUI affordances are an awfully big hit to take to get Linux users of programs I don’t even want to publish. A couple years ago, these arguments would have been deeply silly. Not because TUIs were good but because native UI wasn’t a reasonable ask. As evidence for that, observe that we’ve spent the better part of a decade living with Electron apps. That was because native UI was hard to do well. But it isn’t anymore, and we should be doing more of it. — Stop Making TUIs. Thomas & Erin Ptacek. 20 août 2026.
Stillness surrounded me. All the world was at peace.
Diary of a Vagabond, Fumiko Hayashi, urn:isbn:9780824859107
Autour de 16 h 30… c'est à ce moment-là que tout s'est déclenché, brutalement, sans vraiment de geste annonciateur. Les nuages étaient sombres. Le ciel aplatissait l'exubérance. Personne n'attendait rien de plus que le passage de la journée.
Le silence soudainement effacé par un déluge de gouttes épaisses. Des couteaux tombant verticalement écrasant tout sur leur trajectoire. Les cerisiers prenant la posture des saules. L'eau réussit à passer par les fenêtres fermées et, dans un des couloirs vitrés de l'appartement, nous devons mettre des serpillières pour absorber l'eau. Mais comme tout ce qui est a été, l'orage s'est arrêté. Le vacarme s'est interrompu. Plus aucune pluie.
Quelques heures plus tard, j'entends un léger bruit dans l'entrée de l'appartement. Du plafond, l'eau dégouline. Nous plaçons des seaux et des bassines. J'entends du bruit dans l'escalier, de l'activité plus que d'habitude. J'ouvre la porte d'entrée. Tous les résidents sont occupés à éponger. L'escalier est une chute d'eau. Les seaux passent de main en main. Les serpillières tordues à bout de bras. Nous aidons et nous faisons partie de la troupe qui écope.
Quelques heures passent au rythme des percussions de l'eau qui tombe de temps en temps dans les seaux.
Nous entendons de nouveau du bruit. Il va voir. Il me dit : « Viens voir. » » Je descends avec lui, cette fois-ci c’est une chaîne humaine, seaux en main, qui vide le fond de l'ascenseur en rejetant l'eau à l'extérieur dans la rue. Nous rentrons dans la chaîne.
Il aura fallu une heure pour finalement vider l'ascenseur. Nous avec eux, tous ensemble, un immeuble, une communauté. Un groupe dans la solidarité. Aucune demande, aucune question, du non-verbal, sans protocole, uniquement la volonté de résoudre les choses en face de l'adversité.
De retour dans l'appartement, il n'y avait plus que la tranquillité d'une satisfaction.
komagome, Japon, 22 août 2026
Il va pleuvoir, dit-on. Après tant de mois de sécheresse et de feu, voici que le temps change — celui qu’il fait, d’abord ; et puis celui qui passe, on peut rêver ; celui enfin, plus rétif à tout changement, dans lequel nous sommes pris — ce gros temps qui menace. Alors le mot mousson retrouve, l’espace d’une semaine, son sens : la saison qui bascule et l’eau qui revient quand on avait cessé d’y croire. Une semaine hors du temps : manière de nous arracher à l’ordre du jour commun — moins une soustraction qu’un détour par lequel on se donne une chance d’y revenir plus armés, l’oreille plus fine et le regard moins recouvert. — La Mousson d'Été 2026 | Temporairement Contemporain [n°0]. arnaud maïsetti. 21 août 2026.
One reason accessibility does not get executive attention is that it's often discussed in technical terms, like conformance with the Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) or compatibility with assistive technologies. Another is that accessibility is regarded as an operational matter where responsibility is delegated to the teams on the production frontline of product and service delivery and thus is taken care of. Yet, the consequences of inaccessible products and services can have an impact on revenue, profitability, reputation, procurement, operational efficiency, and even mergers and acquisitions. […] Accessibility risk needs ordinary, disciplined, and mature risk oversight. Without this, you put revenue, profitability, reputation, procurement, operational efficiency, and potential mergers and acquisitions at risk. — Is your board getting accessibility governance right?. 10 août 2026. Léonie Watson.
Hier… dans un café…
Le gâteau et le café a été photographié dix fois par cet homme élégant, un anneau à l’oreille, les cheveux noirs ébouriffés mais maintenus en place avec du gel. New Balance, chaussettes noires, pantalons blancs en toile de jeans, un polo noir, une chaîne autour du cou, un bracelet noir. Ces bras sont musclés mais fins. Il est rasé de près. Il est beau, totalement gay. On pourrait poser sa tête sur son torse dans le réconfort. Il finit par manger son gâteau. Je suis soulagé. Combien de photographies de gâteaux avant une bouchée ?
J'ai lu le nom ou plutôt la phrase d'accroche marketing d'une compagnie de construction du Japon qui coule beaucoup de béton : « Build The Culture »
Le marketing me fait couler au fond d'un lac profond les deux pieds dans le béton. Asphyxie.
Nearly every task in this project has had me stretching to do things that I’m pretty bad at, from firmware coding to security review to detailed carpentry to video editing. But I just love the idea of putting things out there again for people to hack on, and there's also something really satisfying about being able to be super-opinionated about the design and user interface of something after so many years of working on teams where I had to collaborate. (Even though I always got to collaborate with brilliant people, it's different when you get to pick every pixel!) — Introducing Dashboard Touch, A Build-Your-Own Version Of Touch Id. Anil Dash. 21 août 2026.
I have to be blunt here: Our critics are really fucking stupid, and we’ve given them way too much leeway to conjure senile fantasies out of their own illiteracy. We need to stop taking their trolling in good faith, and we need to stop apologizing for our work. The truth is that every purportedly obvious problem with humanities writing—every bogeyman of bias, difficulty, obscurity, and irrelevance—dissolves into something else, something much more interesting, as soon as we wade into the spaces where the scholarship exists. What actually happens when we read the words on the page, look up the key terms, push against the ideas in a text, scan a bibliography, find the sources, identify a conversation, and put down our own thoughts in language? What happens when we act like real Secondary Source People? — Humanists Have Done Nothing Wrong. David Hollingshead. 13 août 2026.
Pensée du jour : Quelle est l'œuvre de littérature la plus ancienne dont on connaît l'existence historique de l'auteur avec une version originale ?
When you worked in different places and are getting old. You collect the good parts of each places you worked in. And you create this beautiful fiction in your head of I want a bit of this, and a bit of that, …
I didn't know anyone in Tokyo, so it didn't matter if I was embarrassed. You could find whatever you needed here in this city. Since I was stripped down to the bare essentials as it was, I would have to work as hard as I could. I told myself that this was nothing; my job at the sweets factory was much worse. I felt somewhat relieved.
Diary of a Vagabond, Fumiko Hayashi, urn:isbn:9780824859107
Tori, la nuit entre les feuilles. À cet endroit, il y a un long escalier. Je l'ai monté. Je l'ai descendu. À pied, à vélo, lentement et rapidement. Essoufflé ou tranquille, parfois dans la descente en regardant les cerisiers en fleurs le long de la rivière Kanda. Le tori est l'entrée d'un tout petit sanctuaire shintō dédié à l'eau (sui-jinja 水神社)), protecteur du barrage de sekiguchi, fondé en 1702. Le dieu de l'eau serait venu murmuré à un moine qu'il fallait le vénérer ici et il protègerait Edo (Tokyo). Il contient une statue de Benzaiten (弁財天), mais tout ceci est hors de moi. Dans cet espace, pendant les quelques minutes que je prends pour traverser le cocon entre végétation et pierre, je ne suis que respiration, dissous, fluidité surtout la nuit. Il m'arrive parfois même d'oublier le mouvement, sans intention. Immobile, le paysage m'absorbe. Là, à ce moment là, je suis serein.
sekiguchi, Japon, 7 août 2026
où vas - tu ?
c'est la nuit
la nuit mord les voix
la nuit mord les corps endormis
Il faut s'habituer aux apparitions même si elles ne nous diront jamais plus que ce que nous pouvons en attendre. Ce n'est pas tant la diversité de ce qu'elles nous proposent que l'étendue de notre imagination à leur égard qui ne finira pas de nous surprendre. Parfois, on croise en ville un visage connu, ou même un mort : des tremblements nous viennent et le doute aussi immédiatement. — La dernière ville. Philippe Dollo & Benoît Artige. 20 août 2026.
If you’ve been following recent Firefox releases, you may have noticed that we’ve shipped multiple dot releases for several versions (up to six for Firefox 152). This new release cadence is designed to get bug fixes and completed features into users’ hands sooner, while making the release process more predictable.
It’s important to note that this doesn’t mean Firefox will ship twice as many features. Instead, we’ll be releasing updates more frequently, using a two-week rhythm instead of the current four-week cadence. For contributors, the biggest benefit is predictability: rather than waiting for an unpredictable series of dot releases, we’ll have a more consistent release schedule to plan around. — . Rizki Kelimutu. 20 août 2026.
The one thing that I find positive among all this (and that I’ve hinted at a few times in the past) is that anyone with a systematic take on things can now create whatever tools they might need to scratch their particular itch(es) – the results may not be perfect, and they may have an audience of one, but they can unblock time, patience and capabilities they would otherwise lack and improve things in general for themselves, without having to conform to someone’s idea of a “product” or jumping through hoops to make their workflows fit a tool. — The Age of Infinite Software. Rui Carmo. 20 août 2026.
For artist Grace Baldwin, the junk drawer is a repository of memories and nostalgia, where common items end up in a place that’s simultaneously accessible and out-of-sight, out-of-mind. Lately, she’s been constructing a lifelike one at a monumental scale, drawer and all. — Sift Through Grace Baldwin’s Giant Junk Drawer Filled with Nostalgia. Kate Mothes. 20 août 2026.
Besides JavaScript and CSS, there’s another way to animate SVGs: Synchronized Multimedia Integration Language (SMIL). Despite its quirks, it’s still worth learning. Like CSS animations, SMIL animations also work in <img> tags and can fully animate everything in an SVG, without JavaScript. — Timing Charts: A Blueprint For SMIL Animations. Johan Grobler. 20 août 2026.
Rarely sketching a composition before gluing and painting scraps of reclaimed wood, he would begin by selecting a shape or color that interested him and progress from there. “There might be a feeling or impulse that pushes me in a general direction when starting a new one… I’m usually surprised along the way as they inevitably start dictating what they want to be,” he adds. — Damien Hoar de Galvan Puzzles Scraps of Reclaimed Wood for a Daily Sculpture Project. Grace Ebert. 20 août 2026.
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