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EU pesticides export ban: what could be the consequences?
The report focuses on how a ban would affect EU employment, as well as the impacts on human health and the environment in importing countries. It concludes that stopping the export of EU-banned pesticides would neither endanger employment nor burden the EU economy. At the same time, a ban would positively impact people's health and the environment in importing countries.
While pesticides are banned in Europe because they are too hazardous for humans and/or the environment, European companies are still allowed to manufacture and export them in other parts of the world. This EU double standard poses a threat to human health and the ecosystems in importing countries, mainly Low- and Middle-Income Countries (LMIC). At the same time, the EU imports food grown using these substances, leading to exposure of EU consumers via residues in imported foods and also putting EU farmers in an unfair competition.
After committing to ban the export of these pesticides in 2020, the EU has been stalling, and even backtracking, under pressure from the industry, which fiercely opposes the adoption of an EU-wide export ban. The main argument used by the industry is that an export ban would harm the EU economy and create a massive job loss for pesticide producers while having no beneficial impacts for the protection of human health and the environment in importing countries. The thorough investigation presented in this report gives a completely different picture :
- A negligible economic cost for the EU. The total number of jobs potentially at risk as a result of a hypothetical EU export ban would be as low as 173 jobs in 2022. Based on the experience with the partial French export ban, the authors conclude that the total potential loss of employment would have accounted for 25 jobs in 2022 for the entire EU. In the end, no jobs might be lost at all as staff may be relocated or given different tasks.
- Positive impacts for importing countries. To this day, the EU remains the world's leading exporter of pesticides. Consequently, stricter rules on pesticide exports will have positive effects on chemical pollution globally. Halting exports of pesticides banned by the EU would reduce exposure and all associated risks for the health of agricultural workers, local populations, and the environment.
Based on these findings, the coalition of civil society organizations urges EU policymakers to act without further delay.
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Veblen Institute
- Mettre fin aux exportations de pesticides interdites dans L'UE : Quelles pourraient être les conséquences ?
Mettre fin aux exportations de pesticides interdites dans L'UE : Quelles pourraient être les conséquences ?
Le rapport (voir le résumé en français) examine les effets potentiels d'une telle interdiction sur l'emploi au sein de l'UE, ainsi que sur la santé humaine et l'environnement dans les pays importateurs. Le rapport conclut que si l'interdiction de ces exportations n'aurait que des effets très négligeables sur l'emploi et l'économie de l'UE, elle aurait des conséquences très positives sur la santé humaine et l'environnement dans les pays importateurs.
Alors que certains pesticides sont interdits dans l'UE en raison de leur dangerosité pour la santé humaine et/ou l'environnement, les entreprises européennes sont autorisées à les fabriquer pour les exporter vers des pays extra-européens. Ce double standard de l'UE menace la santé des populations et les écosystèmes des pays importateurs, principalement les pays à revenus faibles et intermédiaires. Dans le même temps, l'UE importe des denrées alimentaires produites en recourant à ces substances, ce qui expose les consommateurs européens aux résidus présents dans ces aliments importés et place, par ailleurs, les agriculteurs de l'UE dans une situation de concurrence déloyale.
En 2020, la Commission européenne s'était engagée à mettre fin à cette pratique et à prendre des mesures pour s'assurer que les "produits chimiques dangereux interdits dans l'UE" ne soient plus produits pour l'exportation. Les sociétés agrochimiques basées dans l'UE ont vivement réagi, arguant que les mesures proposées entraîneraient d'importantes pertes d'emplois, nuiraient à la compétitivité du secteur ou encore que l'interdiction n'aurait aucun effet positif sur les pays importateurs. Ce rapport révèle qu'aucune de ces affirmations n'est fondée. :
- Un coût économique dérisoire pour l'UE : le nombre total d'emplois potentiellement menacés dans les sept principaux pays exportateurs européens par une interdiction d'exportation de l'UE ne serait que de 173 emplois en 2022. Ces chiffres ont été affinés en examinant les conséquences sur l'emploi de la législation française sur l'interdiction, partielle, d'exporter des pesticides agricoles en 2022. En extrapolant à partir de ce précédent, les auteurs du rapport concluent que la perte potentielle totale d'emplois représenterait 25 emplois en 2022 pour l'ensemble de l'UE. En effet, de nombreux emplois concernés peuvent être affectés à d'autres postes au sein des entreprises, ce qui pourrait in fine conduire à des pertes nulles.
- Un impact positif considérable pour les pays tiers. L'UE reste à ce jour le premier exportateur mondial de pesticides. Par conséquent, des règles plus strictes en matière d'exportation de pesticides auront des effets positifs sur la pollution chimique au niveau mondial. L'arrêt des exportations de pesticides interdits par l'UE réduirait l'exposition et tous les risques afférents pour la santé des travailleurs agricoles, des populations locales et de l'environnement.
Sur la base de ces conclusions, la coalition d'organisations de la société civile exhorte les responsables politiques de l'UE à agir sans plus attendre.
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Veblen Institute
- Alternatives pour un partenariat équitable et durable entre l'UE et le Mercosur : scénarios et lignes directrices
Alternatives pour un partenariat équitable et durable entre l'UE et le Mercosur : scénarios et lignes directrices
Le 28 juin 2019, l'UE et le Mercosur sont parvenus à un accord politique en vue d'un accord de libre-échange entre les deux régions, après 20 ans de négociations. Le chemin vers la ratification a depuis lors été semé d'embûches. L'accord a été fortement critiqué pour ses impacts environnementaux et sociaux potentiels. En effet, l'accord UE-Mercosur favorise les flux commerciaux de marchandises incompatibles avec les objectifs fixés par l'accord de Paris, le Pacte vert européen et la stratégie "de la ferme à la table". Il présente des risques importants pour les pays du Mercosur, en les enfermant dans un rôle d'agro-exportateurs, et aggrave la déforestation en Amazonie. Sa mise en œuvre aura également un impact négatif sur les pays de l'UE, notamment d'un point de vue sanitaire, car il faciliterait l'entrée de produits fabriqués selon des pratiques interdites dans l'UE.
Ces obstacles conduisent à un examen critique de la viabilité et de la plausibilité de la ratification de l'accord actuel dans son état actuel - d'un point de vue environnemental, social et démocratique, mais aussi en ce qui concerne le différentiel des normes de production entre les deux blocs, dans le contexte des protestations des agriculteurs à travers l'Europe.
Le rapport, rédigé par l'Institut Veblen, la CISDL, E3G, la FTAO et l'IEEP, coordonné par le Green Trade Network et commandité par le groupe des Verts/ALE au Parlement européen, explore 4 scénarios pour un partenariat plus équitable et durable entre l'UE et la région du Mercosur :
- Alternative 1. Renégociation de l'accord. Avec comme éléments clés à prendre en compte, notamment : conditionner le bénéfice des préférences tarifaires au respect effectif de critères de durabilité pour tous les produits les plus sensibles du point de vue du climat et de la biodiversité ; le respect des engagements en matière d'environnement et de climat ainsi que des conventions fondamentales de l'OIT en tant qu'élément essentiel de l'accord ; des engagements spécifiques et mesurables dans le chapitre sur commerce et développement durable, etc.
- Alternative 2. Partenariat bilatéral sur les questions de durabilité sans accès au marché.
- Alternative 3. Coopération et intégration ciblées : un partenariat bilatéral sur la durabilité avec un accès ciblé au marché.
- Alternative 4. Partenariat(s) stratégique(s) bilatéral(aux) ciblé(s) (sur les matières premières critiques).
Le rapport contient également une série de recommandations politiques à l'intention des décideurs et des négociateurs des deux parties afin de construire les relations futures entre l'UE et le Mercosur :
1. Tout accord ou partenariat politique avec les pays du Mercosur (en tant que bloc ou individuellement) devrait être compatible avec l'accord de Paris et le cadre de Kunming-Montréal, conformément au droit international des droits de l'homme, aux normes de l'OIT, au droit de l'OMC et au droit international public.
2. Les futurs instruments de coopération entre les deux blocs devraient être basés sur des évaluations dynamiques des impacts de toute mesure d'accès au marché sur les écosystèmes et les communautés locales. Ils devraient inclure des feuilles de route adaptées pour traiter les questions environnementales et sociales clés, associées à des clauses de révision et d'ajustement.
3. Tout partenariat UE-Mercosur devrait être soutenu par des dispositifs d'aide financière destinés à faciliter le respect des exigences européenne en matière d'accès au marché et qui contribuent de manière significative et durable à la transition vers une économie propre et circulaire dans la région du Mercosur, en reliant davantage la politique commerciale de l'UE à des programmes spécifiques tels que le Global Gateway.
4. Le futur partenariat devrait prévoir une série de mesures d'assistance visant à garantir une gestion durable des ressources et une répartition équitable de la valeur, ainsi qu'à renforcer la capacité des acteurs locaux à se conformer aux réglementations de l'UE en matière d'environnement et de travail.
5. Les parties devraient s'abstenir de chercher à accroître le commerce entre les deux blocs en tant qu'objectif en soi, mais plutôt chercher à améliorer les échanges commerciaux pour les biens produits de manière durable et qui ne sont pas facilement disponibles dans l'autre bloc.
6. Les dispositions relatives à l'accès au marché d'un tel partenariat devraient se concentrer sur le commerce de produits durables fabriqués par des entreprises qui respectent la directive sur le devoir de diligence des entreprises en matière de durabilité - et autres réglementations similaires - en favorisant les produits locaux et nationaux lorsque cela est possible. Cela implique également de mettre un terme à l'exportation de substances nocives interdites dans l'UE (notamment certains pesticides).
7. Toute initiative de dialogue réglementaire doit viser à accroître le niveau de protection des travailleurs, des consommateurs et de l'environnement, et non à faciliter le commerce (qui peut être un avantage indirect, mais qui ne doit jamais en être une condition).
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Veblen Institute
- Alternatives for a fair and sustainable partnership between the EU and Mercosur: scenarios and guidelines
Alternatives for a fair and sustainable partnership between the EU and Mercosur: scenarios and guidelines
On 28 June 2019, the EU and Mercosur reached a political agreement towards a free trade agreement between the two regions, after 20 years of negotiations. In the ensuing period, the path to ratification has been fraught with internal and external challenges. The agreement was highly criticised for its potential environmental and social impacts.
Indeed, the EU-Mercosur agreement promotes trade flows of goods incompatible with the objectives set by the Paris Agreement, the European Green Deal, and the Farm to Fork Strategy. It poses significant risks for Mercosur countries, as it locks them into a role as agro-exporters, and worsens deforestation in the Amazon. Its implementation would also negatively affect EU countries, notably from a health perspective, as it would facilitate the entry of products produced using practices prohibited in the EU.
These obstacles prompt a critical examination of the viability and plausibility of ratifying the current agreement in its present state – from an environmental, social and democratic perspective, but also regarding the discrepancy in production standards between the two blocs, in the context of farmers' protests across Europe.
The report, authored by Veblen Institute, CISDL, E3G, FTAO and IEEP, coordinated under the Green Trade Network, and commissioned by the Greens/EFA group in the European Parliament, explores 4 scenarios for a fair and sustainable partnership between the EU and the Mercosur region :
- Alternative 1. Renegotiation of the deal : with key elements to consider such as, making tariff preferences conditional on effective compliance with sustainability criteria for all the most sensitive products from a climate and biodiversity point of view, compliance with environmental and climate commitments as well as core ILO conventions as an essential element of the EU-Mercosur Agreement, specific and measurable commitments in the TSD chapter, etc.
- Alternative 2. A bilateral partnership on sustainability issues without access to market (high level of cooperation, low level of market integration)
- Alternative 3. Targeted cooperation and integration: a bilateral partnership on sustainability with targeted market access
- Alternative 4. Targeted Bilateral Strategic Partnership(s) (on critical raw materials)
The Report also contains policy recommendations for decision-makers and negotiators on both sides to build future relations between the EU and Mercosur :
1. Any agreement or political partnership with Mercosur countries (as a bloc or individually) should be compatible with the Paris agreement and the Kunming Montreal framework in compliance with international human rights law, ILO Standards, WTO law and Public International Law.
2. Future cooperation vehicles between the two blocs should be based on dynamic assessments of the impacts of any market access measures on both ecosystems and local communities. They should include tailored roadmaps for addressing key environmental and social issues, combined with review and adjustment clauses.
3. Any EU-Mercosur partnership should be supported by a financial package that facilitates compliance with EU market access requirements and contributes meaningfully and sustainably to the Mercosur region's clean and circular economy transition, further linking the EU's trade policy with specific programmes such as the Global Gateway.
4. The future partnership should provide a series of assistance measures to ensure sustainable management of resources and a fair allocation of value as well as to raise the capacity of local actors to comply with the EU's environmental and labour regulations.
5. Parties should refrain from seeking to increase trade between the two blocs as a goal in itself, but primarily seek to improve commercial partnerships of products that are produced sustainably and are not easily available in the other bloc.
6. Market-opening provisions of such a partnership should focus on trade in sustainable products produced by companies abiding by the CSDDD and similar laws, favouring local and domestic products when possible. This shall also mean stopping the export of harmful substances that are banned in the EU (pesticides).
7. Any initiative for dialogue on standards should be aimed at increasing the level of protection for workers, consumers and the environment and not at facilitating trade (which may be an indirect benefit but should never be a condition for it).
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Veblen Institute
- Bilan après 6 ans d'application provisoire du CETA : un tableau mitigé pour le commerce mais clairement négatif pour l'environnement
Bilan après 6 ans d'application provisoire du CETA : un tableau mitigé pour le commerce mais clairement négatif pour l'environnement
Le volet commercial de l'accord entre l'UE et le Canada, CETA (AECG en français, Accord économique et commercial global) est en application provisoire depuis le 21 septembre 2017.
Le 24 novembre 2023 a eu lieu un sommet bilatéral entre le Canada et l'UE à Saint-Jean de Terreneuve, l'occasion pour les deux parties d'afficher leur satisfaction sur les retombées économiques du CETA et d'annoncer la création d'une soi disant nouvelle “Alliance verte”. Justin Trudeau et Ursula Von der Leyen ont ainsi réaffirmé “leur engagement sans faille en faveur de l'Accord de Paris et du renforcement de sa mise en œuvre”.
Pour autant, les premiers résultats de la mise en application provisoire du volet commerce du CETA ne vont pas dans le sens de cet engagement.
En janvier 2024, le CETA a fait l'objet de nouvelles discussions au Parlement européen avec l'adoption d'une résolution très positive. Piloté par l'eurodéputé espagnol Javier Moreno Sanchez (groupe des socialistes et démocrates), le texte vise à exhorter tous les États membres de l'UE à ratifier le CETA afin de déclencher l'application définitive de l'accord.
Puis en mars 2024, le projet de loi de ratification du CETA a été rejeté par le Sénat français.
Si le processus n'est pas achevé en France, ce vote génère de nouvelles interrogations sur la capacité de l'Union européenne de ratifier définitivement l'accord.
Six ans après le début de la mise en application provisoire de l'accord, il est possible de dresser un premier bilan qualitatif et quantitatif des effets du CETA. Peu d'analyses ou d'évaluations ont été publiées à ce jour, et à ce titre le projet de rapport du parlement européen apparaît bien incomplet. La Commission européenne avait rédigé des fiches d'information en septembre 2022, à l'occasion des 5 ans de l'application provisoire. Mais ces documents présentent les informations sous un jour très positif, même quand les faits disent le contraire.
Dans l'ensemble, les impacts économiques ont été réduits et le CETA est loin d'être un accord bénéfique pour l'environnement.
Comme prévu, l'impact marginal de l'application provisoire de l'AECG depuis 2017 est à peine perceptible. En volume, les exportations de l'UE n'ont augmenté que de 0,7 % entre 2017 et 2022 (contre 34 % entre 2012 et 2017, au cours de la période précédant l'application provisoire de l'accord).
La réduction des droits de douane couplée aux mesures de facilitation des échanges a contribué à l'augmentation des importations européennes de combustibles fossiles (y compris le pétrole issu des sables bitumineux), de minéraux, d'engrais, de produits chimiques et de plastiques. Les secteurs qui contribuent le plus aux échanges de services, et dont la croissance est la plus importante, sont les secteurs des voyages et des transports, qui génèrent tous deux d'importantes émissions de gaz à effet de serre.
Le Canada ne cesse par ailleurs d'exercer des pressions sur les normes européennes existantes et sur leur renforcement prévu par le biais des mécanismes de dialogue et de coopération réglementaire. Par exemple, au sein du Comité mixte des mesures sanitaires et phytosanitaires de l'AECG, le Canada remet continuellement en question la légitimité des règles européennes visant à garantir que les denrées alimentaires, les animaux et les produits d'origine animale mis sur le marché de l'UE respectent l'obligation d'assurer un niveau élevé de protection de la santé humaine et animale et de l'environnement. Le Canada fait de même au niveau multilatéral par le biais des comités de l'OMC.
En ce qui concerne le volet investissement, la partie non appliquée pour l'heure concerne les dispositions sur la protection des investissements, qui ne seront mises en œuvre que si toutes les Etats membres de l'UE ratifient le CETA. Mais le contenu du chapitre sur l'investissement apparait déjà dépassé car il n'est clairement pas aligné sur les nouvelles exigences posées par le Parlement européen suite à la modernisation du Traité sur la Charte de l'énergie. Les investissements fossiles sont en effet couverts, les normes de protection restent trop larges et vagues et une clause de survie de 20 ans est prévue.
Contribution de l'Institut Veblen au dialogue de Sharm el Sheikh de la CCNUCC
La CCNUCC a lancé un appel à soumission dans le cadre du dialogue de Charm el-Cheikh sur les sujets à discuter lors des prochains workshops sur le champ d'application de l'article 2.1(c) de l'Accord de Paris (1). Sur la base des soumissions reçues, les présidents du dialogue décideront des sujets à aborder dans les quatre prochains ateliers de 2024-2025.
La contribution de l'Institut Veblen se concentre sur la nécessité de mettre fin à la protection des investissements dans les combustibles fossiles pour mettre les flux financiers en conformité avec l'article 2.1.c de l'Accord de Paris. La contribution souligne que les accords internationaux d'investissement actuels et le mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États constituent des obstacles importants à l'atténuation du changement climatique et à l'adaptation à celui-ci. L'une des mesures nécessaires pour atteindre l'objectif de l'article 2.1 (c) est de sortir les investissements dans les combustibles fossiles de la liste des activités couvertes par la protection des investissements. C'est pourquoi cette question essentielle devrait être abordée dans le cadre du dialogue sur la CCNUCC à Charm el-Cheikh.
Note :
(1) Accord de Paris, article 2.1. (c) : “ Le présent Accord, en contribuant à la mise en œuvre de la Convention, notamment de son objectif, vise à renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques, dans le contexte du développement durable et de la lutte contre la pauvreté, notamment en : (...) c) Rendant les flux financiers compatibles avec un profil d'évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques”.
Veblen Institute's submission to the UNFCCC Sharm el Sheikh dialogue
The UNFCCC launched a call for submission in the framework of the Sharm el-Sheikh dialogue on topics to be discussed in upcoming workshops on the scope of Article 2.1(c) of the Paris Agreement (1). Based on submissions received, the chairs of the dialogue will decide which topics to address in the following four workshops over 2024-2025.
The Veblen Institute's contribution focuses on ending fossil fuel investments protection to bring financial flows in line with Article 2.1(c) of the Paris Agreement. The contribution points out that current international investment agreements and the investor-state dispute settlement mechanism are significant obstacles to climate change mitigation and adaptation. One of the measures needed to achieve the objective of Article 2.1 (c) is to remove fossil fuel investments from the list of activities covered by investment protection as soon as possible. This is why this key issue should be addressed as part of the UNFCCC dialogue in Sharm el-Sheikh.
Note
(1) Paris Agreement, Article 2.1(c) : "This Agreement, in enhancing the implementation of the Convention, including its objective, aims to strengthen the global response to the threat of climate change, in the context of sustainable development and efforts to eradicate poverty, including by: (...) (c) Making finance flows consistent with a pathway towards low greenhouse gas emissions and climate-resilient development".
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- Christophe Bex : « Le gouvernement est incapable de répondre aux problèmes des agriculteurs »
Christophe Bex : « Le gouvernement est incapable de répondre aux problèmes des agriculteurs »
Depuis une semaine, les manifestations des agriculteurs secouent la France entière. Celles-ci ont débuté à Carbonne (Haute-Garonne) avec un blocage autoroutier, qui n’a toujours pas été levé. Député de la circonscription, l’insoumis Christophe Bex s’est rendu à plusieurs reprises sur le blocage pour échanger avec les agriculteurs. Il y a observé une colère très profonde, que les récentes mesures annoncées par le gouvernement ne pourront pas calmer. D’après lui, l’incapacité des agriculteurs à vivre dignement de leur travail n’est pas due à des normes ou à des taxes excessives, mais bien au libre-échange et à la dérégulation totale du marché alimentaire, qui risque de tuer le secteur agricole, comme l’industrie auparavant. Pour Christophe Bex, ce mouvement social, qui échappe largement à la FNSEA, offre l’occasion d’arrêter cette destruction avant qu’il ne soit trop tard, à condition de prendre des mesures fortes. Entretien.
Le Vent Se Lève : La vague de mobilisation des agriculteurs a débuté il y a une semaine dans le Sud-Ouest de la France, en partant de votre circonscription, à Carbonne, où vous vous êtes rendus à plusieurs reprises sur l’autoroute A64 bloquée. La France compte pourtant beaucoup d’autres zones agricoles. Pourquoi, d’après vous, ce mouvement a-t-il commencé en Haute-Garonne ?
Christophe Bex : D’abord, je pense que c’est lié aux spécificités de l’agriculture dans le Sud-Ouest. Je suis originaire de Lorraine et j’ai également vécu en Seine-et-Marne, l’agriculture qu’on y trouve est tout à fait différente. A chaque fois, l’agriculture dépend du relief et du climat. En Haute-Garonne, nous sommes proche des Pyrénées et avons des petites parcelles. Ça n’a rien à voir avec les grands céréaliers comme le patron de la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats des Exploitants Agricoles, syndicat majoritaire, ndlr) qui a une propriété de 700 hectares. Or, la FNSEA ne défend pas les petits agriculteurs.
Cette spécificité territoriale a une conséquence politique : le président de la chambre d’agriculture de la Haute-Garonne (organisme départemental chargé d’accompagner les agriculteurs et géré par des élus des syndicats agricoles, ndlr) est le seul en France métropolitaine à ne pas être issu de la FNSEA, mais des Jeunes Agriculteurs. Bien sûr, ils sont proches, mais ils ont tout de même une certaine indépendance vis-à-vis du syndicat dominant et localement, ils travaillent bien avec la Confédération Paysanne (syndicat défendant une agriculture locale et respectueuse de l’environnement, classé à gauche, ndlr). Le Président de la chambre n’a que 33 ans, donc il a une vision de long-terme de l’agriculture : il a intégré que les consommateurs vont manger moins de viande, que le climat va devenir plus chaud, qu’on manque de plus en plus d’eau… On n’est certes pas d’accord sur tout, mais on converge sur beaucoup de points.
« On ne fera la transition agro-écologique qu’avec les agriculteurs. »
Or, on ne fera la transition agro-écologique qu’avec les agriculteurs. Actuellement, on leur impose de changer leurs méthodes de production, tout en dirigeant notre agriculture vers l’exportation, notamment les céréales, les spiritueux et le lait. D’un côté, on leur demande une bifurcation écologique, de l’autre il faut produire toujours plus pour vendre à l’étranger. Pour l’instant, on fait le choix d’exporter massivement certains produits et d’importer tout le reste : on est en déficit sur la viande, sur les fruits et légumes etc. Pourtant, notre pays est riche de la diversité de ses sols et de ses climats et est capable de nourrir sa population. La France était une grande puissance agricole, mais nous sommes en déclassement. C’est un choix politique : certains responsables politiques considèrent que l’agriculture n’est pas nécessaire, qu’on peut tout importer et que notre pays n’a qu’à devenir une grande plateforme logistique, un parc d’attraction pour touristes ou à accueillir les Jeux Olympiques.
LVSL : On a l’impression que l’agriculture française est en train de subir le même destin que l’industrie, qui a largement disparue…
C. B. : Oui, il se passe actuellement dans le monde agricole la même chose que dans l’industrie depuis les années 1980. Je me suis récemment rendu à Tourcoing pour soutenir la lutte des travailleurs de Valdunes, la seule entreprise française qui produit encore des roues de trains, de tramways et de métros. Tout le monde s’accorde sur le fait que la transition écologique implique que les voyageurs et les marchandises prennent davantage le train. Pourtant, l’entreprise est menacée de fermeture car les actionnaires ne la jugent pas assez rentable et veulent la délocaliser. Ces savoir-faire sont pourtant inestimables, il faut les protéger. Si les actionnaires ne veulent plus assurer cette production, nationalisons-là ! Elle est suffisamment importante pour que cela le mérite.
L’agriculture fait face au même dilemme que l’industrie avant elle : que veut-on produire, où, et dans quelles conditions sociales et environnementales ? Soit on se focalise sur quelques secteurs exportateurs et on importe tout le reste, avec un coût humain et environnemental considérable, soit on relocalise, on réindustrialise, on répond aux besoins français en priorité, avec les savoir-faire des travailleurs. Pour l’instant, c’est la première option qui est choisie. En Lorraine par exemple, lorsque la sidérurgie a été liquidée avec l’aide des socialistes au pouvoir, on a remplacé les hauts-fourneaux par un parc d’attractions, le Schtroumpfland, en espérant redynamiser le secteur.
On voit bien que c’est un échec : on ne peut pas remplacer une tradition, une histoire, des emplois syndiqués et correctement payés par des emplois de service, mal payés, sous-traités, voire exercés par des auto-entrepreneurs. C’est toujours la même histoire : le gouvernement se targue d’arriver au plein-emploi, mais la misère ne fait qu’augmenter. Oui, on peut arriver à de belles statistiques en matière de chômage grâce à des emplois à un euro de l’heure, mais les conditions de vie des gens se dégradent d’année en année.
« Qu’on soit ouvrier, paysan ou petit commerçant, c’est le même combat : on veut vivre dignement de notre travail et on est victime du même système capitaliste. »
Cela ne vaut d’ailleurs pas que pour l’industrie et l’agriculture. Il y a deux semaines, j’ai aussi rencontré des petits commerçants, notamment des boulangers et des pizzaïolos, très inquiets de la hausse des prix de l’électricité. Eux aussi font face à une concurrence déloyale : celle des supermarchés et de chaînes comme Marie Blachère, qui ont une force de frappe beaucoup plus forte, qui emploient à des coûts salariaux très bas, qui ouvrent le dimanche et qui peuvent se permettre de vendre une baguette 65 centimes. Qu’on soit ouvrier, paysan ou petit commerçant, c’est la même logique, c’est le même combat : on veut vivre dignement de notre travail et on est victime du même système capitaliste qui ne cherche qu’à maximiser le profit. Ce que je regrette, c’est que les luttes restent cloisonnées, que les ouvriers ne fassent pas grève en soutien aux paysans ou que ces derniers n’aient pas guère pris part aux manifestations contre la réforme des retraites par exemple. En tant que député, j’essaie donc de faire lien entre toutes ces luttes.
LVSL : En effet, le point commun est l’incapacité à vivre correctement de son travail. Mais on entend aussi beaucoup la FNSEA et une grande partie du spectre politique, des macronistes au Rassemblement National en passant par les Républicains, dire que le problème vient avant tout des normes. Lorsque vous vous êtes rendus auprès des agriculteurs, quelles revendications mettent-ils le plus en avant ?
C. B. : Le premier discours que j’ai entendu, c’est « on croule sous la paperasse, on a autre chose à faire ». Mais quand on creuse un peu, on comprend qu’ils ne demandent pas forcément moins de normes. Ils veulent bien respecter des règles, ils ne sont pas nécessairement opposés au bio. Les paysans savent très bien qu’ils sont les premières victimes des pesticides. On parle souvent des deux suicides d’agriculteurs par jour, qui sont extrêmement tragiques, mais on ne doit pas non plus oublier tous les paysans qui sont malades et qui meurent de cancers, de la maladie de Parkinson etc. Il suffit de regarder le scandale du chlordécone dans les Antilles françaises auprès des producteurs de bananes.
Le problème n’est donc pas le bio, mais la concurrence déloyale : les poulets d’Ukraine, les agneaux de Nouvelle-Zélande, les porcs de Pologne sont à des prix défiant toute concurrence car les salaires sont bas et les normes environnementales quasi-inexistantes. Les agriculteurs français sont très attachés au fait de faire des produits de qualité, mais ils ne peuvent pas faire face à ces productions importées. Cette mondialisation a aussi pour conséquence de faire voyager des virus qui affectent les cultures et les animaux. Par exemple en Haute-Garonne, on a actuellement une vague de maladie hémorragique épizootique, qui est probablement venue d’Espagne. Le gouvernement a annoncé que 80% des frais liés à cette maladie seraient pris en charge, mais les agriculteurs demandent que cela soit 100%.
« Le problème n’est pas le bio, mais la concurrence déloyale. »
Mais ces aides impliquent à chaque fois beaucoup de paperasse. Même chose pour les remises sur le « rouge », le gazole non-routier : il existe des déductions fiscales, mais qui supposent là encore des démarches administratives. Les agriculteurs ne veulent pas devenir des fonctionnaires, ils veulent vivre de leur travail. C’est qu’ils mettent tous en avant. Or, ils sont nombreux à ne plus y arriver. Et pour un agriculteur, faire faillite, c’est encore plus traumatisant que pour les autres chefs d’entreprise car ils ont une forte charge familiale et historique. Souvent, ils ont hérité la ferme de leurs parents et grands-parents, qui ont placé tous leurs espoirs en eux. C’est une pression très difficile à gérer quand on est en difficulté, donc beaucoup finissent malheureusement par se suicider, car ils ont l’impression d’avoir trahi leur famille.

Heureusement, le mouvement actuel recrée de la solidarité. Sur les barrages, on voit beaucoup d’agriculteurs à la retraite qui viennent soutenir leurs enfants. Et ça va au-delà des seuls agriculteurs : j’ai aussi rencontré des bouchers et des élagueurs, qui sont venus soutenir ceux avec qui ils travaillent au quotidien. On rappelle souvent que le nombre d’agriculteurs a beaucoup baissé, c’est vrai, mais ils restent tout de même au cœur de la vie des villages, car beaucoup d’activités dans la ruralité sont liées à l’agriculture. En Haute-Garonne, on parle toujours d’Airbus, mais le chiffre d’affaires de l’agriculture et de l’élevage est plus important que celui de l’aéronautique ! N’oublions pas aussi que beaucoup de maires ruraux sont agriculteurs. Donc, le nombre de paysans baisse, mais leur présence sociale, économique, politique et culturelle reste forte.
LVSL : J’en reviens à ma question précédente : vous dites que le problème n’est pas tant un excès de normes, mais plutôt la mauvaise organisation de la bureaucratie et surtout une concurrence déloyale. Mais concrètement, quand vous leur parlez de prix garantis, de quotas de production etc, est-ce qu’ils adhèrent à ces idées ?
C. B. : En fait, ils veulent avant tout des objectifs clairs. Pour l’instant, il n’y en a pas. On leur demande en permanence de produire autre chose qui se vendra mieux en fonction des cours internationaux, alors qu’ils ont souvent fait de gros investissements pour lesquels ils n’ont pas encore remboursé les prêts. Cette logique ne mène nulle part. On voit bien que la marge sur l’alimentaire n’est pas faite par les agriculteurs, mais par la grande distribution et les industriels de l’agro-alimentaire. Ils se gavent des deux côtés : sur le dos des consommateurs et sur celui des paysans. Il faut s’y attaquer, en encadrant les marges et en instaurant des prix plancher, comme nous l’avions proposé dans notre niche parlementaire.
« Il faut encadrer les marges et instaurer des prix plancher, comme nous l’avions proposé dans notre niche parlementaire. »
Pour partager la valeur ajoutée, il faudrait aussi que l’agro-alimentaire soit moins concentré et que la production soit plus locale. Certains paysans parviennent à transformer et vendre eux-mêmes leurs produits, souvent avec l’aide de leur entourage familial. Mais tout cela demande du temps et des savoir-faire : tout le monde ne s’improvise pas boulanger ou vendeur sur un marché. C’est pour ça que je plaide, comme la Confédération Paysanne, pour des unités de production plus locales. Cela éviterait que quelques grands groupes ne captent toute la marge et que les produits voyagent sur des centaines de kilomètres et cela récréerait de l’emploi et du lien dans les territoires ruraux.
LVSL : Vous évoquez la Confédération Paysanne. Ce syndicat a plein de propositions intéressantes, mais reste peu puissant face à l’hégémonie de la FNSEA dans le monde agricole. Pensez-vous que la FNSEA soit actuellement dépassée par sa base ?
C. B. : Oui. Les paysans que j’ai rencontrés ont organisé les blocages eux-mêmes, en dehors des syndicats et notamment de la FNSEA. Ils en ont marre de se faire balader par ce syndicat. Il suffit de voir ce qui s’est passé en Haute-Garonne : il y a deux semaines, les agriculteurs manifestaient à Toulouse en déversant du fumier partout pour se faire entendre. Et puis à 16h, les représentants de la FNSEA arrivent pour leur dire de rentrer chez eux avec leurs tracteurs et qu’ils vont négocier pour eux. Les paysans ont refusé de partir et ont décidé de bloquer l’autoroute à Carbonne. Bien sûr, la FNSEA a ensuite rejoint le blocage avec ses drapeaux. Mais elle ne maîtrise pas ce mouvement.
Les agriculteurs que j’ai rencontrés ne sont pas syndiqués ou sont proches d’autres syndicats, mais en tout cas, ils ne croient pas au discours de la FNSEA. Ils suivent ce qui se passe dans la société, ils voient que le modèle suivi par leurs parents, en produisant et en s’endettant toujours plus, va dans le mur. Ce n’est pas pour autant qu’ils adhèrent au discours d’autres syndicats : le patron de la chambre d’agriculture issu des JA est là, mais il ne fait pas la propagande de son syndicat. Même chose pour la Confédération Paysanne. Les agriculteurs veulent échapper à toute récupération syndicale, mais aussi politique. Moi j’y suis allé humblement, sans volonté de m’approprier quoi que ce soit. Jean Lassalle est également passé, Carole Delga a fait son show, puis Gabriel Attal vendredi, mais ils ont refusé que Jordan Bardella vienne.
LVSL : Gabriel Attal s’est rendu à Carbonne le 26 février, où il fait toute une mise en scène avec des bottes de foin et des agriculteurs triés sur le volet. Il a annoncé quelques mesures, comme le renoncement aux hausses de taxes sur le GNR et un « choc de simplification ». La plupart des agriculteurs rejettent ces mesures cosmétiques et annoncent poursuivre leurs actions. Pensez-vous que le gouvernement soit capable de répondre aux demandes des agriculteurs ?
C. B. : Non. Ce n’est pas avec des effets d’annonce que le gouvernement satisfera les agriculteurs. De toute façon, ils sont dans une logique capitaliste, d’accords de libre-échange, de libéralisme exacerbé… Or, répondre aux demandes des agriculteurs impliquerait des prix planchers, du protectionnisme, des quotas de production, etc. Ils devraient renier toute leur philosophie politique, ce qu’ils ne feront jamais. Donc ils se contentent de faire de la communication : Attal nous refait le même show que Macron il y a sept ans avec les Etats généraux de l’alimentation. On a vu le résultat !
Ils ont annoncé faire respecter les lois Egalim en envoyant 100 inspecteurs. Pour 400.000 exploitants, c’est de la rigolade. Attal espère que les mesurettes qu’il a annoncées suffiront à calmer les agriculteurs grâce à la courroie de transmission qu’est la FNSEA, mais ça ne marchera pas. Les agriculteurs sont à bout, comme d’ailleurs l’ensemble de la société française, qui les soutient largement. La colère qui s’est exprimée durant les gilets jaunes ou la réforme des retraites est toujours là et elle s’est même amplifiée. C’est impossible de prévoir sur quoi cela va déboucher, mais il est possible que ça prenne un tournant violent, même si je ne le souhaite évidemment pas car le pouvoir risque de s’en servir.
LVSL : Justement, on voit que le gouvernement fait pour l’instant le choix de ne pas réprimer le mouvement. Les paroles de Gérald Darmanin, qui parle de « coup de sang légitime » et évoque le recours aux forces de l’ordre seulement « en dernier recours » détonnent par rapport à la répression immédiate des autres mouvements sociaux. Comment analysez-vous cela ?
C. B. : C’est clair qu’il y a un deux poids, deux mesures. Quand les gilets jaunes occupent les ronds-points, quand les syndicalistes occupent des usines ou quand des militants écolos manifestent, les CRS débarquent très vite. Là, à Carbonne, les gendarmes viennent boire le café et manger le sanglier ! Ça change des Robocops qu’on a en ville ! La nature des forces de l’ordre joue d’ailleurs un rôle : les gendarmes côtoient les agriculteurs au quotidien, alors que les CRS sont déconnectés du territoire et ne font pas de sentiment.

Je ne sais pas si ça tiendra longtemps ou non, mais dans tous les cas le gouvernement est mal à l’aise. Car en face, les agriculteurs ont des gros tracteurs et sont souvent aussi chasseurs, donc ils ont des armes. C’est un peu comme avant quand les ouvriers de l’industrie manifestaient avec leurs casques et tout leur matériel. C’est plus dur à réprimer que les gilets jaunes. Dans tous les cas, j’espère vraiment que ça ne prendra pas un tour violent.
LVSL : Vous évoquez le fait que les agriculteurs sont très soutenus parmi la population et que la colère est très forte parmi les Français. Pensez-vous que le mouvement des agriculteurs puisse être rejoint par d’autres ? Croyez-vous à la « convergence des luttes » ?
C. B. : En tout cas, je le souhaite ! Mais pour ça, il faut casser les caricatures des deux côtés : celle de l’agriculteur bourrin, chasseur, viandard et bouffeur d’écolo et celui de la gauche urbaine, donneuse de leçons qui ne comprend rien à rien. La FNSEA fait d’ailleurs tout pour entretenir ces clichés, par exemple quand elle déverse du fumier devant les locaux d’Europe Ecologie Les Verts. Mais pour casser ces clichés, il suffit d’aller sur le terrain et de parler avec les gens. A chaque fois, j’ai été bien accueilli : tout le monde sait que je suis député France Insoumise, mais ça n’a posé aucun problème, on a pu discuter sereinement. Je suis issu de la campagne, ma femme est fille de paysans, donc je connais assez bien les problématiques du monde agricole.
« Il faut casser les caricatures des deux côtés : celle de l’agriculteur bourrin, chasseur, viandard et bouffeur d’écolo et celui de la gauche urbaine, donneuse de leçons qui ne comprend rien à rien. »
Mais ces échanges m’ont permis d’apprendre des choses : par exemple, on m’a expliqué que l’agriculture bio nécessitait souvent plus de gazole car sans herbicide, il faut retourner la terre plus souvent. Il existe bien sûr des possibilités pour en consommer moins, mais cela montre en tout cas la nécessité d’écouter les agriculteurs pour changer les méthodes de production. Il faut que la population s’empare de ces sujets et aille discuter avec eux pour mieux se rendre compte de ce qu’est l’agriculture dans notre pays et de ce qu’elle risque de devenir si on laisse faire. Autour de Carbonne, les exploitations font 50 ou 60 hectares, on est loin du Brésil, de l’Australie ou des Etats-Unis, avec des fermes-usines de dizaines de milliers d’hectares. Mais si on ne fait rien, c’est ce modèle qui s’imposera !
Donc oui, j’espère qu’il y aura une convergence des luttes car nous y avons tous intérêt. J’y travaille à mon échelle, par exemple en préparant un grand plan ruralité avec une vingtaine de mes collègues insoumis. Contrairement au plan ruralité d’Elisabeth Borne, qui va investir quelques millions pour ouvrir à peine quelques commerces, nous allons sillonner la France rurale, parler avec les gens et construire un plan de grande ampleur pour ranimer nos campagnes. Il faut y recréer des services publics, éviter de contraindre les gens à faire 50 kilomètres tous les jours pour aller travailler, redonner accès à la culture… Il y a beaucoup à faire, mais nous sommes déterminés et ce mouvement est une très bonne occasion de se pencher sur les problèmes de nos campagnes et d’y apporter des solutions.
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- Industrie alimentaire : « Faites les sortir par la porte, ils reviennent par la fenêtre »
Industrie alimentaire : « Faites les sortir par la porte, ils reviennent par la fenêtre »
Après dix ans d’information indépendante, le média Mr Mondialisation fait paraître son premier ouvrage Vous êtes l’évolution. Au sommaire : préface de Guillaume Meurice, dossiers de fond, textes inédits, illustrations d’artistes, guide des voies d’action. Afin d’en accompagner la sortie, LVSL publie l’extrait d’une enquête consacrée à l’industrie alimentaire. Le travail de Mélissa Mialon, ingénieure en agroalimentaire et docteure en nutrition, auteure de Big Food and Cie, démontre que les grands noms de notre alimentation (Coca-Cola, Nestlé, Danone…) sont responsables d’une intoxication massive des populations. La généralisation des produits ultra-transformés a en effet entraîné une forte hausse des maladies liées à l’alimentation, tandis que les milliards d’euros investis en lobbying et communication perpétuent l’empire agroalimentaire de ces grands groupes. Face à ce business lucratif, les politiques de santé publique préfèrent pourtant mettre en cause les choix des consommateurs, au lieu de veiller à la régulation de ce marché gargantuesque.
Pour s’assurer un marché d’envergure, « les industriels dépensent en effet des millions de dollars dans des appareils permettant de scanner nos cerveaux à des fins marketing » explique Big Food & Cie. Cet investissement massif qui forge l’efficacité de la publicité, explicite ou cachée, trouve d’ailleurs en Edward Bernays un ancêtre dévoué. Neveu de Sigmund Freud, il devient rapidement le père fondateur de la propagande de masse, fraîchement rebaptisée « relations publiques » actualise Mélissa Mialon. Son idée : transformer en profondeur nos désirs, en créer de nouveaux, et les modeler en « besoins ». Son pendant le plus élaboré s’incarne aujourd’hui dans une discipline largement sollicitée et inquiétante : le neuro-marketing.
Profitant de la désinformation générale, les industriels ont pour intérêt financier de créer des ambiguïtés sur leurs intentions et de construire un écran de fumée familier et addictif entre nous et leur véritable fonctionnement. Les marques, aidées des distributeurs et autres partenaires, ont ainsi massivement communiqué sur leur soi-disant bienveillance et leurs « atouts ». Ils ont attaqué nos cerveaux via de multiples supports, à plusieurs niveaux et simultanément : la publicité, partout, tout le temps, bien entendu, mais aussi les placements de produits, dont l’influenceur se faisant passer pour un ami est le dernier adhérent, sponsorings en tout genre, « war rooms » (des cellules de surveillance et influence des réseaux sociaux), démarchages auprès de décideurs, interventions scolaires, diffusions massives de sites de conseils aux allures neutres et médicales, fausses campagnes de prévention qui sont des spots publicitaires, greenwashings ou ethical-washing propres à semer une confusion difficile à cerner, philanthropies d’influence et organisations d’évènements sportifs ou caritatifs pour contrecarrer leur image malsaine, lobbyisme auprès des députés, gouvernements, scientifiques, sans parler du pantouflage, cette pratique qui consiste à passer de hautes fonctions publiques à une direction privée et inversement…
La liste est longue des actions qui ont permis aux industriels de parasiter nos connaissances, notre réalité et nos sources d’information. À un point d’opacité tel que la vérité paraît suffisamment hors de portée pour qu’on se résigne à se fier à eux. Et les preuves ne manquent pas non plus qui prouvent cette volonté de confusionnisme : « De Heineken qui se mêle de prévention routière, à Nestlé qui livre ses aliments ultra-transformés par bateau aux populations indigènes, en passant par Ferrero (Nutella) qui nous donne des leçons d’équilibre alimentaire, le catalogue des offensives contre la santé publique donne le vertige » nous interpelle l’auteure.

Dans une mise en scène soignée, « Mélanie C., nutritionniste chez Ferrero », nous présente fièrement la gourmandise phare de l’entreprise italienne dans une publicité parue en 2018 dans Paris Match. Pour n’aborder que l’influence scientifique, les industriels ont publié de nombreuses fausses études par le biais de pseudo instituts aux noms classieux, prend le temps de développer Mélissa Mialon. Parmi les précurseurs de ce procédé : les lobbyistes du tabac. Dès les années 50, ils fondent notamment une officine pour semer l’incertitude, précieuse incertitude : le Council for Tobacco Research (CTR) située à New York (Etats-Unis). « En un peu plus de quarante ans, le CTR a dépensé 282 millions de dollars pour soutenir plus de 1 000 chercheurs qui ont publié quelque 6 000 articles “scientifiques”. Nombre de ces travaux ont permis de fabriquer et d’entretenir le doute sur les effets du tabac sur la santé, ou encore de changer l’image de la nicotine en mettant l’accent sur ses aspects positifs »retranscrit Le Monde dans son dossier « Comment le lobby du tabac a subventionné des labos français ».
Des pratiques d’antan ? Les pressions du lobby du tabac continuent plus timidement ici grâce aux mesures restrictives exigées par les associations, mais sans ménagement ailleurs : comme en Afrique, à travers intimidations et soudoiements. La pratique a par ailleurs fait son bonhomme de chemin jusqu’à, en outre, Coca-Cola qui finançait la science pour vendre ses sodas, ou l’industrie pharmaceutique, sclérosée en 2015 par près de 244 millions de dollars de soudoiement aux laboratoires.
Des industriels qui ont pleinement conscience des risques liés à leurs produits ultra-transformés ont donc délibérément soumis leurs marchandises toxiques à une population inavertie et ont activement poussé à leur consommation. Pourtant, à cette réalité, comme pour le reste, combien répondent que les consommateurs sont seuls responsables de leurs sorts ? Aux débats d’opinions, Mélissa Mialon préfère substituer l’observation.