Composé de 50 estampes numérotées en chiffres romains et arabes, le Tarot de Mantegna est organisée en 5 séries de 10 figures. Celles-ci sont désignées par les lettres E, D, C, B et A. La numérotation des cartes poursuit les lettres de l'organisation de E à A afin de signifier une ascension, de la plus misérable condition humaine à la sphère ultime, le divin. C'est la raison pour laquelle la première carte "Misero - I" fait partie de la série E et la dernière "Prima Causa - L" de la série A.
Chaque série est un ordonnancement transcendantal, vertical, dans lequel le profane pénètre les arcanes de son être à travers un voyage initiatique en 50 étapes. Il parcourt l'ensemble de la Création divine, et en posant le premier regard sur la première carte "Misero - I", l'arpenteur des mondes qu'est le profane active une mythographie dont les cartes vont dévoiler son cheminement jusqu'au divin.
E (1 à 10): La Hiérarchie de la société et la condition humaine.
D (11 à 20): Les Muses et Apollon.
C (21 à 30): Les arts libéraux et les sciences.
B (31 à 40): Les principes cosmiques et les Sept vertus.
A (41 à 50): Les Sept planètes et les sphères.
L'ensemble du jeu élabore un jeu hermétique dans la droite ligne des grands penseurs de la Renaissance, une alliance entre religion chrétienne et païenne où le symbolisme appelle à un savoir d'initié. L'influx divin tel définit par Platon et nommé "émanation", qui émane du divin vers l'humain, participe à chaque étape du jeu. Cette puissance se superpose à la première, au parcours ascensionnel, qui transmet la puissance divine lors de l'ascension en intensifiant de plus en plus cette "élargissement de la conscience". Un programme est proposé à l'homme. Les 10 séries de chaque étapes se reflètent l'une et l'autre, c'est ainsi que "les Sept planètes et les sphères" forment une consonance avec "la Hiérarchie de la société et la condition humaine", ainsi qu'avec la série D, C, et B. Par conséquent, c'est à une harmonie des mondes que ce Tarot nous invite et nous appelle, une harmonie des Sphères dont le nombre 10 pythagoricien, la Tetraktys, constitue l'axe de conjonction entre tous les plans du réel.
Chaque série se termine par une figure divine. Le Tarot de Mantegna nous offre une gamme de symboles et d'analogies inépuisables, c'est dans cet ensemble de correspondance que l'Alchimie vient se greffer dans l'Art figuratif.
Un extrait des descriptions des estampes selon l'alchimiste François Trojani:
E - Misero - I (le Mendiant):
(...)
L'emblème, qui n'est pas sans nous rappeler le Mat du Tarot est cependant plus proche de l'homme des bois, du Sphinx de Thiers. Il représente, comme lui, un homme de haute stature - mais glabre -, tête nue, quelque peu distant de la réalité et s'appuyant sur un bâton terminé par une tête; ici, la sienne, en l'occurence. Cet emblème est le résultat d'une volonté nette et réfléchie et ce bâton, arbre de la Sapience, est bien un sceptre. En fait, ce Misero est un sage, c'est l'homme de nature que ses connaissances ont porté à mépriser la vaniteuse frivolité des hommes du commun. (...)
E - Fameio - II (le Serviteur):
(...)
Un jeune homme, en fait un jeune page, reconnaissable à sa coupe de cheveux, élégamment vêtu, porte avec une attention soutenue un vase. Il est en forme de pomme et se compose de deux demi-sphères, la supérieure surmontée d'une sorte de poignée destinée sans doute à soulever le couvercle. En fait, c'est un vaissel, le vase de l'Art, contenant sans aucun doute une chose précieuse. Dans la littérature médiévale, le vase contient le trésor, qu'il soit le calice ou le graal. Il représente symboliquement la maison des trésors "car ce vase - disent les textes - est le véritable pélican philosophique, et il n'en est pas d'autre qu'il faille rechercher dans le monde entier". Le vase est de même le symbole de la materia prima dans son aspect féminin, celui de la Lune, mère de toute chose. (...)
D - Talia - XVI (Thalie):
(...)
Une végétation abondante s'étale à ses pieds; elle écoute avec une extrême attention, l'oreille tendue, les sons émis par son violin. Quatre idées se dégagent de cette composition: son violin, l'archet, les fleurs, les feuilles en forme de petits coeurs. Le violin est un rappel de la Remore, violette dans sa cassure, laquelle violette fleurit au printemps de l'oeuvre. C'est notre rebis, matière première du Magistère. L'archet est le moyen ou principe qui va animer ce rebis ou violette. Quant aux feuilles en forme de coeurs, c'est l'image de notre souffre que fournit la Coction Philosophale. (...)
C - Theologia - XXX (la Théologie):
(...)
Pourquoi attribuer à la Théologie le double visage du dieu Janus ? On sait que Janus fut doté par Saturne d'une rare prudence, qui rendait le passé et l'avenir toujours présents à ses yeux. Le Globe étoilé de la Théologie s'explique par ce que dit Ovide au premier livre des Fastes. "Les Anciens appelaient Janus, le Chaos, et ce n'est qu'au moment de la séparation des éléments qu'il prit la forme d'un Dieu... Lui seul, écrit-il plus loin, gouverne le vaste étendue de l'Univers. Il préside aux Portes du Ciel et les garde de concert avec les Heures. Il est gardien des Portes." Il est ici la représentation des deux clés de l'Oeuvre, la blanche et la rouge dont les fruits par une sainte manducation, vont ouvrir les portes de la sapience théologique, c'est-à-dire des Mystères Divins.
B - Iliaco - XXXI (le Génie de la Lumière):
B - Chronico - XXXII (le Génie du Temps):
B - Cosmico - XXXIII (le Génie du Monde):
(...)
Nous l'analyserons (Iliaco) conjointement aux deux emblèmes qui le suivent : Chronico et Cosmico. Iliaco élève le soleil et la lune, symbole du rebis. La forêt dans le fond de l'emblème paraît éloignée. C'est alchimiquement la Forêt des Sages, le sanctuaire à l'état de nature, le Verger chimique. De même suggère-t-il que le souffre et le mercure ne peuvent permettre l'observation de cette même forêt que de manière lointaine (...). Ici (Cosmico) la forêt se rapproche. Nous sommes à présent à l'orée du bois. Le globe du ciel et de la terre apparaît scindé par une ligne horizontale. Or une telle figure sert dans le code d'écriture alchimique, à désigner le sel, résumant les énergies du ciel et de la terre. Un croissant de lune se distingue dans le ciel nocturne. Chronico élève un ourobouros.
A - Marte - XXXXV (Mars):
(...)
Nous noterons simplement que Mars et Vénus, soit le fer et le cuivre, fondus en de judicieuses proportions, dans un médiateur approprié, le culot montre, après refroidissement, une structure réticulée violette. C'est ce même filet que lui jeta Vulcain, l'époux déshonoré. Les Grecs avaient transcrit en mythes des aspects fort précis de leur savoir minéralogique. C'est le même filet, emblème du pêcheur qui décore l'Améthyste, pierre de couleur violette et que les évêques portent au doigt.
A - Octava Spera - XXXXVIII (La Huitième Sphère):
A - Primo Mobile - XXXXVIIII (Le Premier Mobile):
L'infusion réitérée d'esprit (les ailes croisées en X de l'ange) vont s'élever jusqu'au ciel des philosophes et multiplier sa vertu céleste. Mais l'oeuvrant ne doit pas dépasser le terme symbolique de dix exaltations dans la multiplication des vertus de la Pierre. Au-delà de ce stade l'huile devient si pénétrante qu'elle perce le verre (dont un des symboles est le X) et émane du vase sous une forme radiante (X), rejoint son principe dans les étoiles. Aussi parvenu à ce stade convient-il de lui passer des chaînes d'or qui la retienne et que nous exprime l'emblème suivant, Primo Mobile. L'esprit se corporifie et trouve une résidence stable dans le corps de l'or métal. Octava Spera et Primo Mobile nous expriment l'idée selon laquelle tout l'Univers est le théâtre de l'Apothéose éclatante de la Pierre. C'est la Terre céleste où l'Artiste a semé son or.
Le Tarot de Mantegna enseigne les secrets de l'homme et de la Nature en une seule vision. Ces arcanes ouvrent l'oeil sans paupière de la perception visionnaire.
Source :
Titre : Suite d'estampes de la Renaissance italienne dite Tarots de Mantegna ou jeu du gouvernement du monde au Quattrocento vers 1465. Commentaire alchimique de François Trojani (2 volumes).
LE SOIR DU 26 MAI 1990, MANLY PALMER HALL, L'ÉCRIVAIN LE PLUS PROLIFIQUE DU 20ÈME SIÈCLE SUR LES PHILOSOPHIES ANCIENNES, LE MYSTICISME ET LA MAGIE, ENTRE DANS L'IMPOSANT TEMPLE DE RITE ÉCOSSAIS SUR LE BOULEVARD WILSHIRE DANS UN FAUTEUIL ROULANT, L'AIR TERRIBLEMENT PÂLE ET FAIBLE. LES ASSISTANTS ONT TRANSPORTÉ LE TRÔNE DE BOIS ET DE VELOURS D'OÙ IL DEVAIT PRONONCER LE DISCOURS D'OUVERTURE LORS D'UNE RÉUNION DE DIGNITAIRES MAÇONNIQUES.
Le voyant de 89 ans a été hissé sur le trône. Les craintes qu'il ne soit pas à la hauteur de la tâche se sont évanouies lorsqu'il a posé une main sur le bras du fauteuil, l'autre sur sa canne en bois, et s'est lancé dans le sujet qu'il avait choisi : La franc-maçonnerie dans le nouveau millénaire. La scène est classique : il est sous les feux de la rampe, flanqué de deux drapeaux américains, à la fois philosophe et maître de la narration, ses yeux bleus vont et viennent comme s'il lisait un énorme parchemin qui se déroule au-dessus de la tête des 400 personnes présentes.
Ils se sont penchés vers l'avant de leur siège, accrochés à chaque mot alors que Hall décrivait les débuts mystérieux et la mission de cette fraternité séculaire d'une voix sûre, projetant, selon ses termes, "l'espoir de faire un grand pas en avant". . en temps d'urgence", avec une telle force que l'on pouvait virtuellement sentir l'odeur du foyer d'un grand château du siècle des Lumières.
"Le 21e siècle a une réminiscence extrême à la 21e année de la vie d'une personne", leur a dit Hall. "C'est l'année du passage à l'âge adulte. . . . quand une personne devient un adulte." De même, a-t-il poursuivi, au 21e siècle, les États-Unis doivent assumer les responsabilités et les travaux de leur propre maturité à une époque où les ressources naturelles sont dilapidées, où les politiciens sont corrompus par le pouvoir et la cupidité, où la criminalité échappe à tout contrôle, où l'éducation échoue aux enfants et où les guerres persistent dans le monde entier. L'humanité, a-t-il dit, "n'a pas le droit de prendre un monde magnifique avec tous ses privilèges et ses opportunités et de le transformer en purgatoire."
"Cette situation devrait rappeler aux francs-maçons qu'ils ont une raison de vivre", a-t-il déclaré. "Nous avons le pouvoir de construire des mondes, la sagesse de les gouverner, et le droit divin d'hériter de la terre et de la préserver en bon état afin de la transmettre à nos descendants comme un lieu de bonheur, d'utilité et de sécurité pour des milliers d'années à venir."
"Nous ne demandons pas la trahison. Nous ne demandons pas la désobéissance", a-t-il dit. "Nous demandons seulement. que, par tous les moyens possibles, lorsqu'ils en ont le choix, ils défendent la vérité et, si nécessaire, prennent une petite punition pour cela."
Depuis une table au premier rang avec une vue généreuse, Michael Marsellos, 33e maçon et acteur de cinéma roumain, s'est dit : "C'est un homme de génie". Je n'arrêtais pas de jeter un coup d'œil par-dessus mon épaule pour voir comment les autres réagissaient. Partout où je regardais, je voyais des bouches ouvertes."
L'appel aux armes de Hall, qui a duré 30 minutes, a été l'une de ses dernières apparitions publiques au cours d'une carrière de près de sept décennies. Le 29 août, il est mort dans des circonstances étranges et suspectes dignes de Raymond Chandler.
Plus d'une décennie plus tard, Hall est toujours affublé par ses adeptes d'étiquettes aussi révérencieuses que "Maestro" et "adepte". Une grande partie de sa vie - l'histoire magique de sa naissance, les rumeurs sur ses pouvoirs surnaturels et son appartenance à des sociétés secrètes, les dizaines de livres proposant des solutions mystiques à des problèmes sociaux difficiles, les milliers de conférences données dans une enceinte de style maya nichée entre Hollywood et le Griffith Park de Los Angeles, l'enquête sur sa mort horrible - correspond à l'image d'un saint homme traqué à mort pour les secrets qu'il gardait.
Ce livre tente de s'approcher le plus possible de la vérité complexe sur l'homme et son mythe, en retraçant son ascension à partir d'une famille brisée dans le Canada rural ; une enfance chaotique et malheureuse ; une dispute qui a changé sa vie avec le célèbre artiste de l'évasion Harry Houdini ; des mariages orageux ; son ascension vers le succès dans la métropole qui a grandi avec lui ; ses liens avec les patrons politiques et l'industrie cinématographique hollywoodienne ; et sa fin tragique.
En même temps, il offre une vue de l'intérieur de la naissance d'une sous-culture dynamique en Californie, composée d'artistes, de visionnaires, d'auteurs, de chefs d'entreprise et de dirigeants civiques d'inspiration mystique qui continuent d'exercer une profonde influence sur le cinéma, la télévision, la musique, les livres, l'art et une myriade de produits. Hall en était l'une des figures de proue, rendant accessibles à tous des textes spirituels obscurs et des symboles d'un passé lointain, au moment même où Los Angeles commençait à s'épanouir comme une fleur du désert.
À cette époque, la flamboyante évangéliste et guérisseuse Aimee Semple McPherson attirait chaque dimanche plus de 5 000 fidèles dans son temple Angelus, soutenait des campagnes visant à défendre l'héritage chrétien de la nation et à interdire l'enseignement de l'évolution dans les écoles publiques. Hall n'avait pas peur de remettre en question le dogme chrétien, et il le faisait avec tant d'assurance, d'érudition et de confiance que des milliers de personnes l'ont suivi. Dans les années 1920, 1930 et 1940, à Los Angeles, de nombreux spécialistes de la religion et de la mythologie comparées avaient une dette envers lui.
Sa longévité le distingue des milliers d'autres mystiques qui ont apporté le spiritualisme à Los Angeles au tournant du siècle précédent. Ses écrits continuent de se vendre régulièrement dans le monde entier, tandis que des collections de ses œuvres sont rééditées pour leur valeur et leur mérite durables.
Hall, qui a beaucoup voyagé, a écrit des livres et des essais excentriques et fascinants, illustrés par d'étranges représentations artistiques de divinités et de démons, de forces et de principes, d'atomes et de systèmes solaires, de reliques et de rituels. Il s'agissait le plus souvent de variations sur un thème : les indices permettant de résoudre les mystères de la vie étaient codés dans les symboles, les mythes et les rituels religieux de civilisations disparues.
Immense avocat d'un mètre quatre-vingt-dix et large en son centre, Hall avait des yeux bleu-gris perçants et des traits ciselés dignes d'un Barrymore. Les fervents étudiants en sciences occultes considéraient son imposante présence sur scène et ses centaines de livres et de conférences comme des signes qu'il avait puisé dans quelque chose d'authentique.
Hall était aussi la plus évasive des personnalités. Il était charismatique, arrogant, érudit, profondément intuitif, plein d'humour, parfois trompeur et autodestructeur - un homme qui pouvait être d'une profondeur étonnante un jour et d'une naïveté décevante le lendemain. Ses passe-temps favoris étaient les jeux d'enfants : le solitaire et les dames chinoises. Sur scène, il était plus grand que nature, semblant venir de l'au-delà. En dehors de la scène, il était doux au point d'être brutalisé par sa petite femme.
Certains critiques considèrent les travaux de Hall comme des interprétations biaisées d'anciennes philosophies et de textes sacrés par un homme qui s'est amusé à manipuler les faits pour prouver la validité de la magie, des manifestations spirituelles et de la lecture des pensées. Ils soulignent également que Hall a beaucoup emprunté aux travaux d'autres personnes, mais qu'il a rarement cité ses sources.
Ils ont raison, jusqu'à un certain point. Hall ne se considérait pas comme un érudit, qui recherche la connaissance pour elle-même et la satisfaction de son propre esprit, mais comme un enseignant qui apprend afin de transmettre à ses élèves la connaissance et la perspicacité. Il n'a pas toujours mis en pratique ce qu'il prêchait, mais a toujours orienté ses enseignements dans un sens utilitaire.
Hall croyait profondément en la valeur des témoignages de Platon, de Bouddha, de Saint-Paul et de la martyre païenne Hypatie comme remède au côté sombre du progrès scientifique et du matérialisme : la pollution, la congestion, le crime, l'égoïsme, le stress et une érosion constante des normes éthiques et morales. Le même type de sagesse mystique qui a éveillé et nourri l'âme dans les périodes troublées d'un âge d'or primordial, pensait-il, pourrait inspirer les nouvelles générations confrontées aux murs de pierre de la pensée conventionnelle et des idées commercialisées.
Les travaux qu'il a réalisés pendant plus de six décennies ont rarement été égalés. Dans plus de deux cents livres, des centaines d'essais et 8 000 conférences publiques, il a fait preuve d'une connaissance étonnante des religions comparées, de la psychologie, des rites et symboles païens, de la philosophie grecque classique, des religions orientales, du christianisme primitif, de la franc-maçonnerie, du néo-platonisme, de la mythologie, des cultures du monde et des écoles d'art et de littérature qu'elles ont inspirées au fil des siècles. Hall a fait découvrir à des milliers de lecteurs des sages et des voyants, de Francis Bacon à Gandhi, qui ont consacré leur vie à aider les autres à atteindre la sagesse.
Bien avant que les Évangiles gnostiques ne soient traduits en best-sellers du XXIe siècle, Hall faisait la promotion des croyances gnostiques comme fenêtres sur les origines du christianisme. Avant que les publications grand public ne vantent les mérites des médecins ayant adopté un comportement chaleureux et amical dans leur pratique, M. Hall exhortait les médecins à prêter davantage attention au bien-être mental et spirituel de leurs patients et à leur offrir une poignée de main et un sourire. Avant l'avènement des films à succès aux décors mythiques tels que La Guerre des étoiles, Le Seigneur des anneaux et Harry Potter, Hall a co-scénarisé le premier grand film dont l'intrigue était astrologique et a activement encouragé les leaders de l'industrie du divertissement à développer de nouveaux marchés en produisant davantage de films et de programmes radiophoniques basés sur les visions spirituelles et les allégories des premières civilisations dans lesquelles la peine, la souffrance et la solitude sont des facteurs de développement du caractère. Il s'agissait là d'accomplissements non négligeables pour un jeune homme ayant abandonné ses études secondaires et issu d'un foyer brisé dans une région rurale du Canada.
Hall était un collectionneur de livres, de timbres, d'œuvres d'art et de bonnes blagues, qu'il utilisait pour pimenter ses écrits et ses conférences publiques. Parmi ses préférées figurait cette citation de Voltaire : "J'envie deux choses aux bêtes : leur ignorance du mal à venir, et leur ignorance de ce qu'on dit d'elles."
Hall, qui riait rarement à voix haute par peur de l'embarras, car il avait tendance à avoir une respiration sifflante lorsqu'il était amusé, aimait imiter W.C. Fields pour prononcer des répliques telles que "La charité ne commence pas seulement à la maison, mais déteste généralement quitter la maison". Et il aimait l'ironie. "Tu sais, dit-il un jour à un ami, les théosophes ont construit une salle pour la seconde venue en Australie. Maintenant c'est un champ de courses de chiens."
Tout cela faisait partie de la mission de Hall qui, comme l'a dit Rex Hutchens, ancien Grand Maître de l'Arizona et maçon du 33e degré honoré d'une prestigieuse Grand-Croix, "ramène le mysticisme sur terre".
"Voltaire a dit que la vie d'une personne n'est pas déterminée par ce que l'église vous dit", a déclaré Hutchens. "En rompant les liens avec l'église, l'homme s'est engagé sur une nouvelle voie, celle de la perfection par ses propres moyens. La franc-maçonnerie en est issue. Hall a repris ces idées et a déclaré qu'il en était de même pour toutes les quêtes spirituelles, ce qui explique qu'il ait écrit sur le bouddhisme, l'alchimie, le soufisme, la kabbale et le christianisme primitif. Cela a fait passer Hall pour un anti-chrétien, mais il était né au début du siècle dernier et voulait écrire des livres intelligents pour des personnes rationnelles sur l'immense diversité - et les interconnexions - des voies spirituelles.
"Hall n'a jamais parlé de vérité, qui est une vanité enfantine. Il était à la recherche de la vérité, ce qui est une quête spirituelle", a ajouté Hutchens. "C'était un penseur profond et un homme d'affaires habile, et il savait ce qui se vendait. Ainsi, un jour, il écrivait des idées profondes pour ceux qui pouvaient les percevoir, et le lendemain, il écrivait des déchets pour le marché de masse. Il a gagné sa vie en faisant cela, et peu de gens peuvent le faire."
Je ne savais rien de tout cela lorsque j'ai reçu un appel téléphonique tard le 2 septembre 1990, alors que je travaillais de nuit au Los Angeles Times. "Manly P. Hall, le plus grand philosophe de notre temps, est mort", m'a dit un informateur enthousiaste. "Tu ferais mieux de préparer une nécrologie." Quelques minutes plus tard, j'étais dans la morgue du journal, en train de trier une lourde pile de coupures de presse sur l'homme, datant des années 1930.
Pendant une grande partie du XXe siècle, il a ébloui les riches et les célébrités, conseillé les chefs d'église et d'État et donné des conférences au Carnegie Hall et à l'Exposition universelle en tant que collectionneur et interprète de textes et de symboles anciens comme des cartes routières mystiques vers la sagesse, la santé et la longévité.
Le fondateur de la Société de recherche philosophique, une école d'enseignements de sagesse durable que Hall a établie sur Los Feliz Boulevard, a souvent été cité pour ses opinions sur les sujets les plus chauds et les modes du jour : La Seconde Guerre mondiale, le bouddhisme zen, les voyages dans l'espace, les objets volants non identifiés et les perspectives de paix à l'ère atomique. Des parties de sa vaste collection de livres, d'objets et de timbres rares accumulés dans le monde entier étaient souvent prêtées pour être exposées dans les bibliothèques des villes et des comtés, les écoles et les grands magasins de l'État. M. Hall était souvent invité à donner des conférences dans des universités et des collèges privés sur le thème de la religion comparée.
Je devais respecter un délai serré et le journal avait de la place pour une brève notice nécrologique, qui commençait ainsi : "Manly Palmer Hall, philosophe éclectique et fondateur de la Société de recherche philosophique, est décédé à 89 ans, a annoncé la société dimanche. Le philosophe péripatéticien, qui a écrit plus de deux cents livres et donné plus de 8000 conférences - dont beaucoup depuis un fauteuil ressemblant à un trône au siège de la société à Los Angeles - est mort dans son sommeil mercredi de causes naturelles, a déclaré un porte- parole. La mort a été gardée privée pendant 72 heures à la demande de sa femme, Marie Hall. Sa femme a dit que le silence était lié à ses croyances religieuses, a déclaré Daniel Fritz, un administrateur de la société éducative à but non lucratif fondée en 1934."
La nécrologie manquait d'informations importantes qui n'étaient pas disponibles à la date limite. Comment Hall est-il devenu un expert vénéré des croyances spirituelles, des principes philosophiques et des symboles ? D'où venait l'argent pour payer ses voyages dans le monde entier et un trésor d'artefacts et de livres ? Quelle est la pertinence de ses œuvres dans la société moderne ? Comment Hall est-il mort exactement ? Comme tout ce qui concerne Hall, les réponses sont compliquées.
Rassembler les faits n'a pas été facile. Hall n'était jamais très communicatif lorsqu'il s'agissait de détails sur sa vie personnelle ou ses références. Nombre de ses plus proches collaborateurs sont morts des décennies plus tôt. Les théories promues par Hall sont sujettes à interprétation.
Dans le but de laisser Hall s'exprimer lui-même, je me suis largement appuyé sur ses essais, ses livres, ses mémoires et ses lettres inédites, ainsi que sur des dossiers judiciaires, des témoignages et des entretiens avec sa veuve, ses beaux-enfants, ses amis et associés du monde entier, des enquêteurs de la brigade des homicides, des fonctionnaires du coroner, ses défenseurs et ses détracteurs.
Hall a eu une vie extraordinaire, liée aux idéalistes de la Californie du Sud à l'aube du XXe siècle et à Los Angeles, la ville qui les a nourris.
Il était venu en Californie en 1919 pour retrouver sa mère, qui l'avait abandonné en bas âge. L'immigrant canadien de 18 ans, qui, enfant, passait d'une ville à l'autre avec sa grand-mère maternelle, la péripatéticienne Florence Palmer, a tourné le dos à une carrière commerciale à Wall Street, à New York, après la mort soudaine de celle-ci.
En l'espace d'une décennie, Hall allait prendre la tête d'une importante église de Los Angeles, puis se transformer en philosophe de renommée mondiale et en étudiant l'occulte - les mystères cachés de l'univers, de la vie et de la mort - dans une ville qui était en train de devenir l'une des métropoles les plus prometteuses de la planète. La fascination du public pour la magie, les arts de la guérison et "l'autre côté" de la vie est florissante dans les années 1920. Comme s'ils étaient attirés par un champ magnétique, d'autres personnes semblables à Hall sont venues en ville : des chercheurs et des enthousiastes sincères, des utopistes, des mystiques, des spiritualistes, des gourous, des guérisseurs, des charlatans et des excentriques de toutes sortes.
En 1928, à l'âge de 27 ans, Hall publie son opus magnum, une introduction aux symboles anciens et aux traditions secrètes intitulée An Encyclopedic Outline of Masonic, Hermetic, Qabbalistic and Rosicrucian Symbolical Philosophy(Les enseignements secrets de tous les âges). Les chapitres de ce livre richement publié, également connu sous le titre The Secret Teachings of All Ages, s'ouvrent comme des portails vers des univers parallèles. La diction est simple et forte, et ponctuée de nombreuses lignes tirées directement de sources aussi anciennes que le Pentateuque de la Bible et le Divin Pymandre concernant Hermès Mercurius Trismegistus. Cet immense livre est rempli d'illustrations étranges, souvent inquiétantes, et utilise des chiffres romains au lieu des numéros de page standard.
La publication du "Big Book" de Hall a marqué le début d'une nouvelle ère d'appréciation des religions et des symboles anciens et l'a catapulté au sommet de la liste des spécialistes américains du mysticisme et de la magie. Il a également rassemblé de nombreux adeptes, certains d'entre eux étant des investisseurs d'un autre âge à la recherche d'un but dans un monde où tous leurs caprices étaient satisfaits sans effort ni réflexion. Une mère et sa fille appartenant à la famille Lloyd, une dynastie pétrolière du comté de Ventura, donnaient au fil des ans des millions de dollars aux projets de Hall. Elles ont contribué à financer son tour du monde des centres de pensée spirituelle en 1923 et à établir son complexe près de Griffith Park en 1934.
Lorsque certains groupes ont mis en place des plans élaborés promettant de partager des secrets divins contre rémunération, les autorités ont commencé à s'en apercevoir. Désireux de se démarquer de la racaille des spirites, Hall a brièvement travaillé en 1939 comme les yeux et les oreilles du bureau du procureur du district de Los Angeles, qui voulait renverser une secte connue sous le nom de Mankind United, soupçonnée de dépouiller ses membres de leurs biens matériels.
Tout au long des années 30, il donne des conférences d'un bout à l'autre du pays et participe à des dîners de collecte de fonds avec des personnes influentes, notamment Robert Andrews Millikan, président du conseil exécutif du California Institute of Technology, et le légendaire réalisateur de films Cecil B. DeMille. En 1938, il écrit un scénario de meurtre occulte pour Warner Brothers, intitulé When Were You Born ? En 1940, il donne une conférence à l'exposition universelle de New York sur les contributions de la Grèce antique. Hall connaît la période la plus faste de sa vie. Pourtant, une crise personnelle dévastatrice se met en place à la maison. En 1941, sa première femme, la sulfureuse Fay Bernice Hall, se suicide.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Hall, patriote jusqu'à la moelle, a tenté de rallier l'espoir en s'appuyant sur d'obscurs écrits maçonniques, des fragments d'enseignements religieux égyptiens et des fables utopiques de Sir Thomas More pour suggérer que la création des États- Unis faisait partie d'une grande expérience lancée par les dirigeants d'une ancienne ligue de nations pour développer un empire philosophique. Des milliers d'années avant Jésus, dit-il, ils avaient chargé l'hémisphère occidental de forces spirituelles, mentales et émotionnelles particulières. La preuve de ce qu'il a appelé le "destin secret de l'Amérique" a été constatée pour la première fois dans les civilisations avancées des Aztèques et des Mayas, ainsi que dans les systèmes démocratiques et le respect de la nature dont font preuve les cultures amérindiennes. La nation étant sur le pied de guerre, le plan exigeait maintenant que l'Amérique accepte le défi du leadership et établisse "un nouvel ordre d'éthique mondiale fermement établi sur une base d'idéalisme démocratique."
À cette époque, Hall avait donné des milliers de conférences et publié des dizaines de livres sur les enseignements des penseurs sacrés et les principes de base de la sagesse qu'il jugeait puissants et intemporels. Ses lecteurs en sont venus à considérer ses ouvrages comme des manuels d'instruction pour s'harmoniser avec les lois inflexibles de l'univers, des lois qui guident le mouvement des planètes et l'évolution humaine, voire le destin de la nation.
Le président Harry Truman avait les livres de Hall sur ses étagères. Le lieutenant-gouverneur de Californie Goodwin Knight était un administrateur de la société de Hall, et l'influent politicien de Los Angeles Sam Yorty le présentait comme un citoyen estimé. Les stars du cinéma Bela Lugosi, Lew Ayres et Gloria Swanson étaient des amis proches.
Mais les temps changent. À la fin des années 1950, certains pensaient que les idéaux archaïques de Hall étaient en décalage avec le progrès matérialiste, et le monde avait commencé à s'éloigner de lui. Lorsque certains des concepts de Hall sur les premières civilisations et les origines de la religion étaient jugés à l'aune des normes archéologiques et anthropologiques modernes, leurs défauts semblaient flagrants. Tout ce qui était moderne, brillant comme une nouvelle voiture, était prometteur. Tout ce qui était ancien semblait soudain désuet, voire inutile. Ses anciens idéaux spirituels ne semblaient pas atténuer l'anxiété et la peur qui accompagnaient l'avènement des armes de destruction massive.
Hall a tenu bon, insistant sur le fait que la science ne pouvait pas comprendre les buts ou les significations des qualités d'esprit ; que le courage et la bravoure peuvent changer l'issue des possibilités sur le champ de bataille, dans le laboratoire ou dans le monde quotidien de la famille moyenne.
Doutant de la suprématie des percées scientifiques et des interprétations actualisées de la philosophie, de la religion et de l'histoire, il n'achète pratiquement plus de nouveaux volumes pour sa légendaire bibliothèque. Il fustigeait le rock'n'roll, le jazz et l'art moderne, qu'il considérait comme une cacophonie potentiellement dangereuse, et regardait des pairs sans doute moins talentueux, comme Ernest Holmes, fondateur de la First Church of Religious Science, développer des dénominations métaphysiques bien plus importantes.
Les avertissements de M. Hall à cette époque concernant une "grande décision" imminente qui impliquerait les puissances occidentales et les nations islamiques pourraient être tirés directement d'un bulletin d'informations du début du 21e siècle. Le grand problème auquel le monde est confronté, prédisait-il dans une conférence, est centré sur la région de la Méditerranée orientale. "Ce centre de tension, a-t-il dit, est probablement plus important qu'il n'y paraît à première vue et justifiera notre réflexion concernant la zone méditerranéenne, qui fait partie de la politique mondiale."
Au milieu de l'émerveillement et de l'expérimentation utopiques des années 1960 et 1970, le complexe hollywoodien de Hall attire une nouvelle génération de personnes issues de domaines et de disciplines étonnamment variés, de Burl Ives à l'astronaute Edgar Mitchell en passant par Elvis. Cependant, à l'époque de la libération sexuelle, des drogues psychotropes et de la contre- culture hippie, Hall paraissait étrange, étouffant et exigeant aux yeux des autres et, à en juger par son apparence physique, étonnamment déphasé par rapport à ses propres conseils sur l'importance de l'autodiscipline en matière de régime alimentaire et d'exercice physique.
Dans les années 1980, Hall ne savait que trop bien que ses incohérences et ses échecs personnels le rattrapaient et décevaient certains adeptes. Il avait prédit que cela arriverait dans des essais écrits des décennies plus tôt sur les dangers de mettre les leaders spirituels sur un piédestal.
"Une des causes de la désillusion de la métaphysique est que le professeur de métaphysique se révèle plus humain qu'on ne le soupçonnait à l'origine", écrit-il dans un essai publié en 1942. "La tendance est d'élever les personnalités au point de les doter de pouvoirs sacrés. On leur accorde toute notre foi comme on accroche des guirlandes à un arbre de Noël. Le leader est supposé infaillible, alors qu'il n'est que quelqu'un de bien intentionné, tout à fait capable de contribuer à l'amélioration de l'humanité, mais toujours personnellement sujet à d'innombrables maux. Faisant ce qu'il peut, il est un bon être humain mais une piètre divinité. Tous les adeptes qui se proposent d'adorer et de déifier leurs maîtres établissent une fausse condition. Les êtres humains, l'expérience l'a prouvé, font de meilleurs humains que des dieux. Nous devrions être prêts à accepter une personne qui possède la sagesse comme un ami, pas à la déifier ; cela ne tient pas la route."
Un an plus tard, il écrit : "Pourquoi les disciples de Pythagore ont-ils toujours appelé le maître "l'Homme", alors que la Bible nous enjoint de "regarder l'Homme". Pourquoi ? Parce que dans les anciens mystères, seuls les initiés étaient humains - les autres essayaient de le devenir, et toute grandeur était mesurée à l'aune de leurs accomplissements. Seuls les grands adeptes initiés étaient reconnus comme humains ; les autres étaient des créatures rampant vers la lumière qui, ayant des yeux, ne voient pas, et sont donc aveugles ; qui, ayant des oreilles, n'entendent pas. C'est ainsi que le platonicien nous dit ce qu'ils essayaient de faire à notre stade de développement humain : non pas faire des dieux à partir d'hommes, mais faire des hommes à partir de bêtes, et élever ainsi l'humanité à son véritable état d'innocuité éclairée, où les hommes ne s'attaquent plus les uns aux autres."
Il aurait pu parler de lui-même. Bien qu'il ait vu la validité des vérités sacrées, il a également été emporté par des enthousiasmes douteux qui étaient rentables et populaires, comme la télépathie mentale et les pouvoirs de guérison des pierres précieuses. Il pouvait distiller les principes saillants du néo-platonisme, mais il aimait être le centre d'attention et ne faisait confiance à personne d'autre qu'à lui-même.
Pendant une grande partie de sa vie, Hall s'est gavé de sucreries bon marché comme les beignets et les boules de lait malté, a évité toute activité physique et a parfois entretenu des relations avec ses adeptes en leur disant, par exemple, qu'ils avaient été des amis proches dans une vie antérieure ou que des sociétés secrètes avaient de grands projets pour eux. Se placer dans le rôle d'un homme divin qui ne pouvait être remis en question ouvrait les portes à l'idolâtrie et aux abus.
Le 23 août 1990, “l’infirmier” de Hall, et son confident, Daniel Fritz, qui se présente comme un chaman et un expert en techniques médicales alternatives, se précipite au bureau du philosophe malade afin de résoudre une affaire juridique urgente. Il avait besoin de la signature de Hall sur un nouveau testament et un contrat de fiducie. Cela aiderait les survivants de Hall à éviter l'homologation. Après la mort de Hall, le contrôle de la Société de recherche philosophique, du testament et de son contenu, alors évalué à environ 5 millions de dollars, reviendrait au fiduciaire successeur, Fritz.
Et pourquoi pas ? Le vieil homme avait négligé l'endroit pendant des années. Les bâtiments avaient désespérément besoin de réparations. Le droit d'auteur sur certains de ses écrits avait été laissé tombé. Sa bibliothèque personnelle de 30 000 volumes n'avait même pas d'alarmes incendie pour les protéger. Des objets de valeur, y compris des pièces d'or, manquaient inexplicablement dans son coffre-fort. Et Hall, qui commençait à montrer des signes de sénilité, n'avait pas encore choisi de successeur.
Il est clair, lui dit-il, que quelque chose doit être fait rapidement. M. Hall a accepté et, en quelques traits de plume, il a signé des documents qui, pour l'essentiel, remettaient ses biens à Fritz, en excluant sa seconde épouse, Marie, et ses beaux-enfants qui devaient hériter de tout, conformément au testament qu'il avait signé près de vingt ans auparavant.
Six jours plus tard, le matin du 29 août, Fritz a téléphoné à une morgue locale pour signaler que son patron était mort dans son lit de causes naturelles. Les collecteurs de cadavres et le médecin de famille des Hall ont été alarmés par ce qu'ils ont vu dans la chambre. L'immense corps pâle de Hall gisait sur un lit sans une seule ride ; des milliers de fourmis s'écoulaient de ses oreilles, de son nez et de sa bouche. Une équipe de nettoyage s'attaquait à des taches brun-rouge sur le tapis près du lit. Fritz et ses assistants s'affairaient à transporter les vêtements et les objets de valeur de Hall de la maison à la voiture de Fritz. Le médecin, de plus en plus suspicieux, a annulé le certificat de décès qu'il avait signé quelques heures plus tôt. Fritz a insisté sur le fait que son patron était mort paisiblement dans son sommeil. Les enquêteurs de la police de Los Angeles ont une théorie différente : Fritz a assassiné Hall. L'affaire reste un mystère de meurtre hollywoodien non résolu.
Dans sa page adressée aux néophytes, Arca a montré que la fable de La Fontaine, « Le corbeau et le renard », ne se limitait pas à amuser les lecteurs, jeunes et vieux, mais contenait aussi un enseignement destiné aux Amoureux de la sagesse.
Il est évident que ces fables n’ont pas été écrites par un enfant. En effet, l’enfant est celui qui ne parle pas encore (du latin : in-fari), alors que la fable (du latin fabula, dérivé du même verbe fari) provient d’un Homme à la grande renommée (fama en latin), qui parle du destin divin (fatum) qu’il a reçu.
Jean de La Fontaine, auteur du XVIIe siècle, au nom très révélateur, puisa chez le Grec Ésope (VIe siècle avant J.C.) et chez le Latin Phèdre (Ie siècle avant J.C.) un bestiaire varié pour incarner sa pensée.
La cinquième fable du livre I s’intitule : « Le loup et le chien ». La morale que le lecteur en retient habituellement est que la liberté est le bien suprême qu’on n’est disposé à perdre à aucun prix. Une analyse profonde prouvera qu’une vérité fabuleuse se cache sous cette interprétation superficielle.
Les deux mammifères carnivores appartiennent à la même famille des canidés. Leurs points communs manifestes ne doivent pas masquer leur divergence principale : le loup est sauvage, le chien domestique.
L’étymologie confirme cette dichotomie :
- Le chien (canis en latin) chante (canere) et enfante. Son attitude est donc plutôt charmante (carmen), loquace et paternelle.
- Le loup (lupus en latin), en revanche, dévore tout par rage, colère et frénésie
[1]. Il hurle de fureur, et sa vertu réside dans ses pieds léonins (leo-pes, selon Isidore).
Les anciens Égyptiens vénéraient, eux aussi, ces deux animaux, sous les traits d’Anubis (à tête de chien) et de Macédon (à tête de loup). Loin d’être coupables de zoolâtrie aveugle et vulgaire, l’élite de nos Ancêtres honorait, sous forme d’images, la vraie matière philosophique, sous tous ses aspects.
Michaël Maïer, entre autres, l’a très clairement rappelé dans son Arcana Arcanissima :
Du reste, hiéroglyphiquement, le chien et le loup ne désignent rien d’autre que deux parties dans un seul sujet, dont l’une est plus apprivoisée et plus traitable, c’est-à-dire moins fugace, et l’autre plus féroce et plus fugace. Lorsqu’elle est représentée en Anubis, avec une tête de chien, on désigne la matière philosophique sous son aspect le plus stable et le plus fixe ; quand on la représente en Macédon à tête de loup, c’est son aspect le plus volatil [2].
Le loup, sauvage, volatil, et féroce, dévore tout à l’instar de la Junon des Latins :
La volatile Junon, quant à elle, est cet air si rebelle et si errant que les disciples de l’Art ont tant de peine à fixer. L’errante Junon jalouse perpétuellement ce qu’elle ne possède pas. C’est aussi pourquoi elle s’attaque à tous les corps du monde pour les détruire, et, avec le temps, elle vient toujours à bout de sa tâche, sauf en ce qui concerne l’or [3].
Si l’épouse de Jupiter est fixée, elle change de nature, nous explique encore le philosophe belge Emmanuel d’Hooghvorst :
Si Junon est un air rebelle et errant, la légende nous rapporte que Jupiter, son époux, parvint cependant à la fixer : il la pendit par les mains au haut du ciel et lui fixa les pieds aux enclumes de l’or terrestre d’Énée. Et quel est donc le signe [indiquant les noces d’Énée et de Didon[4]] dont il s’agit ici ? C’est le crépitement de ce pur sel nitre, du feu terrestre et de l’éther, la plus subtile portion de l’air. Et sur ce beau nitre coulent depuis le sommet du vase, comme des gouttes de rosée, les parties volatiles de la matière non encore fixées, comme l’indiquent les pleurs des Nymphes en tumulte. Le verbe ululare chez Virgile désigne le plus souvent un tumulte de femme criant et pleurant.[5]
N’est-il pas étonnant que le premier sens du verbe ululare en latin est « hurler [comme un chien ou un loup] » ? La description de la fixation de Junon aurait-elle un rapport avec la fixation du loup en chien ? Cette première conjonction du haut et du bas fait l’objet de tant d’Écritures saintes...
On retrouve cette science des Anciens dans la fable exprimée ici en français.
Un Loup n’avait que les os et la peau ;
Tant les Chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’auteur dépeint le loup comme un animal famélique, desséché, squelettique, alors que le chien, lui, est « gras », donc bien en chair, et « poli » ; le texte latin est plus explicite : nites, il est brillant, il reluit.
Comment concilier deux descriptions du loup : il est volatil et fugace, mais il a des os et de la peau ? Le loup, errant, irrité, à la recherche d’un logis, comme Ulysse en quête de sa grasse Ithaque, serait-il de même nature que le dieu ossifié, muet et en colère dans l’homme ?
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers.
Mais il fallait livrer bataille
Et le Mâtin était de taille
À se défendre hardiment.
Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
Le chien domine le loup et possède une force et une taille supérieures. On peut remarquer les mots « aborde », « humblement », « compliment », « embonpoint », « admire ».
Il ne tiendra qu’à vous, beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Le loup habite les bois, ce qui le rend (étymologiquement) sauvage (de silva, « forêt »). Cela rappelle le début de l’Enfer de Dante :
Nel mezzo del cammin di nostra vita mi ritrovai per una selva oscura, ché la diritta via era smarrita. Ahi quanto a dir qual era è cosa dura esta selva selvaggia e aspra e forte che nel pensier rinova la paura ![6]
Au milieu du chemin de notre vie, je me retrouvai par une forêt obscure, car la voie droite était perdue. Ah dire ce qu’elle était est chose dure cette forêt féroce et âpre et forte qui ranime la peur dans la pensée !
Quelques vers plus tard, le héros se trouve devant une panthère, un lion, et puis une louve.
Ed una lupa, che di tutte brame sembiava carca ne la sua magrezza, e molte genti fé già viver grame, questa mi porse tanto di gravezza con la paura ch’uscia di sua vista, ch’io perdei la speranza de l’altezza.[7]
Et une louve, qui paraissait dans sa maigreur chargée de toutes les envies, et qui fit vivre bien des gens dans la misère. Elle me fit sentir un tel accablement par la terreur qui sortait de sa vue, que je perdis l’espoir de la hauteur.
Le portrait de la louve de la Divine Comédie offre bien des points communs avec celui de La Fontaine.
Pourtant, certains auteurs laissent entendre que le loup se trouve ici-bas ; peut-être ces deux points de vue ne sont-ils pas contradictoires.
Inutile sagesse en ce monde qui se pense si haut, que fier rêveur n’a même cure du loup placé si bas.[8]
Pourquoi le loup et ses « pareils » y sont-ils « misérables » ? Ils meurent de faim. La famine désigne traditionnellement le manque et le désir d’un corps. Tel le Petit Poucet et sa fratrie, affamés, devant descendre chez l’ogre, après avoir traversé la forêt ; la famille du Joseph biblique, tiraillée par la famine dans le pays de Canaan, contrainte de se rendre en Égypte, pays de l’incarnation, de la géométrie et de la mesure.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée ;
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. »
Le destin, fatum, réservé au chien est plus enviable que celui de son confrère. L’allégorie conseille de « suivre » le chien, qui, plus haut, a été dépeint comme luisant. Dans le ciel, on peut observer la constellation du Grand Chien, dont l’étoile la plus brillante porte le nom de Sirius. Son apparition à une époque précise de l’année correspond à la canicule (canicula, diminutif de canis), moment où le Nil, fleuve de bénédiction, entame sa crue si fertilisante et vivifiante. Cette étoile est associée à Isis :
Je suis Isis, la Reine de l’Égypte,
Éduquée par Mercure
Ce que j’ai institué par des lois, personne ne le désagrégera.
Je suis l’Épouse d’Osiris.
Je suis la première inventrice des productions.
Je suis la Mère du Roi Horus.
Je resplendis dans la constellation du Chien.[9]
Celui qui parvient à voir, suivre et fixer cette étoile canine (est-elle filante ?), verra tous ses vœux se réaliser. La manifestation d’Isis ici-bas révèle un nouveau fatum qui accomplit alors son programme.
Le Loup reprit : Que me faudra-t-il faire ?
Presque rien, dit le Chien : donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire ;
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse.
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
À quels labeurs le chien est-il soumis pour obtenir sa récompense ? « Presque rien », sine labore, « sans labeur » précise le texte latin. Il suffit de garder le seuil (custos ut sis liminis) et de complaire à son maître (domino).
Si le chien vit en harmonie et en paix avec son maître, le loup, quant à lui, subit les neiges et les pluies des forêts (nives imbresque in silvis), et sa vie n’est qu’amère, sans la douceur d’un foyer. Il rêve de jouir de la même félicité[10], de l’otium divin selon les mots mêmes de Phèdre, et de trouver un toit où s’abriter (sub tecto).
Le loup, amer et furieux, se met ensuite à pleurer. Un verset du Message Retrouvé confirme cette métamorphose :
Après les larmes corrosives de l’amertume, voici les douces larmes de la joie débordante, car l’abondance du don de notre Seigneur fait couler l’eau prisonnière de nos cœurs, et son amour la condense en une pierre sainte et précieuse[11].
Chemin faisant il vit le col du Chien, pelé :
Cette domestication ne se fait pas sans laisser de trace : le col est pelé. Peut-on y lire une allusion à Marsyas écorché ou Jacob blessé ? Le cou est aussi le lieu de la parole : le cou pelé représenterait ainsi la parole purifiée.
Qu’est-ce là ? lui dit-il. Rien. Quoi ? rien ? Peu de chose.
Mais encor ? Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? Pas toujours, mais qu’importe ?
Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.
Le texte latin met ces mots-ci dans la gueule du loup : regnare nolo liber ut non sim mihi, « je ne veux pas régner, de sorte de ne pas être libre à moi-même ». La liberté que le loup chérit tant l’empêchera de devenir roi. Si la couronne d’en haut, la première sephirah veut passer de puissance en acte et donner naissance à un royaume, Malkhuth[12], il faut qu’elle accepte d’être fixée, attachée, emprisonnée en quelque sorte.
Les hommes en vivent sans lui offrir le logis où cette âme lumineuse, en prenant corps, nourrira l’âge d’or[13].
La liberté est le prix à payer pour posséder cet immense trésor.
Que le lecteur évite le piège de la signification gauche de la fable, et qu’il offre son toit à cet esprit vagabond, en quête effrénée d’un lieu où s’imprimer et s’exprimer !
Le nom de votre maison ‘Pierre le Loup’, est vraiment bien curieux, car c’est aussi celui d’une des deux matières de l’œuvre, le tartre furieux et dévorant. Il ne te restera plus qu’à trouver le nitre qui le pacifiera en le rendant alcali, c’est la grâce que je te souhaite.[14]
[1] Ce mot, lié au verbe lÚein, renvoie à la dissolution. Il y aurait beaucoup à écrire sur le solve et le coagula en relation avec cette fable.
[2] Michaël Maïer, Les Arcanes très secrets, trad. Stéphane Feye, Beya, Grez-Doiceau, 2005, p. 65.
[3] Emmanuel d’Hooghvorst, Le Fil de Pénélope (tome I), Beya, Grez-Doiceau, 2009, p. 118.
[4] Voici le passage commenté : « Dans la même grotte Didon et le chef troyen descendent. D’abord la Terre et Junon nuptiale donnent le signe ; étincelèrent alors les feux et l’éther complice des noces, et au sommet le plus élevé, crièrent les Nymphes. » (Virgile, Énéide, IV, 165 à 168).
[5] Emmanuel d’Hooghvorst, op.cit., p. 120.
[6] Inferno, vers 1 à 6.
[7] Ibidem, vers 49 à 54.
[8] Emmanuel d’Hooghvorst, op.cit., aphorisme 36, p. 414.
[9] Inscription figurant sur la colonne d’Isis, citée dans Michaël Maïer, op.cit., p. 40.
[10] La félicité (felix en latin) est une allusion à l’enfantement, ce qui ramène à l’étymologie grecque du mot « chien ».
[11] « Le Message Retrouvé », XXI, 44’’, dans Louis Cattiaux, Art et hermétisme [Œuvres complètes], Beya, Grez-Doiceau, 2005, p. 248.
[12] Cette sephirah est la plus basse de l’arbre séphirotique, dans le monde de la hysi, « action »
Le Journal des études helléniques, Vol. 100, numéro du Centenaire. (1980), pp. 190-194.
Une inscription d'importance majeure, se trouvant maintenant au Musée d'Adana, contient une épigramme sur Apollonios de Tyane.
L'inscription est découpée sur un seul grand bloc, aujourd'hui endommagé sur la gauche, qui servait à l'origine d'architrave ou de linteau. Il convient de noter le signe de ponctuation ( : ) après XXXXX et d'élision (~) après rho' ; la feuille qui remplit l'espace vide à la fin de la ligne 4 ; globalement l'écriture est très travaillée, notamment le rho en forme de crosse de berger, le xi assez élaboré et l'oméga en forme de lyre. Cet étrange lettrage rend hasardeuse la datation de l'inscription à partir de ce seul élément. Une date du IIIe ou du IVe siècle semble à peu près correcte, et correspondrait au contenu de l'épigramme.
L'origine de la pierre est également incertaine, bien que l'on présume qu'elle se trouve en Cilicie orientale. Une suggestion intéressante, faite par certains chercheurs, l'épigramme proviendrait de la ville côtière Aegaeae. Celle-ci est étroitement liée à Apollonios : le jeune sage a reçu sa formation pythagoricienne dans la ville, et a commencé sa carrière religieuse en résidant dans le célèbre sanctuaire d'Asclépios. Son séjour à Aegaeae fut relaté par un des citoyens, un certain Maximus. Cependant, les revendications d'une ville plus proche d'Adana ne doivent pas être ignorées - Tarse. Apollonios commença ses études à Tarse, mais en dégoût de son immoralité, il se rendit à sa ville rivale Aegaeae ; plus tard, cependant, après qu'il ait intercédé pour la ville auprès de l'empereur Titus, celui-ci la considéra comme un "fondateur et un garant" ; et il y effectua aussi une guérison miraculeuse.
Traduction de l'inscription
Cet homme, nommé d'après Apollon,
et qui rayonne sur Tyane,
a éteint les fautes des hommes.
Le tombeau à Tyane (a reçu) son corps,
mais en vérité le ciel l'a reçu
pour qu'il puisse chasser la douleur des hommes
(ou: chasser les douleurs d'entre les hommes).
- Ancienne inscription, traduite par C. P. Jones en anglais -
Ainsi restaurée et interprétée, l'épigramme parle d'Apollonios comme un être plus qu'humain, si ce n'est explicitement comme un héros ou un dieu. Le bâtiment sur lequel elle était inscrite semble avoir contenu sa statue ; elle pourrait bien avoir ressemblé au "petit temple" de Polémon à Smyrne. Il est notoire que les empereurs interdisaient le culte des gouverneurs romains qui était habituel sous la République : mais les honneurs divins rendus par une ville à ses notables citoyens ou bienfaiteurs, tels que la mère de Dio Chrysostome ou le sophiste Polemo, se retrouvent occasionnellement sous l'empire.
L'histoire de la réputation posthume d'Apollonios est longue et complexe, et il est naturel de se demander si l'épigramme peut y avoir une place précise. Les premiers pas vers son culte peuvent déjà avoir été faits de son vivant : selon Philostrate, les Spartiates étaient prêts à l'adorer comme un dieu mais Apollonios déclina "afin de ne pas susciter l'envie" (VA iv 3 I). À Éphèse, il arrêta un fléau, et il y a des preuves qu'il y fut adoré par la suite sous l'apparence d'Héraclès Alexikakos.[FN:34 Lact. div. inst. v 3.14-15]
D'autres villes dans lesquelles on se souvient de lui comme d'un saint homme, comme Aegaeae et Tarse, ont peut-être aussi fondé des cultes à son égard, plus probablement après sa mort qu'avant. Comme il est naturel, le centre principal de son culte était sa ville natale, Tyane. L'empereur Caracalla y a fondé un somptueux sanctuaire à son effigie : il semble toutefois probable, surtout au vu des cultes qu'il a pratiqués ailleurs, que le culte lui ait été rendu à Tyane bien avant Caracalla. Il se peut même qu'un sanctuaire antérieur ait été construit aux frais de l'Empire.
Par conséquent, on ne peut pas supposer que l'épigramme est postérieur à Philostrate simplement parce qu'il implique la divinité Apollonios. Cependant, il y a un autre élément pour sa réputation posthume qui pourrait fournir un indice : son utilisation par les opposants du Christianisme. Il vaut la peine de rappeler les allusions les plus notables à Apollonios dans la littérature païenne des troisième et quatrième siècles, et de demander si elles aident à dater l'épigramme actuel. Porphyre, dans son ouvrage Contre les Chrétiens, a cité Apollonios ainsi que Moïse et Apulée comme de grands thaumaturges. Un oracle conservé dans la "Théosophie de Tubingen" est une réponse à une personne qui demandait si une vie pure pouvait rapprocher un homme "de Dieu" ; Apollon répondit qu'un tel privilège était accordé à très peu de gens, Hermès Trismégiste, Moïse.
Cet oracle peut provenir d'une source païenne du IIIe siècle, plutôt que d'une fraude chrétienne du IVe : s'il ne provient pas de Porphyre lui-même, il exprime des idées liées à la sienne. Au début du quatrième siècle, Sosianus Hiéroclès, dans son Amour de la Vérité, a soutenu parallèlement qu'Apollonios était un plus grand thaumaturge que Jésus, tout en affirmant que ses admirateurs le considéraient "non pas comme un dieu, mais comme un homme cher aux dieux".
Un défaut des arguments présentés par Hiéroclès, comme il semble l'avoir reconnu, était qu'Apollonios avait en fait été considéré par certains comme un dieu ; [42] [FN:32 Lact. Div Ins.v 3.14] et Hiéroclès éprouva aussi des difficultés à démontrer que Philostrate était moins crédule que les évangélistes. [43] [FN:43 Il est à noter que la réponse d'Eusbius est principalement dirigée vers ce point.
Un certain nombre de sources démontrent l'intérêt intense des païens vivant à la fin du quatrième siècle pour Apollonios. Le fortement antichrétien Eunapius déclara que Philostrate aurait dû appeler son travail non pas la Vie d'Apollonios mais une Visite de Dieu à l'humanité. Eunapius compare aussi son professeur, le néoplatonicien Chrysanthius, à Pythagore, Archytas de Tarente, Apollonios, 'et ceux qui vénéraient (npoo~vvjoav~cs) Apollonios', 'tous semblant simplement avoir un corps et être des hommes'. [VS 23.1.8].
Dans la partie occidentale contemporaine, Apollonios devint le moteur de l'iaganisme militant. Nicomachus Flavianus, un des plus importants partisans d'Eugène, a traduit ou adapté Philostrate par le titre : "L'apparition d'Apollonios parmi les arguties", cela reflète probablement la même atmosphère.
L'activité de Nicomaque (Nicomachus Flavianus) est indissociable d'une autre œuvre datant probablement aussi de la fin du IVe siècle, l'Historia Augusta. L'auteur fait référence à Apollonios dans deux passages, tous deux pertinents pour la question de son culte.
Le premier est notoire. Sévère Alexandre avait dans son lararium non seulement les empereurs déifiés mais aussi les optimos electos et animas sanctiores, incluant Apollonios et, ainsi que des auteurs contemporains marquants tel le Christ, Abraham, Orphée, et d'autres du même genre. La distinction entre Apollonios et les autres "âmes" peut suggérer que l'auteur l'a trouvé dans sa source et a été inspiré d'ajouter les trois autres : il n'y a rien d'intrinsèquement improbable dans le fait qu'Alexandre adore une personne à laquelle son père divin avait érigé un sanctuaire. Les autres noms, cependant, reflètent clairement les polémiques païennes de la fin du IVe siècle.
La deuxième référence à Apollonios est tout aussi révélatrice. L'empereur Aurélien, marchant à l'est contre Palmyre, fut bloqué par la résistance de Tyane et déterminé à la détruire. Cependant, il eut une vision d'Apollonios, 'ce sage de la plus célèbre renommée et autorité, un philosophe ancien, vraiment un ami des dieux, lui-même digne d'être adoré comme une divinité (numen)'. Aurélien reconnaît le "vénérable philosophe" à partir des portraits qu'il a pu observés dans de nombreux temples et, dissuadé de son but, lui promet "un portrait, des statues et un temple". L'historien continue d'exalter Apollonios comme un de ceux qui "ont donné la vie aux morts, et ont dit et fait beaucoup plus qu'un être humain" ; les curieux sont invités à consulter les livres écrits à son sujet en grec ; en fait, l'auteur lui-même dit "si la faveur du grand homme le permet", écrira son propre compte rendu (HA Aurel. xxiv 2 9 ). Il est clair, d'après la mention faite peu après d'un traducteur appelé Nicomachus (ibid. xxvii 6 ), qu'il pense à la traduction de Nicomachus Flavianus ; probablement tout l'incident est-il tiré d'un autre ouvrage de Nicomachus, les Annales. Cependant, l'auteur n'a pas seulement lu Nicomachus, mais s'est imprégné d'une partie de son esprit. Apollonios est "plus qu'humain", c'est un sauveur, et sa "faveur" opère toujours de façon bénéfique dans les affaires humaines.
La façon dont l'Historia Augusta parle d'Apollonios et de son influence continue sur l'humanité rappelle la nouvelle épigramme, et il est tentant de la placer dans le contexte de la lutte menée par le paganisme et le Christianisme au quatrième siècle. Cependant, il a été vu qu'un tel langage ne dépasse pas beaucoup, si tant est qu'il le puisse, la divinisation domestique illustrée par de nombreuses épigrammes funéraires du haut empire, de sorte qu'une date du troisième siècle ne doit pas être rejetée. Cependant, si la date doit donc demeurer incertaine, il n'y a aucun doute sur l'importance de ce nouveau texte pour l'histoire d'Apollonios et sa légende.
Le traité qui va suivre constitue peut-être une découverte assez exceptionnelle. Il semble non seulement avoir été inconnu jusqu'ici, mais il montre, en quelques lignes (cfr la conclusion) une chose dont beaucoup de chercheurs se doutaient déjà, mais que de fastidieuses et savantes recherches universitaires seules auraient peut-être pu prouver jusqu'ici: c'est que le discrédit dans lequel tomba l'alchimie après la révolution française ne fut pas un effet du hasard. Comme l'a si bien démontré Didier Kahn, "Ce n'est pas en s'attaquant à l'alchimie, mais en l'ignorant, [....] que Lavoisier ruina entièrement l'alchimie" (1).
D. Kahn montre très bien qu'il fallait introniser un nouveau type de "savant" pour réussir ce tour de force: un savant ne connaissant plus le latin, ni le grec, ni l'histoire, autrement dit, le contraire d'un érudit traditionnel. Ce "complot" a parfaitement réussi et s'ajoute à tout ce qu'a si bien démontré récemment F.-X. Bellamy dans "Les déshérités ou l'urgence de transmettre". On notera avec quelle lucidité et quel humour ce Wolsky parle de Lavoisier comme d'un "souffleur de génie" dont l'action aurait été providentielle... Lavoisier ayant été guillotiné en 1794, et Wolsky (contemporain, donc, du fameux Fabre du Bosquet!) assurant l'avoir connu, la date de 1821 signalant un traité "médité pendant toute ma vie", il est clair que notre manuscrit assez récent n'est qu'une copie d'un original qui, sait-on jamais, existe peut-être encore autre part...
Quoi qu'il en soit, notons que, comme il le dit lui-même, Dieu "juge à propos" que son traité soit maintenant répandu "dans l'Univers sous la forme du livre imprimé". Nous sommes ravis d'être les ministres d'une telle décision !!!
Stéphane FEYE
LA MATHEMATIQUE HERMÉTIQUE DÉVOILÉE (2)
Dans ses trois parties qui sont :
- l'arithmétique alchimique
- la géométrie alchimique
- la dynamique alchimique
Pour donner l'intelligence complète du
GRAND ŒUVRE
Avant–propos
Il existe dans la science hermétique un secret qui est la clef de tous les autres, car il ouvre toutes les portes même les plus secrètes. Quand les philosophes disent : « tout notre secret est dans la première matière » ne les croyez pas, ce n'est que l'un de leurs secrets. Quand les philosophes disent : « tout notre secret est dans notre feu caché », ne les croyez pas, ce n'est encore que l'un de leurs secrets. Quand ils disent : « nous vous disons tout avec sincérité et ne cachons qu'une chose, qui est notre régime », ne les croyez pas davantage. Les philosophes cachent tout mais ils cachent surtout le secret du secret sans lequel on ne peut rien faire, parce que croyant comprendre, on ne comprend rien, et que tous les autres secrets dépendent de celui-là.
D'ailleurs les plus sincères l'avouent tout en le confondant avec les autres. Cependant ils donnent à l'entendre lorsqu'ils disent : « Notre œuvre est une imitation parfaite de la création divine » et avec Moïse « Dieu a tout fait par le poids, le nombre et la mesure ».
Retenons ces paroles sur lesquelles les philosophes passent très rapidement. Elles sont un indice et une sorte d'aveu. Quel est donc leur vrai secret, celui sans lequel on ne peut rien faire ? Ce secret si précieusement caché le voici : c'est leur Science mathématique spéciale à la pratique alchimique et c'est de cela qu'ils veulent parler quand ils affirment que sans une inspiration divine on ne peut comprendre et réaliser le magistère, à moins de le tenir d'un fidèle ami, adepte lui-même.
Des preuves, en voici tirées de leurs ouvrages :
« L'eau chaotique de double qu'elle était dans son origine est devenue quadruple par la division des éléments ». (Aristote le Chimiste) Ceci se rapporte aux paroles révélées : « Dieu a tout fait par le nombre».
Voyons encore : « Quatre est caché en deux puisque quatre est produit de deux, et deux est caché en quatre puisque deux est parties de quatre ; de sorte que quatre est le flux et l'écoulement de deux et que deux et quatre s'unissent et de leur union résulte six qui est un troisième qui n'est ni deux ni quatre mais une unité composée de ces deux nombres, quatre et deux sont cachés ; et six est leur circonférence ». (Harmonie du Monde)
Les adeptes ne disent-ils pas qu'ils ne veulent pas révéler les véritables proportions des matières ? Or, qui dit proportion dit nombre, qui dit nombre dit calcul, et ils font subir à la matière des opérations différentes qui se rapportent comme je le prouverai aux opérations mathématiques.
« Dieu a tout fait par le poids ». Voici à ce sujet d'autres citations :
« La puissance terrienne sur son résistant, selon la puissance différée, c'est l'action de l'agent en cette matière ». Il est clair que cette phrase d'Abugazal appartient aux expressions d'une science dynamique propre à l'alchimie et que, comme tous les vrais adeptes, il connaissait fort bien. Pour qui sait les comprendre ces paroles sont une vraie révélation comme elles le furent pour Le Trévisan ainsi qu'il le dit lui-même dans l'un de ses ouvrages.
Dans le même sens un autre ancien dit : « j'entendrais mieux celui qui recommande de doubler la terre et de tripler le feu pour trouver le poids du sanctuaire ».
Les plus grands Maîtres parlent en termes analogues. Il suffit de lire attentivement Hermès, Saint Jean l'Évangéliste, les adeptes grecs et arabes, Roger Bacon, Albert le Grand, Flamel, Le Cosmopolite, Kunrath et beaucoup d'autres peut-être, pour être entièrement convaincu qu'ils cèlent tous le plus grand de leurs secrets.
Mais voyons encore : « Dieu a tout fait avec mesure ». C'est-à-dire selon des proportions géométriques. C'est à ce sujet que l'auteur des six clefs de la philosophie secrète dit : « notre pierre est un feu astral qui sympathise avec le feu naturel et qui comme une véritable salamandre prend naissance, se nourrit et croit dans le feu élémentaire qui lui est géométriquement proportionné ». Vous voyez bien que dans cette mystérieuse philosophie, la mathématique joue un rôle considérable quoique à peine avoué et comme à regret.
Jean Dee pour avoir écrit la Monade hiéroglyphique l'avait bien compris. Mais il n'était pas adepte, il avait seulement vu faire sous ses yeux quelques transmutations ; cela le porta à étudier les vieux Maîtres et donna comme résultat un livre obscur quoique intéressant. Ne connaissant pas tout, il n'a pu tout dire et même plus d'une fois il s'est égaré. C'est pourquoi j'ai fait ce livre qui d'ailleurs ne ressemble nullement au sien.
Dieu m'a permis de l'écrire. Étant moi-même un adepte je possède tout l'or nécessaire à sa publication mais j'ignore s'il me permettra de le faire. Je le souhaite afin d'éclairer mes semblables, mais en tout je me soumets à sa volonté Sacrée.
Chapitre I : Détermination des trois parties de cette Science
La Mathématique hermétique est ternaire dans son Unité. Elle se divise donc en trois parties qui se classent selon les paroles de la Révélation Sacrée.
« Dieu a tout créé selon le nombre, le poids et la mesure ». Ces paroles forment l'axiome fondamental de notre vraie mathématique bien différente de celle du vulgaire qui est basée sur l'égalité des nombres avec leurs sommes ou des lignes avec leur total. Il faut donc déterminer cette mathématique secrète selon le Nombre, le Poids et la Mesure.
Ainsi :
Aux nombres se rapporte l'arithmétique hermétique.
Au poids se rapporte la dynamique hermétique.
À la mesure se rapporte la géométrie hermétique.
Donc ces trois parties d'une même Science sont autant différentes de l'arithmétique, de la mécanique et de la géométrie vulgaires que la divine alchimie est différente de la chimie ordinaire. Ces trois parties de la mathématique alchimique doivent aller de concert et servir de guide certain dans la pratique de l'art spagyrique, pratique véritablement impossible, quoiqu'on en dise, sans ce Calcul Sacré.
Cela étant dit voyons le sujet de chaque partie, leur objet comme étant le Grand-Œuvre. L'arithmétique alchimique n'est pas à proprement parler un calcul quoiqu'on puisse lui donner le nom de calcul sacré. Elle est basée sur trois choses principales :
1° Sur la distinction hiérarchique et les correspondance
2° Sur les nombres des éléments et des principes et substances alchimiques (les régimes, les couleurs etc.).
3° Sur les combinaisons et leurs successions (ou le calcul sacré).
Tels sont les fondements encore inconnus de la foule des chercheurs sincères qui constituent le sujet de l'arithmétique alchimique et que je traiterai successivement sous les titres de Numérotation de Correspondance et de calcul d'Hermès.
La dynamique alchimique n'est pas basée comme la vulgaire sur les lois algébriques du mouvement mais bien sur les actions et réactions vivantes des corps qui entrent dans le composé. Elle étudie la gradation de ces phénomènes, elle enseigne le moyen de les produire.
La géométrie alchimique n'est pas basée sur la proportion des lignes et des figures et leur expression numérique, son objet n'est pas l'examen des dimensions vulgaires des corps même alchimiques. Son sujet est la mesure analogique des substances entrant dans le composé et leur figuration idéale rigoureuse variable au cours des différentes métamorphoses du composé. Le moyen d'expression le plus précis est justement à ce sujet la figure géométrique ou les figures mathématiques. C'est là comme je le démontrerai le procédé de cryptographie le plus sûr et le plus secret des adeptes de l'Antiquité parce qu'il était, appartenant à une science rigoureusement logique, le plus insoupçonné de tous.
On pouvait soupçonner que les fables et allégories cachaient un sens merveilleux que les hiéroglyphes celaient, une Science profonde ; mais qui pouvait croire que l'adepte posait un problème hermétique en donnant l'énoncé d'un problème de géométrie en apparence abordable et susceptible de solution pour tous les mathématiciens ?
Telle est la véritable origine des problèmes si fameux dans l'Antiquité qui sont : 1° la quadrature du cercle, 2° la trisection de l'angle, 3° la duplication du cube. Ces problèmes sont insolubles pour les mathématiciens vulgaires parce qu'ils expriment sous une forme géométrique et par les allégories mathématiques admirables toute la pratique spagyrique. Ils contiennent de plus un enseignement moral très profond car ils nous démontrent que les souffleurs auront beau se casser et se creuser la tête pour réaliser le Grand Œuvre par la chimie vulgaire et ses procédés, ils n'aboutiront pas plus que les géomètres ne pourront jamais résoudre ces fameux problèmes par la règle et le compas.
C'est bien ici qu'il faut se souvenir de l'axiome célèbre en alchimie. « L'art sacré surmonte la nature, il aboutit à la plus-que-perfection. »
Chapitre II : Détermination des problèmes alchimiques
Le but de toute science mathématique est d'arriver à la solution des problèmes qui lui appartiennent. L'alchimie, comme toute science, a des problèmes ; donc le but de la mathématique hermétique est de conduire à leur solution. Mais tous les problèmes de cette science dépendent d'un seul et n'en sont que des cas particuliers. Ce problème est celui de la médecine universelle qui est l'unique et véritable moyen d'entretenir toutes choses en état d'équilibre parfait ou de rétablir cet équilibre s'il a été détruit. Par l'équilibre la vie se conserve, par le défaut d'équilibre elle s'éteint. Les métaux imparfaits sont en équilibre instable, ils sont donc malades et la perfection en équilibre parfait de l'or peut seul les rendre inaltérables.
Du problème de la médecine universelle découle donc d'abord :
1° Le problème de la transmutation des métaux ou art de les pousser au suprême degré de perfection qui est le règne métallique l'or.
2° Le problème de la transmutation des minéraux ou art de pousser les minéraux au suprême degré de perfection qui est le diamant.
3° Le problème de la panacée universelle ou unique moyen de guérison des maladies des trois règnes.
Or, la solution de ces trois problèmes ne peut s'obtenir qu'au moyen d'un corps plus-que-parfait qui est la pierre philosophale. Cette pierre une fois trouvée subit diverses modifications ou préparations suivant le résultat qu'on veut obtenir. Il faut donc avant tout résoudre le problème de la pierre philosophale et cela au moyen de la mathématique qui lui est propre.
Or, ce problème consiste en tant que données :
1° Dans les substances employées au cours des opérations du Grand Œuvre.
2° Dans l'ordre des opérations que les matières doivent subir.
3° Dans les différents phénomènes qui naissent par le contact et les réactions propres aux substances du Grand Œuvre.
Le problème étant ainsi posé il reste à étudier les conditions de réussite dans l'ordre même de la mathématique hermétique.
Chapitre III : La numération d'Hermès
0 – Le chaos universel qui contient toutes les choses en germe ou en confusion.
1 – L'âme universelle, principe animateur, c'est l'agent de la séparation et de la distinction des choses.
2 – L'esprit universel moyen de la séparation et de la distinction des choses.
3 – Le Saturne alchimique ou plomb des sages et non le vulgaire : c'est la véritable matière première de la pierre.
4 – Notre Jupiter et non le vulgaire : c'est le sel philosophique.
5 – Le Mars alchimique et non le vulgaire : c'est celui qui purifie le
alchimique au moyen de son
secret.
6 – Notre sel et non le vulgaire : c'est le principe de la fermentation de la pierre au rouge.
7 – La Vénus alchimique et non la vulgaire : c'est le principe de la purification de notre pierre.
8 – Notre Mercure et non le vulgaire : c'est la forme agissante de la vie de la pierre.
9 – Notre lune et non la vulgaire : c'est le principe de la fermentation de la pierre au blanc.
10 – La clef des Miracles : c'est la pierre philosophale.
Chapitre IV : Les correspondances d'Hermès
0 – La Matière première qu'on extrait de la terre : c'est le chaos des sages, base du composé.
1 – L'agent ou le (soufre) principe de l'activité et de la coagulation.
2 – Le patient ou le (mercure) moyen de la passivité et de la dissolution.
3 – Le composé philosophique ou vrai (sel) de nature qui contient les trois principes alchimiques, et qui est la base des trois médecines résultant des trois œuvres et qui agissent dans les trois règnes.
Les trois couleurs principales.
4 – Les quatre saisons philosophiques de l'œuvre obtenues par la circulation des quatre éléments aux quatre points cardinaux du Grand Œuvre.
Les quatre couleurs intermédiaires.
5 – Les cinq corps philosophiques ou substances qui forment le Magistère complet du soleil par la quintessence suprême.
6 – Le ferment qui donne la vie métallique à la pierre et avec elle le pouvoir d'agir sur les métaux.
7 – Les sept planètes qui président aux sept régimes et dirigent les sept couleurs du Grand Œuvre.
8 – La vie latente de la pierre principe des métamorphoses et des transmutations.
9 – Le feu secret des sages, sans lequel nul ne peut rien faire : c'est la source des miracles alchimiques.
10 – Les dix sublimations philosophiques.
11 – Nombre maudit qui cause la perte des souffleurs.
12 – Les douze signes zodiacaux qui ouvrent les douze portes de l'alchimie.
Sachez comparer les nombres de la numération d'Hermès avec ceux de ses correspondants et vous comprendrez facilement bien des mystères jusqu'alors cachés, car la comparaison est une opération de la mathématique hermétique et c'est ici qu'elle s'exerce.
Chapitre V : Le calcul d'Hermès
Le calcul hermétique ne consiste pas comme le calcul vulgaire à additionner, soustraire, multiplier et diviser toutes sortes de nombres. Et de même qu'il a ses nombres spéciaux de même il a ses opérations spéciales comme on va le voir. Dans l'arithmétique vulgaire le calcul commence avec le nombre un, lequel dérive de l'unité intangible.
Le nombre un s'ajoute à lui-même pour former deux [1+1 = 2] ou bien il se retranche de lui- même pour rien laisser [1-1 = 0]. Ici, il n'y a aucun point commun de comparaison car en arithmétique ordinaire le zéro c'est rien tandis qu'en Alchimie, le zéro c'est quelque chose qu'on nomme le chaos. Vous voyez donc que le vrai calcul alchimique ne peut ressembler au calcul vulgaire.
Dans l'arithmétique alchimique, le calcul commence par l'unité considérée dans sa forme intime qui est ternaire ou triple, c'est une hiérarchie de trois en un seul et non une division en trois. C'est pourquoi la pierre des philosophes est triple dans son unité, car elle possède un corps, une âme et un esprit :
- Le corps de la pierre est le minéral qui est sa première matière.
- L'âme de la pierre provient du ferment animateur.
- L'esprit de la pierre est l'eau vivifiante. Cette eau sert de vase purificateur à la pierre, c'est de plus son principe végétatif et sa véritable nourriture spermatique.
Mais d'abord ils sont deux pour en produire un troisième lequel n'est pas leur enfant mais ce qui est le moyen de produire cet enfant philosophique. Car Hermès le dit lui-même dans sa table d'émeraude, le soleil est le père, la lune est la mère, mais que pourraient-ils faire s'il n'y avait pas entre eux le mercure qui est la semence ou le sperme minéral propre à la production de la pierre et par lequel ces trois se résolvent en un seul par la création de l'enfant philosophique qui est notre pierre ?
Ainsi il s'agit ici d'obtenir une résolution totale et non une simple addition car 1, 2, 3 ne sont pas 1+2+3 = 6. Mais pour faire l'opération, on dit 1 et 2 par le moyen de 3 font l'Un.
Donc ce n'est pas une addition mais une fusion puisque le soleil ou 1 fusionne avec la lune ou 2 par le moyen de mercure ou 3, pour former l'unité bien différente des nombres.
Ainsi la première opération du Calcul alchimique est bien différente de la première opération du calcul vulgaire. D'un côté c'est la fusion ou résolution des nombres sacrés ; de l'autre c'est l'addition occasionnelle des chiffres. Il y a cependant une addition alchimique mais qui est propre à la dynamique d'Hermès, on le verra à ce chapitre.
Tel est le secret arithmétique de la divine alchimie ; c'est de lui que parlent tous les vrais philosophes quand ils disent : « il est si grand et surpasse tous les autres ». Ils ont raison puisqu'il montre la vraie route qu'on doit suivre dans la recherche pour arriver à la possession de la vérité pour sa découverte.
C'est pourquoi je dis : « faites bien attention à ceci car c'est ici seulement qu'on peut avoir l'intelligence du feu secret des sages et de leurs matières qui forment l'œuvre proprement dit. » Réfléchissez donc car il est une opération intellectuelle sans laquelle toutes les autres sont vaines : c'est la méditation. Méditez bien ceci, d'ailleurs cela est facile puisque je vous ouvre les yeux sur tout ce que les sages ont caché.
Pourtant il faut savoir que les trois principes qui doivent s'unir indissolublement ne le peuvent faire qu'au moyen des quatre éléments dont ils dépendent. Il faut donc au préalable savoir circuler ces trois principes dans les quatre éléments par la cuisson philosophique afin d'avoir par cette opération hermétique, qu'on nomme la circulation, la quintessence philosophique qui est la première étoile des sages.
Vous voyez clairement ici que cette quintessence s'obtient par circulation et non par addition car 3+4 = 7. Mais 3 en passant par 4 donne 5 et non 7. C'est une succession hiérarchique et non une addition puisque la pierre monte en grade ou de degré en degré. Il existe une nouvelle circulation qu'on appelle communément en alchimie la fermentation. Alors la quintessence passe au moyen de ferment de 5 à 6. Elle rayonne alors en tous sens et s'inscrit par le rayon qui est le ferment du cercle alchimique sous forme d'hexagone régulier.
Or chacun des côtés de cet hexagone est formé par le rayon ou ferment de la pierre.
Le nombre six est celui des choses naturelles, c'est donc une perfection à atteindre qui donne la seconde étoile des sages.
Toutefois il faut savoir que les sages ont trois étoiles, bien qu'ils ne parlent jamais que d'une seule dans le but d'éviter de donner l'éveil à la pensée qui devine. Mais par une troisième circulation que les sages appellent la multiplication spagyrique la pierre atteint le nombre 7, alors c'est la perfection suprême car le nombre 7 est celui de la perfection par excellence, celle qu'il est impossible de dépasser puisque c'est la perfection plus-que-parfaite qui est aussi la troisième et dernière étoile des sages donc la plus puissante.
Ces trois étoiles en tant que signes, sont connues de la plus lointaine Antiquité ; mais qui donc avant moi s'est jamais avisé de les expliquer ainsi ouvertement. Les hommes pour la plupart sont des fous ou des aveugles : parce qu'ils connaissent le signe d'une chose, ils croient savoir cette chose et ne veulent pas admettre qu'on la leur puisse enseigner autrement qu'ils croient la savoir.
C'est ainsi qu'au moyen d'une fausse science le voile qui recouvre la vraie s'épaissit tellement qu'il en devient lourd comme le plomb, il faut alors un véritable Hercule pour le soulever et remettre les choses à leur vraie place.
Je vous disais qu'avec le nombre 7 la perfection suprême était atteinte et que le sage ne pouvait aller plus loin quoiqu'il existe encore d'autres nombres après le 7. Mais celui-ci est le parfait absolu. C'est pourquoi il n'y a que sept couleurs, sept planètes alchimiques et astrologiques, sept régimes, sept jours par semaine, etc., etc. Il n'y a aussi que sept formes de la matière primitive lesquelles donnent tous les mixtes par leurs combinaisons. Il y a donc quatre éléments et trois principes qui forment 7.
Tels sont les secrets du calcul hermétique de l'unité qui par le ternaire aboutit au septénaire. Par ce que je vous ai expliqué, si votre esprit n'est pas faussé par des notions de mathématiques vulgaires, vous comprendrez facilement comment l'Unité, principe unique et absolu de tout, trouve sa perfection absolue dans le nombre 7 qu'il a produit et vous saurez enfin pourquoi tout est dans le TOUT.
Méditez cet axiome inviolable des vrais philosophes.
Le calcul d'Hermès - seconde partie
Les adeptes ont envisagé le calcul hermétique de deux façons différentes bien qu'il n'y ait qu'un résultat ou but principal à atteindre, ainsi que je l'ai prouvé au chapitre de la détermination des problèmes alchimiques. Dans la première partie du présent chapitre, j'ai exposé le premier genre de calcul propre (3) au nombre de 3. Dans cette deuxième partie j'exposerai le second genre de calcul hermétique qui est propre au nombre 2.
Je pourrais aussi bien me taire et ne pas dévoiler cette seconde sorte de calcul ayant déjà exposé assez complètement la première. Mais je me suis avant tout promis d'écrire sincèrement tout ce savoir que j'ai acquis par une longue et pénible étude, heureusement vérifiée par la pratique. Je me dois donc de prévenir que tous les philosophes ont employé ces deux espèces de calculs, et quand dans leurs livres ils ont exposé tout ou partie du grand œuvre, ils ne se sont pas contentés de parler d'une manière obscure, ils ont fait plus et mêlé d'une plume insidieuse les deux espèces de calcul dont j'ai parlé.
Cette artificieuse façon de procéder dans l'exposition de la vérité leur a permis de recouvrir d'un voile presque impénétrable cette vérité qu'ils auraient voulu enterrer avec eux mais que la voix de la conscience et le désir d'être utile à leurs semblables les obligeait à proclamer. Pour la première fois je divulgue dans cet écrit la véritable raison de l'obscurité des livres alchimiques qui est l'existence de deux genres de calcul hermétique minutieusement brouillés dans le dessein4 de celer hermétiquement la véritable théorie et la pratique du Magistère.
Ceci étant dévoilé, le lecteur intelligent verra clairement pourquoi il est si difficile de comprendre exactement ce que les Maîtres ont écrit, et pourquoi il est si difficile de ne pas être induit en erreur par l'amas de contradictions apparentes que l'on trouve dans leurs œuvres. Il pourra mettre tout l'ordre désirable dans la confusion des écrits hermétiques par le classement sous l'un des deux genres de calcul des phrases les plus obscures de la théorie et de la pratique alchimique.
Il verra les contradictions en apparence les plus insolubles se résoudre sans peine dans l'unité du savoir et de la pratique de la science hermétique.
Dans notre œuvre il y a d'abord deux choses :
1° L'agent producteur en l'esprit : c'est le soufre et non le vulgaire.
2° Le patient : c'est le récepteur ou l'instrument, on l'appelle le vif argent mais ce n'est pas le vulgaire.
Ces deux choses primitives forment les deux serpents du caducée d'Hermès qui est le plus simple de tous les emblèmes complets de la science alchimique. Tout le secret de l'alchimie consiste à savoir comment il faut s'y prendre pour faire en sorte que deux serpents s'étreignent avec une telle passion qu'ils forment par leur union indissoluble le nombre 8 qui est tout, puisqu'il exprime la puissance vivante de la pierre.
Le premier serpent est représenté ainsi il prend la forme du chiffre 2 rendu vivant et agissant.
Le second serpent est représenté ainsi. C'est le chiffre 2 renversé qui lui donne la qualité de réceptacle et la propriété de réagir.
Mais chaque serpent possède une tête et une queue, et leur valeur n'est pas la même dans chacun d'eux ; il faut qu'il en soit ainsi afin qu'ils puissent agir l'un sur l'autre. C'est ainsi le moyen par lequel ils peuvent agir l'un par l'autre et l'un dans l'autre. Donc dans le premier serpent la tête est active et la queue est passive. Dans le second serpent c'est justement tout le contraire, la tête est purement passive et la queue active. C'est pour cela et par cette disposition inverse qu'ils peuvent agir et réagir l'un sur l'autre.
Ainsi par cette disposition très sage ils peuvent tout à la fois s'attirer par en haut et par en bas. La tête qui est passive attire celle qui est active, la queue qui est passive attire en même temps celle qui est active. Quant au centre de chaque serpent, il ne possède aucun caractère spécial, ce qui leur permet de se réunir sans obstacle, leur identité étant parfaite.
Par l'attraction réciproque du supérieur et de l'inférieur, l'union des deux serpents se trouve complètement réalisée dans sa perfection naturelle car ils s'enlacent passionnément. Leur étreinte est indissoluble, c'est pourquoi ils ne forment plus qu'un seul être qu'on appelle hermaphrodite et qui est le nombre 8.
Ce nombre contient le mystère de la vie ou puissance végétatrice de la pierre et c'est aussi le véritable secret si difficile à pénétrer de l'harmonie universelle. Les mauvais chimistes et les souffleurs ignorent tout cela et c'est la raison de leurs insuccès perpétuels.
Ce résultat ultime qui est le nombre 8 n'est pas atteint d'un seul coup, quoique la figure des deux serpents entrelacés semble l'indiquer. Et d'abord le signe du caducée d'Hermès est-il ainsi complet ? Vous savez bien que non. Donc lorsque les serpents se sont enlacés amoureusement, s'ils figurent un 8 ils font en réalité le vrai nombre 2 qui est celui de la pierre philosophale ou le premier degré de la pierre, puisque c'est sa première puissance ou médecine du premier genre. Mais par l'adjonction du ferment métallique la pierre s'élève d'un degré et passe à sa seconde puissance qui est le nombre 4 car 2 x 2 = 4. C'est alors la médecine du second genre ou le carré de la pierre philosophique. À ce moment les deux serpents sont enlacés autour du ferment des sages qui les transperce.
La pierre est alors parfaite, elle peut transmuer les métaux imparfaits mais sans grand profit car elle ne peut donner qu'un degré de perfection. Il faut donc l'élever au degré de perfection et lui faire atteindre la troisième puissance par la multiplication alchimique de la pierre philosophale qui devient plus-que-parfaite et est en état d'agir dans les trois règnes puisqu'elle est la médecine du troisième genre : 2 x 2 x 2 = 8
Alors le caducée d'Hermès est complet car il a acquis les ailes de la toute-puissance.
C'est pour cela qu'on appelle la pierre philosophale la pierre cubique, parce qu'elle est la base inébranlable du vrai savoir.
Chapitre VI : La dynamique d'Hermès
Voilà donc tout le calcul d'Hermès exposé selon une méthode franche et claire et sans faux fuyant. Il s'agit maintenant d'expliquer avec la même franchise et la même netteté toute la dynamique d'Hermès, ou mécanique alchimique, laquelle se trouve indissolublement liée avec le calcul comme les deux serpents du caducée sont inséparablement unis.
Le principe de la dynamique hermétique est le poids du composé alchimique, ou vrai sel de nature approprié à l'œuvre. Son moyen d'action est le feu secret, et non le vulgaire qui au lieu de ranimer les corps et de multiplier leur vie les tue. Le procédé d'action de la dynamique hermétique consiste tout entier dans les différentes opérations alchimiques qui sont analogues en tant que résultats aux opérations de l'arithmétique. Comme telles ces opérations appartiennent à notre mathématique secrète.
Je vous ai parlé du composé alchimique ou vrai sel de nature et du feu secret dans les chapitres précédents et plus précisément dans le calcul d'Hermès. Là, dans la première partie, j'ai traité plus spécialement du composé et des diverses et successions, conditions de réalisation (sic). Dans la seconde partie, j'ai parlé plus particulièrement du feu secret et de ses conditions d'applications. Quoiqu’au reste j'aie traité de tout dans chacune des deux parties de notre calcul, je vous expliquerai complètement ici les opérations arithmétiques appliquées à l'art sacré d'Hermès.
La dynamique d'Hermès consiste donc dans la mise en œuvre des connaissances hermétiques dans le but d'obtenir la pierre philosophale. Cette mise en œuvre porte le nom d'opérations. De même qu'il n'y a pas de calcul sans opérations arithmétiques, de même il n'y a pas de pratique alchimique sans opérations hermétiques.
Les opérations arithmétiques sont l'art de combiner les nombres pour obtenir des résultats voulus ou cherchés. Les opérations hermétiques sont l'art de combiner les substances qui entrent dans le composé alchimique pour obtenir un résultat nouveau et voulu qui est la pierre.
La première opération est l'addition en arithmétique comme en alchimie, ou elle prend d'autres noms. Mais le but est d'ajouter le souffre au mercure pour coaguler ce dernier et donner naissance au sel. Pour cela il faut d'abord dissoudre le corps impur et faire la soustraction, agissant simultanément dans les premières manipulations spagyriques donnant naissance au composé, qui est le vrai sel de nature et la médecine du premier genre. Notez bien cette distinction des trois médecines qui revient sans cesse sous notre plume au cours de notre exposé de la mathématique secrète d'Hermès, car elle sera pour vous un guide précieux.
Pour vous en servir il vous suffira de faire le rapprochement des différents endroits qui traitent d'une même chose ou d'une même médecine, et vous verrez ces passages se compléter d'eux- mêmes et former un tout. Ne vous ai-je pas dit que dans notre divine mathématique tout se tient, et que le calcul d'Hermès doit marcher de concert avec la numération, les correspondances, la dynamique et la géométrie.
Pour construire une machine, il faut connaître et employer à la fois le calcul, la géométrie et l'algèbre comme la mécanique et la physique aussi bien que la science de la résistance des matériaux et des métaux. Notre pierre est une vraie construction, il faut donc savoir manier simultanément toutes les connaissances nécessaires à sa confection afin de les appliquer sans erreur.
Ceci dit, je reviens aux opérations considérées au point de vue de la dynamique d'Hermès. La multiplication et la division agissent simultanément de même que l'addition et la soustraction. Il ne faut pas confondre cette multiplication arithmétique appliquée à l'art spagyrique, avec la multiplication chimique de la pierre dont parlent tous les adeptes et qui appartient à la médecine du troisième genre.
Dans la multiplication arithmétique secrète il s'agit de l'adjonction du ferment au composé, et qui produit cet effet de multiplier les propriétés de la pierre et la dispose à l'action dans les trois règnes, tout en la rendant propre à agir particulièrement dans le règne métallique, ce qui est l'effet d'une division merveilleuse des qualités de la pierre qui la spécialise sans toutefois l'empêcher d'agir ailleurs.
Mais pour cela il faut d'abord que les parties de la pierre subissent la division en atomes subtils et très déliés afin d'être entièrement pénétrés par l'âme métallique du ferment. Ainsi la pierre ou le composé est le multiplicande, le ferment est le multiplicateur et la médecine du deuxième genre ou souffre rouge est le produit tant désiré des souffleurs mais que seuls les vrais philosophes trouvent.
Au troisième œuvre appartient l'élévation aux puissances et l'extraction des racines. Ces deux opérations arithmétiques se retrouvent toutes entières dans les deux opérations spagyriques appelées multiplication et projection de la pierre philosophale. Cette opération de l'élévation aux puissances consiste à réitérer l'opération spagyrique de la cuisson après avoir ajouté une quantité déterminée de vrai sel de nature.
Comme on élève les puissances de la pierre au moyen des opérations de la multiplication et de la division, de la mathématique secrète, on suit en cela l'arithmétique vulgaire dans son élévation des nombres aux puissances.
Quant à l'extraction des racines, elle est aussi parfaitement nommée dans la mathématique hermétique que dans l'arithmétique vulgaire. En effet, quand on fait la projection de la pierre sur un métal, le premier effet de la pierre est d'agir sur la racine métallique du corps en fusion afin de l'élever en degré en lui communiquant la perfection. Le résultat est une transmutation du métal soit en argent soit en or selon la nature du ferment qu'on a ajouté à la pierre.
Enfin de même que tous les nombres proviennent de l'Unité primordiale qui les engendre, de même toutes les opérations de notre mathématique proviennent d'une seule opération qui est centrale. C'est la proportion laquelle contient toutes les autres par synthèse.
De même que tous les nombres se résolvent dans l'Unité primordiale de même toutes les opérations se résolvent en aboutissant à la proportion. Celle-ci est donc la clef de la dynamique alchimique toute entière, et par là de tout l'art sacré. Apprenez donc que tout le secret de la proportion hermétique consiste à doubler le corps philosophique et à tripler l'âme spagyrique ou feu secret pour avoir le véritable poids de notre pierre.
Si vous avez bien compris tout ce que je vous ai expliqué clairement, ces mots seront pour vous un trait ineffaçable de lumière, qui vous montrera à nu la vérité toute entière ; sinon relisez bien tout ce que j'ai écrit, méditez en suivant à la lettre mes précédentes recommandations et je ne doute pas que vous n'arriviez à saisir tout notre merveilleux secret. Donc ayez le courage d'apprendre cette merveilleuse science mathématique, confrontez-en bien toutes les parties et vous trouverez selon la promesse du Christ : « cherchez et vous trouverez ».
La plupart des hommes sont fous. Ils veulent apprendre en quelques jours à faire de l'or. Ne pouvant y réussir, ils délaissent les livres ou bien lisent tous ceux qu'ils peuvent se procurer, mais sans jamais rien comparer ; ils espèrent toujours trouver la fameuse recette toute prête dans un vieux bouquin, c'est la cause de leur ruine. Ne faites pas comme eux, soyez sages, j'aplanis la route. Suivez-moi.
Tableau des correspondances qui existent entre les opérations arithmétiques
et les opérations spagyriques
Vous voyez que les opérations spagyriques se réduisent à sept opérations arithmétiques,
ne vous laissez donc pas induire en erreur.
Chapitre VII : La géométrie d'Hermès
Première partie
Cette géométrie secrète possède la même rigueur que la vulgaire, elle est très simple mais très difficile à comprendre par cela même. D'ailleurs les plus célèbres mathématiciens de toutes les époques n'ont jamais pu trouver la solution mathématique des problèmes qu'elle pose. Cette géométrie a pour but l'expression mathématique et linéaire de la vie de la pierre. Les rapports des lignes indiquent donc ceux des corps qui entrent dans le composé. À mesure que ce dernier prend corps et vie, la figure géométrique se développe et se complète.
Dans cette secrète géométrie , la ligne centrale est active par excellence. Toutes les vertus d'action propre, de spontanéité, d'énergie latente, mais toujours prêtes à se manifester sont symbolisées par cette ligne.
Les philosophes se sont donc servis de la ligne verticale avec le plus grand à propos pour représenter leur
Et si vous savez dédoubler spagyriquement cette verticale pour en faire les deux côtés verticaux et parallèles du carré alchimique qui est notre pierre, vous aurez la première partie de notre grand secret ; par sa position, la ligne horizontale indique bien la passivité.
C'est tout le contraire de la verticale tant en position qu'en propriétés. La verticale agit, l'horizontale subit. Les philosophes se sont donc servis de cette ligne pour représenter leur secret
et aucune ligne ne pouvait mieux lui être attribuée. Et, si vous savez encore dédoubler cette ligne pour en former les deux côtés horizontaux et parallèles du carré spagyrique, vous avez la seconde partie de notre grand secret.
Mais je ne veux pas faire un nouveau mystère de ce grand secret, j'ai promis de dévoiler notre divine philosophie, je ne la couvrirai donc pas d'un nouveau voile. Suivez-moi bien et vous comprendrez ce que c'est que doubler la verticale et l'horizontale pour en faire le merveilleux carré de notre secrète mathématique.
Si le soufre
et le mercure
restaient séparés, vous saisissez bien qu'ils seraient sans action, car le soufre lui-même qui cependant est actif, ne trouvant pas de résistance à sa puissance ne pourrait pas la manifester. Il faut donc que ces deux s'unissent, comme il faut que les lignes se joignent ou se croisent pour engendrer les figures géométriques. Or vous savez maintenant que le soufre et le mercure conjoint forment le sel. Géométriquement cette union se fait ainsi :
Et le sel en résulte comme produit central. C'est le point vivant, le nœud vital de la nature. Ce point n'est pas partie d'une des deux lignes comme vous le voyez mais bien le résultat de leur jonction. Vous voyez combien les géomètres vulgaires sont insensés quand ils affirment que la ligne est composée de points groupés en succession infinie. C'est faux, une ligne est unique en tant que ligne ; on peut certes la diviser, mais c'est là une opération artificielle qui n'existe pas dans la nature, la division hermétique étant toute différente comme je vous l'ai démontré.
Les vrais philosophes ont donc raison quand ils affirment que tout provient de la croix, qu'elle est le signe central et véridique, lequel engendre tout le reste.
Alchimiquement, la croix est formée du
et du
qui tout en n'étant pas la croix indissolublement mais restent identiques à eux-mêmes, chacuns (5). Ils engendrent par leur réunion le sel
de nature qui est notre composé. C'est aussi de lui que toutes choses ont pris naissance.
Un troisième être a donc pris naissance des deux premiers et ces trois ne font qu'un seul qui est la croix. Tel est le secret de la Trinité Alchimique. Si vous êtes intelligent vous appliquerez ce secret divin à la croix de Notre Seigneur. Vous verrez qu'il est le vrai sel divin et vous comprendrez l'adorable mystère de la Rédemption universelle.
Mais pour revenir à notre géométrie, je vous dirai qu'une chose ne peut naître que dans une matrice qui lui est appropriée. C'est pourquoi le cercle est le signe représentatif de toute matière et particulièrement de celle alchimique ; car c'est par excellence le symbole de l'enveloppement de la corporification.
Mais avant de poursuivre ma démonstration, je dois vous faire remarquer une chose très importante que j'ai omis de vous signaler. C'est que le soufre et le mercure se joignent en angle droit. De A à B il y a le même écartement que de B à C et de D à A, et c'est là ce qui fait l'unité de la puissance dans la Nature par l'Égalité devant Dieu qui est la mesure universelle des choses ou la Justice. C'est le bien.
Le mal est représenté par l'inégalité le faux et l'erreur en résultant. Ainsi de A à B l'angle est moindre que de B à C etc., etc. Or géométriquement il ne peut exister pareil mariage des deux lignes car le célèbre problème hermétique de la trisection et (6) l'angle ne pourrait spagyriquement être résolu. C'est là l'erreur des souffleurs et la cause de leur ruine, de leurs désespoirs et de leurs blasphèmes.
Mais je reviens à l'adorable signe de la croix. Donc en alchimie, le signe :
indique l'union du
et du
dans la matrice alchimique ou naturelle pour former et donner naissance au
qui est notre composé et c'est là le commencement de notre art. C'est la première médecine qui ne peut agir que par un seul axe qui est le vertical. Lorsque cette médecine du premier ordre est produite, l'opération de la création alchimique se poursuit dans la matrice spagyrique. Et voici ce qui en résulte :
car deux a produit quatre et par la multiplication 2 x 2 = 4 de ses deux dimensions il a donné naissance au carré. Le carré est le symbole mathématique le plus parfait de la médecine du deuxième genre. Cette médecine peut également agir dans deux dimensions parce que le carré possède deux axes qui sont ses deux diagonales ; tandis que la médecine du premier genre n'ayant qu'un axe, ne peut agir que dans une seule dimension.
Faites donc bien attention à ceci et vous comprendrez que si le carré a été produit, c'est que le sel de nature qui est notre composé, après avoir pris naissance par la jonction du souffre et du mercure, s'est de lui-même développé, il a grandi, s'est accru et pour devenir un bel adolescent, il est sorti du centre qui le retenait captif, est passé à la superficie en rendant manifeste ce qui était occulte, c'est-à-dire sa puissance de multiplication. Avec la médecine du deuxième genre, la pierre est parfaite mais sa perfection ne peut pas servir d'une manière profitable pour la transmutation. Il faut donc lui donner la plus-que-perfection qui lui donnera le pouvoir d'agir dans les 3 dimensions.
Les alchimistes connaissent bien le moyen de lui donner ce pouvoir. Ils l'appellent la fermentation. Donc, par l'adjonction du ferment spagyrique la pierre est complète et possède toutes les propriétés qu'on peut désirer.
Voici sa forme :
C'est alors la vraie pierre cubique si peu connue. C'est la médecine du troisième genre qui agit par six faces sur trois axes simultanément manifestes. Que de merveilles sont contenues dans cette figure si simple. Tout est là. Car la nature ne peut aller plus loin, tout vit et tout agit dans trois dimensions. Et d'ailleurs je vous dirai que cette figure si précise soit-elle n'est pas seulement une merveilleuse allégorie de la mathématique hermétique.
Non, c'est aussi une grandiose réalité physique. En voici la preuve. Si vous avez étudié les lois mathématiques de la cristallisation vous savez que les métaux, l'or et l'argent, cristallisent dans le système cubique. Eh bien ? Sachez maintenant que la pierre philosophale se cristallise aussi en forme de cube. L'ayant parfaite, je puis l'affirmer. Vous ayant déjà dit tant de secrets, je n'ai plus le droit de me taire, apprenez qu'ici dans ces paroles se trouve tout ce que vous avez besoin pour réussir.
Vous ayant tout dit je ne peux pas plus que la nature aller plus loin. Je me contenterai donc maintenant d'exposer dans la deuxième partie de la Géométrie d'Hermès, trois célèbres problèmes spagyriques de l'Antiquité sacrée.
Seconde partie - Trois célèbres problèmes de l'Antiquité sacrée
1–La duplication du Cube
Ce problème possède une origine fabuleuse. La peste ravageait la Grèce et l'oracle consulté dit que pour la faire cesser il fallait doubler l'autel d'Apollon qui était cubique. On doubla donc chacun des deux côtés de l'autel et la peste continua car l'autel n'était pas mathématiquement double du premier mais octuple. On consulta donc à nouveau l'oracle qui répondit qu'on avait mal interprété sa réponse. Les savants virent bien qu'il s'agissait d'un problème impossible à résoudre avec les moyens de l'arithmétique vulgaire.
Les hermétistes seuls eurent la solution du problème. En effet il faut d'abord remarquer qu'Apollon est le Dieu du Soleil et que celui-ci joue un rôle important dans le Magistère hermétique. Et ce problème ne veut pas dire qu'il faut construire un corps de forme cubique qui en contient deux fois un autre mais qu'il faut multiplier alchimiquement la pierre cubique et faire cette chose en apparence absolument impossible. Plus-que-parfaire la plus-que-perfection.
Cependant cette proposition ne veut pas dire qu'il faut élever encore la pierre au degré de puissance. Non. Cela ne serait pas possible puisque cette pierre ne peut agir que sur des corps ayant seulement trois dimensions. Mais l'opération spagyrique appelée multiplication de la pierre est à proprement parler une véritable duplication de notre pierre cubique. Car elle ne peut que doubler en puissance, chaque fois qu'on répète la multiplication. Cependant, doubler ne veut pas dire ici multiplier par deux puisque l'on dit que la pierre monte de mille en mille degrés.
Pourtant tous les adeptes le savent, c'est bien là la véritable application de la pierre cubique qui ne l'élève pas à une quatrième puissance mais la développe dans sa troisième puissance en quantité de force.
2–La quadrature du cercle
S'il est un problème qui a donné de tous temps la torture aux mathématiciens c'est bien celui- ci. En effet, de prime abord, il ne (7) semble nullement difficile au géomètre de trouver une ligne égale à la circonférence du cercle et à la carrer de façon à obtenir un carré8 égal en surface au cercle dont provient la circonférence. La pratique géométrique montre sinon son impossibilité de solution, du moins sa difficulté.
Alchimiquement, le problème ne se pose pas ainsi. Voici son énoncé :
Faire la conversion spagyrique des éléments afin de les pousser jusqu'à la plus-que-perfection. Les éléments forment la roue circulaire de la nature qu'on peut représenter ainsi :
chaque élément est figuré par l'un des quatre quarts du cercle.
Or comme les quatre éléments circulent sans cesse et passent l'un par l'autre on peut figurer comme suit cette révolution perpétuelle des éléments :
Car le
descend dans l'
l'
descend dans l'
et celle-ci dans la
Puis la terre remonte en eau, celle-ci se sublime en air lequel retourne au feu. Ainsi continuellement l'un se résout ou se sublime en l'autre et c'est là ce que tous les philosophes appellent la roue des éléments. Il faut donc immobiliser et fixer chacun de ces quatre éléments, et c'est là la célèbre quadrature du cercle que seul le mathématicien spagyrique peut trouver.
Voici l'exposé complet de ce fameux problème. Au moment où dans l'œuvre hermétique la deuxième médecine est faite, je vous ai dit qu'elle se représentait ainsi :
Les quatre quarts de la circonférence sont les quatre éléments.
Les quatre côtés du carré sont ou proviennent du sel et les deux diagonales forment le souffre et le mercure. Donc tout y est.
Seulement lorsque cet œuvre terminé la figure change d'aspect car chaque élément passe de l'extérieur du carré à l'intérieur, de telle sorte que dans la pierre, l'occulte est rendu manifeste.
On peut dire que cet effet se produit parce que chaque côté des carrés, qui est le sel de nature, ayant subi la cuisson philosophique, réfléchit sur des (9) quatre quarts de la circonférence ; c'est-à-dire qu'il reproduit en lui-même ou dans le sel les quatre éléments.
La figure géométrique suivante en résulte :
Cette figure est la véritable quadrature du cercle spagyrique réalisée.
Le cercle forme alors cette figure dont les côtés sont courbes mais l'ensemble et l'aspect carré, car la circonférence est brisée mais chacun de ses quatre quarts se trouvant réfléchi sur chaque côté correspondant du carré par la lumière intime de la pierre en feu secret ; cette circonférence, dis-je, tout en étant brisée reste identique à elle-même, et si le cercle semble perdre en surface, en réalité, il gagne en valeur autant qu'il perd par ailleurs.
Il est rendu carré par la commission et la fixation des éléments et c'est ainsi que par l'art, l'adepte surmonte la nature et trouve le secret de la sagesse.
Je suis le premier qui ait dévoilé aussi clairement et aussi simplement ce fameux casse-tête.
3–La trisection de l'angle
Cet autre problème de la mathématique d'Hermès a fait le désespoir des plus célèbres géomètres. Car, qu'on ne puisse arriver à quarrer le cercle ou à doubler le cube, ils se résignaient à l'admettre, mais qu'il soit impossible de diviser géométriquement un angle en trois parties ils n'ont jamais pu le concevoir. Et pourtant ils n'ont jamais pu le faire. Nul géomètre, si savant et si habile soit-il, n'a pu réussir ici. Ah ! Que n'étaient-ils aussi habiles spagyriques, ils auraient vu l'impossibilité géométrique se transformer en réalité par la mathématique d'Hermès.
Ce problème se rapporte à la spécialisation des trois principes alchimiques, dans les quatre éléments. Et c'est le plus grand de tous les mystères de notre mathématique, car à lui seul, il contient tous les autres ; c'est pourquoi, pour en avoir une intelligence pleine et entière il faut avoir accompli l'œuvre. Mais cette intelligence, je puis moi-même vous la donner puisqu'aussi j'ai fait le Grand œuvre. Suivez donc bien ma démonstration. Je vous ai dit que chaque élément se rapporte à un quart du cercle ou quadran formé par un angle droit et le quart de la circonférence compris dans cet angle.
La trisection de cet angle et conséquemment du quadran consiste à le diviser spagyriquement en trois parties égales. Comme un quadran est le signe représentatif d'un élément, il est certain qu'on ne peut effectuer cette décision qu'au moyen de principes homogènes qui sont le souffre, le mercure et le sel. Chacun d'eux se trouve donc représenté dans chaque élément et le trisectionne Soit l'élément
Mais pour vous laisser quelque chose à chercher je vous donne à deviner si l'on doit dire soufre igné, mercure igné, sel igné ? Il en est de même pour chacun des quatre éléments. Je vous laisse donc vous exercer vous-mêmes sur chacun des éléments. D'ailleurs pour devenir savant dans votre divine mathématique, il faut bien que vous travailliez vous-mêmes.
Si vous êtes paresseux, si vous croyez tout trouver expliqué dans nos livres, vous n'aboutirez jamais à rien. Pour moi, j'ai dit tout ce qu'on avait caché jusqu'à moi. Ici je vous ai dévoilé notre mystérieuse théorie, je vous ai donné l'exemple et la règle, à vous de l'appliquer. Du reste, j'ai tant dit qu'il n'y a plus qu'un tout petit pas à faire et vous le pouvez au moyen de mon livre. Je vais plus loin et je vous donne sous forme de problème facile à résoudre tout ce qui manque pour que vous deveniez un maître à votre tour.
Problème
Multiplier quatre éléments par les trois principes pour obtenir les douze signes zodiacaux qui ouvre les douze portes de l'alchimie. Vous saisissez donc bien que si vous solutionnez ce problème, vous avez l'intelligence complète de tout le grand œuvre.
Vous pouvez alors le figurer ainsi. Tracez un carré avec ses diagonales. Puis quarrez le cercle à son intérieur. Faites la trisection des quatre quadrans et inscrivez l'étoile à douze branches par le moyen de la trisection de chaque cadran. Cela vous est facile puisque 4 x 3 = 12, et qu'on peut toujours diviser un cercle en douze parties égales et réunir les points de la circonférence par des lignes qui par leur croisements font l'étoile à douze branches.
Dans cette figure ainsi formée, inscrivez les éléments et les principes selon les correspondances d'Hermès et tout ce que j'ai pris bien soin de vous expliquer. Par cet unique et synthétique moyen vous saurez tout ce qu'il est possible de savoir. La pratique vous sera alors facile.
Conclusion
Tels sont les trois problèmes mathématiques de l'antiquité. Ces problèmes sont purement hermétiques et comme tels, ils appartiennent à la mathématique spéciale à cette science universelle. C'est pourquoi les savants mathématiques et géomètres vulgaires de cent générations se sont en vain efforcés d'en trouver la solution par la règle et le compas.
Cette solution, les adeptes de la science hermétique seuls la connaissent, mais leurs instruments sont tout autres que la règle et le compas. C'est pour cela qu'ils se disent les vrais uniques philosophes à qui seuls la nature est connue.
Les adeptes de l'antiquité grecque et égyptienne furent des savants et des artistes merveilleux. Ils surent cacher les opérations et les substances de leur science suprême avec un art admirable et une science profonde. Pour cela, ils employèrent avec un égal succès la fable, la métaphore et l'allégorie, la kaballe et le hiéroglyphe.
Enfin ils ont fait mieux. Ils ont employé les expressions et les formules précises des sciences mathématiques, et enfin donnant ainsi à réfléchir aux ignorants et aux faux savants de toutes les époques, ils ont recouvert d'un voile impénétrable à qui n'était pas inspiré par Dieu la science divine qu'ils appellent aussi l'Art Sacré.
Pour moi j'ai écrit ce petit traité afin que notre divine mathématique ne mourût pas avec les derniers alchimistes. Je vis dans un siècle où une nouvelle chimie a remplacé l'antique alchimie. Cela la Providence elle-même l'a voulu. De même qu'autrefois, au temps du Christ, les marchands s'étaient installés pour vendre leurs marchandises dans la Maison de Dieu, de même les souffleurs menaçaient d'envahir le temple d'Hermès et peut-être que, ne pouvant pas rompre la porte du sanctuaire, ils l'eussent profanée.
Mais la Providence veillait, quand elle vit que la science d'Hermès n'était plus recherchée que pour l'or qu'elle pouvait procurer, elle suscita Lavoisier. Ce souffleur de génie que j'ai connu personnellement inventa les corps simples et la méthode pour les isoler. La science alchimique fut ainsi sauvée. Grâce à la nouvelle science chimique, on put démontrer que la transmutation des métaux était une utopie irréalisable et le flot des souffleurs laissant de côté une science désormais prouvée vaine se rua sur les réalisations industrielles, au grand profit de l'humanité.
Mais la science hermétique n'en existe pas moins. Son but, son sujet et sa méthode sont entièrement distincts du but, du sujet et de la méthode chimique. Tout ce petit livre n'est que l'exposé, jusqu'alors précieusement caché, de la méthode alchimique. Les adeptes d'autrefois ne l'ont jamais écrite parce qu'il eut été dangereux de donner ce guide ; mais à présent que l'humanité suit une nouvelle voie, je pense qu'il est bon de ne pas laisser s'éteindre cette partie de notre science.
J'ai fait mon devoir en l'écrivant. Si Dieu le juge à propos, elle verra le grand jour et se répandra dans l'univers sous la forme du livre imprimé. J'ai médité ce traité toute ma vie et je puis dire que j'ai réussi grâce à la méthode que j'ai entièrement développée ici.
Signé – Samuel Wolsky ;
Paris 1821 – Octobre
Texte retranscrit par Emmanuelle FEYE
1. Didier KAHN, Le Fixe et le volatil, Paris, CNRS, 2016, p. 174.
2. Ce traité a été transcrit du MS 3426 (Wellcome Library).
3. ou piqué ?
4. Nous corrigeons le dessin donné par le manuscrit.
5. Peut-être manque-t-il ici un mot.
6. Doit-on lire de.
7. Nous pensons pouvoir corriger me en ne.
8 Nous modernisons quarré en carré.9. Faut-il entendre les ?
Site internet (Revue Arca): https://www.arca-librairie.com/le-blog-d-arca
Vide, dit Mercure, j’erre et je délire ; lié par Jupiter, je dis l’art.
(EH, aphorisme 9)
Qui ne possède dans son entourage, voltigeant et papillonnant irrégulièrement autour de lui, un ami, un collègue, un voisin mercurien ?
Rapide, insaisissable, beau parleur, bon vendeur, toujours animé d’une énergie alternative quasi bilocative, cet être qui fait de vous à la fois un bénéficiaire et une victime, collectionne et colporte les informations vraies et fausses à la vitesse d’un éclair, et semble le plus souvent ignorer s’il se trouve lui-même debout sur la scène de théâtre ou assis dans la salle...
Les pratiquants de l’astrologie connaissent par expérience la réalité du phénomène mercurien ; les autres aussi, à leur insu...
Sur le dieu Mercure, la plupart des peuples ont véhiculé un enseignement assez concordant : les Égyptiens l’appelaient Tot ou Tat, les Grecs Hermès et les Romains Mercure. Mais toute cette propagation serait partie d’Égypte.
Ainsi, les Gaulois initiés par Zalmoxis, disciple de Pythagore (lui-même instruit en Égypte), révéraient hautement Mercure dans leurs écoles orales de Druides, aux dires de Jules César lui-même (1). Quant aux Germains, ils tireraient leur nom (Teutschen et Teutons) du Tot égyptien... (2)
On aurait certes tort, par Teutatès, de confondre ce Mercure, omniprésent aussi dans les innombrables traités des grands maîtres de l’alchymie, avec celui que la technique moderne a enfermé dans les thermomètres et dont nous ne contestons, du reste, nullement l’utilité !
Disons-le d’emblée : il n’y a qu’un Mercure, ou plutôt deux : l’un volatil, et l’autre fixé en sel par le soufre. Celui-là est connu dans tous les lieux et dans tous les temps par ceux qui ont reçu de le connaître. Néanmoins, les mots pourl’enseigner différant selon les circonstances, il est nécessaire, par souci de clarté, de se limiter. Nous avons donc choisi d’étudier ce qu’en disent les Latins.
Le nom de Mercure
Mercari, en latin, signifie proprement acheter, marchander, trafiquer. Un mercator est un commerçant. Son rôle est non seulement d’acheter et de vendre, ce qui nécessite de nombreux voyages aller-retour, mais aussi de parler, car son sermon permet de rapprocher et de lier les deux parties. Le mot sermon provient en effet d’une racine signifiant ce lien.
Mercure, lui, accomplit ses trajets entre le haut et le bas. C’est ce que confirme Servius :
« D’après certains, les Latins disent Mercurius, comme si c’était Medicurrius (qui court commeintermédiaire) vu qu’il court (intercurrat) sans arrêt entre le ciel et les enfers. » (3)
On pourrait proposer bien d’autres étymologies de ce nom énigmatique. Par exemple, la première partie de son nom, MER, viendrait de mereo (mériter, gagner sa récompense, acquérir). Mercure porte d’ailleurs une bourse.
Il y a aussi merus, qui signifie pur.
Quant à la deuxième partie, CURE, elle pourrait faire allusion à cura (le souci) qui, aux dires de Festus, brûle (urit) le cœur (cor). (4)
Ô miracle du cœur ! Qui flambe de désir, qui a cure du pur Mercure ?
On trouve même à Délos la transcription latine Mirqurios (5), ce qui laisserait supposer en grec μηρ - κυριος, signifiant « maître de la cuisse ».
Pourrait-on y voir aussi la racine marquer qui est pourtant germanique ? En tout cas, les Étrusques qui représentaient souvent le dieu sur des miroirs circulaires gravés l’appelaient parfois Turms. D’aucuns ont vu dans ce vocable soit la transcription de Ἑρμης (Hermès), soit celle du mot terminus (terme).(6) Il est vrai, d’ailleurs, qu’on appelait Hermès également des bornes de pierre... Nous y reviendrons.
Quoi qu’il en soit, on consacra à Mercure un temple circulaire à Rome en 495 avant J.-C. aux ides de MAI, et cette date demeura celle de sa fête chez les marchands.
La naissance de Mercure
L’origine de Mercure revêt, on s’y attendait, un caractère non ordinaire... Dans l’Énéide, Énée le fait remarquer à l’Arcadien Évandre :
« Vobis Mercurius Pater est, quem Candida Maia Cyllenae gelido conceptum vertice fudit. »
« Votre Père est Mercure, que la candide MAIA répandit, conçu, au sommet gelé du Cyllène. » (Én. VIII, 138)
Curieux endroit pour accoucher, curieux termes également ! Accouche-t-on quand l’enfant est conçu ou lorsqu’il est arrivé à maturité ? Et depuis quand les femmes répandent-elles leur enfant dans les froidures montagneuses ? Le terme précis est fundere (fondre, couler) !
Les animaux, eux, mettent bas. Ici, la nymphe Maia « met haut », et l’enfant semble fluide !
Servius excuse le terme en disant qu’un accouchement rapide est un présage de félicité pour les enfants, et que, de plus, le poète a voulu montrer la rapidité dont faisait preuve Mercure dès sa naissance (7). Tout cela n’est pas faux, bien sûr.
Quant au Cyllène, c’est la montagne d’Arcadie où Maia s’était unie à Jupiter, et si la très ancienne Maia ou Magia des Romains est bien identique à celle des Grecs, le mois de mai (maius) lui est particulièrement consacré. Mercure lui-même aurait donné ce nom au mois en souvenir de sa mère.8 Un tel sommet gelé ne signifie donc nullement l’hiver, mais bien le printemps prometteur...
« Maius noster, dit Pernety, c’est la rosée philosophique et l’aimant des sages. » (9)
Maia était associée à Vulcain qui n’est autre qu’un feu descendu et boiteux. De plus, Virgile qualifie cette Maia de candida, car elle est blanche, brillante, suite à un embrasement (candeo)... Le secret aérien de la neige suppose donc un feu volcanique :
« La pierre est ainsi jetée à terre ; toutefois elle n’y reste pas méprisée, mais elle est exaltée sur les montagnes, l’Athos, le Vésuve, l’Etna et leurs pareils qui vomissent des flammes, et que l’on voit en très grand nombre en diverses parties du globe. Car en eux brûle un feu perpétuel qui sublime la pierre et la porte à la dignité suprême. » (10)
Arrêtons-nous un instant, et au lieu de nous perdre dans la multitude des détails et des pièges tendus par ce « Mercure aux mille tours », efforçons-nous de comprendre synthétiquement les données énumérées jusqu’ici. Laissons donc les actions du dieu dont les descriptions imagées peuvent s’étendre à l’infini, et concentrons-nous sur cette origine mystérieuse.
Maia conçoit de Jupiter sur une montagne.
Maia accouche sur une montagne.
Maia était fille d’Atlas, un géant transformé en montagne.
Un géant est un être né de la terre
(γι-γας, de γιγνω (naître) et de γη (terre)).
Qu’est-ce qu’une montagne ? Une terre élevée, une terre qui s’élève sous l’action d’un feu souterrain. On peut prendre cela à la lettre, bien sûr, mais il est permis aussi de penser qu’une certaine terre peut, dans certains cas, s’élever. Pensons aux innombrables montagnes saintes, sacrées comme les monts Horeb, Moriah ou Sinaï des Hébreux (11). Pensons au Tmolus des Grecs qui était à la fois une montagne et un homme.
Pensons aussi à Pélée (12), le père d’Achille, dont Michaël Maïer dit :
« Son Père est Pélée, c’est-à-dire la terre ou le mont Pélée, et sa mère Thétis, déesse de la mer ou des eaux. » (13)
Ceux qui ne seraient pas convaincus de ce que les montagnes des sages indiquent une expérience particulière et mystérieuse se donneront bien du mal s’ils veulent interpréter la curieuse opinion que voici :
« Et est lapis, cuius minera generatur in capite montium, et Philosophus voluit dicere montes pro animali ».
« C’est une pierre dont la minière s’engendre sur la tête des montagnes, et le Philosophe a voulu dire montagnes pour animal ». (14)
Notre géant, Atlas, est antérieur à la génération des Olympiens et manque donc encore de mesure.
Quant à la métamorphose d’Atlas en montagne d’Afrique du Nord, elle serait due à la tête de la Méduse que Persée lui aurait présentée. Quelle terrible expérience !
Nous n’en saurons pas plus, si ce n’est que :
« En la sainte montagne où l’azur se dépose, Amour se crée un corps que du feu lie en l’or. » (15)
Et Mercure s’est fait homme
Dans la deuxième ode d’Horace au livre I, le poète s’écrie :
« Quem vocet divum populus ruentis imperii rebus ? »
« Lequel des dieux le peuple invoquerait-il pour les affaires de l’empire qui s’écroule ? » (v. 25)
Et après avoir nommé Vesta, Apollon, Vénus et Mars, il termine par Mercure prenant les traits d’Auguste vengeant la mort de César :
« Sive mutata juvenem figura
Ales in terris imitaris, almae
Filius Maiae, patiens vocari
Caesaris ultor.
Serus in coelum redeas, diuque
Laetus intersis populo Quirini
Neve te nostris vitiis iniquum
Ocior aura
Tollat. Hic magnos potius triumphos
Hic ames dici Pater atque Princeps,
Neu sinas Medos equitare inultos,
Te duce, Caesar. »
« ...Ou bien toi, fils ailé de la nourrissante Maia, si en changeant de figure, tu prends sur terre l’image d’un jeune héros, en souffrant d’être appelé « vengeur de César ».
Remonte tard au ciel et sois longtemps heureux parmi le peuple de Quirinus. Qu’une brise trop prompte ne t’enlève pas, hostile à nos vices.
Qu’ici au contraire, par de grands triomphes, tu aimes d’être appelé Père et Prince sans y laisser chevaucher les Mèdes impunis.
Et cela, sous ta conduite, César. » (v. 41 et suiv.)
On aurait tort de limiter tout cela à une belle image poétique. Le dieu Mercure, le dieu éloquent doit réellement s’incarner et seule la présence de son VERBE manifesté protège le peuple. Rendons à César ce qui est à César : sous Auguste, le Verbe a pu s’exprimer en l’âge d’or virgilien notamment. Certes, en ce monde, il ne fait qu’emprunter la figure de quelqu’un, mais si on le repousse, il retourne au ciel, hostile à nos vices, sans faire contrepoids (iniquum). Et c’est la catastrophe ! Les Juifs n’ont rien enseigné d’autre lorsqu’ils disent que le juste est le pilier du monde.
« Le plus grand malheur est d’avoir perdu sa trace ici-bas, mais qui le sait ? » (16)
Revenons un instant à Tot pour constater avec stupeur que même les Jésuites ont assimilé son incarnation terrestre avec le personnage de Moïse :
« ... Quand on sçait enfin par Socrate et par Platon dans le Phèdre, que les Égyptiens reconnoissoient (aussi bien que les Phoeniciens) pour leur premier Maître, le fameux Theuth, ou Thoth, ou Taautus, qui est le Mercure imaginaire des Grecs, et le vrai Législateur des Juifs, c’est-à-dire, Moïse... » (17)
Le Cyllénien voleur
Le mont Cyllène où est né Mercure, vient du grec κυλλος, courbé, tordu, déformé. Selon Festus, cela indiquerait ceux qui n’ont pas l’usage de certaines parties du corps. On aurait attribué cet adjectif à Mercure car son discours accomplit tout sans l’usage des mains. Ce serait la raison pour laquelle les bornes (les hermès de pierre) étaient façonnées en bustes carrés sans bras.
Toutefois, à l’origine, ces poteaux indicateurs ne représentaient qu’un phallus, pour se transformer progressivement en têtes d’Hermès sans bras, mais affectés d’un sexe en érection. On les trouvait aux carrefours des chemins. Le sens nous paraît clair : celui qui suit l’Hermès dressé ne se trompe pas de piste mercurielle. Quant aux autres, ils rêvent et ...errent.
Peu à peu, les hermès–bornes ont porté les figures de tous les dieux : on voyait ainsi un peu partout des hermhermès, des hermathéna, des hermarès, des hermhéraclès etc.
La raison nous en paraît plus doctrinale qu’esthétique : Hermès en effet se trouve à la base de la manifestation de tous les dieux qui ne sont que des transformations du mercure des philosophes dans les étapes du Grand Œuvre.
Le Verbe-Logos incarné et redressé est le véritable sexe qui engendre :
« ... et par Lui tout a été fait. » disait saint Jeandans le célèbre prologue de son Évangile. Lesanciens païens le proclamaient aussi, mais lesgens épais ont voulu le comprendre en sens grossier. Pourtant, le saint Évangile lui aussi doit être annoncé en sens agile !
Une autre explication du mot Cyllène nous fait mieux toucher la racine du problème.
Cyllène, en effet, désigne également une île d’Arcadie où naît la fameuse plante môly si chère à Homère et dont EH a si admirablement révélé la nature :
« ... ce qui est en bas, cette racine minérale si longtemps languissante sans chymie. »
Mercure permet à cette racine courbée (κυλλος) de se réunir à son volatil.
Quant à la deuxième partie du mot Cyllène (ληνος), elle signifie soit un objet creux, un cercueil, une boîte crânienne, ou une cavité où s’emboîte le mât d’un vaisseau. Mais il s’agit aussi et surtout d’une cuve de pressoir, ce qui nous amènerait immédiatement aux mystères de Bacchus et du vase des philosophes...Seul un philosophe-par-le-feu pourrait confirmer ou infirmer notre hypothèse !
Il nous reste à indiquer pourquoi le Cyllénien est traité de voleur. La réponse nous est fournie par Maïer :
« On dit qu’il fut élevé par Vulcain et qu’il a un penchant prononcé pour les larcins, parce que Mercure apprend à supporter le feu, lui qui est volatil et emporte avec lui ce à quoi il est mélangé. » (18)
Ce caractère voleur ne devrait pas trop inquiéter les chrétiens, puisqu’il est dit dans l’Apocalypse :
« Je viendrai la nuit comme un voleur (Apoc. XVI, 15) ».
Les quelques problèmes énoncés ici seraient rapidement résolus par une expérimentation manuelle de cette eau bénite appelée mercure, car c’est elle qui donne accès au temple du Verbe incarné. Dans ce cas,
« Pourquoi m’étendre ? Les volumes des auteurs chymiques n’enseignent rien d’autre que Mercure et ils confirment suffisamment son pouvoir par ce simple petit vers : Mercure contient tout ce que cherchent les Sages. Il faudra donc le rechercher jusqu’à ce qu’on le trouve, en quelque endroit qu’il réside : dans l’air, le feu, l’eau ou la terre. Car il est vagabond, il court tantôt ici, tantôt là pour le service des dieux chymiques, comme étant leur commissionnaire... » (19)
Mercure se dit en mantique d’Élu...
(EH, aphorisme 80)
1 Cfr César, Bellum Gallicum VI, 17.
2 Cfr Michaël Maïer, Arcana Arcanissima, l. 3, p. 142 : « ... quod Aegyptii Mercurium sua lingua Theut vocaverint, ac Germani, qui forte a Mercurii cultu se Theutonos sive Teutschen indigetarint, longe ante Romanorum adventum in Germaniam Mercurium in sylvis una cum Marte coluerint., s.l.n.d. (1659 ? 1614 ?)
3 Cfr Servius, in Verg. Aen. VIII, 138.
4 Cfr Roberti Stephani, Thesaurus Linguae Latinae, sub art. Cura, Basileae, 1711.
5 Cfr Daremberg et Saglio, Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, tome III, p. 1818, Hachette, Paris, 1918.
6 Cfr ibid., p. 1817.
7 Servius, op. cit., VIII, 139.
8 Cfr Ovide, Fastes V, 103.
9 Dom Pernety, Dictionnaire mytho-hermétique, sub art. Maius noster, p. 203, Bibliotheca hermetica, Denoêl, Paris, 1972.
10 Michaël Maïer, Atalante fugitive, Librairie de Médicis, Paris, 1969, p. 273.
11 Cfr EH, Le Fil de Pénélope, I, p. 306.
12 Notons que phloj signifie matière liquide épaisse, boue, matière dont l’homme est formé. Le Sinaï des Hébreux est, lui aussi, une boue.
13 Michaël Maïer, Atalante fugitive, op. cit., p. 267.
14 Calid, Liber secretorum artis, in Manget, Bibliotheca chemica curiosa, tome II, Genève, 1702, p. 187.
15 EH, Aphorismes du Nouveau Monde, n° 5, in Fil d’Ariane, n° 63-64, p. 9.
16 EH, Le Fil de Pénélope, I, p. 263.
17 Michel Mourgues, S. J., Plan théologique du Pythagorisme, tome II, Paris, 1712, p. 435.
18 M. Maïer, Atalante Fugitive, op. cit. p.274. 19 M. Maïer, ibid.