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Le tournant patronal du Rassemblement National, prélude de son arrivée au pouvoir ?

Déjeuners avec les grands patrons français, positionnement géopolitique de plus en plus atlantiste, opposition au libre-échange largement adoucie… Porté par d’excellents sondages, le Rassemblement National prépare activement sa potentielle arrivée au pouvoir en se rapprochant des milieux économiques et en tournant définitivement la page de l’ère Philippot. Qu’il s’agisse de rencontres avec des figures du monde des affaires, de changements programmatiques ou de refonte des alliances avec les autres partis d’extrême-droite, le RN est toujours discret sur ces évolutions. Il sait en effet que son électorat populaire en sera la première victime.

Mais où était Jordan Bardella ? Pendant des semaines, l’ultra-favori de l’élection européenne a séché tous les débats télévisés, envoyant ses lieutenants à sa place. Certes, en acceptant les invitations, il aurait été la cible de toutes les attaques et avait donc plus à perdre qu’à gagner. Bien sûr, il a aussi fait quelques meetings et tourné des vidéos pour ses réseaux sociaux. Mais le dauphin de Marine Le Pen semble surtout s’être employé à convaincre un groupe jusqu’alors assez réticent à l’arrivée du pouvoir du RN : le patronat.

Opération séduction devant les patrons

En plus des discours officiels adressés au MEDEF, à la confédération des PME, aux mouvements des entreprises de taille intermédiaires (METI), à FranceInvest ou à Croissance Plus, le jeune prodige lepéniste et sa patronne ont multiplié les déjeuners secrets avec nombre de figures du monde des affaires français. De Pierre Gattaz, ancien président du MEDEF, à Henri Proglio, ancien PDG d’EDF et Veolia, en passant par des membres du clan Dassault, de plus en plus de personnalités du monde de l’entreprise veulent échanger avec les deux têtes du Rassemblement National. Sophie de Menthon, dirigeante du mouvement patronal Ethic, Alexandre Loubet, directeur de campagne de Jordan Bardella et Sébastien Chenu, député RN, se chargent alors de caler les rendez-vous et de réserver des restos chics et discrets.

Certes, les motivations des intéressés divergent : certains sont déçus par Macron – qui a pourtant redoublé d’efforts depuis 10 ans pour séduire ce groupe social – tandis que d’autres cherchent surtout à nouer des contacts « au cas où ». Habitués à ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier, les grands chefs d’entreprises ont longtemps entretenu des contacts tant avec le Parti Socialiste (PS) qu’avec la droite (UMP/Les Républicains), avant que Macron ne rassemble ces deux écuries autour de sa personne. Mais cette ère semble sur sa fin : ne pouvant se représenter, le chef de l’Etat fait face à une guerre des égos entre ses successeurs potentiels. Édouard Philippe, Gabriel Attal, Gérald Darmanin, Bruno Le Maire… les candidats sont nombreux, mais aucun ne se détache vraiment du lot. Pour les grands patrons français, qui ont toujours vécu en grande partie de la commande publique, il serait donc hasardeux de tout miser sur le camp macroniste. Dès lors, prendre attache avec le Rassemblement National est une façon d’assurer la préservation de leurs intérêts.

De Pierre Gattaz, ancien président du MEDEF, à Henri Proglio, ancien PDG d’EDF et Veolia, en passant par des membres du clan Dassault, de plus en plus de personnalités du monde de l’entreprise veulent échanger avec les deux têtes du Rassemblement National.

Pour les séduire, le parti d’extrême-droite redouble d’efforts. Sur les salaires d’abord, le parti s’oppose résolument à leur hausse, alors qu’il prétend pourtant défendre le pouvoir d’achat des Français. Le parti s’est ainsi systématiquement opposé à la hausse du SMIC ou à l’indexation des salaires sur l’inflation et préfère promettre une hausse des salaires obtenue en baissant les cotisations sociales qui assurent pourtant le bon fonctionnement de la Sécurité sociale. Une position identique à celle du camp présidentiel. Toujours en matière de pouvoir d’achat, le groupe s’oppose aussi au blocage des prix proposé par la France insoumise et ses alliés et s’est abstenu lors du vote sur l’instauration d’un prix minimum sur les produits agricoles, demande centrale des paysans mobilisés début 2024. Citons également la ferme opposition du RN à la loi Zéro Artificialisation Nette et plus largement aux règles environnementales, dont les patrons ne cessent de se plaindre qu’elles entravent leur business. Le parti s’est aussi fait le relai à de très nombreuses reprises des demandes des lobbys, par exemple dans les domaines de la santé, du bâtiment ou de l’automobile. Enfin, bien qu’il se déclare pour le retour partiel à la retraite à 60 ans, le RN n’a jamais soutenu les mobilisations syndicales pour s’opposer à la réforme conduite par Macron. 

L’enterrement définitif de l’ère Philippot

Outre cette défense constante des intérêts des grands groupes, le camp lepéniste envoie également d’autres signaux remarqués aux patrons français. Citons en particulier la tribune de Marine Le Pen sur la dette publique dans Les Echos, quotidien économique de Bernard Arnault, dans laquelle elle reprend tous les poncifs libéraux entendus depuis des décennies. Surtout, le parti semble avoir enfin réussi à s’entourer d’un aréopage de conseillers de l’ombre aux CV bien remplis. Ce « cercle des Horaces », qui rassemble hauts-fonctionnaires, anciens conseillers ministériels et cadres de grandes entreprises, fournit aux leaders du parti des notes oscillant entre guerre de civilisation et plaidoyer du libéralisme économique. Ce cabinet secret est chapeauté par François Durvye, directeur général d’Otium Capital, le fonds d’investissement du milliardaire ultra-conservateur Pierre-Edouard Stérin, un exilé fiscal en Belgique candidat au rachat de l’hebdomadaire Marianne. Durvye a notamment accueilli Marine Le Pen dans son manoir en Normandie pour préparer le débat de second tour en 2022, avec quelques conseillers clés, dont Jean-Philippe Tanguy. Issu des rangs de l’ESSEC et du parti de Nicolas Dupont-Aignan, le député RN de la Somme est l’un des plus actifs du groupe à l’Assemblée et dans les médias, en particulier sur les questions économiques.

Dès le départ de Philippot et de ses troupes, la sortie de l’euro et le référendum sur le Frexit sont abandonnés, car ils effraient les électeurs issus de la droite traditionnelle, notamment les retraités obsédés par la stabilité, dont le parti essaie de capter les votes.

Avec cette équipe de grandes fortunes et d’obsédés de la dérégulation, Marine Le Pen et Jordan Bardella sont enfin parvenus à tourner la page de l’ère Florian Philippot. Fidèle lieutenant de Marine Le Pen jusqu’en 2017, cet énarque n’avait pas seulement contribué à la fameuse « dédiabolisation » : il avait aussi lourdement pesé sur le programme du RN en l’articulant autour du souverainisme, avec une volonté explicite de dépasser le clivage gauche-droite et de réunir le camp du « non » au référendum de 2005. Jusqu’en 2017, le FN défend donc une forme de sortie de l’euro, un référendum sur le Frexit ou encore le retrait du commandement intégré de l’OTAN. Sans défendre explicitement une sortie du cadre européen et atlantiste, le parti est alors, avec la France Insoumise, très critique de ces pertes de souveraineté monétaire, militaire, économique et politique. Cet héritage est désormais très largement liquidé. Dès le départ de Philippot et de ses troupes, la sortie de l’euro et le référendum sur le Frexit sont abandonnés, car ils effraient les électeurs issus de la droite traditionnelle, notamment les retraités obsédés par la stabilité, dont le parti essaie de capter les votes.

L’opposition au libre-échange, qui a toujours été une des craintes majeures des patrons vis-à-vis du RN, notamment ceux tournés vers l’export, est elle aussi en train d’être largement adoucie. Certes, le parti est contraint à un jeu d’équilibriste sur cette question, tant elle est fondamentale pour les milieux populaires victimes de la mondialisation. Dans son programme européen, le RN plaide ainsi pour une « concurrence loyale » au sein du marché européen, sans préciser ce que recouvre cette notion, ainsi que pour la « priorité nationale » dans la commande publique, formellement interdite par les traités de l’UE. Une profonde réforme de ces derniers sera donc nécessaire pour appliquer ces promesses. Le RN ne manque certes pas d’idées sur la question, notamment un référendum pour faire à nouveau primer la Constitution française sur le droit européen et la transformation de la Commission européenne en secrétariat du Conseil, institution réunissant les chefs d’Etats. Des propositions plutôt intéressantes pour que l’Union européenne soit une véritable « Europe des nations » plutôt qu’un proto-Etat supranational, mais qui nécessitent d’avoir des soutiens dans les autres Etats pour aboutir.

Or, si le RN peut théoriquement s’appuyer sur ses alliés d’extrême-droite à travers le continent, tous ne soutiennent pas une politique protectionniste. En témoigne ainsi le fait que 60% des eurodéputés du groupe Identité et Démocratie, auquel appartient le RN, ont voté pour le récent accord de libre-échange entre l’UE et la Nouvelle-Zélande ! De même, lors du vote sur les accords avec le Chili et le Kenya fin janvier, en pleine mobilisation des agriculteurs : le RN s’est abstenu, tandis que ses partenaires étrangers approuvaient largement les deux textes. De quoi sérieusement douter des promesses protectionnistes du parti.

Sur le plan géopolitique, l’évolution du Rassemblement National est également notable. Sans doute redevable au pouvoir russe, qui lui a accordé deux prêts en 2014 pour un total de 11 millions d’euros, Marine Le Pen a longtemps défendu un rapprochement avec le Kremlin, tout comme son allié italien Matteo Salvini. Cette position se matérialise notamment par le soutien à l’annexion de la Crimée et une série de rencontres, notamment une entre Marine Le Pen et Vladimir Poutine en mars 2017, juste avant l’élection présidentielle. Longtemps admiratrice du dictateur russe, Marine Le Pen a finalement été contrainte de défendre du bout des lèvres l’Ukraine depuis deux ans. Si elle a critiqué l’inefficacité des sanctions économiques contre Moscou et l’instrumentalisation du conflit à des fins politiciennes, ses propositions sur le sujet restent vagues et pleines de contradictions. Ces hésitations sont sans doute le reflet de la guerre d’influence que livre Jordan Bardella à sa patronne : le président du parti s’est, à plusieurs reprises, positionné explicitement dans le camp atlantiste et pour le maintien dans toutes les instances de l’OTAN, alors que Marine Le Pen est plus nuancée sur la question.

Recomposition de l’extrême-droite européenne

Ce tournant atlantiste et pro-européen est une forme de retour à la ligne originale du parti lorsqu’il était dirigé par Jean-Marie Le Pen. Se présentant alors comme le « Reagan français » et assumant un programme très libéral sur le plan économique, le père de Marine Le Pen était également un fervent défenseur de l’OTAN et de la construction européenne, qu’il voyait comme des remparts contre le communisme alors en place à l’Est de l’Europe. A l’époque, cette opposition frontale à la gauche permet au Front National de sortir brièvement de l’isolement politique, entre 1986 et 1988, lorsque le parti obtient ses premiers députés et apporte un soutien décisif à la droite traditionnelle pour gouverner cinq régions, qui lui offre quelques vice-présidences en échange. Excepté ce bref interlude, et malgré un affaiblissement continu depuis l’ère Sarkozy, le « cordon sanitaire » empêchant l’union des droites tient toujours de manière officielle.

Sur ce plan, l’élection européenne de 2024 pourrait marquer un tournant. L’extrême-droite progresse en effet sur tout le continent et les gouvernements reposant sur des accords entre la droite traditionnelle et l’extrême-droite se multiplient (Italie, Suède, Finlande, Croatie…). Fragilisée par plusieurs scandales, la Présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen, issue du Parti populaire européen (PPE, droite) n’exclut d’ailleurs pas de conclure une alliance avec le groupe des Conservateurs et Réformistes Européens (CRE, extrême-droite) pour se maintenir au pouvoir. Depuis plus d’un an, elle ne rate ainsi jamais une occasion d’afficher sa proximité avec la Première ministre italienne Giorgia Meloni, dont le parti Fratelli d’Italia détient l’une des plus importantes délégations d’eurodéputés du groupe CRE.

Rassemblant également le parti Droit et Justice polonais (PiS), les Démocrates de Suède et le parti espagnol Vox, ce groupe se distingue de l’autre groupe d’extrême-droite au Parlement européen, dénommé Identité et Démocratie (ID), sur deux aspects : la politique étrangère et la volonté de s’allier avec la droite traditionnelle. Tandis que les partis membres du groupe CRE ont toujours affirmé leur atlantisme et leur ouverture à l’union des droites, ceux du groupe ID sont davantage pro-russes et souvent isolés par leur radicalité. On retrouve notamment dans ce second groupe le Rassemblement National et la Lega de Matteo Salvini, ainsi que l’AfD allemande. Cette dernière est de plus en plus infréquentable : après les révélations sur une réunion secrète destinée à planifier un plan de « remigration » de deux millions de personnes d’origine étrangère vivant en Allemagne, l’AfD s’est à nouveau illustrée récemment en tentant de réhabiliter une partie des SS… 

La présence remarquée de Marine Le Pen au forum « Viva 2024 » à Madrid indique sa volonté de se rapprocher de partis notoirement atlantistes comme Fratelli d’Italia ou Vox.

Face à cet allié encombrant dont les outrances desservent sa stratégie de notabilisation, le RN a décidé de quitter le groupe ID et de rejoindre les CRE après le 9 juin, tout comme la Lega et le Fidesz de Viktor Orban. Des ralliements qui ont été mis en scène lors d’un grand rassemblement à Madrid le 19 mai, où les leaders de l’extrême-droite européenne étaient rejoints par des figures latino-américaines dont le Président argentin Javier Milei et un ministre du gouvernement Nethanyahou. Intitulée « Viva 2024 », cette démonstration de force a permis de renforcer les liens autour d’un agent réactionnaire commun. La présence remarquée de Marine Le Pen sur place indique sa volonté de se rapprocher de partis notoirement atlantistes comme Fratelli d’Italia ou Vox, ce qui peut rassurer un certain pan de l’électorat jusqu’alors inquiet des accointances russes du RN.

Un électorat moins populaire mais toujours plus large

Cette stratégie de respectabilité s’est également incarnée par l’arrivée de plusieurs personnalités sur la liste européenne du Rassemblement National, notamment Fabrice Leggeri, ancien directeur de l’agence de gestion des frontières extérieures de l’UE Frontex, énarque, normalien et haut-fonctionnaire au Ministère de l’intérieur. Ce ralliement largement médiatisé a été mis en avant par le RN comme une preuve de plus de sa capacité à gouverner grâce à des profils expérimentés et donc supposés « sérieux ». Sauf que cette « expérience » pose question : Fabrice Leggeri est visé par des plaintes pour complicité de crimes contre l’humanité et complicité de tortures en raison de la coopération de Frontex avec les gardes-côtes libyens, qui appartiennent pour beaucoup à des milices pratiquant le trafic d’êtres humains. Pour le sérieux, on repassera aussi : le RN demandait la suppression de Frontex, qu’il qualifiait de « supplétif des passeurs », lorsque Leggeri la dirigeait…

Malgré les énormes incohérences du RN, notamment entre les postures prétendant défendre les Français populaires face aux riches et la réalité de son programme et de ses votes, le pari semble fonctionner. En plus de conserver son socle populaire de vote contestataire, le parti d’extrême-droite attire de plus en plus de classes moyennes et de retraités. Cette dernière catégorie d’électeurs est souvent décisive : alors que les jeunes et les plus pauvres votent peu, les seniors se déplacent massivement. Un phénomène d’autant plus fort lors d’élections intermédiaires comme les européennes, où environ 50% des électeurs s’abstiennent. Avec cette progression chez les retraités, Bardella ferait donc sauter le « plafond en béton armé » qui a longtemps empêché son parti de remporter les élections. Si une victoire du RN à la prochaine présidentielle n’est pas encore acquise, sa probabilité ne fait donc que grandir.

Si le rejet viscéral du macronisme et l’argument du « le RN, on a pas encore essayé » jouent bien sûr un rôle important, résumer l’addition de votes populaires et de votes bourgeois en faveur du parti lepéniste à la seule volonté de « renverser la table » est trop simpliste. Comme l’explique le chercheur Félicien Faury, qui a interrogé nombre d’électeurs frontistes dans le Sud de la France, le parti parvient à fédérer différentes classes sociales autour d’un discours commun visant à faire porter la douleur des réformes néolibérales sur les étrangers, qui seraient aujourd’hui « assistés ». Ainsi, le parti refuse par exemple de construire plus de logements sociaux, mais entend en expulser les immigrés pour que davantage de Français en bénéficient. Au-delà du racisme, la popularité croissante de ce genre de thèses est directement corrélée à la résignation des Français : quoi que l’on fasse, les réformes libérales finissent par s’appliquer. 

Le RN parvient à fédérer différentes classes sociales autour d’un discours commun visant à faire porter la douleur des réformes néolibérales sur les étrangers, qui seraient aujourd’hui « assistés ». 

Pour convaincre les Français qu’une autre société est possible, la gauche aura donc fort à faire. Avec une telle popularité des idées défendues par Bardella et Le Pen, invoquer la peur de l’inconnu et l’histoire du parti ne fonctionne plus. Plus que jamais, il lui faut pointer les contradictions du RN et son agenda anti-social afin de démontrer quels intérêts l’extrême-droite défendra réellement si elle parvient au pouvoir. Mais pour cela, encore faut-il que la « gauche » en question soit crédible. Les trahisons et attaques anti-sociales des parangons de la « mondialisation heureuse », du « rêve européen » et autres sociaux-démocrates rêvant de renouer avec le hollandisme sont en effet les premières raisons de l’essor initial du RN.

Face à un gouvernement qui vient sur son terrain, Le Pen surenchérit à Mayotte

21 avril 2024 à 21:47
En visite pendant deux jours à Mayotte, la cheffe de file du RN s’est surpassée sur ses thèmes de prédilection, l’immigration et l’insécurité, dans l’espoir de se démarquer du pouvoir macroniste, qui a récupéré une bonne partie de son programme dans ce département de l’océan Indien.

Soupçonné de travailler pour Bardella, le journaliste de France Info Jean-François Achilli est suspendu

14 mars 2024 à 19:03
Selon «Le Monde», le journaliste politique a collaboré avec le président du RN pour l’écriture d’une autobiographie. Des révélations qui ont provoqué d’importants remous à Radio France, où plusieurs salariés se disent «écœurés». Il a été suspendu de l’antenne.

Jean-François Achilli et Jordan Bardella. © Photomontage Mediapart avec AFP

Probabl : vers une science des données souveraine et open source

1 février 2024 à 10:00

Fondée en septembre 2023, issue d’un projet confié à Inria par le secrétariat général pour l’investissement dans le cadre de France 2030, la start-up Probabl propose des solutions et des services basés sur la bibliothèque open-source d’apprentissage statistique en Python “scikit-learn”, l’une des plus utilisées dans le monde avec PyTorch et TensorFlow,“afin de pérenniser son existence et d’assurer son rayonnement”.

La mission P16 confiée à Inria et soutenue par de nombreux industriels dont Airbus, Axa, Berger-Levrault, Criteo, Dassault Systèmes, Docaposte, Hugging Face, Naval Group, OpenValue et Valeo, vise à développer et pérenniser des outils open source pour la science des données, l’IA et le ML, en étendant l’infrastructure logicielle de scikit-learn. Elle se concrétise à travers deux initiatives : l’une dirigée par Inria pour les aspects de R&D, et l’autre menée par sa spin-off Probabl pour la dimension industrielle.

La start-up est dirigée par Yann Lechelle, un entrepreneur chevronné de la French Tech et ancien directeur général de Scaleway. Il est entouré d’une équipe d’experts comprenant notamment Camille Troillard, Gaël Varoquaux (Directeur de Recherche à Inria) et Olivier Grisel, l’un des porteurs du projet scikit-learn avec Loïc Estève, Alexandre Gramfort,  Bertrand Thirion, Gaël Varoquaux, de membres du consortium scikit-learn tels que François Goupil, Guillaume Lemaitre et Jérémie Du Boisberranger, ainsi que par Fabien Gandon, Directeur de Recherche à Inria.

Une gouvernance et un actionnariat adaptés à sa raison d’être

Pour assurer sa mission ambitieuse, Probabl a mis en place un modèle d’actionnariat équilibré, reflétant son engagement en faveur de la souveraineté industrielle et numérique. Trois collèges d’actionnaires se partagent les parts de l’entreprise : un collège public représentant l’Etat via le dispositif French Tech Souveraineté, un collège privé comprenant des investisseurs tels que le fonds Costanoa Ventures spécialisé dans les solutions open source, et enfin un collège de collaborateurs individuels. Cette structure garantit une  représentation équitable de chaque partie prenante mais également une gouvernance équilibrée avec deux sièges par collège et un siège pour un membre indépendant, occupé par la chercheuse et entrepreneuse Stéphan-Eloïse Gras.

Une vision orientée vers l’innovation et la durabilité

Probabl s’est donné pour mission de renforcer la résilience de la France et de l’Europe tout en réduisant leur dépendance technologique “grâce à une technologie open source qu’elles ont vu naître”. Ciblant le marché global de la science des données au delà de scikit-learn, estimé à près de 700 milliards d’euros d’ici 2030, l’entreprise entend jouer un rôle clé dans la transformation numérique de la société et dans l’adoption d’un IA industrielle efficiente et conforme à l’AI Act européen, dans le respect des normes éthiques et juridiques les plus strictes.

Parmi ses projets, des offres liées à la formation, au support, la certification, l’hébergement et la fourniture de services gérés, aux services professionnels…

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Écocidaire et inutile : pourquoi le projet d’autoroute A69 fait fausse route

Nouvelle manifestation des Soulèvements de la Terre, grève de la faim et de la soif du militant Thomas Brail, interpellation de l’Etat par les députés de gauche, tribunes de scientifiques… Le projet d’autoroute A69 entre Toulouse et Castres, temporairement à l’arrêt, suscite une opposition de plus en plus intense. Vieux de près de 30 ans, celui-ci est en effet impossible à défendre, tant il est destructeur pour l’environnement et étant donné qu’il revient plus ou moins à privatiser une route nationale existante. Alors que le gouvernement et la présidente de Région Carole Delga s’acharnent à défendre ce tronçon de béton, une vaste coalition hétérogène se met en place pour le stopper.

Il ira jusqu’au bout. Après avoir entamé une grève de la faim depuis le 1er septembre et s’être installé durant dix jours dans un platane pour protester contre le projet d’autoroute A69, l’arboriste-grimpeur et militant Thomas Brail a entamé une grève de la soif le 9 octobre. Le lendemain, craignant son décès, le gouvernement a annoncé la suspension temporaire des travaux jusqu’aux négociations organisées ce vendredi. Il aura malheureusement fallu en arriver à de telles extrémités pour empêcher provisoirement les bétonneurs de tracer leur route.

Un projet fossile

Si ce fameux tronçon autoroutier est aujourd’hui au cœur de l’actualité, le projet est dans les cartons depuis longtemps. La décision ministérielle de création d’une 2×2 voies entre les villes de Castres et Toulouse, afin de désenclaver la cité tarnaise et favoriser un essor économique par un accès facilité à la métropole remonte en effet au 8 mars 1994. Distantes d’environ 70 kilomètres, les deux villes étaient alors, et sont toujours reliées par la route nationale 126, conçue et entretenue par les pouvoirs publics. 

Fin 2009, le ministre des transports confirme le projet d’autoroute, longeant la RN126, entre Castres et Toulouse par concession autoroutière, supposée accélérer les travaux. Le projet principal se concentre alors sur la construction d’une portion d’autoroute entre Castres et Verfeil, au nord-est de Toulouse, de 54 kilomètres. Ces dernières années, le projet s’est accéléré, d’abord avec la déclaration d’utilité publique en juillet 2018, puis par la signature du contrat définitif de concession de l’autoroute A69 en 16 avril 2022 avec la société Atosca, filiale du groupe NGE, une holding du BTP. Les travaux ont quant à eux débuté en mars 2023. Bref, les promoteurs n’en démordent pas : l’A69 sera construite.

Les élus favorables au projet dépeignent une vision catastrophiste de territoires ruraux, faisant fi des propositions alternatives mises sur la table.

De manière presque anachronique, les partisans de l’A69 déploient, pour convaincre, un argumentaire basé sur une forme de « solutionnisme » technique ayant pour ligne directrice une vision émancipatrice de la voiture individuelle. Maniant hyperboles et emphase, ils qualifient ce projet de « vital pour le territoire », allant « dans le sens de l’histoire du département » selon les termes du Président du Conseil Départemental du Tarn Christophe Ramond (PS). Comme en écho à un discours du siècle passé, les élus favorables au projet dépeignent une vision catastrophiste de territoires ruraux, isolés et abandonnés des politiques nationales de mobilité collective, rendant le recours au véhicule individuel indispensable, faisant fi des propositions alternatives mises sur la table. Dans cette perspective, les responsables départementaux font du projet de l’A69 une « absolue nécessité pour le Tarn », tandis que les élus régionaux estiment qu’ « il faut sauver ce territoire pour qu’il ait un avenir ! ». La voiture ou l’isolement, l’autoroute ou la décrépitude, le pétrole ou la mort, en somme.

Un dossier béton… vite enlisé

Pour justifier la pertinence de l’A69 alors qu’il existe déjà une route nationale, ses promoteurs mettent en avant un gain de temps estimé à 35 minutes entre les deux villes. A priori conséquente, cette économie de temps est néanmoins rapidement relativisée par les différentes critiques du projet. Calculée par rapport à une vitesse moyenne inexacte de 130 km/h, celle-ci est en réalité inexacte et s’élèverait, selon plusieurs simulations, plutôt autour de 12 à 15 minutes, si l’on exclut les ralentissements à attendre à l’arrivée de Toulouse. Bref, cet argument est largement exagéré.

D’autre part, la société Atosca argue d’un engorgement des voiries actuelles qui justifierait la création d’une infrastructure plus importante. Cependant, cet argument échoue lui aussi à l’épreuve quantitative. En effet, la Déclaration d’Utilité Publique (DUP) 2018 estimait à 10 900 le nombre de véhicules susceptibles d’emprunter l’hypothétique A69. Or, la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement d’Occitanie (DREAL Occitanie) recensait pour sa part en 2019 un trafic moyen journalier annuel de 8422 véhicules dans le village de Soual, en périphérie de Castres, et de 5 640 véhicules à l’entrée de l’A680 en bordure de Toulouse. Par comparaison, les tronçons autoroutiers recensaient en moyenne à l’échelle nationale plus de 28.000 véhicules par jour en 2021 selon l’Association des Sociétés Françaises d’Autoroutes (ASFA).

Au vu d’un gain de temps très faible et d’un trafic trop faible pour nécessiter une telle infrastructure, le prix du péage autoroutier risque de décourager les rares usagers potentiels. Le prix annoncé pour un trajet simple par le concessionnaire est en effet de 6,77€, auquel il faut ajouter 1,60€ pour la portion d’A68 reliant Toulouse, aboutissant à une somme totale de 8,37€, soit presque 17€ pour un aller-retour Castres-Toulouse…

Appropriation de bien public et fourberie administrative 

Dès lors, comment les promoteurs de l’A69 peuvent-ils espérer que cette infrastructure sera rentable et utile ? Ils semblent qu’ils aient trouvé une solution : à défaut de rendre l’autoroute attirante, il est tout à fait possible de rendre la RN126 invivable. Le futur tracé de l’autoroute, que le Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) qualifie d’« assez incompréhensible », a donc tout naturellement inclus dans ses projections les deux rocades de contournement des villages de Soual et Puylaurens, construites en 2000 et 2008 pour 55 millions d’euros. Ces contournements construits par l’argent public, fortement appréciés par la population locale pour le désengorgement des localités concernées et l’éloignement des nuisances sonores, seraient donc aspirés dans ce nouvel itinéraire privé et payant.

A défaut de rendre l’autoroute attirante, il est tout à fait possible de rendre la RN126 invivable.

Cet escamotage n’est pas le seul tour contenu dans les tiroirs du promoteur : sous couvert de rééquilibrage, il est prévu que la RN126 soit déclassée en route départementale, que sa vitesse soit abaissée et qu’elle repasse par de nombreuses bourgades et villages, ce qui signifierait de laborieuses traversées de bourgs, auxquelles s’ajouteront 12 nouveaux ronds-points. Exaspérés par un trajet rallongé et considérablement amoindri dans sa qualité, les usagers se tourneraient donc vers l’A69, plus « confortable »… 

Quand le dernier arbre aura été coupé…

Si ces éléments techniques sont déjà suffisants pour questionner ce projet d’autoroute A69, de nombreuses considérations d’ordre démocratique et surtout environnemental achèvent de mettre en exergue le potentiel destructeur et mortifère de cette initiative. Au total, le projet implique une artificialisation de 474 hectares, dont 316 de terres agricoles. Par ailleurs, les 44 kilomètres de voiries neuves, le projet pourrait impacter directement et durablement l’environnement immédiat selon l’Autorité Environnementale, en entraînant une « fragmentation du territoire », une « forte consommation des sols naturels et agricoles » ainsi qu’une « rupture des continuités écologiques ». L’A69 traverserait ainsi plusieurs zones humides protégées, tout en mettant en péril de nombreuses espèces d’insectes et d’oiseaux. Une portion particulière du tracé, dans la zone inondable entre Vendine et Gragnague, impliquerait, elle, un remblais, qui compliquerait les écoulements naturels d’eau et augmenterait le risque d’inondations.

Étant donné un bilan aussi désastreux, l’enquête publique environnementale conduite fin 2022 s’est soldé par un plébiscite contre le projet : 90% des 6 266 personnes ayant répondu étaient défavorables à ce projet. Plus récemment, le 24 septembre 2023, ce sont 200 scientifiques toulousains, dont deux membres du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du  Climat (GIEC), qui demandaient l’arrêt immédiat des travaux de l’autoroute, revendiquant dans une lettre ouverte leur « rejet unanime » de ce projet écocide. 

Outre la bétonisation des terres, c’est l’abattage de 200 arbres, pour beaucoup des platanes d’alignement centenaires typiques des routes du Sud de la France, qui suscite le plus d’oppositions. Certes, les défenseurs de l’autoroute promettent de planter cinq nouveaux arbres pour chaque arbre coupé. Au vu des sécheresses et canicules de plus en plus violentes chaque année, on peut déjà douter de la résistance de ces futurs arbres, alors que les platanes centenaires, aux racines plus profondes, encaissent bien mieux ces chocs climatiques. Plus largement, la coupe d’arbres centenaires est un non-sens, ceux-ci étant reconnus comme des alliés principaux dans la captation de CO2. Dans leur tribune contre l’A69, les scientifiques rappellent ainsi que « non, un arbre centenaire ne peut être remplacé par cinq jeunes arbres : il est irremplaçable dans les échelles de temps qui nous concernent, en raison du carbone qu’il contient, qu’il continue de capter, des autres vivants avec lesquels il interagit, de son importance dans la régulation du cycle de l’eau et du microclimat local ».

Pour protéger ces arbres, dont les premières coupes, le 1er septembre 2023, ont dû être organisées de nuit et sous surveillance policière, les militants ont tenté différentes actions. Beaucoup d’entre eux font partie du groupe national de surveillance des arbres (GNSA), créé il y a quatre ans pour lutter contre les coupes rases et différents projets écocidaires. Son fondateur n’est autre que Thomas Brail, lui-même arboriste-grimpeur, qui est devenu par ses actions spectaculaires – grève de la faim et de la soif – le visage le plus médiatique de cette contestation. D’autres arboristes-grimpeurs, surnommés les « écureuils », sont également montés dans les platanes menacés, occupant un double rôle de vigie et de blocage, leur présence dans les branches rendant la coupe impossible.  En parallèle de ces actions radicales, les militants ont aussi eu recours au droit, en s’appuyant sur l’article L.350-3 du code de l’environnement, qui reconnaît « le rôle pour la préservation de la biodiversité » des arbres et interdit l’abattage d’un ou plusieurs arbres, sanctionnant les contrevenants d’une amende de 5ème classe, égale à 1 500€. Mais la justice a finalement autorisé l’abattage des arbres concernés, alors même qu’ils n’étaient pas inclus dans la demande d’abattage dérogatoire du projet d’A69.

Une floraison de résistances

Si les recours juridiques font désormais régulièrement partie des répertoires d’action des militants écologistes en lutte contre des projets destructeurs, les militants contre l’A69 utilisent tous les leviers possibles. A ce titre, cette lutte est d’ailleurs un exemple-type de la combinaison de tous les moyens d’action, des plus institutionnels aux plus spectaculaires. Au-delà du droit, les opposants ont d’abord cherché à interpeller les élus locaux et les parlementaires. Les élus France Insoumise, ainsi que ceux du Parti communiste et d’Europe-Ecologie-Les-Verts, pourtant membres de la majorité régionale de la socialiste Carole Delga qui défend le projet, ont répondu présents. Ces soutiens n’ayant pas été suffisants, plusieurs manifestations ont également été organisées devant le Conseil régional de la région Occitanie, mais sans plus de succès.

Cette lutte est un exemple-type de la combinaison de tous les moyens d’action, des plus institutionnels aux plus spectaculaires.

Constatant que l’Etat et la Région n’entendent pas renoncer à ce projet, les militants ont ensuite élargi leur répertoire d’action à la désobéissance civile, notamment via l’occupation des sites de chantier et des arbres. Fin avril, les opposants locaux ont été rejoints par d’autres militants écologistes de toute la France, durant un week-end d’action des Soulèvements de la Terre, une structure qui fédère différents collectifs, associations et syndicats et organise des actions spectaculaires autour de différentes luttes locales. Organisée peu de temps après la violente répression de la manifestation contre les méga-bassines de Sainte-Soline, cette opération « Ramdam sur le Macadam » s’est voulue pacifique et joyeuse, notamment via l’organisation d’une course de caisses à savon et la construction de petits murs de parpaings sur la nationale actuelle. Une nouvelle édition de cette manifestation est prévue prochainement, les 21 et 22 octobre. Mais là encore, les pouvoirs publics n’ont toujours pas plié. Pour certains militants, la grève de la faim et de la soif sont donc apparues comme les seules possibilités pour interpeller l’opinion publique et forcer le gouvernement et la région à une négociation rapide. Si les travaux ont temporairement été suspendus pour éviter le scandale qu’aurait entraîné le décès de Thomas Brail, rien ne garantit qu’ils ne reprendront pas à brève échéance.

Enfin, les militants ont tenté de parer à l’argument habituel qui leur est opposé, à savoir qu’ils ne font que des critiques stériles et ne proposent pas d’alternative. Un registre auquel a eu recours le président de la Chambre du Commerce et de l’Industrie (CCI) du Tarn, pour qui il n’y a « pas d’alternative raisonnable » au projet d’A69. Or, un projet alternatif, conçu par le paysagiste-urbaniste Karim Lahiani et  porté par le collectif La voie est libre existe bel et bien, et a été présenté à l’Assemblée nationale. Dénommé « Une autre voie », celui-ci permettrait de reprendre les terres déjà expropriées pour en faire une matrice innovante, écologique et créatrice d’emplois. 

Une guerre des imaginaires

S’il prévoit quelques  aménagements routiers pour la RN126 (qui comporte 3 fois plus de points d’entrée que l’autoroute), ce projet fait surtout la part belle aux mobilités douces. Le développement du train est une priorité, à travers la rénovation des gares et la création de cinq nouvelles haltes ferroviaires, ainsi que l’augmentation de la fréquence des trains. Le vélo n’est pas non plus oublié, ce projet prévoyant la création de la première véloroute d’Europe entre Toulouse et Mazamet (87 km). En miroir de la destruction annoncée par l’A69, il est aussi prévu de créer 315 kilomètres d’alignements d’arbres afin de faire face aux canicules à venir et de convertir 250 hectares de terres agricoles à l’agriculture biologique. Cette transition agroécologique permettrait, selon ses promoteurs, d’augmenter de 30 % le nombre d’oiseaux et d’insectes localement et donc de faire face à l’érosion de la biodiversité. Au total, cette « autre voie » devrait coûter environ 100 millions d’euros, dont seulement la moitié viendrait des collectivités locales, le reste étant éligible à des financements nationaux (Plan vélo, France 2030…). Un chiffre bien faible en comparaison des 450 millions d’euros que coûtera l’A69.

Au-delà d’une bataille entre le béton et les arbres, il s’agit d’une lutte entre les porteurs d’un statu quo mortifère basé sur un alliage pétrole-technique et les défenseurs du vivant.

Ainsi, le projet de l’autoroute A69, comme la plupart des projets routiers et autoroutiers aujourd’hui envisagés, apparaît finalement comme symptomatique d’un rapport de force et d’une bataille idéologique opposant des visions du monde profondément différentes. Au-delà d’une bataille entre le béton et les arbres, il s’agit d’une lutte entre les porteurs d’un statu quo mortifère basé sur un alliage pétrole-technique et les défenseurs du vivant. Dans ce point de bascule – tant en matière de dérèglement climatique que de disparition de la biodiversité – que sont les années 2020, de nombreuses voix s’élèvent pour revendiquer et mettre en œuvre l’imaginaire d’un avenir désirable. Autant de voix qui refusent de poursuivre l’asservissement de la nature et de l’être humain au marché et à la rentabilité, et qui réclament urgemment, une vraie bifurcation écologique.

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